Malcolm X et Happy End

Malcolm X et Happy End pour satisfaire les multinationales qui voient leurs dividendes décupler par cet effet, et des univers trépassés pour turlupiner les hauteurs imaginaires, pour tarir leurs valeureuses cornes d’abondance, pour dormir dans des wagons-lits de première classe ; calmement ce matin je regarde tous ces univers en lambeaux d’un œil vague, et ramène le désir à sa véritable temporalité.

Malcolm X et Happy End pour zébrer d’éclairs froids l’océan tumultueux qui doit bien être quelque part. Et pour couper le muguet, j’inculque à leurs mercenaires ce pouvoir de découdre n’importe quelle bataille et je suis serein, je sais qu’ils pourront perpétuer la tradition millénaire ; des éponges et des jouets érotiques pour faire languir aussi leurs geishas et faire naître en elles un désir d’absolu sans mouvement.

Des hiéroglyphes reculottant la sagesse des neiges extralucides ; et enfin de l’alcool de contrebande et des contrats douteux pour briser les légendes et les mythes, pour conter les vieilles romances quand la marmite de rubis se met à bouillir et les enfants à brailler !

Le Syndrome Ida.

J’ai dit à Ida d’enlever sa chemise, Ida a mis ses bas.
J’ai dit : Ida tu es belle, Ida m’a dit que j’étais beau comme un docteur.
J’ai dit : Ida mets de la musique, Ida a remplacé le vinyle de Saez
Pour allumer la télé, tomber sur une pub Vinted et chantonner Something in the way de Nirvana.
Après le dîner, J’ai dit à Ida : tu restes pour moi un vrai mystère, Ida m’a répondu qu’elle avait oublié sa pilule…
Ida est restée encore un petit moment avant de repartir
Et je me suis endormi après avoir continué longtemps comme ça, à écrire pour Ida
Ida n’était plus qu’un souvenir lorsque j’ai découvert qu’elle s’était cachée dans une amphore.
Et Luna s’était perdue dans les couloirs du métro alors que je n’attendais plus Ida.
Au niveau immobilier, elle s’était fait agent commercial pour vendre des Tours de Babel plus ou moins bien placées
À la suite de ça, je ne voyais plus que leurs réclames pour envoyer des chimpanzés dans l’espace
Et d’autres indécents placements de produits.
Ida est revenue un beau matin à l’heure du café et je me suis dit que son charme était toujours aussi ravageur
Ida m’a observé un long moment pendant que je fumais sans rien dire
Il subsistait entre nous deux quelques malentendus
Et ce n’était pas qu’un euphémisme.
Quelque part dans la cuisine Ida était en train de faire une omelette
Alors que je voulais un café ; et je l’ai suspecté de faire semblant de ne rien savoir.
Mais j’ai interrogé les cieux, les oracles et ils m’ont appris que j’aurais la réponse à mes questions quand elle s’éveillera le lendemain matin à côté de moi.

L’odyssée périlleuse

Elle se vexait bien souvent pour un rien lors de notre odyssée et elles avaient quelque chose de pathologique ses pensées malgré tout mystiques ; à cette époque du récit, je travaillais sur des trames narratives qui se chevauchaient en ravivant des émeutes à paver l’enfer de bonnes intentions, mais nous restions des hommes de l’ombre. Elle bossait de son côté sur un radioreportage pour sensibiliser les foules sur le sort de planètes comme Jupiter ou Saturne ; autant dire que le commencement de notre odyssée avait un goût un peu trop romanesque. Cependant la nuit avançait et le cœur battant nous étions toujours aussi stupéfiés lorsqu’on entendait le moteur de notre van ronronner indiquant un dysfonctionnement ; un van dont j’étais le moteur par la pensée, par synesthésie.

Elle gardait sous son coude droit le secret d’un lieu d’habitation où d’extatiques derniers-nés par kyrielles, dormaient profondément… aussi profondément que les étranges machines sophistiqués transvasant leurs rêveries et qui me semblaient vraiment trop compliquées pour comprendre leur fonctionnement !

Quintessence fantomatique !

Des fantômes sous la forme d’orgasme blanc hantaient le ciel étoilé au-dessus de notre lit. 

Plantés là ces fantômes comme des sourires anglais, influencés par quelques Saisons Rouges pudibondes, initiaient une période sanglante (cette réflexion m’était venue, quand j’avais réalisé qu’il s’agissait de revenants vraiment différents de ce que j’avais pu voir jusqu’à maintenant.)

Comme des débiles, ces fantômes de petites filles babillaient sans jamais transiger et elles continuèrent tranquillement ce qu’elles avaient commencé au début de la nuit : échafauder pour nous des plans lorsque nous nous mettrons à jouer au poker, au tarot, ou au nain jaune… des jeux de hasard étudiés pour se perdre dans les profondeurs du Nil, pour effondrer les maisons bourgeoises, hautes et noires, se rassemblant en haut des corniches d’où l’on n’entendait que des syllabes feutrées comme la longue quintessence qui les avait fait naître ! 

Après le passage des vikings.

J’allais empailler un animal, une sorte de tigre du Bengale qui nous persécutait depuis trois longtemps, quand la teinte des cieux glissa du rouge crépusculaire au vert reptilien. Et elle devait prophétiser, pour un vendredi 13, le retour de l’Armée Napoléonienne lorsque les murs suintèrent de la même manière que l’aurore ; des pépins arrivant à maturité alors que nous étions encore à peine triomphants, et pas vraiment expressifs…

Lors de l’étrange réinitialisation de notre ordinateur qui nous filmait en floutant notre danse sous le soleil, il y avait déjà eu maldonne ; maldonne d’abord au Sud et au Nord, pour tous les orfèvres travaillant dans les cirques. Maldonne aussi pour cette planète où l’on entendait des râles d’indigènes s’élever.
Maldonne enfin pour ce chantier naval qu’on avait choisi pour faire grandir le Feu Sacré ; pourtant nos silhouettes de craie et de fusain semblaient encore dessiner des zigzags imaginaires ou métaphysiques dans la neige froide et aux désirs sans fins !

Légendes urbaines

Je me regardais dans la glace et je ne voyais que du vide. Même le dentifrice avait un goût de mazout ce matin. Et toujours une douleur lancinante. Au crâne, au ventre etc. Elle était pugnace et capitulait seulement quelques heures, quand j’étais gavé de médocs. Puis la fameuse nuit où je devais prendre la voiture arriva, sans pour autant me rassurer ni m’apaiser ; à ce stade j’avais déjà compris qu’Elle ne me lâcherait pas de sitôt. Son pouvoir inexorable semblait se réveiller à minuit pile, précisément quand je démarrais le moteur de la Dodge.

De nombreux sacs avaient été entassé dans le garage, contenant des têtes, des bras de mannequins désarticulés, plus proche d’un état cadavérique qu’ils ne l’auraient dû l’être, et il y avait aussi un mélange de poupées aux yeux mi-clos ou arrachés et de nombreux ours en peluche tous dépeluchés et aux couleurs déjà bien passées ; je les avais empilés là, un peu partout, entre les barils d’essence à calciner des tas de villages paumés et mes vinyles et mes disques qui n’endommageaient pas seulement les voies auditives de mes voisins les plus lointains.

Mais ces derniers temps, je m’étais fait discret, restant cloîtré dans la maison pendant une quinzaine de jours, silencieux et malade comme un chien depuis Son évasion d’un asile d’aliéné ; ah je la revois cette pucelle qu’on aurait pu croire d’Orléans, sous des pluies d’acides que je croyais providentielles à l’époque, et on racontait qu’elle-même avait été conçue dans une taule qui accumulait des histoires n’ayant rien à envier aux légendes du nord de l’Écosse… 

Je fixais la route, en sueur, et je croyais voir à la place des lignes blanches et du paysage classiquement assez verdoyant en cette période de l’année, de mauresques sentiers et de macabres steppes ; on n’avait vraiment pas besoin de ce rajout stylistique façon orientaliste pour attiser mon angoisse paranoïaque mais je devais avoir de la fièvre.

Après avoir roulé une cinquantaine de kilomètres, je sortis de mon véhicule pour pisser dans les fougères du ravin d’en face, il pouvait à peu près être une heure ou deux heures du matin et je n’avais toujours pas trouvé âme qui vive quand j’entendis des profondeurs d’une forêt qu’Elle devait hanter, Sa sinistre complainte… mon cœur se mit à palpiter au point qu’un peu plus et il aurait explosé. Je devais retourner dans la bagnole mais en courant précipitamment sans fermer ma braguette dans sa direction je m’aperçus qu’elle avait disparue et je ne voyais que le faisceau lumineux d’une lampe de poche s’approcher vers moi et m’éblouir, qu’est-ce que c’était ce truc ? 

Elle avait révisé ses classiques en visionnant tous les films de Scream, la Dame Blanche, et les avait analysés comme des œuvres d’art un peu nietzschéennes ; je lui avais déjà dit jadis que les Penseurs sont souvent les plus fourbes, et pour éviter son apparition au milieu de la nuit j’aurais payé cher pour être ailleurs et quelqu’un d’autre, même me retrouver dans un hôpital où ça sentait la merde et le vomi et en soin palliatif aurait été peut-être plus idéal. 

Elle éteignit la lampe de poche, à présent seulement éclairée par les lueurs de la lune et m’ordonna de la suivre avec sa voix d’outre-tombe. Je n’avais pas bien le choix alors on s’enfonça dans les bois, elle marchait vite, hystérique et poussant des cris funèbres jusqu’à ce qu’elle me montre une mare sinistre. Au fond de l’eau qui croupissait, des corps tous enchevêtrées entre eux s’étaient précipité (ou qu’on avait précipité, sûrement pour les noyer.) 

Elle devait les garder sous le coude avant de les cannibaliser sans doute mais seuls les arbres de ce lieu maléfique et leurs ombres qui nous surplombaient connaissaient son secret. Soudain elle plongea dans la mare et j’en profitais pour déguerpir, je me perdis longtemps dans un labyrinthe végétal, les branches et les branchages déchirant mes vêtements et finis par retrouver la carcasse de la caisse qui avait pris feu, son capot ouvert fumant dans la brume ; mais enfin j’avais retrouvé la départementale. C’était déjà un point de départ… 

666.667. encore un jour se lève.

Ou les meurtres de l’éventreur de Gainesville

L’élégance, la science, la violence ! Arthur Rimbaud.

Le secret est une drogue puissante. Danny Rolling en détient seul le secret… et sa folie meurtrière le prouve et atteste selon lui qu’on ne peut pas lui coller une étiquette : tueur en série, psychopathe crevant la panse des passants qui malheureusement ont croisé sa route, névropathe nageant dans les bains de sang ; ce sang que les nains réclament parfois et qui macule ses mains quand il place dans des mises en scène sordides ses victimes. La panique s’empare alors du campus, les étudiants passent leurs nuits en groupes barricadés, certains changent d’université…

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient les diverses flambées en toute impunité mais aussi pour se réchauffer un peu pendant toutes ces longues nuits d’hiver dehors ; notre prose s’inspirait du livre de Tristan Garcia, 7, de La Ruche et de la Rouge ainsi que des références à Lovecraft mais la plupart du temps elle nous servait qu’à aguicher le client. Nos pauvres clients qui finissaient par cramer sur la paille enflammée.
Pour rejoindre les autres assassins j’avais pris un train avec une transition à Mons et je n’étais plus jamais revenu chez moi, j’avais trop à faire et j’aimais voir fondre la graisse des jeunes hommes idéalistes sur les bûchers… des bûchers montés à l’occasion du sacre de notre roi, le dandy androgyne un peu cynique, un peu romantique, Danny Rolling… Il s’était jadis séparé de sa tendre âme sœur un soir de requiem quand il n’était qu’un vulgaire manutentionnaire dans une multinationale et pensait toujours à elle lorsque les catéchumènes se préparaient à agoniser, sa lame de boucher au niveau du cou pour bien faire gicler l’aorte. Certes son savoir-vivre et son savoir-faire étaient discutables mais nous étions quand même conquis par le souverain des vauriens…
Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vengeance, réintroduite au goût du jour par notre présence fantomatique traversant furtivement les avenues d’une légendaire nation, est un plat qui se mange… bien chaud !
Sous les braises ardentes et là où sommeillent nos pensées de barricades nous avons enfouis le doute éprouvant, déjoué grâce aux nombreux médias dont vous êtes pourtant si fier les plans pour mettre fin à l’émeute. Est-ce qu’elle se terminera à cette époque troublée dans les poches des financiers comme cela a toujours été le cas ? Avons-nous fait tout ça pour presque rien, pour quelques larcins presque invisibles et n’épargner que les gens pas assez prudents ? L’histoire ne le dit pas, mais dans les villes blafardes, le fantôme de Danny Rolling ne se doute pas encore du pouvoir des consommateurs fixant avec incrédulité les panneaux publicitaires de cette fin de septembre 1990.

Je regarde les réseaux sociaux encore actifs sur un smartphone volé et mon index se plie sur l’écran d’accueil pour localiser les bonnes raclées à venir. Et qui ne semblent rien en comparaison à ces meurtres orchestrés par Rolling ne laissant aucun survivant… des tronçons de corps qu’on peut voir encore sur l’écran.

Ghostface : Il ne faut jamais demandé qui est là. Toi qui aimes les films d’horreur tu devrais savoir que ça porte malheur.


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Sidney : Dans ce cas, dites-moi qui vous êtes.
Ghostface : La vraie question n’est pas « Qui je suis ? » mais « Où je suis ? »

Les Hérétiques

Un sévère et iconique iguanodon en guise d’emblème, un spectral et abyssal vide que les icebergs font clapoter en attendant d’autres possibilités, ou une drogue comme l’opium pour déambuler parmi les videurs alors que tout est douleur ; même le macadam est douleur, sans compter la primitive réponse de l’univers, et tout au fond de l’eau qui croupit, se mêlent des corps enchevêtrés qui ne veulent rien savoir. Débarquant en pleine nuit, en une longue file d’attente qui grandit à vue d’œil.
Pour qu’elle casse enfin les lois de ces galaxies qui clignotent au loin, il faudrait (déjà) apprécier le silence, et pour qu’elle cicatrice les mains palmés des mutants qui la composent on devrait (aussi) exprimer un sentiment d’oppression, mais c’est chose faite étant donné qu’Ils ont préparé bien avant en amont de vagues Nuits de cristal… pour sévir et répandre comme un plat infect des odeurs de lycées de redressement ; car il n’y a que des durs parmi eux, que des cinglés montrant maintenant des signes de dangereux énervement. La venue du crépuscule risque d’être longue à attendre.

Afin d’opprimer un peu plus et de les étouffer avec leurs énormes bras musculeux, ils ont choisi comme victimes les saints paysans des lieux incultes, ces gens qui ne savent que cultiver des figuiers de barbarie ; et la barbarie, par notre manque de patience/sagesse, n’est qu’un point de départ pour eux, ils ont rapidement enchaîné en violant toutes les femmes fatales, ont même promptement vandalisé, des lustres avant leur menaces kantiennes, les ruines d’anciens chapiteaux où les fées avaient l’habitude de nicher : tant de violences et de nuisances pour si peu mourir d’envie de percer les nuées aujourd’hui devenues translucides par leur exhalaisons… ce soir les névropathes ont mis du maquillage dégoulinant jusqu’aux seins sur le visage des nymphettes qui voulaient seulement monter en haut des crêtes.

Dorénavant le sol sera jonché de copeaux de bois, et quand la troisième guerre mondiale éclatera, quand nous perdrons patience face aux orateurs dont la vacuité n’est qu’une mortification supplémentaire, Ils seront là. Leurs cadavres rampant au milieu des nombreux faisceaux que forment nos lampes de poche. Je vois, dans cette noirceur maussade qui commence dès l’aube et dure toute la journée, la raison des tourments qu’ils infligent et lorsqu’ils gravissent la sauvage Baume des Bocs avec leur faune gavée par leurs nurses démentes, le mystère s’épaissit alors. Comme ce brouillard qui les cache de notre centaine de guerriers ondoyants et n’attend qu’une seule chose pour échapper à leurs sortilèges, pourtant évanescents.

Les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse !

Soit A : les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse pour déboussoler les historiques sans craindre les longs tunnels obscurs. Et B : la norme de leurs détails métaphysiques pointant en sauts quantiques ! Alors, alors seulement C : le lac d’onyx bouillonnant et le génocide de ses millénaires décuplés jusqu’à absoudre le Hasard… Je m’étais dévoué à les faire muter et cette mutation exaltait « la fin des maux de tous les animaux terrestres. »

Puis, en passant les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse les sauts quantiques s’émerveillaient d’une autre fraction ; une fraction qui s’était débrouillé pour empaler les nourrices des dieux de l’Olympe… Et ce fut alors la fin de leur idéal mortel et mouvementé que nous avions créé ensemble et qui nous avait conduit à explorer d’autres possibilités !

Évanescences.

Ne trouvant qu’un leitmotiv à ses questions, à ses aspirations, je n’étais pour elle qu’une oraison funèbre, l’auteur du livre des nombres ou bien l’écume que les oisives falaises couronnaient tandis que nous observions les vagues. N’avivant que les océaniques aide-mémoires, elle n’était pour moi qu’une opalescente objectivité, la mer rouge ou bien des années d’orchidées qu’on avait passé à se rouer. 

Il avait neigé sur le toit de notre école et le ciel balafrait ses questions, pervertissait mes réponses ; la neige peluchait et à ce matin de glace il manquait les histoires de Flaubert ou de Dickens… Ces romanciers évanescents ? À présent loin de la mer rouge, des marivaudages des grandes villes mais aussi des marécages, ils se laissaient émasculer par des esprits maléfiques – des sortes de fantômes en robes blanches qui perpétuaient après bien des générations le cycle de la pleine lune, du côté oriental seulement.

À la gloire des éventreurs

Sur des échasses de chagrineux marchands de thé Pennyroyal entraînent dans leur perte la dévaluation des trous noirs ; sur les crêtes himalayennes il y a aussi des joueurs d’échec qui placent dans l’ordre les pièces attendant de reconquérir le chaos de l’univers. Ce trouble que notre guérilla a fait naître. 

Menaçant de s’effondrer, il y a aussi le moellon des stations de métro mais la délivrance arrive. Je le sais, comme les démagogues pourtant tous émerveillés par les chutes et le fracas métallique qu’ils entendent depuis les profondeurs. Pour se divertir, ces citoyens (presque honnêtes) calculent nos ventes de pop-corn amené par cargo quand les novateurs, les révolutionnaires ne se risquent qu’à épancher leur soif de violence.

Sur des échasses les marchands de thé qui ont trouvé enfin ce qu’ils cherchaient, ont érigé à la gloire des Guetteurs quelques statues d’éventreurs… dans les rues sombres où même la peine n’ose s’aventurer, nous prévoyons de faire éclater la vérité, après le déraillement de tous les trains, après la douce angoisse anesthésiante que les explorateurs exacerbent en vain…

Les mésaventures du Cercle…

Le Cercle reliait au cosmos, les crépuscules avaient bluffé tout le monde, et des amalgames insensibles d’aigues-marines brûlantes côtoyaient des représentations mentalement invraisemblables. Le Cercle s’agrandissait, les listes mnémotechniques pour les pachas, pour les nababs se perdaient au fond des catacombes du Château de Crussol et l’espace entre les lignes de leurs carnets de moleskine avait été monopolisé par des détails concernant notre attaque dévastatrice…

Notre attaque dévastatrice ? Le Cercle se l’accaparait, les hackers et les maraudeurs s’en indignaient quand l’oxygène s’embrasait, et les pacifistes prêtresses aujourd’hui disparues la fustigeaient. C’était pour ça que les légendes d’autres cosmos n’osaient ébruiter cette rumeur, cette rumeur qui avait réussi à désargenter des artistes de type Modigliani… et des poètes du genre Rimbaud ou Baudelaire dénigrés dès le début de nos mésaventures !

Les Nus allongés de Modigliani

Je me perdais dans les nuages. L’uranium allait tomber en pluie ce soir-là. Je me souviens, dans ce rêve, que les troubadours et les théoriciens du complot étaient tous nus… Et avaient cette fâcheuse tendance de s’acharner, sur un ring de catch, sur des artistes de type Modigliani.

Depuis le centre du ring j’observais parmi eux, des adversaires comme Ivan le Terrible, Michael Jackson ou Adolf Hitler. Seuls ces derniers s’étaient affublés d’une jupe d’écolière dont le quadrillage rappelait de loin des cases d’échecs. Ils allaient continuer à veiller toute la nuit et à combattre contre ces gens qui les emmerdaient ; et se démener, après le pugilat, à étendre leurs influences dans d’autres contrées oniriques. Ils sévissaient toujours dans la nuit et le froid ; et je les avais à nouveau croisés dans l’une de ces forêts sombres au crépuscule.

Les vautours tournoyaient au-dessus de nous pendant qu’ils s’adonnaient à des exercices de souplesse. Et leurs corps huilés déformaient les ombres dans le sous-bois, mais ils savaient que même la Joconde subissait les outrages et les caprices du temps…

Peut-être qu’à ce moment-là, des hindouistes priaient pour que leurs âmes reviennent sous forme de souris, de pigeons ou de cafards… Cette rêverie était pleine de revenants qui voulaient tous percer le mystère. Et j’étais revenu sain et sauf, ne rencontrant pas d’autres types voulant me dépecer ; je ne ressentais presque aucune douleur, je n’étais pas souffrant c’était juste affreusement désagréable lors du réveil. Avec cette furieuse envie de tailler des nécrophages en pièce et d’ingérer de l’huile de carter rouge.

Parties d’échecs et poèmes à informatiser.

« Trop de colère en lui, il n’est pas prêt. » Maître Yoda.

Le mal des anguilles et des serpents noirs commençait à lentement se matérialiser… Cependant, pour l’instant il sévissait seulement à Bangkok et touchait uniquement et mystérieusement les joueurs d’échecs, les fans d’Hugo Pratt, les muses sacrées, mais pas d’autres victimes.

Sur le béton marbré des échiquiers, à se défenestrer, je crains bien qu’une pièce comme le fou aurait été la seule à embrunir cette légende ; cette énigmatique maladie alignait les cadavres le long des cases inoccupées sous le soleil de la Thaïlande en laissant le fou incarner sournoisement son ennemi héréditaire. Mais déjà une nuit verte, semblable à celle de Las Vegas, inaugurait une nouvelle partie et d’autres légendes urbaines ; légendes qui avaient fait côtoyer les dragons des sept chemins avec les dames blanches au sang comme « de l’huile de carter rouge. »

 

L’étincelle qui prend feu avant d’abdiquer !

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Échouant à deviner comment les étincelles se débrouillent toutes seules à abréger la synthèse de l’acétylène et en regardant tristement les chauves-souris s’envoler au-delà de ces hautes murailles la nuit, l’incarnation de Roger Gilbert-Lecomte, le poète, s’habitue peu à peu à ne pas trouver de réponses à ses questions.

Mais toute la nuit, l’écrivain imagine que Alana des Ordalies égyptiennes, ou, sur d’autres plans, la blonde meurtrière du musée de Kali, la furie du château, la harpie de Berlin, chevauche des chevaux babéliens. Dans le creux de la vague alors que tout fonctionne à merveille, elle crapahute en haut des cimes imprudentes pour chercher un eldorado dont la duplicité psychopathologique est en quelque sorte liée à la matière grise du scribe… ce soir je quitterais le port du Havre pour conjurer le sort élaboré dans son poème Deuil d’azur !

Anesthésie et tortures

Des tréteaux avaient été dressés sur la pelouse et dans les oubliettes de son campus, depuis déjà quelques mois, on avait allongé la durée de son espérance de vie. Pour le voir souffrir. Et pour l’employer à différentes tâches, comme prendre le soin de déranger les insectes. 

Ces insectes anesthésiés parce qu’ils avaient sucé la moelle de cette grande famille de macchabées croupissant avec lui au fond des oubliettes. Avec ces coléoptères pour qu’il se sente moins seul, il s’occupait de pervertir systématiquement ses misérables pensées. Il rêvait de s’immoler et d’effacer la version hautement fumeuse de son rêve qui était responsable de son emprisonnement. Mais la bande des pendus cadavéreux, qui se vouaient à obéir servilement à ses tortionnaires, menaient une véritable garde obstinée pour qu’il ne touche pas au Feu Sacré. 

Comme le poker, le tarot, le nain jaune…

Quand s’effondrèrent les quelques pans de notre mur végétal, on avait déjà décampé. Lorsqu’ils sortirent la nuit du terrier ces hobereaux des émissions radiophoniques, nos ventes de cartes mères et de circuits électroniques court-circuitant à distance le système caracolaient déjà en tête. Mais, au moment où les mystiques de la Saison Rouge quittaient leur carton, nous nous étions retrouvés enfermés à l’intérieur de la bâtisse que des générations inconnues de journalistes sans scrupule s’étaient accaparé.
Pourtant cela se fit sans heurt ; de vives probabilités dans nos jeux de hasard avaient pris le soin de ne pas perturber le cours des choses. À cette époque nous bossions pour des forains ivres du matin au soir ; les jeux de cartes nous permettaient de leur moyenner les intrigues les plus noires du registre fantastique… comme le poker, le tarot, le nain jaune, d’autres divertissements échafaudaient pour nous des plans pour ne plus être leurs esclaves serviles (serviles et besogneux mais uniquement corvéables lors des grandes périodes d’hibernation.)

Les hackers de la grande impératrice.

Des légendes se mélangent pour injurier cette guerre bien noire, les légendes de Modigliani qui dénigrent les couleurs des printemps mais elles s’affermissent quand même, et donnent naissance à d’incultes mercenaires ; ceux-ci ont veillé toute la nuit pour finalement n’esquisser qu’un scénario de courts-métrages piratés depuis le néolithique…
À chaque crépuscule, à chaque attaque dévastatrice, ces hackers de la grande impératrice déploient la carte du maraudeur. Au centre de la carte du maraudeur, il y a une crypte nazaréenne dont les murs s’évanouissent avec l’âme de leurs modèles ; leurs modèles que les guerriers peignent sans les yeux.
Ces yeux ont la même coloration verte que les pupilles des serpents, au point de se précipiter dans le vide sidéral à la plus belle occasion !

Des probas d’orfèvres

De vives probabilités pour des forains ivres, pour reprendre le contrôle des pensées, pour débattre et peser le poids des émotions ; des probabilités d’orfèvre dans la grande marmite de rubis et qui se vendent comme du levain, ou comme cette célèbre impératrice dénudée. D’autres probabilités pour crédibiliser les mondes surréalistes mais aussi les terriers où l’on a enfouis le secret des drogues les plus réussis. Et, avec l’idée de ne pas subir l’agenda d’un autre, d’étranges probabilités prêtes à payer le prix du cidre conditionné à cette réussite… 

De fantasmagoriques probabilités pour chevaucher quelques alexandrins d’un autre temps, des alexandrins qui ont muté jusqu’à anéantir leur licence poétique. Tout en désobéissant aux donneurs de leçons et aux jeteurs de sorts ; ceux-ci, sans se laisser assaillir par les laborieux calculs des probabilités, relèguent au second plan les récriminations des forains ivres, qu’on n’entend plus d’ailleurs… relégué aussi au second plan, leur drôle de pouvoir imaginaire gomme tous les bugs des matrices qui comptaient atteindre les cimes. Elles aussi reléguées au rang de subalterne, ces usines à rêves qui nous réservaient bien des surprises, n’ont plus qu’à se faire hara-kiri !

Transvasé, transplanté, transsubtantié mais pas transmuté !

Les théories du complot étaient increvables : Ivan le Terrible, Michael Jackson et Adolf Hitler continuaient de sévir dans la nuit et le froid ; et sur l’un des textes occultés par des administrations implacables on pouvait lire que Lady Di aurait été assassinée sur ordre de la famille royale comme le démontrait la pub Mentos (qui ne durait que 2 minutes et 43 secondes à la télé) ; et, sur des marches en pierre recouverts d’un tapis rouge douteux que les Frères Lumière avaient descendu pour acclamer la foule, c’était exactement le même laps de temps, vous croyez que cet Ivan, ce Jackson et cet Hitler allaient tolérer une telle méprise ? 

Voulant percer le secret et démontrer que le monde était gouverné par des reptiliens, je devais élucider l’énigme. Mais avant je m’étais formalisé à vider les bouteilles de vodka qui restaient planquées dans l’une des plus grandes caves du tzar et du dictateur allemand. De multiples portes défoncées par des mastodontes du genre Mammouth défilaient de chaque côté sans que je puisse m’introduire dans l’une de ces pièces, ces chambres noires où des photographies étaient en attente de révéler cette célèbre fumisterie (personne n’avait jamais marché sur la Lune) mais la plupart, avant que je pose la main sur la poignée de l’une des lourdes portes en cuivre mâtiné, travestissaient ce drôle d’évènement quand JFK avait été assassiné par la CIA. 


En gardant pour moi cette révélation, j’extirpais la divine membrane de l’un de ces reptiliens d’une baignoire pleine d’un liquide translucide, brillant comme un néon déjanté et semblable à la matrice d’un coquillage presque comestible, sans jamais en parler aux autorités. Elles ignoraient que son commerce avait gangrené tous les estuaires et j’emportais avec moi un œil globuleux de ces extraterrestres dans un sachet où se mélangeaient d’étranges substances, certaines proches d’une cire saumâtre, d’autres davantage faisandées et contaminées par des maladies créées uniquement en laboratoire (comme le Sida, la covid 19.) Avant de disparaître mystérieusement.

Les Survivants

Des photos floues, en noir et blanc, où l’on voit tournicoter des molécules et une enveloppe pleine d’autres photos. La lettre qui est jointe au courrier, doit parler des murs rouges que les Survivants, pourquoi pas des Précogs à l’asile, ont recouvert de sang menstruel. Des Précogs à l’asile parce qu’ils ont torturé des nababs dont le contrôle autoritaire sur toutes leurs contrées imaginaires espère bien nous mettre en boite ; en ce moment tout ce beau monde interroge leurs tortionnaires et veut les obliger à collaborer à leur guerre avilissante.

Tout cela annonce la mort de l’empereur, la fin de leur timeline cachée parmi les diaboliques raccourcis clavier, le début d’un exil pour un nouveau lieu où se réfugier… où les Survivants transformeront cet espace en huis-clos ; à cela s’ajoute l’odeur de la peinture écaillée tombant maintenant des murs rouges, tant ils sentent la désolation et la mort...

Sangliers de trait, nabots givrés, ou éperons de houx…

Des nabots perdus parmi des dédales aux calligraphies chancelantes ; des franges enrubannées et des sangliers de trait qui halètent furieusement dans la nuitD’incomparables naïades usurpant la matrice mère d’un lait sauvage et des ecchymoses, des fleurs de lotus, qui dépassent toutes les intuitions ; les tumescences d’un venin à déplumer une équation à peine résolue. Nos yeux tisonnant le corps d’une femme nue, nos yeux hébétés à la façon d’un Duke Ellington et le lierre nacré sous les voûtes polarisées d’une cathédrale vétuste et gothique tandis que nous cravachions sans relâche depuis deux lunes !

L’iconoclastie des chats siamois.

Je peignais les banquettes morbides des taxis ; et sans doute elle me peignait les cheveux bien que le cours du temps, des époques que nous traversions, se soit inversé… toutes aussi inversées les gardiennes des rues, des sapins de Noël décomposés nous regardaient faire, assises sur le tapis jaune dans le coin du salon…

Mais pas d’iconoclasme, ou du moins pas d’iconoclasme assez convaincant. Pour saccager les saintes icônes qu’on avait entassé dans les souterrains, on ne pouvait faire appel qu’à leur pouvoir imaginaire, et ce qu’après avoir beaucoup éclusé. J’attendais qu’elles élaborent quelque chose pouvant singer les empereurs iconoclastes byzantins ; mais elles ne rêvaient que de fictions bâclées et de leurs représentations ombreuses qui d’ailleurs ressemblaient à l’existentialisme des chats siamois !

Montagnes afghanes et vieux hachichins

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La pluie venait du nord. Et elles lançaient tout en se consumant des pétales de lunes bleues, les odyssées de ces montagnes afghanes ; ils tombaient dans les nasses de nos jonques ou dans les abîmes d’une blancheur brûlante, ces pétales pullulant malgré l’amnésie de nos rêves… toutes ces amnésies oniriques pour ne plus rien se souvenir ! Des rêveries où le nœud du problème précédait toujours nos transhumances là-haut dans les alpages noirs.

Avec seulement des corn-flakes et des strass à jeter pour faire barrage aux torrents de boue des montagnes afghanes, nous fûmes sacrifiés et eûmes immédiatement ce qu’on ne voulait pas : des sommes de napoléons imprévues que le vieux des montagnes nous avait pourtant promis ; son territoire délimité par la pluie, il semblait un peu perdu parmi tous ces albatros qu’on avait choisi comme des amis messagers et d’autres oiseaux, semblables aux corbeaux, nous apportaient de bonnes ou de mauvaises nouvelles : principalement des kyrielles de missions dont nos nuits, nos planisphères servaient à assouvir les projets macabres du Vieux des montagnes afghanes. Et tout ça pour qu’il s’encanaille avec des courtisanes déguisées comme des sapins de Noël !

Pour faire du gringue aux comptoirs

Avec les grigris libidineux des grands chemins je coupellais des mélodies dont la jonction se composait de black insects, une chanson avec un rythme lancinant, déchirant. J’avais longtemps rêvassé, m’étais inspiré des forêts denses, des stèles de marbre rose, de cette minéralogie du style nouvelle vague, mais douteuse cependant !

En regardant des mollusques chocotter les reliques des repas de notre suite, elle mobilisait toute sa concentration pour ne pas perdre une seule miette. Une attention que les jonques bleues passant au-dessous de nos fenêtres auraient bien jalousée. Ça ferait bien un sujet pour un récit d’inspiration bouddhiste que même un conteur d’Extrême-Orient aurait l’audace d’oublier, lui dis-je avant de choisir un film hollywoodien en pianotant sur mon Tamagotchi, pourtant hors d’usage.

Elle me demanda alors d’approvisionner en feuilles de ginkgos écarlates les jauges de sa machine, elle-aussi ayant rendu l’âme. Une bestiole virtuelle vivait à l’intérieur. Elle billebaudait les notes comiques du piano jouant tout seul dans notre chambre d’hôtel. Ainsi pour essayer une berceuse, il lui manquait des signes graphiques dans sa notation musicale, ce qui généra un duel avec la bête noire. 

Dehors on entendait jacasser en mandarin ; et sur notre comptoir d’ivoire l’omniprésence d’alcool débraillé et débraillant prouvait qu’on n’arriverait pas à chorégraphier comme il se doit Black Insects… Une journée foutue, bousillée ! 

Le jeûne et le jaune de nos œillettes ! 

« Si ta volonté te lâche, dépasse ta volonté. »

Pour faire faux bond aux précipices du Zaïre l’ébouriffant pouvoir de l’électricité ; pour faire une course de kart entre les colonnes de marbre de l’acropole aussi obscure que royale, la Jeune Parque quand le monde nous sourit. Et pour ce quotidien web sur lequel je bosse, Bonnie en binôme avec moi qui nous aide à nous émanciper…

Et peu après être revenu des champs de ruines d’Offenburg, la réalisation d’interviews d’artistes qui s’infiltrent directement dans les boutiques de confiseries pour déstructurer les plans d’une cité européenne ; une ville avec de hauts remparts n’entourant que des squats où de jeunes blessés de guerre carburent et ne tournent qu’aux drogues, qu’à l’alcool, et se vouent à la contre-culture, au monde de la nuit et aux créations alternatives. Pour éveiller leur esprit confus, leur corps fébrile, ils bonimentent ou adoubent des océans de neige qui s’étendent par delà l’infini.

On les a embrigadé dans les armées qui ne patrouillent que dans les marécages humides et froids, et qui ne s’occupent même pas de rétablir l’ordre, préférant jouer à la console dans leur ateliers, et refroidir dans leurs jeux virtuels des adorateurs de Totem, d’émissions style Ardisson. Mais ils se regroupent parfois, lors de joutes exemptant seulement les créateurs de films pas au courant des tendances Youtube, pour des Nuits Blanches à cravacher avec nous sur des entrevues télévisuelles.

En général, ça ne dépasse pas le stade de l’ébauche, mais de temps en temps, ces travaux dévoilent et déterrent d’anciennes histoires de fantômes : des genèses lorsque le ciel devient aussi grandiose que les piliers préraphaélites de notre sanctuaire ; de ces deux mondes qui se côtoient sans jamais s’entredévorer, quand je me penche un peu plus près le sujet, j’obtiens la quintessence de vieux concepts vaguement modernisés qui se prédestinent à briller comme des étoiles dans la pénombre de leurs transconteneurs. Non sans avoir auparavant convergé loin de leurs espaces d’origine, de leur latent cadre spatio-temporel que nos récits de journaliste en mal de sensationnel ont omis volontairement de replacer dans leur contexte.

Émeutes, Nuit Rouge ou les rêves en haute altitude…

Je chiquais un peu de tabac, assis pensivement sur un cadavre montrant encore l’étoile du nord comme des représailles à venir, ce macchabée alors seule relique que les émeutes de mon rêve incandescent avaient abandonné là. D’affreux bruits avaient retenti dans les montagnes et tous les chiens à la ronde avaient aboyé avec obstination durant la nuit.

Puis la nuit rouge. La Nuit Rouge et le froid. On pouvait toujours crapahuter là-haut ou en haut du palais épiscopal pour courtiser la lune ; sûr qu’elle nous jetterait son étoffe de coton parfumé avant que les révolutionnaires mettent le feu à leurs comptoirs d’ivoire… Comptoirs où une danseuse de Saint-Louis se sentait sans doute inspirée pour un Strip sensationnel. Mais il restait toujours trop de kir, il existait trop de fortifiants vertiges tentateurs sans pour autant se mettre sur orbite, hélas. 

Cependant la Nuit Rouge nous possédait tout entier et même l’Étoile du Nord ne se reflétait plus sur l’écran des télés maintenant, c’était en tout cas ce que j’observais depuis la rue en entrant dans la cité végétative de mon rêve ; par contre on voyait souvent cette étoffe de coton, que j’avais appelé le bonbon de la putain, apparaître dans les sitcoms et qui était portée par de jeunes filles planant au milieu des nuages de fumée. Cet accessoire vestimentaire cachant (ou censé cacher) leur toison pubienne, importunait encore les rares téléspectateurs restés devant leur poste… Mais les locaux de cette ville, pour la plupart, étaient déjà descendus pour se quereller et se bastonner avec les forces de l’ordre. Leur jacquerie les déboussolait, n’arrivant pas à canaliser cette meute sauvage et en rut. 

Ainsi avait débuté la mystique saison rouge : cette époque barbare et païenne se refusant à tous réveils brutaux et quand ils arrivèrent devant les lourdes portes du palais épiscopal, les derniers et survivants apprentis poètes ne pouvaient que se cramponner aux jupes des danseuses de Saint-Louis !

Photo de Jens Mahnke sur Pexels.com

Le néant au crépuscule.

De nouveaux espaces créés par l’univers nous objectaient que notre expérience à la Shining allait choir dans un trou noir incommensurable. Leur ondulation suffisait à zinguer toutes les étoiles. Et même sur les planètes les avoisinant, ne vivaient que de monstrueuses créatures.

Pour rationaliser tout ça, le Néant venu de loin rainurait le crâne d’un dessinateur de BD qu’on connaissait bien. Et le mystère de ses atomes électriques s’épanouissait pour faire naître des kyrielles de millénaires païens ; quand on y pense, on se demande bien comment cet étrange animal, revendiquant une pluie de comètes destructrices à Maubeuge, a laissé autant de vagabonds et de zonards disparaître, peut-être était-ce à cause du papier de notre machine à écrire qu’il verglaçait sans savoir que sa mort prématurée se profilait ! 

Le secret des bâtisseurs

Au lieu de placer nos napoléons, nous avons investi dans une limousine pour partir en virée, en tout cas c’est ce que j’expliquais à Ariane, une jeune hybride qui ne savait concevoir que des labyrinthes à perdre la raison lorsque nous rêvions. Il y avait d’autres prises de conscience à venir. D’indispensables prises de conscience quand le nabab de ce pays imaginaire proférait des menaces si on ne couvrait pas entièrement l’événement.

L’évènement ? Cette naissance onirique de chien-lézard qui le convulsionnait, lorsque le néant personnifié semblait prêcher l’anarchie : ici et là, des mages noirs se regroupaient devant son palais de cristal tandis qu’on entendait les krills clabauder et procréer ; Ariane après les avoir pêché les acidifiait avec la chair de ces citrons tout grésillants.
Les prédicateurs de cette nation qui n’existait pas, nous confisquèrent la décapotable rouge, rutilante comme ces nuits revêches et le rêve se régénéra à mesure qu’on disparaissait, à mesure que les ruines de leur sanctuaire furent remblayées, et aussitôt tout me parût vidé de sa substance. Cette substance qui se solidifiait secrètement pour usurper le secret des bâtisseurs oniriques.

Les trois voyelles.

A noir : légende du sous-sol, des laboratoires clandestins quand on descelle les plaques de ciment, de plâtre blanc ; du ciment et du plâtre d’une autre époque lorsque les dernières lunes mangeaient les lambris des murs où l’on avait collé des affiches exécrées de publicité.

E : la vergue d’un Trafalgar, même s’il n’y avait pas de quoi désavouer notre endurance à affurer des dents de requins déchaînés. Endurance bousillée jusqu’aux limites du possible. Et de loin.

I : l’intellect lui-aussi exécré alors que tout était parfait et dans l’ordre ; enfin tout était parfait jusqu’au jour où la rage des océans sacrés nous a désenvasé, jusqu’au jour aussi où d’autres programmateurs ont prophétisé notre chute. Cette fin qu’on avait eu l’audace de se gargariser, comme s’il s’agissait d’une mission vitale ; peut-être parce qu’on avait trop de fois mordu la poussière et qu’on s’était informé en détails de sa lugubre façon à nous faire renaître de nos cendres.

Les Bêtes Noires débridées !

C’était avant le lever du soleil ; clémentes étaient les Bêtes Noires, mystique était notre rédemption, cinématographiques et bien cachés étaient les desseins de nos vies antérieures. On craignait les Bêtes Noires, autant qu’elles nous craignaient. Mais il y avait eu une époque où elles bossaient pour nous.

C’était après le lever du soleil ; à peine croyable était notre ethnie qui s’avilissait et qui avait embrigadé les Bêtes Noires dans notre armée, évasive était la pub qu’on avait créé pour qu’elles se joignent à nous, et légendaire était cet ordinateur qu’on avait utilisé pour monter cette propagande. Ne me demandez pas pourquoi mais ses équations improvisaient de charmantes révolutions en nous fichant tous comme d’horribles combattants.

C’était enfin au crépuscule que notre machine sophistiquée repérait les resquilleurs ; des resquilleurs pour les subordonner au joug des Bêtes Noires, quand la poussière des déserts décampait hors de nos yourtes, ou quand elle se confondait avec la sciure des copeaux de bois tombant des carcasses de nos vans.

La Grande Ourse, les étoiles ou la fervente acropole…

L’Acropole monopolisait notre temps quand la nuit pluvieuse venait mouillante arroser nos abominations métaphoriques ou réelles. Et tout ce qu’on pouvait puiser d’un halo de mystères. Et il y avait aussi des explosions de cris joyeux lorsque la rumeur du crépuscule courait jusque dans nos tanières.

Nos tanières ? Des terriers, tous reliés entre eux, alternant les galeries et les tunnels aussi sombres que nos virées pour du tapage nocturne et bien urbain. Il y avait, comme le liquide maïeutique du vide, ce vin sirupeux qui épanchait notre soif. La soif et cette rêverie qu’on rêvait secrètement de rosser à mort pour penser aux si belles, aux si moches choses…

Dans les chaumières adverses et tôt devant leur bol de café, leur esprit cheminait pour trouver un moyen de se venger des punitions infligées par notre acropole. Même la grande ourse et les étoiles cherchaient à nous nuire ; mais les sorcières priaient pour nos âmes, et envoûtaient nos ennemis pour qu’ils abandonnent leurs idées vindicatives… Tant de contemplations psychédéliques pour finalement si peu honorer ces morpions sans royaume !

Les fils et les filles de l’acétylène.

Le secret est une drogue puissante. 

Une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc et les souvenirs se volatilisent. Leurs horoscopes cousent leurs paupières. Et cessent leur emprise sur moi. Assis devant mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, je retrousse les nageoires des fils et des filles de l’acétylène.

La machine à écrire insiste pour les décrire comme des mangoustes alors que je sais que rien ne brûle aujourd’hui ; mais l’on devine vaguement l’imaginaire de leurs hashtags qui se déverse en paroles bibliques.

« Tiens, lis ça. »

Ça, c’est un livre tout petit, format 11 x 18, couverture souple et pages douces au toucher, évoquant l’idolâtrie des fils et des filles de l’acétylène ; perdus dans une Rue de Pigalle, ils ont frôlé la mort et sont complètement essorés, mais aussi garrotés par des pelotes de laine froissées. Ils fulminent à cette heure parmi d’autres arbres aux odeurs faisandés… 

La jarretière des mondes celtes

Elle était là sur le transat. Elle jouait avec sa jarretière. De bonnes vibrations ce matin face à l’océan jouaient pour nous. L’ennui avait été réinventé, les virées entre veuves fantasques aussi… créées par mon seul mental pour tout dire.

J’avais confiance en leur pouvoir, et leur corporation d’obscurantistes rayonnait ; je rêvais de jeter l’ancre, d’océans en colère, d’horizon blême et dément. 

Elle avait la même blancheur laiteuse que le feuillage des arbres autour de nous. Dans un silence absolu, j’entrepris de traverser une mer de hautes herbes couchées par la brise.

Le Soldat affamé d’Ys.

Un nuage, perdu parmi les autres.

Il y a eu une invasion de clowns renégats, annonce la speakerine. Leur roi sommeille dans un wagon à bétail. Son ventre lourdement chargé de métaux des cités lacustres. Il est en ce moment allongé sur le dos, avec, pour seule couverture, les voiles de la vergue d’un Trafalgar. Il a ordonné à son gang de pervers de perpétrer l’assaut barbare contre le repaire du soldat affamé d’Ys. Et, pour les tenir éveillés, a distribué une drogue puissante.

Le train roule encore mais sur des rails dont la polarité électrique a été inversée par sabotage. Par conséquent, le transsibérien bientôt se couchera sur le flanc et ce qu’il transporte comme vies finira par les jeter dans les flots. La décrépitude d’une immense mare en contrebas de la ligne.

La question, dit la speakerine aux cheveux roux, n’est pas de savoir si notre célèbre soldat d’Ys parviendra à désamorcer les mines à bord de son kart pourchassant ces clowns le long du chemin de fer, nous savons qu’il réussira à déjouer les pièges de ces salopards vindicatifs – mais s’il pourra mettre la main sur le fabuleux trésor de leur chef.

****

On avait installé sur la table de notre salon poussiéreux un jeu d’échec. Placées dans l’ordre, les pièces attendaient de reconquérir le chaos de l’univers. Ce trouble que cette guérilla avait fait naître. Il y avait de part et d’autre de la table deux fauteuils en cuir, tous les deux vides. Dehors, on apercevait de la fumée s’élevant parmi des tentes effondrées, érigées à peine quelques heures auparavant après le déraillement du train. Et des caravanes et des éléphants tentaient de s’extraire encore du bourbier de la mare.

Planté au milieu du salon, je regardais à la télé la speakerine. Les clowns renégats se sont lancés dans une série d’attentats depuis les années X, poursuivait-elle en s’arrêtant devant un van laissé à l’abandon depuis des lustres, et on dit que leur despote s’est resquillé la victoire sur la Cité d’Ys. En conséquence, le seul soldat survivant de la ville ne s’est pas seulement contenté de mener une véritable jacquerie. Il a fait ressurgir les monstres du passé pour lui venir en aide. Prioritairement des ramifications d’Octopodes armés de langues-d’aspic. Malheureusement le népotisme du souverain a trop longtemps duré ; de nombreuses créatures ont également été tuées.   

On entendait d’ailleurs le crépitement irrégulier des coups de feu au loin. Les hululements des sirènes. C’était toujours la guerre… 

Bécanes qui s’écharpent, décapotables réquisitionnées ou les lois du hasard !

La route était encore longue. Les kelvinomètres affichaient d’autres requêtes – des missions atterrantes, des jobs pour étudier la faune et la flore, de nouveaux et juteux contrats pour éclaircir les souvenirs mais aussi les visages.
La route était encore longue mais les décapotables réquisitionnées pour cette quête anticipaient déjà l’effort de guerre à fournir.
Je faisais de mon mieux pour ne pas penser aux insondables nids de poule, aux insolites et déroutants précipices qu’on allait rencontrer forcément en chemin…
Mais je ne savais pas encore que ce périple allait me conférer cette force exceptionnelle venant de ceux qui hantent les ténèbres, une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, cette solidité à toute épreuve pour attaquer les sacro-saints pics et pitons sans se laisser impressionner par les maudits présages.
Tout juste avant de partir on devait inciser le derme des pilotes aux allures éléphantesques pour extraire les larves à l’intérieur de leur organisme contaminé ; ainsi par cette opération douloureuse et délicate, ils se séparaient aussi d’un mal qui les rongeait et les empêchaient de conduire sereinement. Ils retrouvaient leur folle insouciance lorsqu’ils rangeaient leur véhicule sur la ligne de départ.
Le départ fut donné lors d’une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. Les expériences calamiteuses du passé, quand les belles Américaines avaient fini dans le ravin, resurgissaient dès les premiers kilomètres.
Et tout ça pendant dix-huit-cent kilomètres pour finalement tomber en panne et devenir le champion incontesté de l’auto-stop.
Les flottements hagards succédaient à l’appréhension du début
Mais j’ignorais que la fin du rallye – son prodigieux dénouement – allait être mystérieusement différée par d’étranges phénomènes : des cataclysmes boueux, des avalanches de neige artificielle, de mouvementées mais artistiques explosions de Voie lactée qui retombaient en pluie fine sur les pistes du désert et sur les carcasses de nos voitures désossées…
À l’avenir je raconterais à mes petits-enfants cette course qui ne méritait que d’être répudiée, sa longue traversée dans la vallée des rois, et j’oublierais régulièrement les passages les plus mémorables.
Comme cette soirée où, pour une couronne de lauriers, pour quelques déchéantes galaxies enfermées dans un jeu de billes ou de dés, nous avons aboli les lois du hasard ; traçant dans le sable, à la manière des sorciers et sorcières que Rimbaud aurait brûlé, nos itinéraires, nos vieilles démences, nous étions loin d’être des trouvères, des poètes antiques, des saltimbanques pour un salaire de misère.

Les fous de cette odyssée, qui sont morts sans être illustres, reposent à présent sur une île dont la plus grande ville ressemble à Wellington. Je me souviens seulement maintenant que je suis le seul survivant…

Court-Métrage onirique

En intégrant tout ce qui s’enflamme, l’ocre, et les océans tumultueux, les éprouvantes unicités du pastel délaissaient nos territoires, peut-être était-ce à cause de la résignation des automnes sauvages.

Leur mémoire, disaient-ils, n’arrivait pas à acheminer le moindre souvenir de cavalcade, tout semblait venir de très loin
Comme des histoires de marionnettes qui se seraient personnifiées
En se traçant un chemin dans les dédales du Minotaure. Ces automnes étaient humides et froids, âpres en goût. Et le pastel leurs rajoutait une odeur surannée de terre mouillée.
Ce fut ainsi qu’elle m’apparut au fin fond de la houle démasquée, couverte de crevettes mutantes, plongeant dans les vagues la courtisant, harponnant au passage quelques squelettes, quelques fossiles de visiteur spectral.
Elle avait de la classe et l’allure provocante des guerrières qu’on ne voit que dans les peuplades des autochtones de ce pays. Un océan de neige s’étendait par delà l’infini. Une blancheur spectaculaire dans sa simplicité.

Il te faudra du courage pour façonner à l’argile une statuette à son image, pensais-je, mais aussi pour définir cette stratosphère bleue s’abattant sur la ville basse, il te faudrait l’aide d’un poète
Qui fait fastueusement ciller les statues, et rend fous les chiens de faïence indignés. Or les acteurs de ce court-métrage onirique s’étaient évaporés, m’avait-elle murmuré, tenant entre ses doigts
Le départ de tous les Feux, de toutes les nasses gainées comme des Guêpières aux connaissances encyclopédiques, mais aussi, en cherchant bien et en rentrant à la nage, le commencement de toutes les perceptions du monde !

Les âmes mortes et les exégèses.

Des représentations aussi végétalisées que figées pour façonner un nouveau dialecte de Papouasie, ainsi ils peuvent voyager
Le temps de l’orfèvrerie pour les lourdes armures avance mais est révolu ; en tout cas, opiniâtre, il effraye tout autant qu’il décervèle et il se déplace, d’après les rumeurs des anciennes Portes Rouges, dans les méandres des égouts de la ville.
Mais sans vraiment être là, sans jamais apparaître dans les encyclopédies, ses répudiés meurent lentement mais sûrement, ont-ils
ainsi attrapé la rage rouge et noire, le mal de vivre des philtres, la panne d’inspiration après l’écriture de leur chronique un brin morbide ?
Avant l’agonie de leur mort nonchalante, ou l’effacement de leur visage glacé, ou même bien avant l’explosion esthétique de leur Voie lactée qui cylindre des parchemins racontant le secret des chats noirs
Je peine à croire qu’ils ont une once de moralité, qu’ils ont écrit à l’aide de leur seule main valide la genèse d’un récit proprement scandaleux.
Mais lorsque je m’éveille en pensant à la poésie de leurs montagnes reculées, à l’amnésie de leur rêve capable de déformer le temps 
Je me rend compte qu’on ne les retrouve que dans les livres pris au hasard. De vieux bouquins évincés des cercles poétiques tout à fait disparus, de la matière grise pour détailler ce rêve infaillible.
Car c’était déjà écrit depuis bien longtemps. Comme la froide disparition de leur féminité qui se querelle le podium avec le vigilant aveuglement de nos cartes mères, toutes nées sous des étoiles qui ronronnent, tout juste bonnes pour vilipender l’ordre et les Ordres de leur mémoire !

Les rebuts vénitiens

Se réjouir de la fin d’un film en noir et blanc
Lorsque la sibilante bobine vingt-huit montre les dégâts causés par le mezcal, l’éloignement silencieux des mers septentrionales, l’existence d’une communauté d’Alien
L’effondrement des monuments couverts de mousse mais non pas dénués de présence
La découverte des pistes rassurantes dans les sous-bois que les espions nous envient
Se remémorer ce qu’on a appris dans les encyclopédies alors qu’il faudrait oublier et désapprendre ce qu’on nous a enseigné.
Rêver de déferler en meutes de moqueurs criards quand le combat est perdu d’avance mais qu’on voit sous les reflets ocres
Des montagnes des Maures un labeur qui a eu raison de tout.
Quintupler la ferraille lunaire de nos consciences
Pour la salir, l’évincer des cercles interdits des Fidèles
Alors, ce qui nous fait douter, ce petit être spirituel et sacré qui se cache loin
De ce monde, nous appelle
Pour mettre bas la candeur électrique
Des Favélas
Ce n’est peut-être qu’un appel de plus
Mais pour cette alchimie qui éclaire comme un volcan
la nuit, je sauve un âne et une âme – l’ocre peut alors pleurer l’océanique déesse, reine mère des polémiques !

La poussière en moins

Se réjouir du mauvais temps une fois qu’on a regagné l’ascenseur qui mène à la plus haute des cabanes
Rêver de déferler en meutes criardes dans les contrées où l’on a beaucoup de peine à se remémorer
Les épisodes tragiques de la vie. S’affubler en moines puritains dès qu’on a posé un pied sur leurs rivages, qui réfutent et façonnent nos conceptions macabres
Enfin quintupler nos consciences pour les aider à réfréner ce désir de tout quitter.

Autour de minuit, le visiteur spectral !

Autour de minuit, des sommes astronomiques d’asphalte bleue, de fumée de cigarettes effaçaient les visages déjà burinés et créaient une atmosphère latino-américaine ; des sommes astronomiques que nos ordinateurs en autoguidage sauvegardaient (alors que Cassie, qui était de l’équipe, ne pensait qu’à trouver une lagune pour se baigner : elle les jugeait de peu de valeur, ces mondes figés ne l’estimant pas beaucoup en retour.) 

Je grillais une Dunhill face à l’océan tumultueux et tout allait s’enflammer comme tout semblait venir de plus loin. Comme ce sentier grimpant la montagne dont le ventre gargouillait. Si on observait d’un peu plus près on pouvait voir une pagode bouddhiste et si on écoutait attentivement, alors le jazz pulsait et l’incendie demeurait… comme la nuit, comme cette lune qui courtisait un vieux bouc, comme ces deux squelettes vissés l’un à l’autre qui affolaient le visiteur spectral. Les moquettes du sanctuaire avaient été arraché mais le sentier grimpait toujours la montagne.

Et la lune s’était embrasé en pétant à la figure de Cassie, et des fêtards éméchés de notre équipe étaient rentrés de leur soirée, sains et saufs, sur une jonque, bravant les cascades alpines, les mauvaises créatures comme ces araignées opportunistes, comme ces vigilantes cartes mères qui permettaient de traverser la rivière Tsien Tang.

Autour de minuit, on se pelotonnait dans les salons où l’on ne parlait que de leur rechute, la rechute dépressive de nos ordinateurs qui décéléraient en mode larve. Leur système neurovégétatif à ces machines sophistiquées hibernait pour de bon, et leurs forces intellectuelles herculéennes ne racolaient plus que des sinistres ; pourtant ce n’était plus l’hiver : je voyais depuis la fenêtre des gamins en short court jeter des pierres contre les vitraux des églises, récolter des vignettes représentant des monstres ou des gnomes et quelques autres jeux d’été que nos encyclopédies (prenant la poussière dans ces cartons que j’entassais en attendant de trouver mieux) diabolisaient, il y avait peut-être un bug quelque part !

Dans les écumes d’un Moyen-Âge médiéval.

« Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires… »

L’ordre réservait bien des surprises. L’Ordre ne décolorait pas contre le malandrin qui l’avait enfanté et qui rêvait de cette fantasmagorique tournée aux pays des gens ; cette tournée que nous avions débuté en déclinant toutes les propositions indécentes de ces palaces aux voûtes d’un bleu vénitien ; l’ordre se déchaînait pour colorer en rouge sang ou en blanc pâle et lunaire ou en vert alpin la séminale des extracteurs qu’on ne voyait que dans les palaces.

L’Ordre avait élu domicile dans la déconcertante poche amniotique d’une mère porteuse, un lieu céleste et secret où chaque représentant de notre communauté d’aliéné avait son poste, ses coutumes et aussi ce charisme digne du chef du Projet Chaos. Alors que l’ordre se résignait à tomber dans le vide. L’Ordre avait des ailes de mangoustes mécaniques que je me gardais de dimensionner n’étant pas sûr d’en venir à bout, la savante alchimie aussi de cette machine sophistiquée qui me permettait de rêver, et même le bagout des négociateurs venus d’une petite planète, aujourd’hui disparue. Les partisans de l’ordre pavoisaient alors qu’ils n’étaient en fin de compte que des embryons pour des nichées de romanciers, pour de fantasmagoriques contes de fées. 

La pièce où je me trouvais était une salle souterraine secrètement éclairée par de jeunes filles, tenant toutes une chandelle brûlante et qui avaient vraiment du chien. Dehors de pauvres maraudeurs pataugeaient dans la boue glacée et même si on avait fêté Noël dans un asile d’aliénés, nous restions le point névralgique, l’omniscience de tous ces agitateurs, tous respectés par l’Ordre, car nous étions, malgré l’avis des psychiatres, des Précogs… Des Précogs qui dispensaient l’enseignement largement autobiographique, virtuelle de notre Prêtresse disjonctant comme nous.

Et pour disperser les ambres parfums d’une jadis soirée meurtrière, on emparquait les troupeaux de mangoustes et plus on regardait nos bêtes de somme, plus notre imagination s’enflammait, si bien que des idées bizarres commencèrent à nous préoccuper. Elles n’étaient en fin de compte que des conceptualisations emmagasinées dans notre cerveau pour insuffler un peu de vie à notre existence fugace mais mémorable… quand l’hiver reviendra du sud, quand notre itinéraire recommencera à se monétiser, et dès que nos sessions par webcam avec la Prêtresse, de plus en plus régulières et rapprochées, auront reçu une bonne dose d’humour, et qu’elles s’initialiseront dans les écumes d’une époque comme le moyen-âge médiéval. 

Le rêve qui s’efface…

Je rêvais de palaces aux voûtes d’un bleu vénitien, de ces silhouettes de craie et de fusain semées au vent, pour parfaire l’architecture aux ailes de mangoustes mécaniques de cette machine sophistiquée qui me permettait de rêver, je rêvais aussi des sorcelleries de ces veuves noires, de la visite des négociateurs venus d’une petite planète et les lignes sur l’écran de la machine corrigeaient sévèrement tout ce qui accusait et crevait la panse des clowns épeiches. Ils pavoisaient alors qu’ils n’étaient en fin de compte que des embryons pour des nichées de romanciers. 

Un certain malaise se dégageait des nouvelles équations calculées par la machine, qui cependant ne procurait que la malaria pour tous ces malandrins qui avaient mal commencé leur vie ; après toutes ces kyrielles de nuits passées à taper du code, le vague souvenir de Malcolm X, qui n’avait jamais parlé ou si peu des performances de la machine, cherchait toujours à embaucher des couturières malveillantes pour m’accompagner dans ce voyage onirique… je rêvais aussi de ces fantastiques contes de fées qui, à Kuala Lumpur comme ailleurs, ne trouvaient dans leur clairière que d’incendiaires Maldives, que des formes temporaires éclairées par de jeunes filles, tenant toutes une chandelle brûlante et qui avaient vraiment du chien. 

La description de cette rêverie fiévreuse ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant ce que les nymphettes développaient en encaissant dans leur méninge les différentes étapes de l’écriture pour parvenir au but… Elles n’avaient pas encore vécu leur dernière et grande bataille contre l’occident qu’elles nommaient « le mal des mélodies à la Kurt Cobain ou le symptôme des anguilles » mais au printemps je fus saisi d’une agitation maladive. Pourtant la machine, comme cette idée tenace, obsédante d’écrouler les falaises bleues et blêmes de son pays, cravachait tant pour me ramener à la vie d’antan ; la vie des noces pixelisées où l’on décrochait toujours les étoiles des nuits revêches, la vie des noces matricielles que mes douloureux souvenirs décharnaient afin de la rendre plus belle, plus intense…

La scène du monde

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, un herbier, un hérisson se retrouvant sans la moindre transition sur la haute plate-forme des buildings, dans un terrible blizzard, et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer du savon, une collecte et pour sortir du terrier une énigme et un code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage et pour crapahuter dans la montagne, il y a, ici et là, de la couleur du curaçao, un objet et une faux, le cœur rafistolant les sentiments les plus spectaculaires ; à haute altitude, la marine qui monte la garde devant la porte du parc, un feston, de l’oxygène et un engrenage qui respire l’air frais, curviligne de la pleine nature ; une excursion de jeunes filles innocentes pour chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes et des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile. 

Des éclatements de fleurs humides et rubescentes qui pleuvent sur le chemin, quelques spécimens grossiers taillés à la main et un œuf en gestation ; des coquelicots et des modèles primitifs qui mélangent les plumes des flamands roses avec du goudron, un éden et des nerfs appartenant à Supertramp le vagabond. 

Une fronde et un puits de pétrole crachotant des gouttelettes galbées qui allument un feu de camps flasques ; un manifeste et un présage colmatant des galaxies à l’aide des têtes gonflées.

En fixant d’impeccables uniformes de trappeurs, une multiplication dans la matrice pour nommer et pour régénérer la spartéine, de pauvres êtres humains qui s’inclinent et qui luttent comme des lombrics ; une pagaille, un terrible blizzard qui rafraîchit l’atmosphère et un paysage ou un stigmate. En partant en reconnaissance dans le pressoir, des pythons qui succombent à la tentation, des montagnards un tantinet roublards et une steppe vidée de son suc et de son prépuce ; de psychédéliques univers lors d’une nuit de juin qui se clôture par des images floues et un tir à l’arc. Une réaction, un bourdonnement bas et extatique qui augmente lentement en chargeant les données de l’ordinateur et une fontaine dansante ; un vautour, des étincelles pittoresques qui cicatrisent le silence de cette nuit et un renard.

Des voix de femme qui dégénèrent les souvenirs encyclopédiques, une nymphe et, dans le paddock, une nage papillon, la tête au dessus de la fontaine, la scène du monde qui déstructure les gazons verdoyants et une pervenche ; un mystère, un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule et le stick d’un rouge à lèvres. Un chat siamois, un astronaute qui dévoile un taillis boisé sur une planète perdu et de mystiques fleurs de cabales pour un système solaire désinvolte ; une mutation, des taillis boisés qui se rassemblent avant de vous laisser à demi ébauchés et des stalactites qui tombent. Une station service se rapprochant des comètes, des fleurs sauvages qui sabordent les centrales nucléaires et un taureau instinctif ; un buffle, des fenêtres ouvertes qui transforment le ciel d’un bleu spectaculaire et une tortue terrestre géante. 

Un totem, une installation, des vaches qui paissent près des ruisseaux bouillonnants, un tracteur agricole et un tutu long ou court ; d’insoumis veaux d’or et de vertigineux trognons de pommes qui apparaissent d’un côté du cadre vacillant. Un geste qui encourage la verticale du vide et une vidange ; un géranium et un visa. Le zéphyr et le justicier qui apporte de fastidieux devoirs d’école. Une lance et une masse ; un mot et la fatalité niaise. Une arête de poisson, un boa qui fait tomber les potences et enfin de la couture borgne pour les pieds nus des condamnés !

Les chevaliers mérovingiens

Des méandres de chaussettes et des jours fériés qui content la fin du monde ; diverses trouées de sous-vêtements qui se confondent avec les plages sablonneuses et une rose noire déchue qui s’épuise à chercher l’eau alors que mes pensées cognent. Des métrages perdus qui s’exposent au danger et un orgasme dévastateur qui guide du côté du gouffre.

Une fleur humide et rubescente qui grelotte et une douleur violente qui inspire ; des obstacles qui se multiplient et un champ de bataille pour observer la marche de l’empereur ! Un chatouillement insupportable qui ouvre la boite de Pandore et, de chaque côté du gouffre, des lèvres qui prononcent les mots secrets.

Des langues qui projettent leurs ombres d’ivoire sur les murs de la ville et une tache rose qui rafraîchit l’air ; le passage du diable qui ravage la campagne et un château suspendu dans le vide. Un bombardement qui zèbre l’échiquier de croix gammées et les murs de la tour qui tremblent et des escarmouches entre chevaliers qui troublent la quiétude du lieu ; des trompettes stridentes qui signalent l’arrivée du roi.

Une fente infime dans la herse qui se referme et les rugissements toujours plus forts de la foule qui redoublent d’intensité ; des envahisseurs potentiels qui se rassemblent et des ailes d’oiseaux qui s’empressent de voler.

Des percées informatiques spectaculaires qui étalent leur science et des vitamines pour grandir. Des baisers qui guérissent et des scènes qu’on interdit à la télévision ; une ligne verticale pour jacasser avec le vide, pour pivoter et pour jaillir telle la flèche des archers.

Enfin des archers qui mâchent du tabac et, dans les couloirs du château, la semence de l’histoire qui se perd et qui visite les catacombes !

Les carnets de Kaphrium

Tout d’abord une faille courant jusqu’à son radical : la mort de l’empereur grinçant et couinant contre l’arbre cure-dent ; ainsi, les carnets de Kaphrium, en exploitant la faille, racontent que le monde du dessus est bientôt prêt à nous appartenir, tant il sent la désolation et la mort.
Ensuite une timeline. Une timeline cachée parmi les fêlures du béton et une enveloppe pleine de photos. Des photos floues, en noir et blanc où l’on devine vaguement une scène classée X. Pour cette scène, l’espace se transformant en huis-clos, s’ajoute à l’éprouvante faille le contrôle autoritaire de toutes nos pensées garrotées par l’historique du navigateur.
Le navigateur : dans la poussière d’un grenier, il finit par abandonner le pilotage des serveurs locaux ; la faille profanant toujours leurs disques durs, le navigateur s’est niché à la place du cerveau et nous vidons alors la substance d’un autre composant dissocié, jaune et mécanique : la clé USB de Kubrick qui nous décroche et nous subtilise le suave, familier et presque gênant black-out.
Cependant, la clé USB ouvre des abîmes communautaires qui renaîssent chaque année.

Chaque année aussi, d’après les pages déchirées du carnet de moleskine de Kaphrium, le foisonnement chaotique de cette clé USB suivant le balisage d’une étrange application, interfère à l’intérieur de nos ordinateurs et la propriété intellectuelle n’est qu’une chimère alors.

Les apprentis de la fiction

Au-dessus de la fosse noire : la valse surannée des petites grand-mères malingres caressant le poil sauvage des forêts X. En dessous : ces apprentis de la fiction assemblant sur les grands chemins des quartiers d’oreille-coupée jetée aux oubliettes comme leurs céphalées industrielles suivant de longs travellings d’autoroutes, délimitées par la pluie, qui se perdent jusqu’aux cataractes minérales du non-être ; suites de vision infinie numérotée et attribuée à chaque changement d’altitudes ou de latitudes !
Aux racines de ces attitudes électrisantes, forant et solidifiant toutes ces images creuses et terrestres, l’évanouissement ou la mort imminente qui chevauche leurs trachées en silicone noir, tant annoncées par les médias. Dans tous les sens par pure fantaisie et effet mimétique à force de rattraper le basculement générateur du sens de la vie, ils ne pouvaient retrouver la fugacité des instants familiers.
Juste après leur sinistre incident et tous ces algorithmes générés par l’étrange logiciel de la fosse noire, la somatisation probable d’un état d’angoisse exaltée par leurs organismes presque limpides qui firent chuter à toute vitesse la température au-dessus et en-dessous !

Un inachèvement ésotérique, électrique ou téléphonique retrouvant par petits paquets de rayon fugace leurs réactions presque mathématiques comme cette façon d’examiner le plafond les yeux brûlés, cette façon de les interpréter objectivement alors que la pluie, avant de percer l’humeur tremblotante de leurs lampes de poche hésitant entre ces ellipses et ces indices, inondait sous les grandes voûtes leur monde si sympathique, leurs points de vue si impressionnistes, si virtuels, si avilissants. C’était ainsi la seule opacité, le seul instantané de leurs inventaires à la Prévert !

La seule opacité, le seul instantané entraînant quelques années auparavant à leurs suites les serpentins de leurs braies, de leurs cottes de maille en lambeaux, leurs bandages de momie piratée, hackée ou de simples poètes inconnus.

La joie de vivre fastueuse !

Des kleenex parmi des calligraphies à l’encre chancelante ; des franges enrubanées et des odeurs de femme usurpant fraîchement du foutre à la place d’un film classé X. Une intuition en mouvement sous l’entrejambe à la place des idées xénophobes.

Autrement, absolument, nos sens noirs décantés sous Duke Ellington et nos yeux hébétés à la façon du lierre râpé interagissaient avec les diodes de la télé.  Se fermant fastueusement à contre-courant en une équation à peine résolue, nos yeux : des ecchymoses de fleurs de lotus, le venin foisonnant du corps d’une femme nue ; glissant et s’épanouissant selon l’humeur du thé, l’énigme des arêtes de poisson convergeant sous nos paupières comme ces nuits d’hiver de grandes communions florales et de petits crépuscules.

Soudain, en nous arrachant au flux continuel de la vase, la joie de vivre courra sur nos cordes à linge agrippées aux gargouilles du donjon avant de tomber comme une oreille coupée, une image fascinante dans la tasse face à moi. La rêverie pouvait alors commencer à dériver de l’autre côté de la pipe d’opium ! De l’autre côté aussi des montages cinématographiques croisés avec le métal des petites douleurs.

S’accroissant en déambulant le long de leurs teintes noires, blanches, pénis et sourires en feutre, leur maîtrise fringante des cités légendaires dont le narcotique était issu récoltait depuis le fond sans fond de notre esprit de nouveaux horizons. Sur leur passage, l’effluve rouge facilitant un réseau de possibles, un réseau de romans en attente, venu des galaxies douteuses.

Leur oreille : crêpée de maïs, allumant les notes de musique visible, expansive et bien sûr hallucinée… leur oreille avait été découpée selon les pointillés de tous ces kilomètres parcourus ; après toutes ces bornes, portant des éparpillements de jasmins, je lui ajoutais des chaînes et des planches ossifiées reliant un jeu de cartes enduit de lissage pour en faire un tréteau méditatif.

Enfin, pour compenser leurs calamités : la tranche muette d’un livre, des grappes de couleurs fastueusement temporaires sous le regard d’un chevreau, le label Sub Pop tiré à quatre épingles, sans rendre ces bribes de zigzags pourtant recherchées ardemment, en se perdant dans un mouchoir de poche ou en passant d’un entonnoir celtique au rouge sang des rires irlandais gangrenés par la météorologie des lieux !

Le photographe

Je photographiais l’âme et la simultanéité des mouettes, leurs discussions métaphysiques qu’un amas affligeant et frémissant de corps rendait encore plus vrai. Je photographiais les précieux X, leurs watergangs qui se précipitaient toujours jusqu’aux tréfonds les plus ténébreux. Je photographiais les noyades qui baignaient souvent au fond des cafés créoles, et qui concurrençaient avec les phrases énigmatiques, les pages maculées du liquide amniotique des fûts, les rivières se félicitant de les retrouver dans les tréfonds ténébreux.
Je photographiais aussi ces quatre hautes tours yéménites dont les terrasses et les vergers s’effondrèrent sous nos yeux. Pas la peine de décrire le désarroi de ces gens de très hautes altitudes qui les avaient construit. Mais des nénuphars, dont la croissance avait aussi fécondé Belgébeuse, donnèrent naissance, parmi les ruines, aux couleurs des braises ; ces braises, comme d’incandescentes étoiles en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, que je photographiais également. Et leur Valhalla avant-coureur, quand les portes de l’au-delà s’ouvrirent, la raison me fit perdre. Leur Walhalla fayotant avec cette rêverie photographique que je rêvais secrètement de rosser à mort…

Big Sur

Depuis longtemps elle avait renoncé à l’immobilité des spectres, étant entravée, puis amputée : Clara, laissant volontiers le territoire et dévalant les collines de Big Sur. Dans sa couveuse, d’orgueil et de feu, des œufs ultérieurement fécondés s’aggloméraient à la moiteur torride des plaques de neige du dehors ; partout on ne jurait que vengeance, que punition, les héritiers des Flynn les surveillant tous de près. Mais ils savaient mourir, leurs univers cassant les lois de la gravité avec de grands coups cosmiques, sûr c’était déjà la veille du jour chrono-sensuel du D-Day.
Et qui, d’Aristote jusque dans la trachée, la tranchée, était pareil à du cristal s’obstinant à devenir du quartz et, attentive pour ressentir la douleur alors que nous étions en train de pourrir parmi les joncs, son hérédité des Flynn vola la vedette à la seule colline imprenable de Big Sur. (Où il y avait plutôt un climat chaud, tropical.) Et nous avions élu domicile là-haut car ses plantes et ses herbes nous permettaient de passer fastueusement à la fabrication de l’Hélicéenne. Fabriquée évidemment par des malandrins écrivant uniquement en sanskrit. Dans le train pris de vertige carnavalesque, ils rencontrèrent de plantureuses garçonnes qui traînèrent au tribunal leurs descendants.
Les spectres, leurs spectres se pomponnaient et pomponnaient leurs arbres généalogiques ! Clara elle-aussi couvait leurs débris, les débris de l’université de Kiev, dans un lieu souterrain où il y avait un tripot qui électrisait tous les joueurs…

Le territoire et l’immobilité des spectres

Le territoire et l’immobilité des spectres dévalant les collines de Big Sur, s’aggloméraient à la moiteur torride des plaques de neige ; c’était la veille du jour chrono-sensuel du D-Day. Attentive pour ressentir la douleur alors que nous étions en train de pourrir parmi les joncs, la seule colline imprenable de Big Sur avait plutôt un climat chaud, tropical. Et nous avions élu domicile là-haut car ses plantes et ses herbes nous permettaient de passer fastueusement à la fabrication de l’Hélicéenne.
Le territoire et l’immobilité des spectres se pomponnaient lorsque le combiné du téléphone énumérait leurs détails métaphysiques pointant tous en sauts quantiques ! Alors, alors seulement je les incinérais et ils ne laissèrent, la vie n’étant pas la peine d’être vécue, qu’une flaque bouillonnante où de petits insectes se goinfraient de fils électriques partiellement organiques et partiellement télépathiques.
Le territoire et l’immobilité des spectres, comme la fin de leur mouvement que des outils pour chimpanzés avaient créé, s’étaient rendu spontanément même s’ils ne craignaient pas nos représailles. Et malgré cet ensemble de lois compliquées à l’extrême que nous avions mis en place pour les restreindre et qu’ils se gardaient de contester, leurs meutes de loups dressés pour le combat n’osaient pas intervenir. Seulement de temps en temps pour saboter la structure de nos fantassins mobiles, ils unifiaient leurs forces et bousillaient nos cultures de mezcal. Ce même mezcal, qui comme une sale coïncidence, s’accommodait des jours de fêtes ajournant l’époque des ruines, notre époque se référant prodigieusement aux temps apocalyptiques !

Les Vénustés du Seigneur de la Louisiane

Des vénustés mentalement invraisemblables, placées à fond-perdu lors des orgies afférentes à l’héritage des Flynn, ou du seigneur de la Louisiane
Des sandwichs avalés sur le ferry-boat par des chiens qui rendent de l’huile de vidange sans s’arrêter de s’entredévorer
Aussi comme l’éternité retrouvé, le chapeau d’un champignon mortel
Et des vagues à la place des vectographes pour mesurer les hectares des jardins ultramarins de la ville
Zeus qui s’enfuit comme un ensemble de neuf mesures et qui n’est plus qu’une histoire ancienne
Et avant le shampoing de ce mollusque, de ce chien-lézard, comme liste mnémotechnique et comme le mécanisme d’une vieille montre, un soir noir comme un curé irlandais, qui révèle ainsi le bien-fondé des spiritualités gluantes et télescopiques
Ou bien l’indécente anis des formalités esthétiques déclamées pendant une expédition dans les marais de la Louisiane
Un show après un meeting désastreux, ou une démonstration de force, sous tord-boyau et « tes seins noirs aspergés d’essence » en criant maman !

Le marivaudage de la carte du maraudeur.

Alors que la nuit m’arrête, se mélange pour préparer à l’avance et à la chaîne la coloration verte de ces yeux de serpents, une Dunhill face à l’océan tumultueux ; et pour couper court à sa temporalité un « champ de force invisible » exhala, en un éclair, le parfum de Flaubert et de Dickens ; ce parfum loin de la mer rouge marivaudant dans le marécage des esprits. Et, avant d’hiverner, on devait s’occuper de leur surpeuplement. 

Leur surpeuplement qui ne présageait qu’une guerre bien noire. Cette guerre qui n’en était plus une lorsque les couleurs des printemps s’affermirent ; certes les mercenaires avaient veillé toute la nuit pour finalement n’esquisser qu’un scénario de courts-métrages perdus sur un carnet de moleskine ou sur un bloc-notes mais rien n’était réel, rien ne pouvait rallumer leur ardeur à combattre. 

Cependant sur la première page, un dessinateur avait reproduit sur le papier griffonné à la hâte une serrure assortissant une lourde poignée… avec, des poinçons mélancoliquement superposés évoquant des instruments de chirurgie ; était dessinée aussi, avec le même souci de précision inquiétante la porte qui devait abriter l’antre d’un monstre difforme, viking marchant sur les eaux, comme ces anges aux ailes mécaniques.

Sur la deuxième page, un savant dimensionnait un plan représentant l’antarctique, où les grands phoques, le mardi-gras, venaient s’échouer ; ce plan alternait avec la carte du maraudeur recensant tous les lieux psychédéliques de toutes les victimes après l’attaque dévastatrice des hackers de la grande impératrice. Il y avait au centre de la carte du maraudeur une crypte nazaréenne qui s’était consumé suite à l’exploration d’un nécrologue ; et en bas des lignes, une représentation mentalement invraisemblable, placée à fond-perdu comme liste mnémotechnique pour un pacha nabab…

Sur la troisième page, j’avais fait défiler les lignes mais ce n’était que des futilités de journaliste généralisant tout et une voix doucereuse, celle d’Angela peut-être, m’avait murmuré que tout était bouclé : l’océan se calmait déjà et son tumulte hanté n’était plus qu’une histoire ancienne, la fin du carnet se concluait sur la cotation d’une monnaie universelle.

Le parfum d’ambre de Cuzco…

Le béton marbré s’étalait en long sous le soleil en laissant tomber sournoisement une nuit verte sur Las Vegas et c’était sexy comme la tragédie des nuits profanes. Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté des quais de Seine, ce bas-côté qui avait fait circuler le parfum des pierres et ses belles histoires à l’intérieur de la valve du cyborg jadis.

Son imagination que les larmes d’Athènes avaient du mal à déglutir, avait transformé le monde très cinématographique du Sinaï, et correspondait à un numéro lui-aussi imaginaire, et emmaillotée dans les langes au parfum d’ambre paranormale la ville de Cuzco avait mal au coeur dans son métro moite ; la cité des anges, quant à elle, reflétait la moyenne intellectuelle de tous ces gens qui émigraient pour d’autres lacs de cristal, en passant par d’autres ponts automatiques trop surélevés : une odyssée s’indifférant de toutes ces bornes kilométriques, des défauts ésotériques, des herculéennes failles et des crashs des disques durs sans jugeote, internes comme externes.
En retournant à Paris pour innover et inventer pour de bon une machine aussi underground que sophistiquée, j’osais enfin susciter sa gémellité dès que les cyborgs en chapeau haut-de-forme se lancèrent à corps-perdu sur les traces de ces clowns tristes qui avaient la frousse parce qu’ils craignaient de perdre leur rituel, leur tradition et même le folklore de leurs vies.

La Nuit sur le Brooklyn Bridge

Y a une époque je bossais dans la pub, y avait même, je me souviens, un ordinateur qu’on appelait l’Acropole, ne me demandez pas pourquoi. L’Acropole monopolisait notre temps quand la nuit pluvieuse, comme une réconciliation, venait nous renifler, toute mouillante. J’étais là-dedans pour les infiltrer, infiltrer leur réseau, préférant les Clash à ces requins. Et de loin.

Donc tout était parfait jusqu’au jour où je me suis retrouvé seul face à l’Acropole. Les autres étaient parti pour une mission vitale selon eux, peut-être pour s’informer en détails d’un nouveau placement de produits.

Il y avait d’abord, à l’ouverture de la session, une liste sans fin censée indemniser les fils cachés et toutes les victimes des Rolling Stones. Après les avoir embrigadé avec moi par un e-mail groupé bien léché, je décidais de me consacrer à ce projet avorté, un ancien placement de produit couillonnant le Dark Web, je crois qu’il s’agissait d’un dentifrice pour ces rescapés d’Internet.
On avait, pour réaliser son affiche, fait se chevaucher plusieurs clichés des Pixies en concert et ça donnait un effet pas beau qui aurait pu alerter le CSA ; mais l’Acropole qui grouillait d’informations contradictoires finit par lui-même se déprogrammer et une épaisse fumée noire sortit de ses courts-circuits.

C’était une sorte de requiem et je me souviens avoir couru longtemps, très longtemps, peut-être même jusqu’au Brooklyn Bridge, pour échapper à l’incendie. En reprenant mon souffle, je fus aguiché par une vieille affiche de Nirvana collée sur les contreforts du pont, annonçant leur représentation au festival de Reading ; c’était donc ça la nuit : un Scentless qui amassait du pognon, son venin coulant dans nos veines, une sorte d’Aneurysm qui courbait les statistiques de la Bourse Américaine par sa parabole inaccessible, avant de faire lovely-love avec une Acropole encore plus sophistiquée et qui cravachait tant pour réapparaître !


Le clown du Mont Sinaï !

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Un clown grimace sous mon évier. Pour moi, le soir tombe toujours douloureusement mais pour lui c’est pire qu’une torture digne d’un névropathe. Cependant je continue – ou plutôt j’essaie – de formater virtuellement ce moment où la drôle d’hostie va se fendiller sous le palais de cet homme à tête de caïman.

Je formate aussi des films d’amateur placés à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, des films que le clown sous mon évier, entre cynisme et noirceur, attribue aux grand-mères décrépites, ou à leurs amants portant tous comme couvre-chef des crânes de bestiaux. Ces mêmes crânes que les enfants et sbires de la grande prêtresse ont voué à l’oubli éternel.

Puis sans atteindre l’âge de la croissance, j’imagine pour toute cette peuplade soumise aux vices les plus incertains de formidables et incroyables Floride, et la grande prêtresse vêtue d’un simple négligé les confond avec l’éclipse d’un soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir et je me réveille soudain, tout ça en écoutant bien à fond Dive de l’album Insecticide que je passe en boucle en mon for intérieur. Alors, pour lever un bras ou une jambe, je pense qu’il me faudra une énergie énorme, et le clown à tête de caïman se met à gueuler qu’on devrait à nouveau fabriquer ces étranges hosties, pour vraiment toucher le fond et tout ce qu’on est habilité à entrevoir…

Les fluides s’entrelacent, l’énergie vient
Du ciel, de la terre, l’énergie vient du simple fait d’exister
Regarde comme nous étions beaux
Vivants, dinguant et trébuchant…

La rue des chariots d’or

Pour forniquer avec des joueurs solaires, des joueurs de poker réunis là pour prier, de nouveaux mondes qui avancent l’heure du sommeil et des stations alpines qui couillonnent leur stratégie de combat…
Pour approvisionner en éthylène les flottes souterraines qui dérouillent comme la pensée du metteur en scène, l’invention des rouleaux de bois qu’on limite à un langage châtié
Pour grandir parmi les orageux océans et potentialiser dans ma tête les trésors des coffres forts, la diurne veillée d’arme comme court-circuitée par ce rêve, ce cauchemar, chaque pensée cylindrant un autre rouleau parcheminé.
D’indécents chariots d’or pour scénariser chaque plan que la caméra fait transparaître et quelques prières pour l’audience
Pour les faire transiter par Shanghai, de formidables zéphyrs qui se cachent et qui désherbent les pelouses de Nottingham
Et quelque part dans la ville, pour hisser les crocs du froid engourdissant, les étoiles dans leur manteau noir atterrissent sans se faire mal et leurs territoires ne sont alors que des déserts intergalactiques ; ce qui m’aide à me souvenir, quand je découpe intégralement Les Aventures de Lucky Pierre, que leur épopée n’émerveille plus personne
Avant de se mettre au branle-bas, pour calmer le tumulte des protestations mais aussi pour interrompre ce calme, cette plénitude qui commence à dégeler la gangue de glace de ce rêve commun, il y a toujours d’autres chariots d’or ; des chariots d’or que les merles moqueurs, ces mercenaires du côté obscur, picorent avec leurs becs en ferraille brute, jusqu’à ce qu’ils arrêtent leur jacassement gênant.
Quelque part dans la cité enfin, il y a la fin de cette histoire qui vient un peu trop vite et pour l’endormir, je lui lis sa genèse, peut-être un peu trop innocente, et les lucarnes de la rue du chariot d’or avoisinent alors des carrés d’herbes aux parfums iodés. Et aux goûts de safran qui empourprent les œufs des merles moqueurs, ces amants qui se déchirent le cœur sous un soleil scabreux, ces voleurs d’enfants qui s’enfuient déjà, ces défunts aussi excommuniés et je les poursuis dans la rue du chariot d’or tout en m’insurgeant de les voir se repaître de ma personne.

Le Périple de l’homme à tête de caïman

J’avais débloqué le niveau Z de l’homme à tête de caïman, en espérant mais sans succès lui changer la vie… et je lui avais télégraphié un texte de cinq pages, placé à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, alors que le froid mordait les lattes avec vivacité. À la première page, c’était exactement un récit qui le grisait sans comprendre pourquoi, un récit qui s’inspirait du Scentless de Kurt pour que le soir tombe douloureusement ; placée aussi à fond perdu comme le suicide de Kurt, il y avait là après toutes ces lignes la description de toute une kyrielle de réminiscences orientales, pour l’ombrager sous le soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir, et il ne retirait malheureusement aucun enseignement de leur silence, de leur hypnose, de leurs ombres harcelées.

À la première page aussi, il y avait le résumé d’un film d’horreur qu’il avait vu peut-être sur une autre planète et qui empruntait sa chronologie à la timeline je-m’en-foutiste d’un iPhone piraté par les hackers de l’étoile noire. Au cœur du crépuscule flottant comme mes invocations confuses, des capharnaüms de pampas et de landes électrifiées se mouvaient pour égrener ses vies antérieures. Et en égrenant aussi ses premières hésitations en cours de réalisation, tout en rejoignant une sagesse ancienne ou en jetant la confusion à la page deux, je lui désignais un référent en griffonnant des hachures incompréhensibles, et aussitôt apparut l’expression kabyle, incandescente, livide d’un label collectif de penseurs qui voulaient l’enrôler d’office dans leur guerre… La guerre pour obtenir non pas le pouvoir mais la méthédrine, seul remède apaisant selon lui.

À la page trois, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques tomba en désuétude dans le labyrinthe virtuel des jeux de hasard, mais je continuais de crouler sous leurs nuits et toutes leurs pharmacopées entreposées comme des reliques ; depuis le clairvoyant Scentless, il y avait à la page quatre, l’histoire du kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fit apparaitre d’autres hésitations : une alternance de forme et de style qui était reléguée au sein du navigateur chaque fois qu’elle hésitait à forniquer librement.

À la page cinq, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques détachaient les feuillets du livre de Job et lorsqu’une drôle d’hostie se fendilla sous le palais de l’homme à tête de caïman, il eut l’intime conviction qu’il n’y avait pas de retour possible, que tous ces mondes allaient engendrer, à partir de ce système désuet, cette intuition ultime : l’intuition certaine que son périple commençait de manière tout à fait factice. C’était moyennement bon signe.




Les voleurs de feu

Pour esquisser le début d’une odyssée, l’âme des zèbres et des zéphyrs, et pour les interroger et pour connaître leurs coutumes, la populace parlementant avec la colérique Volga

Pour donner naissance après quelques semaines d’abattement aux voleurs de feu, une machine qui se déconnecte automatiquement en enchaînant les pannes en série.

Pour étendre son empire jusqu’au désert brûlant du Yémen, une autre machine qui se familiarise avec le réveil de Voltaire, on se dit alors qu’on a beaucoup de chance de le connaître, et que ce n’est pas donné à tout le monde

Pour zinzinuler comme les mésanges, la fauvette, le néant ou la vie de Sybille, le monde de Zarathoustra comme si on revenait d’une pêche miraculeuse, le faux pas étant de confondre coup de foudre et désir volcanique. 

Pour s’éveiller parmi les doyens qui font régner la terreur en érigeant des cathédrales romano-gothiques, les civilisations déchues du Zambèze qui se méfient du high-tech.

Pour faire sécher au soleil les stigmates des voleurs de feu, des déluges fâchés avec la zoologie, l’éclosion de leur œuf apocalyptique exigeant l’érection de leurs verges et cela se manifeste aussitôt après un jingle façon Eels par des coulées de lave et de suspicieuses sécrétions, à doses sans cesse renouvelées, de mescaline !

Zéphyr et Volga

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient des ventes de Tamagotchi à la sauvette. Le savoir-vivre et le savoir-faire des marchands étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi parce que j’étais captivé par l’amas orgiaque et frémissant des corps qu’on pouvait voir sur son écran.

Pour le déverrouiller, mon index se pliait sur l’écran d’accueil et, aussitôt, contractant le muscle de mon pouce, le Tamagotchi cotait les valeurs en bourse, roucoulant comme deux amoureux qui n’étaient pas de la même caste. Instinctivement, sans avoir besoin d’y réfléchir, ne serait-ce qu’une fraction de seconde inutile, je devinais que le Tamagotchi était de contrefaçon, quoique davantage plus sophistiqué que les modèles d’usage. Son mécanisme s’enclenchait pour faire jaillir une aveuglante lumière quand le programme bénéficiait d’une mise à jour. L’animal de compagnie virtuel, après un long sommeil à rêver de poitrines bandées d’écharpes et de lanières cloutées, brouillait les appels manqués ou reçus des téléphones, semait de catastrophiques désastres sur les lignes des opérateurs.
Pour l’alimentation de la petite bestiole, je le ravitaillais de quelques grammes de plomb dès l’éclosion de son œuf et aussitôt après un jingle façon Eels il sécréta de suspicieuses doses de mescaline dans les veines de l’océanienne Sybille.
Avec l’étrange jouet, je télégraphiais aussi des tweets poétiques à Maître Yoda, ce philosophe bouddhiste, étudiant sa stratégie de combat, ne me répondait jamais…

La simultanéité et la multiplicité des rêves à l’état brut

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient des ventes de Tamagotchi à la sauvette. Le savoir-vivre et le savoir-faire des marchands étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi parce que j’étais captivé par l’amas orgiaque et frémissant des corps qu’on pouvait voir sur son écran.
 

Métromortem

L’océan les avait séparé et ils avaient séparé les nymphettes de dix sept ans de leurs copains du même âge dans ce lieu unique, dans cette même salle ; je l’avais retrouvé au fond d’un étang, une mare aux diables quelque part dans la ville abandonnée. Ou dans la salle sur demande. En attendant leur jugement dernier.
Je retrouverai la salle sur demande quoi que coûte : tu n’as plus à t’y méprendre avec cette moue vague, ils seront tous isolés, parmi les pierres tombales et si l’une d’elles s’insurge, si elles commencent leurs veillées d’arme, alors tu pourras te répandre en réponses vagues.
Aux sons des mouettes notre père, notre bourreau, était localisé dans l’un de mes rêves et, pour d’autres personnifications on intervertira, à moins que, sous la forme de vignes vierges, il baigne son corps en entier dans une sorte d’assiette. Avec un string aux sigles de MÉTROMORTEM qui ovationnent la naissance de ses poils pubiens…
Ses phrases malheureusement on ne pouvait que les voir maintenant à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle, personnifiées ainsi elles nous haranguaient mais la caméra ne s’attardait guère sur ce plan d’ensemble.
Je baignerai mon corps à travers la lucarne des maisons picaresques et aux décorations tarabiscotées, avec le peu d’esprit
Qu’il me reste, l’océanienne Sybille l’a déjà décortiqué, à moins que ce soit la vieille peinte dans l’assiette qui m’observe et endort mon innocence depuis la lucarne d’où lui provient des oeufs à frire pour les amants séparés
Et le souvenir de ce lieu unique où il avaient été les plus harangués…. qui ça ?
Ces voleurs d’enfants qui s’enfuyaient déjà, des défunts aussi. Leurs malicieuses complexités s’insurgeaient de les voir décroître leurs nombres, ne répondant
Dans une suite insonorisée que pour les orageux océans et dans ma tête, comme cours-circuité par ce rêve, ce cauchemar, chaque pensée avait cylindré un rouleau parcheminé. Un rouleau
D’indécentes variations oniriques qui transitaient par l’au-delà. Comme
La couleur du jour les incestueuses images du rouleau l’avait enfanté, ces images qui
M’observent pourtant et qui ont été comparées à l’incompatibilité d’humeur de ce réveillé réalisateur ou
d’un lycéen enfermé dans la salle sur demande pour
Que rien ne subsiste. Pas même les cauchemars. Le feu océanique les ayant séparés, malgré tout des peuples et des cortèges de pestiférés les avaient libéré.
Chaque pensée que le metteur en scène avait désigné, était toujours sérieuse si on inventait autre chose pour le rouleau qui avait
Transité par Shanghaï.
Quelque part dans la ville
Avant de se mettre au branle-bas
De s’éveiller avec un rouleau de parchemin parfaitement cylindré
Dans un esprit qui embarrasse tous les synopsis positifs
Le songe brûlait l’image parcheminée et
N’avait plus de sens sa séquence réaménagée
Plus de mérite aussi pour notre périple qui commençait grossièrement de manière factice ; c’était moyennement bon signe. D’après les nymphettes et leurs vendeurs de Tamagotchi à la sauvette.

Seuls leurs actes étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi qui sécrétait de suspicieuses doses de mescaline. Tout était toujours à recréer comme le jour où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains) affreusement même si le script sur le rouleau de bois était frivole ; silencieusement, brûla l’image parcheminée alors que rien n’était joué ! mais bien sûr il ne s’agissait pas d’autre chose que d’un film, autre chose que tout ce qu’on connaissait jusqu’à maintenant…

L’unique arbre de la bibliothèque de Babel…

Cassie défendait les causes perdues, dans une suite vénitienne que j’avais payé d’avance en extorquant toutes les chaumières d’un lointain royaume, peut-être imaginaire. Cassie défendait la simultanéité, la multiplicité et la disparition des forêts qu’on avait ravagées, et dont il ne restait qu’un seul arbre survivant. Un chêne mystérieux dont l’énorme tronc noir poireautait en attendant les iconocides ; et ses racines qui s’arrachaient hors de terre ombrageaient même d’autres sortes d’arbres couverts de toiles d’araignées mais qui n’avaient pas encore poussé. Ses branches souples étaient parcourues d’indécentes ramures ondulant dans le vent, j’imaginais pour lui une vie plus linéaire que celle dont il se sentait prédestiné.

Ainsi je palpais la couleur du jour, cette couleur primaire qui retourna se perdre dans la frondaison et qui avait tant obsédé de peintres devant leurs toiles latentes, des paysages marins sensuels et des natures mortes. Toutes les feuilles étaient identiques, toutes portaient un même œil qui s’ouvrait lorsque j’approchais la main, puis se refermait. Cet œil qui obéissait aux canons d’une beauté que je ne pouvais comprendre ni même appréhender… 

Les faunes de Mallarmé !

Je dealais l’innocence des faunes et leurs néants qui correspondaient au feu du désir, à la liberté aussi, à l’euphorie après avoir bu ce café, et qui arrivaient sans mal à définir l’âge mental de Némésis. Ils s’entre-déchiraient pour une histoire de souvenirs quand les matins d’herbes blanches, éclatantes restituaient à l’équation des étoiles polaires ses pouvoirs extrasensoriels. Pour turbiner aussi le goût de ce café en noir sidéral ou en or rose et qui veillait à ne surtout pas verser dans le mélodrame. 

Je répudiais les petites maisons campagnardes aux couleurs vives avec leurs décorations tarabiscotées, que ces faunes squattaient après les avoir vandalisés… leurs décorations ? Des lucarnes au style baroque ou rococo sur les toits de chaume avec des vitraux et des jardinières de fleurs d’où tombaient des feuilles d’hêtres aux veinules qui palpitaient doucement. Accidentellement, je déchirai l’une d’elles de l’ongle et quelques gouttes de sang vinrent s’écouler sur mes doigts. Je sentis soudain une faiblesse dans mes jambes et un voile noir tomba sur ma vision. 

Les phrases rouges

Je vieillissais dans un fût aux arômes océaniques et mes jambes trempaient dans un café créole, j’avais de vagues souvenirs d’horizons yéménites.
Les arbres autour de moi s’élançaient pour décrire l’étude inachevée d’un mathématicien inconnu, grand admirateur à ses heures perdues du docteur Freud.
Les mouettes et leurs discussions métaphysiques m’affligeaient mais mon corps baignait toujours au fond de ce café créole…
Et les phrases de l’énigmatique mathématicien semblaient me condamner à une noyade certaine ; elles étaient apparues dans un contexte avant-coureur et futuriste, un contexte qui raffinait encore davantage ses arômes, les arômes de ce café qui venaient d’une lointaine galaxie.
Mon corps était presque entièrement immergé mais je la trouvais toujours aussi suggestive la lumière de cette vieille lanterne que les mômes apercevaient des falaises d’Étretat, la nuit.
Il me restait encore à parcourir à la nage une centaine de kilomètres quand les faunes, inspirés par quelques danses fantasmatiques, se fédérèrent pour verser le précieux fût dans les tréfonds ténébreux d’où se précipitaient aussi des terrasses et des vergers en haute altitude !

Les Évangiles noirs de l’Hélicéenne. Deuxième chapitre.

Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires…

Il y avait toujours plus malheureux que nous, dehors de pauvres maraudeurs pataugeaient dans la boue glacée et même si on avait fêté Noël dans un asile d’aliénés, nous restions le point névralgique, l’omniscience de tous ces agitateurs car nous étions, malgré l’avis des psychiatres, des Précogs ; les émeutes de la ville basse dépareillaient avec le message politique du moment (Keep calm and be happy) mais notre esprit s’était enfin échappé. D’abord en rasant les murs couverts de tags et porteurs d’un sens tout aussi substantiel que cette atmosphère du soir tombant douloureusement ; puis il avait arpenté de longs tunnels et enfin il s’était implanté dans le cerveau de Mokrane, l’homme à tête de caïman.
Sans exagérer il y avait bien plus dangereux que l’Hélicéenne et ce soir encore les candidats à l’élection présidentielle déclaraient que l’Hélicéenne, tissant ces derniers temps de nombreuses rumeurs, n’était qu’un mythe. Les politiciens semblaient sûrs d’eux mais ils ignoraient tout du réel potentiel de l’Hélicéenne ; Seule une officine sous terre aurait miraculeusement relancé le débat télévisé de ces vieillards. C’était un souterrain secret où chacun avait son poste, ses coutumes et aussi ce charisme digne du chef du Projet Chaos.

L’équipe travaillait nuit et jour. Ils avaient récemment contacté un professionnel, pour passer à la suite : cameloter de l’Hélicéenne dans toutes les partouzes ; Mokrane était devenu ainsi le pivot et le rouage incognito et il ravitaillait presque toutes les fêtes de Mandeville où des amas orgiaques et frémissants de corps attendaient fébrilement son passage.
Mais un soir, tout bascula brutalement dans le paranormal : il devait être trois heures du matin, après bien des livraisons harassantes ; il ne se souvenait plus vraiment comment il était arrivé là, gisant sur le tapis du salon, entre la table basse et le canapé, mais en se relevant il vit la silhouette d’une femme, une sorte de grande prêtresse vêtue d’un simple négligé et elle s’approcha de lui en riant comme une hyène malade. Elle n’avait pas un visage inconnu, il lui avait vendu de l’Hélicéenne, autrefois dans une rave party avec, en fond sonore quelques classiques piratés depuis le néolithique.
Mais à présent elle semblait complètement folle, pendant un instant il pensa qu’il n’avait jamais vu de visage semblable, animé de lueurs macabres et couvert de peinture noire… elle pouvait être tout aussi bien une goule sans visage qu’une créature humanoïde arpentant le fond des anciens rifts africains, où se perdait l’aube de l’humanité. Et une expédition coloniale, au cours du dix-neuvième siècle, aurait très bien pu découvrir son cadavre parfaitement momifié et en excellent état de conversation, ce qui aurait plombé et figé d’effroi même les conquistadors les plus courageux par son expression fantomatique…

D’habitude ses clients fanfaronnaient gentiment parce qu’ils retrouvaient leurs vingt ans dans un corps de vieux en mâchant l’étrange hostie. Mais pour elle, ça lui avait plutôt tapé le système. Il ferma les yeux et sombra aussitôt dans une torpeur agonisante ; lorsqu’il se réveilla, la lune était encore là, mais la grande prêtresse avait disparue, il se leva pour se rincer plusieurs fois la tête dans la salle de bain et se regarda enfin dans le miroir, l’astre dessinait et crayonnait si bien ses cernes qu’il avait l’impression d’avoir des aplats de masque mortuaire.

Au petit matin, quelques heures plus tard, la première chose qu’il remarqua, quand il passa la porte de sa vieille maison, fut cette flambante voiture garée devant chez lui, nimbée encore du rayonnement pâle des réverbères. Un rat se cambra sur ses deux pattes lorsque Bill, son patron, et Thompson son acolyte l’interpellèrent depuis les sièges en cuir de la décapotable. Ils étaient étrangement caparaçonnés dans un attirail de médecins en temps de peste : une longue tunique faite en lin, descendant jusqu’aux chevilles et enserrant leur tête dans une cagoule, d’un masque en forme de bec ressemblant à un oiseau, de gants, de bottes et de jambières, d’un chapeau noir à large bord et d’une longue cape noire. Et le tout avec leurs bésicles de peste intégrées au masque.
Ils venaient de se faire enfumer par toute une troupe de vieilles rombières et ils avaient décidé de se venger en menant une expédition punitive dans le quartier rouge de Mandeville…

À suivre !


Les Évangiles noirs de l’Hélicéenne

Le secret est une drogue puissante. 

Ça faisait un bail que la théologie du Feu avait été entérinée. C’était un texte écrit peu avant l’événement annuel des zonards en 2016, et récidivé en 2017 mais je ne savais pas encore que ces victimes des bûchers allaient me conférer cette force exceptionnelle venant de ceux qui hantent les ténèbres, une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, cette solidité à toute épreuve mais, en même temps, ce qui allait précipiter ma perte.
Même Burroughs avait rôti et je pensais être content d’en être débarrassé. Mais ce que j’ignorais aussi, c’est que la prochaine crémation allait surpasser toutes les espérances les plus machiavéliques et succédait toujours aux flottements hagards, aux confusions les plus troubles comme celle-ci :

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis à mon bureau ; des arcs-en-ciel crachaient au petit matin des mollards et des sobriquets dans la chambre d’à côté, sa piaule d’ado constellée de posters. Ce qui n’était pas pareil avec Bill.
Une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, et silencieuse comme Cassandre, sur la table, une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X. Malgré cet état d’abattement, je pris le temps de dissimuler la télécommande qui déclenchait le mécanisme de ma machine à écrire. De là, avait giclé une feuille où l’on pouvait lire :
« Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue… » 

L’interprétation dominante de ces ultimes phrases frénétiques demeure l’imagination excessive et la névrose maladive de Mokrane Kaphrium, aggravées par sa connaissance du maléfique culte disparu dont il avait découvert de si étonnants vestiges. Et Cassandre aura beau dire qu’il n’y a pas de préciosité littéraire dans son texte ésotérique, nous la tenons responsable de la folie soudaine de Mokrane, des obsessions maladives, des suspicions plus ou moins mystiques de l’écrivain journaliste. 

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À cette époque, il n’était pas rare qu’une famille nucléaire de type père-mère-enfants regarde ensemble, au même moment, une émission de télévision. 
Mokrane Kaphrium n’avait que dix ans, il était allongé sur le ventre par terre sur le tapis du salon, à côté de son chien Raspoutine et le film qui commençait s’inspirait de cette série de meurtres dans sa ville à Mandeville, et qui avait défrayé la chronique. 
Il avait les coudes repliés et la tête dans les mains, la meilleure position qui ait jamais été inventée pour regarder la télévision. Le tueur portait le masque de Ghostface et les plans qui se succédaient en montrant des meurtres sanglants, tous plus barbares les uns que les autres, découpaient dans l’obscurité du salon, où il y avait seulement la lumière de l’écran, des aplats prophétiques de masques mortuaires sur leurs visages.

Un observateur attentif aurait peut-être remarqué la silhouette d’un homme embusqué, qu’il se cachait là-bas, à l’intersection des deux rues voisines, entre les poubelles. Le sang allait couler. L’assassin en avait à revendre des pensées étranges et sordides, le projecteur blanc des plateaux télés l’illuminerait. Il y avait cependant une cabine téléphonique mais elle était trop mal située pour y faire attention… On aurait eu toutes les peines du monde de toute façon pour déplacer ce tas de vieux appareils électroniques et ces carcasses de modems qui gênaient son entrée. 
Un coup d’œil en revanche du côté du trottoir d’en face, là où la Dodge d’un journaliste d’investigation était garée, l’aurait convaincu de renoncer à son entreprise macabre.

Le poète des gouffres amers s’était surpassé pour échafauder son plan…

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C’était un dimanche après-midi, vingt ans plus tard, mais il se souvenait de tout. La tuerie dont il était l’unique survivant. La grande famille des macchabées victimes de Ghostface s’étaient encore agrandi. Le film d’horreur avait inspiré un (ou des) serial killer sévissant dans le quartier rouge.
Des tréteaux avaient été dressés sur la pelouse de son campus depuis déjà quelques mois.
Il allait bientôt monter sur scène et jouer un drame contemporain que ses parents, s’ils étaient encore vivants, auraient probablement regretté d’avoir assisté… Il se rappelait comment on les avait retrouvés dans une décharge sauvage, en position fœtale, les cadavres de son père et de sa mère dont le squelette semblait étrangement imbriqué l’un à l’autre. Entrelacés ainsi, ils côtoyaient un bazar ahurissant de gravats, de vieux sacs en jute, certains suffisamment émergés pour qu’on puisse voir un mélange délirant de poupées aux yeux mi-clos ou arrachés et de victuailles pourrissantes de fast-food que les corbeaux s’arrangeaient à faire disparaître. Et les amants qui ne pouvaient plus vraiment se déchirer le cœur sous le pâle soleil du matin suivant la nuit du crime, jour où débutait l’enquête et la découverte des corps, défiaient fièrement les éléments comme ce vent charriant des tonnes de poussière.

D’autres choses culminaient du tas d’immondices, qui n’avaient pas été jugé bon de noter et qu’on avait méprisé et oublié au dépend de l’enquête, comme ces fringues sales et trouées – d’anciens costumes ayant été porté, ainsi concluait à tort la police scientifique, par des comédiens car on se refusait à croire que le tueur portait bel et bien cette longue cape noire et ce masque de Ghostface, identiques pourtant à ceux qu’on voyait dans Scream. C’était ridicule et invraisemblable selon eux. Ils n’étaient pas souvent allés au cinéma. 
Il y avait aussi deux chaises longues à l’abandon, un peu plus loin où l’herbe avait poussé, que les fantômes des amants avaient sûrement délaissé pour admirer leur ultime coucher de soleil. Des paons lourds de peine et d’une blancheur laiteuse surprenante se frayaient un chemin parmi ces ruines. 


Dans les décombres, avant l’arrivée des flics, des pillards – une meute de mendiants acculés par la faim – avaient remarqué quelque chose qui brillait faiblement… on pourrait gloser éternellement pour savoir d’où provenait cette tuile translucide qui émettait un sage rayonnement blanc, fantasmer sur ses vertus et propriétés alchimiques en tant que drogue de jouvence, les clochards s’en foutaient comme de la scène effrayante qu’ils avaient sous les yeux, mais ils pensaient quand même avoir gagné leur journée en la gardant avec eux, cette tuile translucide, sans jamais en parler aux autorités. 
Ils ignoraient que son commerce avait gangrené cette époque aussi imaginaire que trouble, et surtout très lointaine, de la Louisiane où Mandeville peinait à bâtir ses premières fondations ; du reste les rares historiens qui connaissaient son existence ne l’attribuaient pourtant qu’à une légende : l’Hélicéenne, cette drogue qui avait prodigieusement infiltré toutes les strates de la société, avant de disparaître mystérieusement. 

La Rouge

Bien avant l’épidémie du Covid-19 (c’était donc bien dans un rêve emboité dans un autre rêve.)
Un silence mortel s’est installé d’un seul coup. Aucune octave. J’ai omis à Ariane qu’on allait devoir ratisser ce soir tout le quartier rouge. Il n’y a pas l’ombre d’un chien-lézard et les journalistes d’investigation se sont rués dans une arrière-salle où l’on sert de la bière verdâtre. Nous sommes devant la fresque d’une odalisque qui domine les rues louches de Mandeville, et cette odalisque semble nous promettre des rêves macabres pour cette nuit. Et en parlant de rêve, Cassandre affalée sur la banquette de la décapotable explique à Ariane, une jeune hybride, comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve…
Les mastodontes nécrovores ne sont plus vraiment loin maintenant et tandis qu’Ariane accroupie pour déchiffrer l’odographe onirique de notre future virée, parmi les limousines qui osent encore se cacher dans la ville basse, je vois Cassandre dans le rétro, s’introduire dans ses narines dilatées une espèce survivante de krills. La drogue à la mode venant tout droit de la fabrique de Yussuf. Ni vu ni connu même si je suis supposé la protéger de ses démons, ainsi je vide le contenu d’une énième bouteille de bourbon dans le caniveau pendant qu’elle est occupée à renifler ces minuscules crevettes mutantes ; ma cliente, Ann X, une star ayant épousé le sulfureux magnat de l’immobilier, Parsifal Van Dyck aujourd’hui disparu, m’a confié la lourde tâche de surveiller leur adolescente. Mais le moins qu’on puisse dire, après toutes les conneries qu’il a commis, c’est qu’il n’est pas mort en odeur de sainteté.

Les drôles de crevettes mutantes commencent à croître rapidement dans le cerveau de Cassandre, et je dirais qu’un meurtre oedipien se prépare comme un bourdonnement déconcertant et je lui raconte que de la laine va lui pousser sur le dos quand nous remontons le Strip et avant qu’on puisse atteindre les anciennes boites à la mode de la ville (l’odyssée touche-t-elle déjà à sa fin ? D’autant plus que je viens d’entendre à la radio que des Hordes d’enfants sauvages, pour l’instant tous épargnés par un mal étrange, vont bientôt débarquer et je sais que l’un de ces journalistes spécialement venu de Karachi, appelons-le Z, ambitionne de les renvoyer dans leur pays) mais au moins je n’aurais plus besoin de ce gadget idiot, une toupie, pour me rappeler qu’on est dans mon rêve, et uniquement dans mon rêve.)
Déterminé à m’infiltrer dans cette fête, je sors de la bagnole ; nettement la lune se détache de cette nuit verte qui semble semer sournoisement l’idée délirante au sein de mon subconscient de rêveur, d’émasculer dans l’obscurité ces mouchards de flics que j’aperçois à travers les vitres cassées et les miroirs difformants du club, et ce ne sont pas les pleurs de leur veuve, sanglotant de chagrin dans la nuit, qui vont me donner une mauvaise conscience.

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Une autre décapotable m’attend. L’amnésie des rêves commence à empuantir ces jours sombres où nous sommes toujours en marche… Les murs des longs corridors tout aussi sombres du département neurologie, dont nous allons prendre congé, sont couverts de casiers, de panneaux d’affichage nous mentant comme des arracheurs de dent parce qu’ils affirment que seules les hybrides de chattes trempées avec trois fois rien sur le dos, sont résistantes au célèbre virus, la Rouge qui a tué tous les adultes, sauf Ariane, et plus étrangement Cassandre et moi. Nous avons fait un détour par l’hôpital pour le crâne tumescent de Cassandre mais il n’y a plus que des cadavres et de grandes poubelles toujours remplies de restes de repas bon marché qui entravent les couloirs, et à chaque fois qu’on voit passer un rat, pour les faire fuir et les rendre neurasthéniques, on reprend à plein poumon les tubes des vieux chanteurs de prosodie du siècle dernier se croyant malins à réciter de la pseudo poésie :
« On rêvait de ces oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance, ce qui nous donnait l’impression que nos âmes et nos corps enfermés à l’intérieur ne pouvaient faiblir face à la Rouge.
On rêvait aussi de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels alors que tout était déjà foutu !
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, et me consumais par trop d’associations oniriques, me fourvoyant sur la fin d’un périple d’emblée décousu et censé retrouver au milieu des ruines l’auteur responsable de la folle transformation de ce rêve en cauchemar… »

Pas possible de neutraliser les effets pervers des krills, trop de gamins, revenus à l’état sauvage, ont grandi ici sans parents, sans éducation et se livrent à des bastons féroces avec des droites en pleine face et des gauches manquées, nous foulons le pavé aussi rapidement que les rares montures des hybrides très recherchées parce qu’il paraitrait qu’un seul de leurs baisers permettrait de guérir ou d’être immunisé de la Rouge… et fébrilement, j’aperçois enfin qu’elle est déjà là, au coin de l’un de leurs nombreux squats, la nouvelle et belle caisse rouge, son moteur vrombissant.
Mais soudain, l’un d’eux, un gosse obèse que je devine aussi opiniâtre qu’ombrageux, intervient tandis que je démarre et il réussit à immobiliser le véhicule en s’étalant de tout son poids sur le capot, quand j’étais en train de faire crisser les pneus, pieds au plancher.

En parlementant jusqu’à très tard dans la soirée, on découvre qu’il s’amuse à récolter de vieux journaux décrivant dans le menu détail ce que les programmes scolaires devraient être selon l’ancien journaliste Z, qu’il envisage de saboter des montres mécaniques unidirectionnelles et qu’ainsi l’architecture chancelante de mon rêve (mais il ne le sait pas encore qu’on est dans mon rêve) s’écroulera lugubrement. Au petit matin, son jugement commençant à lui faire défaut, il nous laisse partir et nous retrouvons cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu, après avoir bien roulé, d’autres vagabonds ayant perdu très tôt leurs géniteurs. Tous encapuchonné, ils jouent aux osselets et semblent tout ignorer de la Brigade du Frelon traquant les junkies, de l’Inception dans mon nerf central et pourquoi, et de notre quête. Ils nous dévisagent à peine et regardent bêtement le crépuscule tombant sur les flèches gothiques du temple quand on leur pose des questions… celui-ci est entouré par des marais pullulant de moustiques qu’on ne voit qu’en Louisiane, alors que le brouillard est aussi de la partie (ce qui me fait penser que je dois être extrêmement vigilant car la jeune hybride risque de me fausser compagnie et de faire foirer ma mission en tant que tuteur.)

Message In A Bottle

Des nacelles de montgolfières qui s’étaient échouées là sur la grève comme des morses et dont le sang grenade, dans nos cellules, communiquait en morse, annonçaient la genèse de cette histoire que je vais te raconter : expressive comme le jeu de la roulette qui en déboussole plus d’un ici-bas, simple comme un faisceau crépusculaire qui crache un arc-en-ciel et courte comme une mise en scène à la Cobain, est cette histoire qu’on racontera, en s’endormant sur un toit, ou au sommet de cette tour d’orateurs idolâtrés jusqu’au dernier survivant.

Formidablement, depuis cette tour, on lançait des mises à jour qui pouvaient recourir prioritairement à tous les services, créant des icônes loufoques sur l’écran de tous les ordinateurs, et sur l’écran de tous ces ordinateurs qui avaient couvert l’évènement, s’était arrêtée la danse des robes blanches à frou-frou piaulant comme un crime à la Ghostface. Un crime à tout calciner et les Hordes des morses gisant sur cette banquise au sang grenade l’avaient informatisé la nuit d’avant.

On plongera alors dans la flaque des sortilèges ou dans la mare aux diables où il ne reste que quelques spécimens grossiers de mantes religieuses, et, de nos conquêtes de tous les ailleurs, on rapportera des modèles primitifs taillés à la main par des paysans ; et, sur notre dos, nous aurons une hotte garnie des oeufs du monstre, leur gestation demandera du temps, beaucoup de temps, peut-être des siècles, peut-être des millénaires mais qu’importe puisque nous serons les derniers morses à se vouer à un système féodal. Et nous préparerons nos armures de chevaliers mérovingiens, abîmées par tant de combats au sabre, et le jeu consistera alors à terminer cette histoire dans ce parc luxuriant où d’autres joueurs, à l’aide du stick d’un rouge à lèvres, écriront sur les murs leur trouble…

La modeste Histoire des copeaux de bois

C’était avant le lever du soleil ; clémente était notre rédemption en gardant toute sa vigueur mystique et cinématographiques étaient les desseins de nos vies antérieures. Leurs équations improvisaient de charmantes révolutions en se transférant dans nos organes et elles se confondaient avec les copeaux de bois tombant comme la carcasse de notre van.

Des copeaux de bois qui grillaient en répandant un parfum de muses sacrées, de Vénus noire hallucinée et tout près de ces tisons et de ces flammes, le secret de notre clé USB brûlait jusqu’à se rembrunir. Et pour molester leur faille ou leur contrôle autoritaire, nos pensées guindées, transitives, devaient dépasser le stade de la simple coordination. Ils enfantaient et parachevaient l’œuvre morphologiquement, objectivement bien foutue que nous avions sauvegardé sur tous nos serveurs locaux.

Mais pour capter leur quintessence sur nos feuillets comme une épreuve éliminatoire, nous étions en fin de compte obligés de faire avec, avec cette discordance : cette Journée-de-notre-vie éprouvante, désaccordée quand le moral était au fond des bottes… s’immisçant dans notre planning par des veillées d’armes contemplatives, cette journée s’était malgré tout prêtée au jeu – au jeu traumatisant, presque outrageant, de ce lever du soleil – et elle avait, par pelletée incompréhensible, vendu notre âme au diable.
Ce diable qui nous rabâchait chaque année des zéros et des uns statistiquement découpés aux ciseaux dans notre bureau !

C’était avant le lever du soleil, singeant les pitreries des muses baudelairiennes était notre momification, un brin formaliste et presque mondain était notre amour physique et comme les films de Kubrick, nos vies antérieures improvisaient des scènes étranges, aussi étranges que cette pluie de copeaux de bois ; des copeaux qui grillaient en répandant un parfum de muscades fâchées, de blagues graveleuses, et nous trinquions alors pour éponger le grand hasard qui s’en allait avec nous dans la brume. C’était avant le lever du soleil, mais cet astre sécrétait déjà dans son coma artificiel les pensées des survivants qui avaient réussi à lui échapper ; de fantomatiques pensées morbides qui imitaient les messages laissés sur le répondeur de notre téléphone, le trouble s’étant prolongé, puis dissipé, comme un implant dans notre cerveau évanescent !

Les Roses Noires de l’Europe !

Elle réclamait la soif terrible des damnés, la largeur comme la longueur, le fond comme la surface et se dérobait à la lumière de diamants que les mémoires avaient fait jaillir. La petite herbe, bien davantage conceptualisée que les conceptions d’une acropole, en la fumant, avait terrassé ces hussards d’un jour. Sans doute elle s’était infiltré dans la terre et était devenue l’incarnation des Roses de l’Europe : le festin de Satan, Satan célébrant sa descente et leurs robes pourpres tournoyaient parmi des amas duveteux de poussières !

Les roses de l’Europe étaient semées du haut des passerelles de cuivre, ces plates-formes où l’on raturait, notait, essayait de nouvelles combinaisons de mots de passe, où l’on tentait de définir la profondeur des abysses grammaticales, et en bas, elles donnèrent naissance aux ouvrières et aux reines qui jadis avaient fait construire par tant de chevauchements la fosse noire.

Face à la pluie diluvienne, au déchaînement de tonnerre et d’éclairs, je remontais le sentier en toute hâte, traversais l’enfer du laurier au même rythme, vers le rocher en surplomb, et là, à genoux, je dénudais de leur corset ces Roses aux ailes mécaniques, pantelant et huant, et la souffrance perla comme une larme d’absinthe lorsque j’incisais leurs pétales pour en faire un brouet de sorcellerie.

Il y avait encore, ici et là, des expositions de peinture, des peintres grelottant dans le vent silencieux, émettant une pensée mystique monochrome bleu qui détermina alors leur chute sans fin quand ils tapèrent CTRL X.
L’esprit-libertaire de leur haut quartier, dont l’architecture restait impeccablement inexplicable, piaillait sans limite, hérissé d’épines, harnaché au comptoir où l’on servait toujours du punch. Et elles enfantèrent d’autre mille fléaux noirs lorsque je fus pris en flagrant délit, commerçant leur semence pernicieuse d’escargots tapissiers !

Festin nu et Fêtes païennes !

Les inventeurs de ce logiciel poursuivaient tous la même idée : pervertir l’humanité par un message subliminal, et les convier, une fois les six-cent-soixante-six pages écrites et codées jusqu’à l’affaissement du système, à cette drôle de fête païenne ! Une fête où des challenges suicidaires étaient régulièrement proposés, histoire de refroidir au soleil avant de retrouver l’obscurité déformée.

Par le plus grand des hasards, leur application avait réussi à illustrer la longue fresque des derniers vauriens survivants qui vantait un produit de marketing au packaging ravageur.
Plus tard on les retrouva suspendus au sommet des poteaux électriques mais ce n’était rien en comparaison avec ces jeux dangereux qui se déroulaient dans les mines d’argent, noires de craie, de gravier et de caillouteux humus et qui nous firent perdre la foi.


Les concurrents, ayant conçu eux aussi un logiciel, s’étaient inspirés de l’effondrement des églises païennes, et ils se remémoraient, par des procédés mnémotechniques plus que douteux, ce temps où nous étions tous attendu fiévreusement.

La lame des Naïades s’en souvient…

La mousson verte dessinait dans ses flaques des moûts incas qu’on avait fait bouillir dans de grandes écuelles conçues à la base pour crevasser les mélancolies maussades.

Observant depuis la fenêtre de notre van des jardins botaniques qu’on aurait pu confondre avec des kibboutz, on se remémorait nos marches nuptiales, nos veillées d’armes et nos milles tragédies de malandrins. On avait amené avec nous la bible des moûts spirituels, écrite peut-être par l’un de nous deux lors d’une enfance affectivement brûlante. Et nos os s’élargissaient après la fin de cette mousson, nous étions alors mobilisés pour faire souffrir des enfants, les naïades sans couronne, les rigoles des petites ruelles où l’on voyait des genres de navires, de vaisseaux spatiaux chavirés. Quel étrange pays !

Déchargeant leurs cargaisons – des transactions d’Hélicéennes – dans les ports de toutes ces nations en guerre, ils venaient tout juste de couvrir leurs mâts quand nous eûmes l’audace de les rejoindre, avec pour consigne, de conclure un nouveau marché. Un marché dont l’orientation professionnelle consistait à échanger l’évanescence arctique des moûts spirituels contre un peu d’Hélicéenne. La négociation s’annonçait rude. Cette nuit allait être aussi expressive que l’orageux polymorphisme gisant au fond de nos moûts aztèques.

Dehors, à l’avant de ces bateaux de commerce, il y avait les crépuscules de l’est pour croître
et les polarisations du nord prêtes à nous lapider ; à l’aube au fond de nos yeux, le goût de naphtaline de nos moûts
Partit goutter ailleurs…
La mousson clignait toujours des yeux
sur les amants et par hasard à notre passage.

Larmes d’absinthe et Veillées d’armes

D’après les monologues de cette désaxée, connue comme grande impératrice du maléfique culte aujourd’hui disparu, les essences et les substances dans ses yeux gouttaient comme des larmes d’absinthe. Et le jaune de ses yeux crocodiliens gouttait comme le sang répandu par des scies circulaires, comme le sang coagulé d’Alphonse Choplif !

Je ne savais plus trop où je me trouvais, je ne savais plus trop comment je m’étais retrouvé près la grande impératrice. Mais il me semblait qu’il y avait toujours un espoir, une pâle lueur ; en effet, dans la cheminée, il y avait encore des cendres qui se rebiffaient ; les cendres de ces zonards qui n’avaient pas respecté les doses de ces potions permettant de se transformer en êtres prestidigitateurs. Désormais les scies synchronisées avec la chaleur des tropiques s’approchant de la fournaise et du festin nu de Burroughs, coloraient ses paumettes d’une noirceur optimiste ; ces scies circulaires, servant servilement aux opérations meurtrières de Choplif, le fondateur absurde de leur mouvement et même de leur parti politique, avaient l’intime conviction qu’ils allaient enfin clamser et disparaître pour toujours, les instruments chirurgicaux cachés dans la poche de sa fourrure d’hermine ; ils furent définitivement démystifiés après leur disparition et on découvrit que leur lourd sommeil – ce sommeil apparenté aux bourdonnantes flaques de sang, syllabait et calibrait des cylindres oniriques, étrangement extravagants : un genre de rouleaux en bois d’où la métrique des pianos sur parchemins solaires vérifiait par sa stupeur prismatique et sophistiquée les appels manqués de la veille…

L’origine de tous les souvenirs

Elle avait des veines violettes et serait à l’origine de tous les souvenirs. En terre et comme terreau, on ne les discernait pas dans leur brume évanescente sans courir le risque d’ulcérer le pianiste de l’auberge de jeunesse et jeter la confusion mais c’était un point de départ exploitable ; et puis elle partit en guerre contre cette équation âpre qui ne savait que faire et qui effacerait, c’était écrit dans la bible des moissonneuses-batteuses, ces souvenirs. Des souvenirs qu’on qualifierait d’inorganiques, puisqu’ils représentaient ce que l’humanité, à une ou deux exceptions près, avait choisi d’oublier.

Des souvenirs qui, dans leurs sommeils, écroulaient les colonnes corinthiennes de la terrasse de cette grande auberge, après avoir été requinqués par des boissons polaires fortifiantes…
Des souvenirs qui plaisantaient avec cette reine perchée, et qui révolutionnaient les jeux d’échecs ou la prose de tous ses bouquins
Des souvenirs qui, en les remémorant, limitaient la casse et occupaient tout l’espace pour démontrer qu’ils n’avaient aucune parenté avec les livres de Lucky Pierre…
Des souvenirs qui jaillissaient des fontaines de mezcal tandis que j’éteignais toutes les lampes de cette auberge de jeunesse, d’où partaient de parfaites volutes bleues, parfumées à l’Ethernet !

Le mauvais œil

Un moutonnement noir dans le ciel enduisait de manière tout à fait sournoise les cartes de Poker répandues par terre, pour rejoindre d’autres cieux que les gargouilles escaladaient, et on vit alors une pluie de crème et de plâtre tomber depuis les fenêtres de notre chambre commune ; notre chambre d’orphelins, le mauvais œil à daguer. 

Pendant que les mondes celtes, leurs mondes, crânaient fièrement, une dizaine de skinheads, après bien des orgies et après s’être empiffré à mort, un peu comme dans le film La Grande Bouffe, s’alcoolisait sous ces ponts qui ressemblaient de près à de la démence, le mauvais œil à malmener. 

Au fond des abîmes hallucinés qui étaient faiblement éclairés à présent, sur une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres, ils posaient en selfie avec une nymphette complètement nue ; une nymphette aux monochromes pensées, enduite elle-aussi du lissage de ce moutonnement noir, le mauvais œil à étriper. 

Elephant Man Syndrome. Du troisième chapitre au cinquième.

Troisième chapitre.
Faudrait toute la sagacité de Gandhi ou de Bouddha pour ne pas avoir une furieuse envie de se loger une balle dans le crâne quand mon Chef m’avait annoncé qu’il faudrait repasser à l’asile : de nouveaux cas, détectés dans cet établissement croulant sous les millénaires, attiraient à présent l’attention des médias.

Et ce fut ainsi, sous la Lune livide, que je débarquai en pleine nuit dans ce centre psychiatrique pénitentiaire, les gardes poussant laborieusement les portes blindées pour faire rentrer ma Dodge. Après avoir éteint le moteur, j’allumai une clope, on n’y voyait que dalle comme dans le terrier d’Alice aux pays des merveilles psychédéliques, la noirceur de cette nuit prenant la pleine possession de ce lieu, donnant l’impression vaguement sexuelle qu’une actrice X allait surgir du souterrain CL204 où l’on me dirigea avec des airs précautionneux qui me tapaient sur les nerfs…

Une fois dans les méandres de l’HP MDC Brooklyn à New York, je remarquai qu’il y avait, affichée sur tous les murs de l’établissement, la une de tous les journaux : des photos de types déchaînés ou au contraire plongés dans le coma, les jambes arquées et presque tête-bêche avec le reste de leur corps que le parasite filaire avait rendu plus lourd que le plomb, accompagnaient les petites écriture en Time qui alertaient sur cette recrudescence de l’épidémie ayant à nouveau frappé, plus de dix ans après l’apparition des premiers symptômes : le délire psychopathologique des journalistes américains.

Puis, progressivement au fond d’une salle tout aussi obscure, je découvris la silhouette prostrée de John Fante enchaîné à une chaise rouillée… Il divaguait sur une complainte inaudible, les yeux jaunes et vaseux, et ne se rendit même pas compte de ma présence, de la bave sur toute la face.

Les infirmières me laissèrent seul avec lui pour un entretien qui s’annonçait corsé. On l’avait aperçu en haut du Brooklyn Bridge, prêt à sauter dans la flotte glacée et on l’avait emmené de force ici.

La même fièvre que ce que j’avais vécu, quand dans la rétine des pauvres pucelles je reflétais mon cynisme en temps adolescents, cette même fièvre, que cette nouvelle vague d’épidémie générait en temps de crise, l’agitait de tout son antre cérébrale. Les infirmières le forçant à boire outre mesure alors qu’il n’était là que pour grelotter au fond de son lit pendant 48 heures. Mais un genre de transe l’avait saisi lorsque je lui montrais les photos en noir et blanc de cette incision du derme pour extraire une dent de cadavre, ou le parasite filaire que j’avais enfin rejeté en Afrique avec un gourou de dernière zone ; aussi, comme lui, j’avais déclaré avec violence que j’en avais plus rien à foutre de cette vie de merde… Cependant, j’avais quand même écrit ce bouquet de nerfs couché sur papier, uniquement pour faire plaisir à mon boss, soumission alternant entre un épisode pornographique, lessivé mais heureux d’être allé jusqu’au bout, et ces moments où j’étais seul et sûr d’en avoir terminé avec cette névrose fantasmagorique.

Quatrième Chapitre

La Vénus de Laussel. Elle était impliquée dans cette affaire qui ressemblait étrangement aux suicides de ces gastronomes de la grande bouffe et qui n’était pas qu’un film mais un fait divers : une affaire qui peignait mon cœur en mauve lors des neiges précoces, peut-être pour se soustraire à cette timeline défilante, appartenant soit à Facebook soit à Twitter, les deux de guerre lasse avaient abandonné.

****

Plus tard, j’ouvris le tiroir de mon bureau et trouvai aussitôt une enveloppe contenant un tirage de photos floues en noir et blanc. L’enquête pouvait alors commencer…

Cinquième Chapitre

Une terrible vengeance burroughsienne allait s’opérer dans l’ombre.
La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis devant mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans une main et une enveloppe, pleine de photos floues en noir et blanc, sur mon bureau, où l’on devinait vaguement une scène classée X ; de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :
« Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue… »

J’étais tranquillement en train de me servir un verre de vermouth, l’ordinateur scannait par un mélange de calculs savants ces photos où l’on distinguait à peine, sur le marbre d’une cheminée, une bimbeloterie de fêtes foraines, des figurines préhistoriques – plus tard j’appris qu’il s’agissait des Vénus de Laussel – qui étaient censées représenter la fécondité. Elles crânaient fièrement tandis qu’une dizaine de skinheads, après bien des orgies et après s’être empiffré à mort, un peu comme dans le film La Grande Bouffe, posaient en selfie avec une nymphette complètement nue.

La dernière photo scannée semblait me reprocher quelque chose, un peu comme certaines images des paquets de clopes où l’on voyait des cancéreuses à l’hôpital, un gros plan sur ses yeux qui ne me quittaient plus semblait verbaliser cette question : pourquoi je n’étais pas venu la sauver de cette bande de sauvages ?

Le parasite filaire avait achevée sa mue entre temps. D’étranges phénomènes étaient à prévoir. Sans se pencher sur ces considérations outre-mesure, mon téléphone stridula dans ma poche. Il y avait quelque chose qui clochait, l’affichage numérique m’indiqua que l’appel provenait d’un contact indésirable, je préférais me souvenir de cette vieille télé montée sur roulettes, apportée par l’infirmière de notre service, plutôt que de répondre : c’était une vieille machine pas belle, tout juste bonne pour faire l’apologie de la race blanche et n’annonçait, comme une évidence à ne surtout pas prendre avec des pincettes, que des festins gargantuesques, organisés par ces skinheads, notamment celui raconté dans le prochain chapitre à venir…

Deuxième partie.

Elle allongeait les pas dans la poudreuse, cette guilde fantasmagorique pour terminer son parcours ; ainsi m’avertissaient ces calculs importés dans mon ordinateur par une timeline conçue pour les guetteurs comme moi ; la webcam de la Cora-Hummer 7 clignotait et devait sans doute m’informer que ces Vénus de Laussel, venues de la préhistoire, étaient en ligne et cherchaient à me contacter… Sûrement pour me prévenir que la Guilde allait débarquer chez moi…

Entre Temps, Brusquement Et Ensuite. Chapitres 3 à 7

Chapitre 3

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Chapitre 4

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçait d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

Elle se tenait majestueusement au milieu de la pièce (peu importe laquelle) et la caméra avait eu cette noblesse d’esprit de se défenestrer. Tournant d’abord lentement sur elle-même, à présent hors du cadre, entraînant tout le monde dans son orbite, la journaliste Martina Poel improvisa une danse de derviche pour les beaux yeux de ce vieux monsieur qu’on appelait Razko Kaphrium, de la terre et du ciment rouge collant ses chaussures et enveloppant ses membres extensibles et robotiques de cyborgs. 
– Eh, bon anniversaire, mon amant ! Dit-elle, tout essoufflée, à hauteur de son entrejambe, après un léchottis de bienvenue. Quand allons-nous le célébrer ?
Des foules d’évangélistes avaient créé une fatwa dès le lancement du film mais les réalisateurs et leurs avocats s’étaient surpassés pour officialiser son apparition dans les cinémas le jour de l’anniversaire de Kubrick. Pendant des générations, le court-métrage avait déchaîné les passions, puis était passé aux oubliettes ; le Scénariste (ou l’Architecte) qui n’était pas humain mais était représenté par une machine, avait, de nombreuses fois et à chaque nouvelle projection, interverti les rôles pour que ce navet reste conforme aux attentes des téléspectateurs du moment. Mais ce qui était surprenant, c’est qu’il avait traversé les siècles et qu’il renfermait un secret digne d’une intrigue kafkaïenne. Ainsi, quand un label encore plus extrémiste avait racheté les droits, la société cinématographique s’était dit prêt à collaborer avec des scientifiques travaillant sur l’ADN et sur la conscience modifiée lors d’un rêve, moyennant un salaire mirobolant et leur parole pour clause confidentielle. De cette collaboration, après des années de labeur, était né Le Manifeste de Burroughs dont la trame devait son succès à cette intelligence artificielle, provenant de l’épiphyse de Kaphrium, déclaré mort des millénaires avant.

Autrefois, bien avant les Années X, il y avait cette légende urbaine racontant qu’un mélange hybride entre l’hominidé et le rat était né de ces oeufs enfouis dans les décombres d’un chantier. Ainsi elle était revenue, remontant du fond des âges, avec une sorte de désolation à exalter, cette race qu’on croyait disparue ; en rampant dans les canalisations des égouts et découvrant ces oeufs les premiers, Maubeuge et son frère eurent l’intuition que cette étrange machine accueillant les oeufs était une couveuse révolutionnaire ; des algorithmes et des fils électriques distribuaient, à travers une valve membraneuse, la chaleur nécessaire pour leur gestation… à ce moment de l’histoire, les deux frangins ne savaient pas encore qu’elle serait banni du monde des hommes, cette espèce évoluant sous leurs yeux, et que son incontestée mais impropre consécration se déroulerait après bien des conjonctures. Maubeuge tendit sa main droite pour toucher cette sorte de chrysalide à moitié organique à moitié virtuelle qui abritait ces oeufs mais il eut tout de suite un violent mouvement de recul et, sous le coup de la brûlure encore vive, des messages comme des SOS de détresse, arrivèrent en pagaille dans son cerveau en alerte, et à l’intérieur, pas prête de disparaître et de relâcher sa proie, une voix off résonna lugubrement. 

Puis, après avoir été embrasé, sa main de fouineur fut couvert d’un froid polaire. Il se débattit avec cette douleur glaciale mais peu de temps après elle s’était évanouie. Il était davantage préoccupé par cette angoissante voix off qui semblait émerger d’un rêve funèbre. 

Une vingtaine d’années plus tard, alors que les deux frères étaient devenus adultes.
Quand Maubeuge, revint chez lui, après avoir bossé sur un chantier, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant la moisson d’une intrigante « Saison Rouge » et d’un élu bûchant dans l’ombre à son arrivée imminente. Cet homme en question, un certain Razko Kaphrium, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol, dans une cave ; il ne travaillait pas le jour mais dès que le ciel, les immeubles de sa cité, la neige, les feuillages des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient pêle-mêle emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentit presque émoustillé quand il termina les lignes de son ouvrage, le Manifeste de Burroughs.

Maubeuge avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps une secte de survivaliste, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Kaphrium. Aux premiers abords, le futur fondateur des hommes-rats l’avait trouvé d’un potentiel hautement limité, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes en lançant une meute de créatures génétiquement modifiées. Puis, en y repensant cette nuit là, il décida de s’allier à ce jeune rêveur qui pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu, d’après ce que Maubeuge lui avait décrit lors de cet échange. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques impérialistes de cette cité ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des hommes-rats, qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement en quête de ses oeufs. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une machine pas belle (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle un film, Le Manifeste de Burroughs d’après le générique. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant. A bien y regarder, ça ressemblait à une couveuse ésotérique.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur cet appareil, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’appareil en question émettait une radiofréquence le protégeant des intrus et des pilleurs et permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans un terrier le jour pour mieux opérer la nuit. »

Chapitre 5

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)
« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des souterrains admiraient ; il campait sur la première page de ce bouquin, Le Manifeste de Burroughs, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait vécu des centaines d’années, sans jamais arrêter son combat et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées d’un établissement pour troisième âge, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par la croyance inexorable qu’un jour le monde lui appartiendrait, d’après le livre, et on en avait tiré un film… où curieusement elle en était l’héroïne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle avait produit ce rêve où elle lisait fiévreusement le Manifeste de Burroughs. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce passé trouble qu’on nommait en chuchotant les Années X.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que le vieux Kaphrium avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé aussi bien de la scène politique que sociale, il se sentait malgré tout prêt à en découdre avec l’aide des hommes-rats, ses fidèles serviteurs.
Et ce café lui avait été servi par Martina Poel, une journaliste d’investigation pour un canard dissident. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de cette maison de retraite qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’elle retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, l’auteur du Manifeste ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment, elle fourvoyait les novices qui avait osé cloner ses yeux de platine et Martina était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity en espérant que Kaphrium ne la retrouve pas.
Celui-ci regardait à cette heure tardive Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, et c’était un monstre – ou c’était devenu un monstre au sens propre du terme – et le Père Spirituel des Hommes-Rats en avait à revendre des neuropathologies. Il infligerait à Martina le supplice de la corde avant même qu’elle soit malade, elle était désormais sur son territoire dépendant de sa seule juridiction.

En ce moment sur l’ordinateur de la jeune femme, une petite fenêtre était apparue et venait de se caser sur le côté droit de l’écran ; son écran qui se composait d’autres fenêtres tout aussi obscures lui indiquait ce que la Saison Rouge allait produire. Et ce qu’elle devrait affronter. Mais plus rien ne bougeait dans l’orbite de son oeil, même sa pupille était immobile ; cependant après cet état consternant, elle reçut un e-mail providentiel d’un journaliste inconnu, un certain Maubeuge qui lui offrait son aide. Et ce courrier électronique avait affolé les kyrielles de fenêtres virtuelles dépendantes de son système informatique d’un nouveau genre ; elles avaient tournoyé autour du message, en surchauffant de quelques degrés le disque dur de sa Burroughs C-H 7, et le journaliste l’informa qu’il avait retardé son vol pour Atlanta pour pister le ténébreux Kaphrium et qu’il avait mis son téléphone sur écoute.

Il lui apprit aussi que le dernier survivant des impérialistes était retombé dans l’enfance, avec un langage de mioche et pour couronner le tout était neurasthénique et ce qu’il détenait comme info majeure tournait autour de cet essai thérapeutique consistant à recréer un « Oasis secret » à l’intérieur du crâne des cobayes ; dont Kaphrium en avait fait partie… Martina en lisant ses lignes, et toujours cogitant, repensait aux moindres détails de sa visite chez cet Agitateur qui s’était écourtée.

Chapitre 6

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, le journaliste qui devait aider Martina (Maubeuge) regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits. Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions poétiques de Maubeuge atteignirent leur limite. 

Un shoot d’héroïne pour terrasser les dragons, il partit pour le palais épiscopal du dernier empereur, mais traverser les lumières de ce jour éclatant dans la cour était périlleux sans ses lunettes de soleil ; il descendit de la voiture et, après les avoir récupéré, il affronta un amas duveteux de poussières emmené par le vent ; il n’arriva que très tard à Cinécity sous des néons psychédéliques qui donnèrent naissance à des enfants-rats vomissant de la lave !

Pour arriver à la demeure impériale, en empruntant les anciennes passerelles de cuivre, et toutes ces plates-formes où la foule affolée avait entravé l’accès par des bennes retournées, il remarqua qu’on avait récemment fait construire un pont surélevé, sûrement pour faciliter en bas le passage des éléphants-tanks, ce bestiaire pour combattants surmédiatisés. 

Des pluies diluviennes se mirent à oindre la peau tannée et cloutée de ces bêtes, il y eut aussi un déchaînement de tonnerre et d’éclairs lorsque Maubeuge remonta le sentier, en toute hâte, permettant par un curieux raccourcis d’arriver directement dans la salle de réception du manoir. Ainsi, il nous aperçut, l’empereur et moi en surplomb comme nous étions sur l’un de ses balcons à la mode ; pantelant et huant, la première intonation de sa voix perla comme un écho.
Jadis, il y avait ici des expositions de peinture, des peintres grimaçant comme des personnages de Borges partant en vacances, ou tout simplement silencieux plus par dépit que par choix, émettant des pensées mystiques parfois qu’ils biaisaient avec leur palette de monochrome bleu et qu’ils comptaient bien prolonger indéfiniment, fiévreusement devrais-je dire, sans dévoiler leur artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait de taper sur leur Burroughs C-H 7 CTRL X.)

Le manuel disparu de cette machine dont les parties, organisées comme des chapitres, restaient inexplicables et inexpliquées, était en ce moment même entre les mains de l’empereur et je piaillais d’impatience pour qu’il me donne le précieux ouvrage avant que le journaliste ne rapplique ; mais déjà un éléphant de combat en furie et sans limite, défonça le mur, le dos hérissé de flèches métalliques noires, harnaché d’un lourd équipement militaire : une sorte de carapace pour ne pas craindre les mille fléaux noirs qui voudraient l’émasculer et commercer ainsi ses bourses et sa semence certes pernicieuse mais tellement prodigieuse en terme médical !

Chapitre 7

« De l’éléphant-tank couvert comme un gnome vert, j’aime quand il claudique, bouffé par les termites et quand il brame au néant dissonant le repli et toutes ces histoires qui font l’harmonie générale du Manifeste.

De la cabane au fond des bois, j’aime quand elle se trouve au hasard et au bout de tous les chemins du vagabond, son absence caractérisée d’éclat mais qui a le charme de tout ce qui doit disparaître ; de cette frontière entre l’imaginaire et le réel, l’effrontée moquerie des valeureux soldats, ces chenilles d’hommes-rats à l’assaut d’un palace impérial par le haut commandement du Père fondateur, Razko Kaphrium.

Ce contestable et contesté souverain qui niche, à l’heure où j’écris ces lignes,

dans les nids faits de lianes et de matériaux récupérés des bobèches de l’ancien empereur tombé et l’éveil des oiseaux en cette saison rouge et hard-core ne pourra jamais faire renaître nos soeurs libertines qui soutenaient encore le régime de ces privilégiés et qui emporteront avec elles sans bruit

le fin mot de ce récit et les revers de ces armées de combattants essuyés comme de vieilles frayeurs animales »

La survivance des zéniths affriolants !

En parlementant jusqu’à très tard dans la soirée, on découvre qu’il s’amuse à récolter de vieux journaux et à en extraire la quintessence : cette quintessence de chats musqués. Puis retour dans la salle de bain en marbre, des rivières pourpres se répandent sur le sol glacé. Rivières pourpres de ce carnaval fier de sa mission civilisatrice et de sa genèse douteuse ; des titres apparaissent toujours sur l’écran nuageux comme :
La survivance du jeu de la dame

Et dans le menu détail, les journaux, numérotés comme les plaques ornant chaque case de son échiquier, initialisent ce que les programmes scolaires devraient être selon cet ancien journaliste, et l’on apprend qu’il envisage de saboter des montres mécaniques unidirectionnelles et qu’ainsi l’architecture chancelante de mon rêve (mais il ne le sait pas encore qu’on est dans mon rêve) s’écroulera lugubrement.

Au petit matin, son jugement commençant à lui faire défaut, il nous laisse partir et nous nous retrouvons cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu, après avoir bien roulé, avec d’autres vagabond sûrs aussi de leur mission civilisatrice…

La biographie de Patti

Je vais faire évader mon cousin de cet asile d’aliéné. Se dit-il, ce mercenaire qui chicane encore sur les quelques mots de la biographie de Patti.

Dans son yaourt, les substances chimiques et leurs victimes à refroidir. Dans leurs glandes que ses yeux de watt sanguin a le pouvoir de faire accoupler, même séparées à des milliers de kilomètres, le yin coexistait avec sa voix morte de cachalot. Mais en ce moment, dans le génépi, il observe grouiller des tas de mondes préoccupés par une autre angoissante voix off. Les sorcières qui lui ont introduit des krills dans le nez, engloutissent aussi les dernières cendres qui se jouent des jours phagocytés en crânes branchés… en crânes de cristaux verts sur lesquels un circuit électrique en manque de puissance le réaccoutume à son primitif souvenir : celui, où échoué sur la plage de sable fin par trop de drogues diverses et variées, il avait trouvé qu’elle avait du cachet cette ébauche dont nous ne connaissions rien, cette débauche solennelle qui viole les légendes d’En Bas.
Plus tard, étudiant une statistique boursière qui fait du yo-yo et se prépare à réaffuter les physionomies des indigènes de la Ville Haute, Patti déchira sa biographie et le retrait inconditionnel et festif des troupes américaines livrera le nom de ce géant. Soldat qui d’un pas lourd a fait trembler la solution liquoreuse de cet étrange formol où tout le b.a.-ba du cacao s’éclaire d’un nouveau sens !

L’apogée de l’Africanisme

Le secret est une drogue puissante.
Quelques pétales de ciel blanc arraché pour guider rapidement et à contre-courant les mercenaires… Ces mercenaires ? À leur chef, je lui offrirais un collier de têtes coupées de toutes ces histoires sans fin que les cannibales ont porté à leur zénith.

Et Virgile rôdera quelque part, là où des dépouilles musquées de chats orientaux, étudiées par des scientifiques de l’ordre occulte, ont couvert le sol des hangars poussiéreux et ces spécialistes des gadgets et de la filature les réincarneront. Des réincarnations qui sont parvenues à hisser une équation à peine résolue en dehors de notre univers façon lotus bleus et pour défier le végétal je ferais ma tribu en les liant pour toujours aux jacinthes dans un bouquet quelque peu kafkaïen…

Je danserais pieds nus sous un soleil rouge pour bien les requinquer ces digitalisations, ces corps de femmes nues qui ont eu l’idée avant moi, et j’enivrerais les vautours et le don de l’ubiquité imaginé pour nous comme le summum des silhouettes d’origine africaine. Ce sera une danse pour initier les gris-gris des jeunes filles et les habituer à expérimenter à l’orée du bois d’autres existences ; existences aux terrifiants mots si simples, qui entre leurs cuisses enfantines ne sont que des vagabondages éthérés… 

Et je jonglerais pour toi avec toute sorte de personnes, avec les pièces d’argent et de cuivre d’un ancien empereur, trop précieuses et trop rares pour les retrouver sous terre dans les clairières celtes ou au fond des lagons asiatiques. Trop précieuses et trop rares pour les retrouver sur un marché à Jakarta, sac sur le dos, avec des Français et des Suédois, et surtout ce gros barman fuyant son comptoir d’ivoire. Alors j’ai fait semblant d’oublier ; et, dans le système informatique du Navigateur, les gnomes ont exploité cette faiblesse.

Elephant Man Syndrome

C’était à la une de tous les journaux : le parasite filaire avait encore frappé, une nouvelle vague d’épidémie pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales.


Ce vers semait ses larves à l’intérieur de la personne contaminée, son œil droit devenait complètement blanc, le conduisant à une vision réduite tandis que ses symptômes psychiques étaient plutôt d’ordre autarciques : le sujet présentant d’abord des signes d’isolement volontaire, ne sortait plus de chez lui, provoquant à la longue sa mort par inanition.
Journaliste d’investigation au Mercure Liquide, un magazine pseudo littéraire qui était sorti des bas fonds d’une zone à éducation prioritaire, et voulant obstinément percer l’énigme de cette maladie étrange, je devais enquêter.
« Mais si je te charge de l’affaire, m’avait prévenu le Chef, passe d’abord à l’asile : il y a un type touché par ce syndrome qui a disparu, il y a une semaine. »
J’ai accepté et c’est ainsi que je me suis renseigné sur Santiago. Sa famille, très inquiète, avait appelé le Centre Psychiatrique et il avait été emmené de force.
Je me suis donc déplacé jusqu’au Centre pour interroger le personnel mais aussi et surtout les patients. Car l’un d’eux avait attiré mon attention ; d’après le bref rapport psychiatrique, John Fante était le seul ami de Santiago, ce qui m’étonnait d’ailleurs car ce genre de maladie fait naître un sentiment de persécution et les autres sont jugés hostiles et indésirables.
Je voulais l’interroger aussi car John Fante était le dernier à avoir vu Santiago, le mystérieux disparu, aussi incroyable que ça puisse paraître.
La conversation fut difficile à démarrer mais j’avais l’atout gagnant en main : je lui promis de le faire sortir de là, c’était le vœu le plus cher à tous les pensionnaires et ma promesse fit mouche.
John Fante commença par me raconter qu’ils étaient devenus inséparables, leur point commun se résumait au Bouquin de Phillip K Dick (Ubik) qu’ils avaient lu avidement.
Pendant qu’il cherchait ses mots pour décrire en quoi consistait le sujet du roman, je prenais des notes, tout en m’arrêtant de temps en temps pour l’examiner.
Il avait des cernes très creusés, des cicatrices à te faire voir la mort sur les avant-bras, c’était l’homme de la fatigue inassouvie ; selon moi, épuisé à force de se perdre dans les souterrains de son imagination enfiévrée, ce monde factice où dormait une angoisse latente et indicible.
Puis il évoqua en baissant la voix l’existence d’un monstre au fond d’une bouche d’égout, un être difforme, en gestation, qui le hantait et hantait tous les malades du Filaire. D’après lui, Santiago était parti le retrouver cet horrible Elephant Man des égouts, peut-être dans l’espoir de le combattre et de mettre fin à leur supplice. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fugué.
« Mais quel était alors le rapport avec le Filaire ? » lui avais-je demandé, agacé par ce vomi mensonger, ces affabulations de petit enfant. John Fante se tut puis après un long silence, il promit de révéler le secret qui allait changer la face du monde… Secret révélé à condition bien sûr que je lui trouve une porte de sortie, tout de suite. John Fante était un piètre menteur, personne ne pouvait gober ça.
Quelques minutes plus tard nous étions tous les deux assis au comptoir d’un café glauque, sirotant quelque alcool appartenant au dictionnaire des alcools prohibés. Notre évasion fut des plus exotiques – imaginez-vous sortir d’un asile de forcenés, tenant le bras d’un type qui croit en l’existence d’un montre tapi dans les limbes souterraines, un monstre capable d’avaler quiconque se mettrait en travers de son chemin, imaginez les obstacles d’une telle sortie, ici un napoléon de pacotille prêt à en découdre, armé de son coussin et d’une cuillère en bois, une vieille pute sifflant des insultes et proposant des passes pour une cigarette, ici encore quelques gamines anorexiques tâchant, assez habilement, dois-je dire, de vous crocheter les jambes, tout ceci sous le regard immatériel des caméras de surveillance, qui, pensais-je, ne devaient plus fonctionner depuis l’écriture de l’Ancien Testament.

Gare à l’infirmière en chef ! Avait hurlé mon nouvel ami ce qui avait eu pour effet d’éveiller la conscience animale des infirmiers, aussi dûmes-nous nous cacher un moment dans un placard à balais aussi poussiéreux que le corps de ma grand-mère. Imaginez alors mon soulagement lorsque parut la lumière du jour.
Je n’avais passé que quelques heures dans le sein de l’institution mais j’en étais ressorti lessivé, usé et avec un seul désir, ne jamais y remettre les pieds. D’ores et déjà, je haïssais les fous, les infirmiers et les infirmières en chef.
Je me mis à penser à Ida. A son corps et l’odeur du poisson frit qui émanait de sa cuisine. J’avais vraiment besoin d’une femme.


De vieux posters d’Elvis trônaient derrière le mur de bouteilles. Un Elvis bouchonné, gras et sans charme. La photo semblait poser cette question : comment cet homme-là a-t-il pu un jour déchainer les plus immatures et charnelles passions ?
Je sirotais mon verre en fixant d’un regard de moins en moins intéressé, mon curieux interlocuteur. Visiblement, il croyait dur comme fer a son histoire de monstre. Rien ne semblait en mesure de dérouter sa pensée et son flot de palabres insensées. Mon chef risquait fort de ne pas apprécier la plaisanterie. Mais au point où j’en étais…
On entendait un vieux tube du King sortir des enceintes. Sa voix ressemblait un peu à celle qu’aurait un enfant qui se serait glissé dans le corps d’une très vieille femme. Je tendis un doigt menaçant en direction de Fante. Il se recroquevilla, se fit si petit et si frêle que j’envisageais de le faire rentrer dans ma blague à tabac et de le jeter un peu plus tard dans le fleuve. D’un ton de conspirateur, il me dit :
– Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas, inspecteur ?
– Je ne suis pas inspecteur, je suis journaliste, dis-je en allumant patiemment une cigarette.
– Oh, fit-il en me jaugeant d’un regard malade, genre jaunisse au crépuscule.
Et je compris que j’avais ma chance. Pour appuyer mes propos, c’est ce que font les gens de ma condition, je sortis ma carte de journaliste, largement décoré du logo alambiqué du Mercure Liquide. Après tous ces alcools rances, je ne savais plus très bien ce que je devais faire, et cette carte de journaliste que je lui tendais ne semblait nullement l’affecter ou l’impressionner.
D’autant plus que cet Elvis de bas étage commençait à me taper sérieusement sur le système, je lui proposai de sortir ; la nuit était tombée et dehors, devant le bar, on entendait à peine les brames liturgiques d’Elvis… De manière inattendue, j’ai pensé à toutes ces années où je travaillais dur pour me faire ma place au Mercure Liquide, l’envie d’aller respirer ailleurs, par exemple sur le Brooklyn Bridge, s’est fait alors sentir. J’étais face à une plaque d’égout lorsque j’ai eu cette réflexion, avec cette intuition soudaine que son histoire tenait debout, après tout on avait bien vu des phénomènes inexplicables et inexpliqués sortant des égouts.

Mais il y avait cet homme qui sanglotait derrière moi, « John Fante, il faut que tu me donnes des détails scabreux sur la nature de tes cauchemars, avançais-je d’une voix autoritaire, si tu devais chercher ce monstre qui vit dans les égouts, je veux dire, quelle forme prendrait-il si on le délogeait du fond des égouts ? »
Il me répondit sans détour que la Créature aurait sûrement, pour nous appâter, le corps d’une femme nue, avec des seins resplendissant mais que ce serait uniquement une forme temporaire… Sa folie me gagnait peu à peu.


Imaginez deux fous décelant une plaque d’égout en pleine nuit pour aller déranger un monstre invisible, imaginez un journaliste et un mythomane fraîchement évadé d’un centre psychiatrique descendre dans les profondeurs de la ville, en quête d’une réponse à toutes ces rumeurs qui s’éparpillaient au-dessus de leurs têtes.
Imaginez ma stupeur quand je vis le profil d’une femme allongée, semblable à la Maja nue de Goya, se dessiner dans la pénombre.
A un moment, apercevant le reflet bleuté d’un écran d’ordinateur où l’on pouvait lire des listes de matrices sans fin, je pris conscience alors du pouvoir illimité de notre imagination qui avait fait naître en ces lieux humides une femme superbe mais ô combien dangereuse.
L’ordinateur mélangeait les données d’un encéphalogramme et d’un électrocardiogramme, c’était une vieille machine pas belle qui débordait d’informations contradictoires en clignotant d’un rouge vif.
Avais-je déjà rejoint les limbes du sommeil ? Pourtant je ne rêvais pas, l’Elephant Man qui générait le parasite filaire par voie sexuelle, était une femme en chair et en os.


La lune tombait juste à travers l’ouverture de la plaque d’égout. J’avais du mal à me concentrer sur les messages codés qui défilaient sur l’ordinateur, en symboles mathématiques. La créature parlait une langue ancienne, impossible à décrypter, qui venait du fond des temps antiques. Il n’y avait qu’un mot que je comprenais, aisément identifiable : Fuck, qui revenait souvent dans sa logorrhée incompréhensible.
Son corps – ce géant calculateur de fantasmes délirants et cyniques, capable de faire fondre la base de données de ma conscience en claquant des 0 et des 1, capable de digérer le moindre de mes états d’âme pour en faire de la pâtée pour chien – semblait m’avaler de sa simple présence.
Une présence malsaine, incongrue et sournoise. Un champ de gravitation arithmétique qui ne laissait nul espoir envers le monde à venir.
C’était un existentialisme si beau et si terrifiant.
Cette femme brillait comme les néons d’un club de jazz défoncé à l’éther. Je n’en pouvais supporter la douleur, pourtant je ne pouvais détacher mes yeux de son emprise démoniaque. Les portes de l’enfer s’étaient ouvertes et le destin froid des Grands Desquamés se déversait sur le trottoir, comme une ombre liquide, évanescente. Nous n’avions pas franchi les portes de la perception, nous n’avions pas fait un seul pas, l’univers souterrain avait opéré à notre place. Nous étions des chiens maudits errant sur les rivages de la désolation.
Soudainement, une neige d’un blanc halluciné se mit à tomber sur la rue, sur nos âmes balafrées, sur nos corps mortifiés. La Matrice se joignait à mes pensées comme une saloperie de chat de gouttière. Matrice électrique sur fond de carte postale. Qu’avais-je fait au bon dieu pour mériter pareil scoop ?

Un peu plus tard, alors qu’une épaisse couche de neige recouvrait la route, le monde reprit sa marche monotone et routinière. Tremolo de taxis, carnaval des déguisés de la modernité, ombres des femmes plus belles que la lune, enseignes clignotantes des bars, lumière dégueulasse des réverbères. Le repaire des monstres.
J’étais toujours en vie, mon cœur battait comme un tempo lent et ondulant de jazz West Coast. J’avais l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur, mais j’étais en vie. Ce qui ne semblait pas être le cas de mon compagnon d’infortune. Fante gisait raide sur le trottoir, une écume bleuâtre couvrait partiellement son visage. 1 + 1 = 1. Bien.
Je sortis de mon sac de quoi prélever un échantillon d’écume et, les mains dans les poches, l’air de rien, sifflant un Let’s Twist ! De pacotille, m’en fus sur le chemin lumineux de ceux qui en ont assez vu pour une vie entière.


La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis à mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, et une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X, de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :
Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue…

Les larmes noires des corbeaux

Des prédicateurs (ce ne sont que des corbeaux aux larmes noires tombant sur des dalles blanches en marbre) et des poulies, toutes enchevêtrées entre elles, qui se précipitent bien plus bas que ce gouffre qu’ils surplombent : des histoires blêmes qu’un échiquier doit à l’homme en noir
Pour confisquer les nuits revêches et les régénérer. Mais n’accroitre que leurs centres, au centre de l’échiquier à mesure que notre enveloppe charnelle disparaît, est tout aussi subjectif !
accuser nos silences de crever la panse, dans une vapeur ou une brume de troisième zone où seuls encore les méridiens des clowns épeiches demeurent semés au vent, revient à les représenter par des points lumineux sur les écrans

En chiens de faïence, les méandres du Sahara Occidental ne voulaient pas entendre parler de notre nouvel loi interstellaire, de nos affiches rouges et noirs où l’on retrouve les amants souffrant de la morsure du froid et… de nos posters de Burroughs le Seigneur des ténèbres, dans le bureau. N’accroitre la force de leurs tours et de leurs fous sur l’échiquier, avait écrit cet énigmatique homme en noir un jour de pluie diluvienne, n’éveillerait qu’à minuit zéro les vieilles carcasses de bagnoles dans la décharge, dont les phares illuminent le plasma que les tuyauteries de l’étrange échiquier ont vomi
Des tréteaux ont été dressés le long de ses immenses cases noires ou blanches qui sont presque entièrement inondées
après qu’on eut bouffé les loups, les bergeries et les berges traînant ici depuis quelques mois.

Que la partie commence, murmura l’homme en noir. Il va me falloir être vigilant dans mes choix. Mais pour cela, je me fais confiance. Je me trompe très rarement, conclut-il en lui-même avec un petit air sarcastique.

Demande à la poussière orange !

Je vis dans la poussière orange et les délicieux (re)souvenirs
Du comptoir d’ivoire où j’ai écrit la chanson de la main, court l’abjecte anémone
Que j’ai jeté dans un sceau plein de crabes et de concepts sur les nouvelles baignoires

Je vis dans la poussière orange et je trouve qu’elle manque de savoir-vivre
Mais des croassements qui viennent de dessous le comptoir ont choisi de l’ignorer
Les dernières reines du disco tournent alors en boucle
Dans le salon où la lumière orange sanguine annonce le soir
Les lunes rouges ou d’autres hivers qui vont jaillir
De ma petite boîte où j’ai mis tous mes souvenirs

Une petite boîte en bois d’églantier comme pour Demander à la poussière
Le temps qu’il va faire du haut des mâts bretons

J’écris dans la poussière orange et je me souviens de mes vieux amis
Et de mes satanés bouquins qu’ils ont piétiné avant de partir et
La poussière s’envole, emportée par des fossoyeurs que je peine à définir

Leurs majestés arrachent mes rideaux, glanent aussi au passage quelques molécules de cette poussière orange

Ce soir, dans la petite boîte des souvenirs, je les enfermerai pour l’éternité.

Le fameux et oasien raccourci de Tournesol !

Sur ses étagères, les films d’anticipation côtoyaient les courts-métrages où toutes les formes d’association étaient définitivement dépassées. Mais c’était déjà l’heure de la correction quotidienne qui, par sa seule temporalité, avait été débriefée la veille.

Alors la mythique, la gigantesque chaîne de montage nous avait fait régresser et il n’y avait plus rien à gamberger, son esprit à nouveau dans notre tête. C’est ce jour-là, je crois, que notre vie avait complètement changé, nos lobes cérébraux ensanglantés encore au stade la conception. 

Et pour nous désenvouter, les dés avaient été jeté, la colère de ces dieux, préparant le terrain, lancée dans une sorte d’activité perturbatrice et permanente : afin de cinématographier les noces nuptiales de ces « Pingouins dans les champs. »

Par un beau matin d’hivers méchants que notre noble écran d’ordinateur avait décidé de formater, nos rêves, tous organisés autour de la chaîne de montage et de ses Chiffres providentiels, s’étaient parfaitement emboîtés, un oasien et fameux raccourci. Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village, revint en force le lendemain pour assainir les lieux.

Le complot

Au cœur du crépuscule flottant comme ses invocations confuses, des capharnaüms de pampas et de landes électrifiées égrenaient les vies antérieures de notre iPhone. Égrenant aussi ses premières hésitations en cours de réalisation, tout en rejoignant une sagesse ancienne ou en jetant la confusion.

Depuis le clairvoyant Scentless, là où ça aurait été si simple de combiner ses infimes espoirs avec cette histoire de clair-obscur inouïe, des questionnements ; et des vœux épicuriens… et au fond des bottes d’autres capharnaüms de pampas et de landes électrifiées pour exaucer un blues d’automne froid et faire enfin osciller le jeune parti de la scène, les fissures alpines…

La défaite du Mérovingien

Deux squelettes, un brin formaliste, archivaient ce que la loi de causalité avait vendu comme mèche. Des krills et d’autres crevettes mutantes baignaient non loin de là dans un bocal de formol et lui donnaient de temps en temps des teintes évanescentes. Il était maintenant dans la chambre d’amis avec ce couple de squelettes et les trouvait malgré tout chaleureux, inventifs et intelligents. Les lits avaient été jetés dehors, les moquettes arrachées. Des fêtards éméchés entrèrent en force et il savait qu’ils appartenaient déjà tous au culte du Mérovingien. Ce culte pour majorer le prix de la noirceur, qui, selon le Mérovingien, n’était qu’une fausse couche d’espèces mutantes, reptiliennes ou presque humanoïdes… 

Le rugissement lugubre du rock martelant, du vent, de la chair claquant contre de la chair, ainsi que les hurlements de la débauche solennelle en bas, avaient fait trembler la solution liquoreuse de cet étrange formol où tout le b.a.-ba des thèmes de cette curieuse soirée était stocké avec les krills.

Puis quelqu’un lui prit la main et il sentit qu’on l’entraînait dans la cellule initiale, une salle de bain en marbre au sol glacé. Elle était debout devant lui, ses écharpes et rubans voletant dans un courant d’air froid. En s’approchant, il vit se découper, à travers les carreaux de la salle de bain, une sorte d’arbre couvert de toiles d’araignée comme tiré d’un film pour enfants sur les forêts enchantées. Il y avait là une chose étrange, raisonna-t-il avec le peu de raison qui lui restait. 

Elle le conduisit, toujours en lui tenant la main, en passant par le mur, sur une haute terrasse, avec des joueurs de poker aux plaintes graveleuses, se réjouissant parfois d’un carré d’as. Le froid était glacial, et il se rendit compte qu’il n’était vêtu que de sa mince chemise de nuit. Les bruits de la soirée s’étaient complétement éteints et le silence était immaculé. Elle leva les yeux vers le ciel hivernal nuageux et il suivit son regard. Le film du Mérovingien était projeté sur les pâles nuages. Une sorte de bande-annonce, la défaite du Mérovingien.

Et parmi ces nuages qui s’élevaient déjà, une belle fille pubescente, que le Mérovingien s’entêtait à enivrer, se déshabilla et les nouveaux apprentis formés par les cours d’éducation sexuelle du Mérovingien pincèrent les mamelons de ses seins…

Retour dans la salle de bain en marbre, des rivières pourpres se répandaient sur le sol glacé. Rivières pourpres de ce carnaval fier de sa mission civilisatrice et de sa genèse douteuse ; des titres apparaissaient toujours sur l’écran nuageux comme : La survivance de la faim.

C’était sans doute la suite logique d’un récit à venir…

Aware comme le troisième œil du poète !

Pour le troisième œil du poète et pour chaque altitude rouge prôner une nouvelle éducation sexuelle plutôt fantaisiste… et pour l’opium, pour le savon inventé par Tyler Durden, des qualités fumeuses, vaguement héritées du néant le plus vaste.

Pour le troisième œil du poète et l’iris de la Geisha, la révolution d’un mouvement littéraire, qui, ma foi, n’a jamais existé… et pour les faire frire, un genre sciemment fantastique de personnes séduits par ce courant que les lettrés ont emprunté à l’architecture spirituelle d’une boîte mail, mais ont-ils retrouvé les mots de passe ? Et pour monnayer les charmes des étranges nymphes, la vie prophétique d’un couple d’amants sous l’arche cosmique – deux loosers qui se déchirent le cœur au soleil scabreux et qui, de toute façon, auraient été entrainé à la dérive, même sans ça.

Pour les mésententes, Baudelaire et son spleen et pour dissiper les erreurs symptomatiques de l’impérialisme actuel, la soupe empoisonnée du langage actuel ; des erreurs qui, par dérision et on l’espère, enfanteront un argot de films américains ou un verlan troublant.

Et pour la poésie des caméras surréalistes filmant Oscar Wilde préparant un attentat dans sa cave ou pour financer ses grandes guerres que l’Histoire réduit à l’évanescence des histoires sans fin, le retour de ce mouvement littéraire qui a enfin gagné les confins des mondes les plus orientaux, et que je devine hantés comme les lobes cérébraux des gnomes cassant leur pipe avant l’aurore.

Un court-métrage onirique

Les statues avaient cillé, les chiens de faïence en étaient indignés, les acteurs de ce court-métrage onirique s’étaient évaporés ; elle avait alors fait venir d’autres comédiens de loin mais ils s’étaient tous noyés en traversant le Haut-Lac. J’avais alors pensé qu’on pouvait les remplacer par des majorettes.
Des majorettes dont la perspicacité en avait choqué plus d’un. Et puis il y avait ces histoires de fantômes, remodelées sans cesse autour d’un vaste feu de bois.
Autour du nous, il y avait beaucoup de monde qui gravitait mais aucun n’avait eu cette audace folle de ridiculiser l’Ouvrage en l’éventrant d’arguments socio-philo-politiques.

L’Ouvrage ? Un manifeste que la machine à écrire avait vomi ; c’était un matin et on venait d’exciser quelques insectes. Et je projetais toujours de reconquérir Lake District, après de longues nuits harassantes…


Les évangiles noires de l’Hélicéenne

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Hélicéennes noires : les légendes d’une molécule qui s’infiltra instantanément dans la mémoire de l’humanité, après maintes orgies crépusculaires, et lorsque nous eûmes la conviction qu’il n’y avait pas de retour possible, nous couvrîmes alors les murs sur trois cent kilomètres de nos représentations inexorables.
Et sous la peinture écaillée, en attendant que cette molécule, aplombant la nuit, nous raconte elle-même sa genèse, même les aspérités de ces murs s’accordaient à allégoriser notre déchéance et, pour elle, son austère victoire alors qu’il pleuvait des cordes de marins depuis des lunes…

Prenant refuge au cœur accidenté de nos thébaïdes, à l’instant même où l’on voulait les dépoussiérer, ces représentations, des crises de nerf, qui se cachaient parmi les défilés rocailleux où notre peuple était désormais condamné à vivre et qui grouillaient déjà à l’époque où les effets pervers de la molécule n’étaient encore que latents, nous consumèrent.

Lorsqu’en posant le pied sur la plaine pâle où les dernières victimes pestiférées agonisaient, l’un de nos héros survivants se mit à douter sérieusement. À douter sérieusement de ces dieux lui promettant qu’au bout de ces grands chemins, et jusqu’au Parthenon sacré, il lui suffirait de réorienter la respiration de ces vents censés se réapproprier la solution ultime, embarrasante pour les survivants, que cette molécule avait envisagé pour nous, puisant férocement dans son subconscient machiavélique…

En dessous de notre Acropole, seule ruine qui tenait à peu près debout, respirant encore malgré son état de mort cérébrale, aussi scintillante que galeuse, notre héroïque personnage eut l’audace, qu’on loue encore dans les évangiles noires de l’Hélicéenne, de couvrir d’une robe pourpre la statue celte, toute en sel de séminale, du Fondateur de l’essai thérapeutique Z.1.0.9.

Et ainsi la transhumance des Programmateurs revint des altitudes qu’on ne trouvait sur aucune carte, et le calme, et même l’opulence, le luxe, la volupté qui nous avaient jadis enkysté recommencèrent à nous abrutir : alors qu’au temps épidémique de la malfaisante molécule nous n’osions à peine respirer, de peur d’inhaler ses exhalaisons, d’excaver ses inclinations meurtrières qui nous rendaient tous dingues, nous aurions pu en tirer une leçon malgré tout. Acquérir un peu de sagesse de ces lugubres hécatombes quand notre territoire était redevenu une zone inhospitalière, sans cesse réinventée par la scarlatine et la gangrène. Et surtout par l’Hélicéenne qui avait déjà programmé au creux de la vague la conception déchaînée d’autres infections, toutes autant execrées, ayant hélas déjà fait ses preuves.

Car même si toutes les frontières étaient à présent farouchement gardées, dans ce Lointain Village où l’on dégréait les perroquets et les vergues des navires pour faire choir ces oiseaux de malheur qui, ces derniers temps, s’accumulaient et se cramponnaient au bois pourri, des orateurs d’autres acropoles encore plus guerrières que la nôtre, étaient en fuite. Et ils arrivaient au grand galop, après avoir crapahuté sur des crêtes entourant notre Sanctuaire, le visage peinturluré de rouge non pas pour nous impressionner mais pour dissimuler leurs traits grossiers que de longues fièvres, grimpant toujours en flèche, avaient rendu difformes.

Le mauvais œil 

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En posant le pied sur la plaine pâle, la première chose que je remarquai fut un arbre unique qui trônait sur un monticule, taillant l’horizon blême à quelques lieues de là. Je me retournai, inquiet, vers le défilé rocailleux et accidenté d’où je venais. Les heures passées à le franchir s’effaçaient déjà de ma mémoire. C’était comme si le passage se refermait derrière moi, il n’y avait pas de retour en arrière possible. Mais déjà ma fatigue s’évanouissait et mes pieds meurtris cicatrisaient. Le cœur léger, j’avançai sur la plaine striée de lumière blanche et je ne me retournai plus. Dans un silence absolu, j’entrepris de traverser une mer de hautes herbes couchées par la brise.

A mesure que je m’approchais de l’arbre, je remarquais la blancheur laiteuse de son feuillage. Je crus un instant que c’était du givre, mais je me trompais. Après avoir gravi le monticule de roche et de terre, je levai le bras et saisis une feuille entre mes doigts : elle était totalement blanche, immaculée. Au centre, je notai une sorte de renflement bombé, irrigué de nervures. Lorsque j’effleurai la surface parcheminée, cette étrange paupière s’ouvrit sur un œil rouge, et je sentis un regard vivant se poser sur moi. Effrayé, je lâchai la feuille qui retourna se perdre dans la frondaison. Toutes les feuilles étaient identiques, toutes portaient un même œil qui s’ouvrait lorsque j’approchais la main, puis se refermait. Sous les ramures ombragées ondulant dans le vent, je laissai alors mes doigts courir, ouvrant des volées d’yeux sur leur passage. Je palpai l’énorme tronc noir et les racines qui s’arrachaient hors de terre. Les branches souples étaient parcourues de veinules qui palpitaient doucement. Accidentellement, je déchirai l’une d’elles de l’ongle et quelques gouttes de sang vinrent s’écouler sur mes doigts. Je sentis soudain une faiblesse dans mes jambes et un voile noir tomba sur ma vision. Je dus m’asseoir quelques instants pour reprendre possession de mes sens… 
Sur l’écran de l’ordinateur, s’était arrêtée cette image, l’homme assis, visiblement troublé. Il s’agissait peut-être d’un film, c’était autre chose que ce qu’elle avait espéré puisqu’elle était en train de coder mais Ann X était intriguée par cette fenêtre opportune qui s’était ouverte comme un pop-up et l’invitait à mater cette vidéo et souhaitait que son visionnage puisse se poursuivre. Une sorte de flash-back s’ajusta à l’écran, et elle vit et entendit alors une femme louer les exploits de ce navigateur qui avait débarqué en territoire hostile…. Et toujours sur l’écran, un nouveau plan serré dans la pénombre montra des insectes striduler follement au fond des bois ainsi que l’héroïne de ce court-métrage onirique ; régulièrement la caméra revenait à côté de cette souche de bois mort où étaient assis l’homme en question et la femme vêtus en tout et pour tout de robes noires et alimentant un vaste feu de bois. 
Le plan d’ensemble ensuite soulignait la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan, la hauteur des arbres alentour, les hautes flèches néogothiques d’un temple sacré. 
Et elle réalisa qu’elles appartenaient au Sanctuaire de Mandeville d’où jaillissaient les sources du mezcal. 

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« Vishnu. Dieu conservateur de l’univers, il repose sur un serpent sans fin : le serpent Ananta. Dans son rêve, il prépare un nouveau cycle de vie. À son réveil, un lotus émerge de son nombril d’où sort Brahma pour créer un nouvel univers. »

À la Compagnie des Chemins de Fer de Mandeville, on avait prophétisé que la jacquerie de ces chats noirs (qu’on appelait communément comme ça, ces malchanceux, ces « poissards » se jetant sous un train) n’allait pas perdurer : il n’y avait plus de candidats-chats-noirs à la fin de cette inception dont les rêveurs, non sans justice, se gaussaient malgré tout. Doux Rêveurs.

Sur le Kelvinomètre s’était affichée la mission atterrante de mon job : comme le stipulait mon nouveau contrat, je prenais officiellement mes nouvelles fonctions à la tête de la cellule Ann X, disparue récemment ; l’un de mes supérieurs m’indiquait que je devais prospecter du côté de la gare de Mandeville, à la recherche de potentiel chat noir à interroger. Car elle aurait été, d’après mes sources, en proie à une folie suicidaire, ce qui faisait d’elle un cas extrêmement rare et je ne comprenais pas pourquoi. Mais si je ne voulais pas qu’on m’écarte de l’enquête, je devais faire preuve de la plus haute vigilance, et mon visage s’assombrit à la lecture des autres lignes lorsque j’appris que les autres amnésiques des rêves rejetaient en bloc l’implant de l’inception (cette idée suicidaire de sauter sur les rails) car ils s’agrippaient encore à l’ancienne version onirique.

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Le train qui emportait l’homme surnommé le Navigateur devait arriver avant la nuit à Mandeville, petite ville spectrale de la Louisiane, où chaque jour des caravanes de journalistes (d’investigation ou seulement passionnés par le domaine littéraire) débarquaient pour la remise du Prix Lovecraft. En voyage, il pensait à son projet d’écriture dévoilant une autre facette de Vishnu, sous un angle nouveau. Une fiction qui ne pouvait rivaliser avec les futurs lauréats et qui certainement ne raterait pas la poubelle, avec cette omniprésence présence de lotus et de concepts barbares asiatiques s’accordant mal avec le style lovecraftien que ce concours de nouvelles exigeait.  

Pourquoi tant de journalistes dans cet endroit désert ? Pour cause, la disparition d’un carnet ayant appartenu à Lovecraft prédisant qu’une longue période de calamités en tous genre allait être infligé à la cité cyclopéenne, des quartiers de la ville basse en passant par ceux de la ville haute, et l’auteur célèbre attribuait la responsabilité de toute cette violence, qui commençait à poindre comme un présage funeste, à cet œil épouvantable, capable d’engloutir dans ses miasmes psychédéliques tout ce chaos dément pour son dernier chant du cygne !

Après de nombreux lacets en forme de fers à cheval, son train qui s’élevait déjà dans les altitudes, s’arrêta brusquement, forcé par le passage stupide de ces oies sauvages qu’on ne pouvait confondre avec des chats noirs. Et il profita de cette pause pour vérifier si cet œil fantasmagorique, qu’il avait dérobé fébrilement du feuillage de l’arbre blanc, était toujours à sa place, rangé dans une petite boite. 
Après une petite dizaine de minutes il vit, en regardant par la fenêtre de son wagon, que les scolopendres chargées de la sécurité remontaient déjà à bord ; l’un d’eux avait perdu connaissance. Le Navigateur savait par intuition que tout ça avait été formaté, emboîté dans un autre rêve, le Kelvinomètre enregistrant sûrement à cette heure des lames de fond, ce qui pouvait expliquer cette oscillation) la victime demeurait étendue dans la poussière et, tandis qu’il était emporté par un mal aussi inconnu que fulgurant, les hommes d’église à bord scandaient quelques prières, puis le train repartit sans autre procédure ; pourtant à ce moment-là tous les rêveurs eurent conscience qu’ils venaient de se faire couillonner une fois de plus par Vishnu, par Brahma, ces rêveurs mystificateurs de la noirceur la plus pure.

De mon côté, sanglé sur un lit et sombrant rapidement dans le sommeil suite à ces sédatifs puissants, je quittais en imagination le laboratoire de mon unité qui regorgeait d’appareils excentriques comme ces ébulliomètres où des substances inconnues clapotaient et je me retrouvais à nouveau à Mandeville. Aussitôt je sautais dans une décapotable rouge à la manière de Thompson et, en organisant assez bien mon périple, je débarquais à la nuit tombée chez Cassandre. Son appartement sentait la moisissure et les cloportes écrasés ; certains d’entre eux se cachant encore sous les interstices des tableaux, elle avait dû dénicher ça parmi les peintres à la Rembrandt qu’elle connaissait et dont la célébrité courait dans toute la ville. Mais je m’abstins de commenter et je lui exposai le plan et tout le reste : je lui racontais que la cellule – hors du rêve – chapeautait évidemment celle de Mandeville, réduite à la portion congrue (elle, Ariane, moi et un seul des deux survivants de la cellule initiale, pour l’instant tenu secret) et qu’on m’avait mis à disposition un enquêteur, un homme mystérieux qu’on appelait le Navigateur. Il était de l’équipe qui n’avait pas lâché pendant quatre mois Youssouf. C’était un spécialiste des gadgets électroniques et de la filature. Il devait être habile, ni Cassandre ni Ariane ne l’avaient repéré.

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Tout allait bien en apparence. Mandeville prospérait sous le soleil de la Louisiane, avec ses cultures de pavot, ses troupeaux de laminariales en rut, ses vergers, et son absence quasi incompréhensible « d’accidents de personnes sur les chemins de fer. » Mais des nuages noirs se profilaient à l’horizon. Les montres mécaniques unidirectionnelles recommençaient à tourner à l’envers.

Sous les lampadaires à cette heure nuptiale, la lumière ne paraissait pas seulement blafarde ; elle semblait ébruiter jusque dans les moindres recoins des ruelles les plus obscures cette rumeur de jacquerie qu’un interne sur le Kelvinomètre n’aurait pas eu l’audace de prendre au sérieux. On était passé à côté de tant de guerres larvées à Mandeville sans pressentir leurs apparitions ! La surveillance de ce monde douteux requérait bien plus qu’une simple intelligence artificielle accoutumant les Rêveurs à des matrices trop sages, à des pseudo-réalités trop parfaites qui ne dépassaient jamais du cadre. Il lui fallait aussi ce genre de courage si particulier (et je pensais à tout ça en éclusant dans l’obscurité) ce courage si analogue aux instincts primaires des anciens chamans, d’avaler de fortes quantités de mezcal à grandes lampées… et d’aller jusqu’au bout de la névrose. Long tunnel noir.
(…)

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Sa folie me gagnait peu à peu et ce fut ainsi, un soir alors que la nuit était noire comme de l’encre, que Cassandre me guida à travers les marais de Louisiane avec une vieille lanterne. D’indispensables prises de conscience à venir. Mais je devais couvrir l’événement, et lorsque j’aperçus un chat noir traverser périlleusement des voies à l’abandon se perdant dans les marécages, je l’immortalisais avec mon Kodak. Personne ne savait ce qui se manigançait dans les yeux de ces félins occultes, mais des sept ou neuf vies qu’on accordait exclusivement au chat noir, il devait bien y avoir une existence plus kafkaïenne que les autres…

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À travers la lumière vacillante des néons, des ampoules mortes à force de réceptionner les ondes du Kelvinomètre, il regarda la feuille déchirée en face de lui. Une espèce de membrane le recouvrit. Une membrane jaunâtre avec des vaisseaux sanguins qui se perdaient dans la matrice-mère. Son corps se décomposa peu à peu et la feuille déchirée avait maintenant l’odeur du fumier, c’était sûrement une émanation de cette folle machine pleine de watts frénétiques.
Un couple de corbeaux, aux aguets comme des intrus, tua le temps en picorant les miettes de son corps. Cette intrusion, il l’avait imaginé bien avant son phagocytage par la matrice-mère, bien avant que les fils électriques et organiques des ordinateurs en quelque sorte escamotent ce plan pour lui : pas la peine d’assimiler tout le langage informatique de plus en plus soumis aux puissantes turbines qui tournaient au-dessus de lui pour recréer son rêve, puisqu’il sut qu’il était désigné comme l’élu pour sonner le glas de cette jacquerie.
Des poulies, qui étaient ensorcelées par l’œil braillant lui-même ses directives d’un air féroce, toutes enchevêtrées entre elles, se précipitèrent bien plus bas que ce gouffre qu’il surplombait, et le régénérèrent à mesure que son enveloppe charnelle disparaît, et dans une vapeur ou une brume de troisième zone, ses méridiens, représentés encore quelques minutes auparavant par des points lumineux sur les écrans de Youssouf, disparurent tout à coup et il put ainsi souiller les précieuses sources de mezcal avec ce que les tuyauteries de l’étrange machine avait vomi comme immondices. 

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Une douleur lancinante. Puis la nuit à Mandeville capitula. Ariane avait compris son pouvoir inexorable.
De nombreux sacs contenant un mélange de poupées aux yeux mi-clos ou arrachés et d’ours en peluche aux couleurs ocres bien passées avaient été empilé là, un peu partout dans les couloirs de son appartement. Elle avait essayé de caser entre les sacs les douteux flacons de Youssouf où la semence d’animaux morts, à l’odeur putride, se mêlait aux liquides embryonnaires de femmes enceintes, toutes trépassées par suicide. 
Des annonces publicitaires provenant de la télé vantaient un plat cuisiné comme le tagine ; puis, au journal local qui suivit, le présentateur se lança sur le vol mystérieux d’un carnet ayant appartenu à Lovecraft racontant, avec un intérêt fébrile, que le mauvais œil d’un mystérieux arbre blanc avait abattu sa miséricorde sur la cité cyclopéenne de Mandeville.
Quelqu’un ou quelque chose cherchait déjà le coupable, Ariane en était bizarrement convaincue sans qu’elle puisse l’expliquer, et cet Être ou cette Chose allait bientôt le retrouver, ce voleur qui était peut-être un collectionneur véreux d’écrits lovecraftiens. 

D’un geste de la main, elle dépoussiéra d’autres vieux sacs, ceux-ci remplis de baies de séminal traînant sur une table croulante, tandis qu’à la télé on glosait maintenant sur l’inefficacité des recherches menées jusqu’à présent. La poussière voltigea et retomba sur le meuble à côté. Elle vit alors apparaître, en un éclair, un œil de type lapon – ce même œil rouge qui s’agitait sur les feuilles de l’arbre blanc car c’était la seule à avoir conçu ce vieux rêve qu’Ann X avait suivi sur l’écran de son ordinateur, pensant qu’elle était piratée) et parmi les amas de poussière, il disparut. D’abord terrifiée, elle examina la commode mais il n’y avait rien, aucune trace physique, sûrement une hallucination qui s’ajoutait aux autres, de plus en plus régulières ces temps-ci. 
Elle s’adressa une grimace devant le miroir, froidement insatisfaite. Et prit un verre de gnôle pour tasser toute cette frayeur. 

Dehors, pour décrire cette irréelle stratosphère glacée s’abattant sur la ville basse, il faudrait l’aide d’un poète apocalyptique, pensa-t-elle, lorsque des bouffées, des exhalaisons provenant des sources de mezcal et de séminal du sanctuaire non loin de là, détraquèrent par leur puanteur le système neurovégétatif des survivants de la Rouge, alors déjà tous amassés devant le temple. Elle se mit à pleurer et à courir en direction des sources en se tordant les mains, et en hurlant à la mort. Car généreuse autant que maléfique, nourricière autant que désespérément maudite était notre terre qui avait eu la sagacité de faire naître le mezcal et le liquide Séminal et d’édifier elle-même par sa force herculéenne le sanctuaire…

Ariane parvint à se frayer un passage dans une marmaille de pieds, pénis, nombrils, de morves et de rires, Cassandre et moi, nous étions déjà devant les fontaines de mezcal et de séminal désormais troubles et polluées de déchets, précédés par tous ces orphelins encapuchonnés qui avaient délaissé leurs osselets. Et leur hilarité, tantôt nous désarmant par tant de bêtise, tantôt trop bruyante pour qu’on puisse moufter, montrait bien qu’ils ne respectaient ni nos fonctions d’enquêteurs ni même ces drogues permettant malgré tout d’oublier cette sombre époque, pourtant terrifiante pour plus d’un junkie.
Mais maintenant nous savions que l’auteur était dans les rangs de la Brigade du Frelon…

Septième cercle et sixième sens ! 

Le sol est à présent jonché de copeaux de bois. Une pluie de copeau, il y a quelques minutes, s’est intensifiée comme si on avait raclé le plafond, il y en a partout maintenant s’entassant aux divers coins de la pièce et sur les guéridons aux couleurs ocrées de la chambre. Et les oraisons funèbres et furieuses de Madeleine comme le givre qui s’est brusquement abattue cette nuit, en haranguant Walid, harassent même les quelques milliers de démons apparus avec elle. La ville se prend à frémir avec la fierté ambiguë d’abriter son évanescence qui leurre : Madeleine à la chevelure d’ébène, peut-être sorcière à ces heures perdues qui a emprunté les chemins dangereux menant tous aux bûchers et que même des jambes solidement constituées ne pourraient en venir à bout… car la route est longue, trop longue pour enfin apercevoir Satan qui complote et qui paraît pourtant tellement séduisant. 

Parmi ces ombres qui se télescopent, avec un chut de chair glissant sur de la chair, dans la clarté lunaire de sa chambre d’hôtel, ne supportant plus leur malédiction, Walid perçoit sa présence fantomatique, incarnée tantôt par une chaude pénombre d’autres fois par la danse macabre de ces esprits permettant de se faire une idée du film d’horreur qui va suivre.  

Autrefois, sous les feuillages du grand micocoulier, Madeleine, n’avait pas toujours été cet être redouté et invitait même les animaux, tous autant qu’ils sont, à lui faire confiance et elle les aimait sans doute trop pour leur faire du mal ; s’immisçant à présent à l’intérieur des pensées d’un fou, elle les utilise pour déclencher des révoltes, des émeutes : des kyrielles de sauterelles par hordes entières pour détruire les récoltes, annuler aussi le pouvoir fleurissant et régénérateur du printemps par des éléments déchaînés ou encore proposer de boire par un stratagème habile un breuvage à une jeune fille vierge pour sceller un pacte qu’elle regrettera évidemment ; séductrice aussi est cette meute d’incubes qui tète le lait douteux de ses seins devant les grands yeux écarquillés de Walid tandis que la luminosité, aussi bien provenant de l’écran de son ordinateur que de l’ampoule morte de sa lampe de chevet, se met à flasher d’une lueur rouge… 

À la télé, appareil qui marche encore, peut-être par l’intervention divine, des troupeaux de rennes faméliques unissent leurs brames pour un dernier ébat ; sans pour autant aider Walid à identifier d’où provient cette espèce qui meure lentement, d’après les dires du documentaire… son attention est soudain happée par ce bouquet de fleurs qui croît de manière anarchiste, jusqu’à se répandre sur la moquette et provoque la combustion des feuilles que la machine à écrire a vomi avant de rendre l’âme. C’est un peu comme le lierre qui envahit toute la façade de l’hôtel, et ce feu qu’on ne parvient pas à décrire, tant il semble surnaturel, ressemble par ces flammes vertes à la danse des derviches tourneurs désarçonnés dans leur transe.

Les voisins de chambre se sont mis à gueuler : le rythme lancinant d’une mélodie gothique mêlé à l’incendie qui ravage le premier étage engendre un état de chaos tandis qu’on voit sortir, sain et sauf, Walid des flammes crépusculaires ; l’air décontracté il déguste un whisky bas de gamme à même le goulot dans cette cacophonie de cris et de larmes, marmonnant quelques paroles inaudibles de temps à autre et ignorant royalement les gens paniqués qui cherchent à se sauver d’une crémation certaine. 

Les deux elfes qui le protègent, postés à ses côtés, calmes et immobiles comme de fidèles chiens de garde, observent les voyageurs s’acharner à trouver une issue, sans vraiment voir cette vision fantasmagorique. Ici, les ombres portées sont fascinantes. 

Puis les poutres se mettent à craquer et un pan de la bâtisse s’effondre, avant que tout s’écroule ; cependant émergeant des ruines fumantes parmi des déchets et d’autres détritus qui voltigent autour de ce trou grand d’au moins vingt mètres à la place de l’auberge, il y a, impérialement, l’apparition des deux elfes et de Walid, tous impeccables au bord de la brèche qui s’est ouverte et qui laisse place au siège majestueux de Madeleine, semblant être fait d’une substance organique pourrissante.  

Contre ce trône en décomposition repose une femme nue à tête de corbeau, et le relevé des empreintes, plus tard par la police scientifique, démontrera, par contradiction et comme si on n’avait rien vu, qu’il n’y a qu’un seul auteur responsable de cette tragédie : un mafioso dont le portrait en costume de ville usé et trempé est affiché sur tous les murs des commissariats de France et de Navarre. 

Enfouie dans les ordures il y a aussi une enceinte d’amplificateur de guitare basse d’où s’échappe encore la fameuse mélodie. Après l’avoir extrait des décombres qui sentent déjà la moisissure, on devine bien que c’est l’esprit fétide de la flambée qui l’a enfanté. A quatre heures du matin, Madeleine invisible enjambe le périmètre de sécurité dans l’indifférence la plus totale et passe à côté du lieutenant dont le rapport est accablant. Accablant parce qu’il manque de perspicacité ; et surtout de sixième sens, ce don surréaliste de forcer les portes de l’au-delà et du septième cercle, le cercle le plus concentrique de l’enfer. Et qui confère la faculté de comprendre la souffrance des revenants.  

« Les morts, les pauvres morts, ont (eux aussi) de grandes douleurs. »

La nuit du premier janvier

Perdue dans ses méandres les plus psychédéliques, les conceptualisations outrancières, la nuit avançait.

Cette nuit du premier janvier qui en avait vu naître des marginaux, des nymphes trop blanches ; alors j’ai dit à Mercure : réveille-toi. Embrase-toi. Récolte le manioc. Ou participe aux grandes manifestations mais fais quelque chose…

Et dehors, en croisant des carrosses, l’air est devenu plus pur, les souvenirs plus fugaces, les automates plus serviles, les filles des bordels moins mercantiles, et la malchance plus mémorable ; ce qui voulait dire que les rêves allaient enfin débuter par une vision fulgurante.

La nouvelle année

La pénombre semblait bien opaque. Opaque elle aussi, plantureuse elle balançait le feston et l’ourlet et le monde des étranges merveilles l’engloutissait à mesure qu’elle avançait.

Le monde des étranges merveilles et des arbres calcinés, ainsi que les mondes enfantés par les elfes et ils cramaient d’un feu éternel. Et soudain la poussière voltigea, je reçus sa paire de claques et ce fut la fin de l’année 2021 !

L’ombilic des limbes…

La nuit. La nuit et le froid, comme un travail de longue haleine. Alors qu’elle crapahute au sommet d’un palais épiscopale de style néogothique, sa bouche disparaît et est instantanément remplacée par l’ouïe d’un poisson mutant.

Puis la fermentation, l’ombilic des limbes dans son crâne comme des conceptualisations de couleur verdâtre qui recouvrent aussi ses cheveux – de mémoire maya, on n’a encore jamais vu ça – puis soudain prennent la teinte du jaune d’or très pâle du comptoir d’ivoire où elle a atterri. Comptoir d’où les mondes des jars germent et leurs lentilles labiales aperçoivent, à la fin de ce rêve, le commencement de toutes choses. 

Elle se trouve sans la moindre transition dans le parc des pendus aux yeux lavés par le ciel, et écoute à présent le lugubre plain-chant d’une momie en lambeaux, à moins qu’il ne s’agisse que d’une mélodie à la Kurt Cobain…

La merveilleuse fornication

J’improvisais à l’aide de son pesant d’or l’esquisse de quelques paysages. Et pour inspirer la pétoche aux fornicateurs, je m’arrangeais aussi pour peindre le visage de ma fiancée et comme nous étions à la fin d’une filmographie d’antan, on voyait bien que tout se formatait pertinemment dans le crâne de Lolita, comme les clés USB 3.0, les disques durs que j’avais forcé d’obtempérer pour l’empapahouter !

Sa silhouette bleue passait devant d’autres montagnes, davantage formalistes, en emmêlant les fils électriques de toutes ces machines expropriées que j’avais désassemblé, persuadé qu’elles ne pouvaient que flancher lorsque Lolita les consulterait. 

Et les montagnes avaient bel et bien clamsé en tentant de savoir si Lolita, cette sibylline invention robotique, était du genre à danser avec les clochards célestes !

La fin du monde ?

La fin du monde ? Sous un ciel de jade qui en avait fait venir des cœurs lourds de peine et qui attisait leurs forces, elle avait un air à calculer toutes les sources de mezcal et des lunettes à la Trotski… 

J’espérais quand même calmer un peu le jeu, sans ses plumes et sans ses écailles et sans tout ce rififi qu’on avait attribué à son commandant en chef révolutionnaire… car la fin du monde, en revenant à ses brouets de sorcellerie et résolvant à coups de poings, avait donné du fil à retordre à nos démocraties vacillantes en enfantant un nouveau dictateur.

Un tyran que le dark web nous enviait. Et qu’on pouvait véritablement matérialiser, avec ses avortons qui buvaient du sang en roulant dans la poussière, par le piaffement de son phonographe ; un son qui avait du chien et qui nous aidait à bluffer, avec une monnaie aussi dévaluée que des roupies, les shérifs lors de ces parties de poker interminables.

Le Rêve de Beth

En posant le pied sur la plaine pâle, la première chose que je remarquai fut cet arbre unique avec sur ses branches quelques corbeaux qui se cramponnaient. 

Le croassement des corbeaux, pendant que Beth dormait encore, en avait fait frémir bien des ombres qui restaient couchées sur l’herbe rare du défilé rocailleux et accidenté d’où je venais. 

La perte des données pendant son rêve avait entraîné des alpages noirs de craie et de surprises synthétiques dans sa chute… et je sentais que l’arbre par sa photosynthèse annihilait cette lumière onirique qui paraissait enamourée de cette perte nostalgique…

Et soudain un troupeau d’enfants entoura l’arbre, réalisant un cercle parfait avec leurs bras et, dans leur crâne qui bouillonnait, il y avait tant d’idées d’une telle perversité que le rêve, dessiné à la craie et au fusain par Beth, plongea en capitulant. 

Le lait maternel de Rochechouart

Quand le lait maternel sort de sa torpeur, de sa folie meurtrière aussi, il emporte la clé de l’énigme avec lui. Pour clouer le bec aux orateurs, il enivre mon cœur ou le cloue sur la porte des cabanes (qui sont bien trop hautes dans les altitudes mais les pages de notre livre me confient qu’elles sont factices.) 

Les teneurs en protéines et en vitamines de ce lait maternel utilisent les messages des messies pour réinventer un langage cinglant et le monde de la magie se dit qu’il n’a pas dû les comprendre et qu’il en est navré… Le lait maternel de Rochechouart, par ses stratégies imparfaites à simplifier les courts-métrages projetés par les marionnettistes, n’a pas remporté la palme d’or d’après les consommateurs. Et quand cinq heures du matin s’enveloppent de brumes télépathiques, la fin du rêve clignote au-dessus de la bûche, et les stations alpines se mettent à fondre ; la bûche qui, à Pigalle se perd pour mieux rejoindre la violence de la scie, l’élasticité des cerveaux criminels, les brumes qui tombent dans le panneau : un tracé tout en ligne droite qui nous permet de singulariser son idée directrice, nous fils de la pub ! 

Hautes Croix

Poussière, écrasement des données, goitres photographiés par tous les passants, et dans l’eau trouble le ménestrel se noie. Légende du Sous-Sol, insensibles dégâts et vieux débats et dans le plasma où l’hacker a craché, le sang est presque rouge.

Couronnes de hautes croix, vergue d’un Trafalgar, endurance bousillée et, au centre de l’arène, un morceau de banquise, regroupant des flammèches autour de moi, s’effondre sous les coupoles illuminées de mon terrier.

Sanctuaire vandalisé, faïences au fond des gorges humaines, cerveaux tristes et quand je tourne ma tête de trois quarts gauche, je pense à la Légende du Sous-Sol que le ménestrel a confié à l’hacker ; suicide croisé, programmé entre les deux creux de la vague crépusculaire, orgies lugubres, tasses ébréchées infusant l’intérieur de ta noirceur et quand elle dévie de trois quarts droite je pense aux hautes croix de chêne qui hantent aussi mon terrier. 

Narrateurs et prestidigitateurs pestiférés, rouge aux lèvres de brunette au nom du ciel déstructuré, conspirations matées pour s’abrutir avec le Capitaine Haddock et quand je regarde en face, des rouleaux de bois structurent génétiquement la maladie de Sébastopol (la Rouge) et quand il neige, pour soutirer de l’argent de farfadet à une entreprise locale, le royaume des gratte-ciels essaie d’échapper à la violence de la scie. À l’intellect exécré, malfaisant, déchaîné des cannibales aussi.

Les réprimandes des falaises bleues

J’ai dit à Eminem : mets une croix ; Eminem a porté sur sa tête un vacillant diadème. J’ai dit à Eminem : pour tes nuits d’hiver et des reprises de noces plastifiantes, nage dans la vase encombrée de plasma et Eminem a accouché de matières plastiques.
Alors j’ai dit à Eminem : avec cette volonté de toucher ce soleil qui n’existe plus, pour faire croître l’industrie du divertissement, ton royaume doit s’approprier la nouvelle et funeste déco conçue avec le modelé des paysages que tu as imaginé. Eminem a hésité, et finalement n’a rien fait. Alors je me suis demandé si le doute allait abréger la vie de ses Parasites dans la Fosse Noire. Et la seule tour qui avait baissé la garde m’a répondu qu’il était parti à la recherche des falaises bleues, mais ces falaises étaient-elles assez balaises pour laisser grimper la candeur de ses colliers tressés dans les entrailles tièdes des bêtes de somme ?

Les falaises bleues ou le troisième œil du poète ?

Le troisième œil du poète, tout d’abord, pour honorer un travail de longue haleine, ensuite la fermentation dans son crâne puis des conceptualisations qui germent et le troisième œil du poète fait des rêves en lambeaux des mélodies à la Kurt Cobain…

Avec l’aide du troisième œil du Poète, je réservais un accueil réservé aux inquisiteurs même si leurs ombres avaient le pouvoir de faire planer les eels et fleuraient bon l’insensible. Le troisième œil du poète pour visionner aussi des vidéos de surveillance où l’on peut admirer de kafkaïens châteaux corinthiens s’effondrer, et pour renouer avec d’anciens amis disparus, ce troisième œil retrouvait ce que le modelé des paysages apocalyptiques avait caché… peut-être une chose fondamentale qui permettait d’anticiper la mort des combattants, et d’abandonner au coin d’un bois le doute en toute impunité et ses tractations mercantilistes !

Avec ce lascif troisième œil ne respectant rien, pas même ce que les vaines croyances avaient pourtant résolu, le poète n’était plus. Avec cette suggestion en silicone noir qui avait connu son âge d’or en soufflant sur les salves funestes des inquisiteurs, on se muait alors en mousson asiatique que d’autres univers engloutissaient et qui la fit rouler dans la poussière. Le troisième œil du poète pour grappiller le temps perdu aux sources de mezcal éternel !

La Nuit de l’orient… ou de l’occident !

Quelques frasques de notre jeunesse pour simplifier définitivement nos genèses. Comme si nous attendons la nuit de l’occident ou de l’orient pour ferler le calme, le luxe, la volupté, pour déferler aussi avec nos idées de mimolette périmée.

Mais les commentateurs peuvent bien se gausser, non sans justice, ils se fourvoient malgré tout quand la noirceur, comme l’aube, s’impose à tous… L’autre jour, en fouillant les archives et ces tonnes de paperasse relatant leur monde antique et presque moderne – des taupinières en ruine – nous sommes tombés sur la description somptueuse de leurs derniers vestiges ; cela nous a donné des idées, des idées qu’on ne peut trouver que dans les contes de fées sans pour autant leurs en tenir rigueur ! 

Dernièrement nous nous sommes échappé de la cage d’un donneur de leçon et nous avons usurpé son intuition, toujours en mouvement, qui était destinée à s’implanter parmi nos neurones outragés ; car nous aussi nous avons foi au poison. Nous aussi, nous savons donner notre vie tout entière tous les jours. Voici le temps des Ass… !

Les araignées du Sanctuaire

Nourricière était notre rage qui sommeillait dans la boite de cette Time Capsule ; nourricière était notre terre qu’un tas de grenouilles, mortes à l’ère de l’hégire, avait mélangé dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis, nombrils, morves et rires. Et comme elle me manquait ta rage qui sommeillait en se rafraîchissant à la Source du Mezcal de notre Sanctuaire.

Et de ces offrandes pour des dieux aux griffes en forme de douilles ou de diodes, il était convenu qu’elles ne pouvaient remplacer ces fleurs du grenier, ces larmes blanches comme des armes, ces runes fantasmagoriques et surtout leur rituel de purification… Des larmes pour des dieux qui, de base, s’énerveraient et déclencheraient de toute façon leurs foudres sur notre population jugée ladre et sans jugeote.

« Alors nous irons dormir Là-Haut Chez Vous, portés par les ailes des jars capricieux, et, une fois là-haut, en remontant la longue file des chiens qui aboient et qui mordent pour faire couler le sang Grenade des filles de Clara Luciani, nous rêverons de grands squats ouverts à tous les rêveurs, et nos souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie reviendront nous hanter. »

Le summum de la liberté !

Il y avait des tas de soleils dans cette boue glacée, et, de juxtapositions d’idylles martiennes en juxtapositions d’amourettes hasardeuses, ils préféraient partir à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, ou de la Floride. Ainsi leurs zéniths s’affligèrent, surchauffant le macadam des routes qui, à l’avance, soulevait des océans de phosphate. Leur échographie de pédoncule pour se reclure à Tokyo.
Quand ils semblaient sur le point de sombrer avec leurs reines d’une nudité confondante, confuse, des maladies comme la variole ou la phlébite des marsupiaux étaient réapparues. Nudité qui, en passant dans leur alambic et traversant les huttes et les villages les plus reculés, causait de grands dégâts, et on s’étonne encore de la disparition du pubis glabre des impérialistes hélas…

Et enfin, après maintes distillations qui pinçaient pour les variomètres ou d’autres appareils de mesure, on obtint le summum de la liberté, summum qui kiffait les vies excentriques et suscitait rapidement des plans d’actions concrètes.

Blasphème et esclavage

Et tandis que je lisais, un phylactère entourant ma tête, l’aube blasphémait le chant des cygnes. J’avais emmagasiné leurs rhésus, leurs consciences huppées sous la forme de zigzags libérant tous les esclaves. Et l’esclavage n’était pas seulement reconnu par des enfants cassant des murs de briques mais aussi par l’esprit des montres unidirectionnelles.
Montres unidirectionnelles alors que Là-Haut c’était jaune. Même ces terres en jachère restaient toujours sérieuses dans leurs affaires quand Là-Haut c’était jaune. Jaune et crocodilien comme le phylactère essayant de savoir si on pouvait glaner avec l’odeur de la terre, puissante et subtile quelque chose de magique de ces créatures qui pourraient se réincarner peut-être un jour !

Et les étoiles glissaient dans leur manteau noir et futuriste avec cette impression de paranormal délivrant tous les esclaves et, sous la terre ombreuse, ils préparaient leur vengeance. Cette vengeance que ce mal, ces paralysies télépathiques nourrissaient et pourtant ils allaient s’exhumer de leur fosse commune un beau matin de décembre…

L’oeil poché du Cyclope

Un oeil poché pour faire naître les plantes lactescentes et latentes, mais on se demande encore comment les neuf planètes sont commandées et on s’interroge sur le sort de leur marche impériale. Un oeil poché aussi pour consoler les chenaux que l’armée des singes a construit.
Un oeil poché pour compléter les plaquettes des scènes classées X et, au sein, les plaquettes nourrissent de leur lait cet oeil poché… Et leurs vertus s’affermissent pour condamner d’autres réclames publicitaires… Brillantes par leur clarté cartésienne qui vante elle-même ses mérites ; cette clarté cartésienne appelée par les pleureuses années et l’oeil poché du cyclope qui, sans dureté et sans haine, communique sa véhémence.
Les soleils des neuf planètes crissent aujourd’hui sous les plis de notre peau, et comparent leurs listes -des listes criminelles de petits insectes- avec cette clarté cartésienne, avec les pochettes aussi des disques qui plient sous la force du yin ou du yang, et, en fonction du résultat, s’agitent hors du cadre des photographies en noir et blanc pour la résumer, cette force taoïste…

Les fleurs migraineuses

Des fleurs migraineuses se frappaient les pétales pour voir passer le pousse-pousse impérial, et leurs fictions secrètes frissonnaient à présent endommageant son moteur d’origine inconnu !

Elles frissonnaient à l’idée d’éprouver cette danse endiablée qui plongeait son bec dans  les failles et les déséquilibres d’un rêve à peine ébauché. Ce rêve ? Le rêveur le forçait à vivre à l’intérieur d’un tube de dentifrice vide ! Ou à l’extérieur du Cercle ! 

En variant les espaces qu’elles ne fréquentaient jamais, les séquences d’images arrêtées et leur pensée qui frictionnait avec les jantes du pousse-pousse impérial, l’émiettement de leurs essaims se réincarnait en mélodie pour vaporiser le café noir ; de grandes odes au coeur du silence malmenant les lieux de retrouvailles, leurs visages, les événements passés, dans l’obscurité.

Le Cercle

Ascenseurs crêpés de maïs jusqu’à rompre tous les barrages d’eau douce et fourvoyer la silhouette bleue de tous les réseaux, de toutes les possibilités ! Hommes-mandibules que même les fonctions secrètes sous IOS n’arrivent pas à faire frétiller… Ou transplantation des autres corps dénués de toutes ces grappes de couleurs en attendant le déclic qui freinera psychiquement leurs déséquilibres.
Ou encore horizons cirant l’éclairage crémeux du laboratoire et la fiancée enfermée à l’intérieur ne peut que foirer ses examens… des erreurs de jeunesse ! Organes enfin transplantés, formatés par des macaques pour être transformés en carburant, et dans le crâne et la gorge, la douloureuse épine qui s’est cachée dans les foins ; la douloureuse épine qui débranche mentalement les autres organes atrophiés du Cercle.
Ce Cercle qui n’est pas loin, reliant un jeu de cartes enduites de lissage par sa synesthésie et sa télépathie ! Et ainsi de magnifiques champignons mortels fredonnent qu’au fond de mes chaussettes il n’y a qu’un vague désir morbide !

Les étranges histoires de l’Afrique mystique

En cherchant des têtards qui gobaient le soleil du nouvel an, étreignant le végétal comme le minéral, nous avions câblé par triste corrélation cette pataugeoire de roseaux et de joncs en fleurs. Était-ce la réincarnation des étranges vies de cette Afrique mystique ? Sur un tourne-disque vérifiant les appels manqués de la veille, elles offraient un paysage olympien, à qui savait regarder. Et à y regarder de plus près, elles offraient aussi leur synthèse quand le ciel devint soudain bleu… et dans leur rétine je m’entortillais encore davantage par leurs entraves de grands marabouts.

Rustique était cette cabane de joncs que nous avions construit quand nous étions enfants, rafraîchissantes étaient ces boissons polaires qui touchèrent le nerf central ; et brutes mais avec beaucoup de vie, étaient ces écumes glissant, rouleaux après rouleaux, sur la palissade du corral que nous regardions s’enfuir… comme affolées par nos histoires de mare aux diables, notre silhouette fiévreuse, ou par la mocheté de notre vieille poupée abandonnée pendant la Rouge.

La Rouge qui, en courant sur les bancs de sable, gisait en chacun de nous tandis que le poste de l’autoradio grésillait d’informations angoissantes, tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. L’esprit de la Rouge qui avait été instrumentalisé par d’autres bandes de gosses revenus à l’état sauvage.
L’esprit de la Rouge et ses déclinaisons qui avaient brûlé le champ de toutes nos perceptions, nous rendant aussi violents que malicieux : un pastel de watt canonique inflammable, cette maladie rare et pourtant universelle, cette Rouge originaire du mufle des vaches sacrées, et dont l’odeur putride imprégnait l’unique pièce de notre hutte en restant follement amoureuse aux couleurs de notre chevalet.

Et la mer se troubla. Les montagnes déracinés nous dévisageaient à peine et regardaient bêtement le crépuscule tombant sur les flèches gothiques de notre hutte… Déjà au néolithique, sa conscience grunge avait survécu aux massacres du Tsar et à présent une ombre menaçante planait sur la monnaie d’Ivan Le Terrible qui sera dévaluée de toute façon !

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Au bout des bancs de sable que les fantomatiques vies de cette Afrique mystique indexaient à la torpeur de la Rouge, nous vîmes passer son souffle chaud. Passer aussi sous l’arche de grès ocre des Astres néotropicaux, et que Barbara Auzou, l’impératrice des enfants perdus, décrivait avec précision nous racontant qu’il n’y avait rien de plus beau… alors la vie devint comme une drogue et le monde un arbre qui avait fait virevolter et ses racines et ses branches au dessus de nos têtes ; nos têtes de marbre babillant pour épouser la bouche immense des géants, comme une hostie, une hostie de frissons verts, qu’on croyait insolente.

Le sacrement de la Papesse !

Le sacrement de la Papesse ! Rien que pour la majolique, rien que pour cette faïence, rien que pour ces chiens retrouvés parmi les ruines ! Le Sacrement de la Papesse ! Rien que pour cet infinitésimal rituel de purification : toutes ces choses baignant, combattant dans la vase… et majorant le prix des contacts prioritaires de ses Serveurs Locaux !
« Ou pour communiquer par un fil entre les palaces et qu’on ne doit surtout pas distendre. » Et ces Grands Rifts comme domiciles célestes ! Et Sa Science comme plantes héliotropes, décantées en tisane, et qu’on complexifie à l’extrême pour s’imprégner de l’ambiance : ce grand jour de Sacrement, il avait tout pour conclure !

Alors, j’entrais dans l’un de ses monastères pour écouter leur projet, le Projet de ses Octopodes qui viendront nous confisquer notre virginité sauvage, le chronomètre de notre course avec les vagues, ou bien ce sera juste un vieux compte à régler, ou encore un raisonnement à contrario, je ne suis pas chiant, à vous de décider !
Car décisif sera le jeu qui finira par faire tomber son impériale nudité que j’ai hissé tant bien que mal. Et décisif sera aussi ce ciel noir, noir comme les orages annoncés dans le presse-papier, et qui se cache dans la garde-robe de la Papesse, et qui rivalise avec ses parures et ses sautoirs à jamais disparus, la Chine et la Prescience de tous ces passeports !

Demain sera ainsi sacrifiée la lourde procédure des dossiers…

Les chroniques d’un système annoncé !

Le système Aristote. Quelle était l’utilité de cette percée de rage alors que ça commençait par un tout autre système de fils électriques et organiques ?

Un bouquet de nerfs… c’était ça ou alors on ne pouvait que s’inspirer de son contrôle autoritaire ; son hyper-contrôle que les sept chemins et les sept muses baignés par une lumière tamisée avait grippé, ne connaissant pas son secret de bâtisseurs. Bâtisseurs folâtres peut-être.
Mais si il ne s’agissait que d’une fausse piste, une fausse piste qui multipliait les vies gâchées, alors elle serait, parmi les orphelines à la Joconde, quelques choses qui s’infecte.

Ça nous était arrivé dessus sans l’avoir vu venir et c’était justement avec son idée initiale (nous enfermer dans les cages de l’équipe des traqueurs d’Aristote) qu’il y avait eu des conséquences…

Hacké, piraté comme si on avait abandonné cette idée ruisselante.

Comme un implant dans ton cerveau

Nouvelle publiée aussi sur Oniris sous le pseudo Monocle-Zygote

Bien avant les émeutes interraciales (c’était donc bien dans un rêve emboîté dans un autre rêve).

Un silence mortel s’installa d’un seul coup. On n’entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les ruelles escarpées de Mandeville ; d’ailleurs cette nuit, qui avait fait sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, semblait prêcher l’anarchie : ici et là, d’affreux sycophantes se regroupaient déjà dehors tandis que Cassandre, affalée sur la banquette de ma limousine, expliquait à Ariane, une jeune hybride, comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve.

Ariane s’était à demi accroupie, une portière ouverte de la limousine la cachait tandis que je la voyais, moi seul exclusivement, dans le rétro, s’introduire dans ses narines dilatées une espèce survivante de krills. La drogue à la mode venant tout droit de la fabrique de Youssouf. J’étais supposé la protéger de ses démons, ainsi je vidai le contenu d’une énième bouteille de bourbon dans le caniveau pendant qu’elle était occupée ; ma cliente, Ann X, une star ayant épousé le sulfureux magnat de l’immobilier, Parsifal Van Dyck aujourd’hui disparu, m’avait confié la lourde tâche de surveiller leur adolescente.

Les drôles de crevettes mutantes commençaient à faire leur bonhomme de chemin dans son cerveau et elle se mit à chanter quand nous remontions le Strip pour atteindre les boîtes à la mode de Mandeville (je n’étais alors pas encore au courant qu’il était réservé à des gosses gâtés, ce genre d’endroit, mais on était dans mon rêve, et uniquement dans mon rêve).

À mon avis, me dis-je en sortant de la bagnole, cette nuit verte, qui semblait semer sournoisement l’idée délirante, au sein du subconscient de tous les rêveurs, d’émasculer ces mouchards de flics qu’on voyait entrer dans les clubs, allait me donner bien du fil à retordre.

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Une autre décapotable m’attendait. L’amnésie des rêves commençait… J’allais déjà prendre congé du bar où des jeunes, dont des hybrides de chattes trempées avec trois fois rien sur le dos, racontaient que le travail rendait libre. Il y avait toujours, à chaque fois que je partais en mission comme tuteur, de vieux chanteurs de prosodie du siècle dernier se croyant malins à réciter de la pseudo-poésie :

« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance

Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, ô souvenirs résiduels,

Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace… » J’en avais assez entendu, déjà je foulais le pavé, et fébrilement, j’aperçus qu’elle était déjà là, la belle caisse rouge, son moteur vrombissant.

L’un d’eux reprit le couplet en le modifiant, alors que j’étais en train de faire crisser les pneus, pied au plancher :

« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance… » Et d’autres conneries de ce genre.

En sabotant des montres mécaniques unidirectionnelles, nous nous retrouvâmes cette fois non loin d’un sanctuaire inconnu : il était entouré par des marais pullulant de moustiques qu’on ne voit qu’en Louisiane, et le brouillard était tombé (ce qui me fit penser que je devais être extrêmement vigilant car la jeune hybride risquait ainsi de me fausser compagnie).

Après s’être rafraîchie à la source de Mezcal qui jaillissait des fontaines du sanctuaire, elle psalmodia ce qui était écrit sous l’autel habituellement réservé aux offrandes pour des dieux qui, de base, s’énerveraient et déclencheraient leurs foudres sur cette population ladre et sans jugeote de Mandeville : « Nous irons dormir Là-Haut Chez Vous, portés par les ailes des jars capricieux et nous rêverons de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être aussi sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie. »

Émergeant d’un mur de marbre blanc, des runes m’indiquèrent que le sanctuaire avait été jadis un monastère de moines hydrocéphales, ayant sculpté à même ce mur les tracés complexes de labyrinthes sans fin. Les labyrinthes des rêves les plus macabres.

Et je me souvenais que lors du premier épisode onirique, quand nous étions coincés dans cette discothèque, un soi-disant journaliste d’investigation draguait cette jeune pétasse hybride et qu’il lui racontait comment il avait magnifiquement couvert un reportage sur les émeutes interraciales ayant enflammé jadis le quartier rouge de la ville basse… Alors que la triste vérité c’était que ce baratineur n’avait été promu qu’une fois dans sa vie et à un poste de télésurveillance en plus ! D’ailleurs je l’avais gentiment remis à sa place.

Mais déjà je distinguais, assis avec un couple de laminariales en haut-de-forme rose sur les marches de ce vieux palais, un tourbillon d’évanescentes étoiles mort-nées qui se dissipa ensuite en pluie blanche. Et qui tomba en crème, puis en fines coulées, sur les seins d’Ariane et de Cassandre. De bruyantes scies circulaires sortant des alcôves d’ébène et d’ivoire du sanctuaire répercutèrent par la même occasion le hurlement funèbre que ces femelles avaient poussé quand j’avais tranché la gorge de ce risible dragueur (il eut un petit hoquet pour recracher du sang par le nez et par la bouche et termina par un minuscule cri qu’on aurait pris pour celui d’une sorcière).

Plus tard, elles m’avaient reproché mes méthodes moyenâgeuses et avaient loué notre chance inouïe de nous en être sortis vivants, alors que je connaissais pourtant déjà l’issue de la situation comme les oracles de ce vieux corbeau, rencontré la nuit d’avant, me l’avaient parfaitement prédit.

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La résistance s’organisait dans le quartier rouge. Pour répliquer à la Brigade du Frelon, la célèbre et pourtant très discrète unité d’intervention privée contre les narcotrafiquants, un homme à tête de corbeau dans une boîte de nuit branchée avait abattu froidement un flic qui était là sous couverture et qui cachait sa véritable identité en se proclamant journaliste d’investigation à qui voulait l’entendre. Les semblables de cet assassin, qui avaient coutume de trinquer avec lui dans un débit de boissons de la ville basse, étaient rebectés par son acte héroïque. Ils éprouvaient pour lui une immense fierté comme la foule qui, après l’annonce de ces infos, avait enrubanné les poteaux de la Grande Place de slogans ACAB, truffés d’insultes anti-flics…

Et les rêveurs, dont la seule finalité était de se droguer en permanence, imaginaient, dans les vapeurs d’opium, de grands squats ouverts à leur communauté de babas cool, donnant sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie.

L’amnésie des rêves, brutale, fatale. Même si, pour la combattre il y avait encore un groupe de guerriers de la dernière heure, au passé spirituellement trouble. Un chercheur, parti en quête de la nuit verte de l’Alaska, pourrait, au détour d’une falaise plus grande qu’une scolopendre, rencontrer ces hommes et ces femmes qui ne se sont pas contentés de la vie matelassée, moelleuse et terne offerte par la société moderne, et se dire qu’il n’est pas seul, qu’il reste encore dans le monde une étincelle d’aventure, un espoir peut-être aussi de se passer des produits illicites pour continuer à rêver.

Un jour, au-dehors du concevable, ils chevauchèrent vers les barbelés entourant le sacro-saint sanctuaire. Des légions de cloportes, attirées par les puits vaseux de spiritualité que les moines hydrocéphales alimentent en visions de cauchemar depuis le commencement des temps, reflétaient la nuit verte de l’Alaska sur leurs carapaces chitineuses, et leurs yeux fixes, contemporains des premiers hivers, dévoraient des vérités métaphysiques, en érodant peu à peu les membranes de l’univers. Parmi eux, Ariane et Cassandre portaient des casquettes de plomb, qui dissimulaient avec peine leurs crânes-laboratoires, où les synapses en ébullition décantaient d’extraordinaires substances qu’elles s’injectaient ensuite en intraveineuse. Plus loin, flottant paisiblement dans des flacons aux formes improbables, il y avait les Rêveurs, insoucieux de la neige qui tombait à lourds flocons, et les drapait peu à peu d’un manteau paré d’aurores boréales. Chaque Rêveur était maintenu sous sédatifs, une lourde pharmacopée qui s’insinuait coupablement dans ses veines, en serpentant le long des perfusions. Parmi ces substances, il y avait la drogue de Youssouf, la drogue des rois, et l’on disait qu’une goutte de cette substance pouvait provoquer des visions si puissantes qu’on a l’impression que toutes les planètes, le Soleil et la Lune, ainsi que toutes choses du Ciel et de la Terre se prosternent devant soi, dans un élan laudatif si puissant qu’il brise l’ego en mille morceaux.

Cassandre murmura à Ariane : « N’aie pas peur, même si je pars, ne crains rien, pas même mon absence. » Et sa voix était comme un souffle chaud venu du désert, comme un volcan qui s’éveille en grondant doucement pour bercer la nature, qui pourtant le craint.

Dehors toujours, avec la horde, elles semblaient sur le point d’être absorbées par cette bulle onirique qui partait à la dérive et que formaient les anti-corps psychiques et psychédéliques. Elles se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient repartis les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqués à provoquer Youssouf ; le grand maître des Rêveurs avait alors sorti sa lame de samouraï, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdue dans les ruelles noires de Mandeville (où traînaient encore à cette heure des prostituées venues de Karachi) ; et c’était sûrement à cause de cette raclée infligée par Youssouf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Ariane et Cassandre aperçurent à la dérobée des ombres faire hâtivement un Fight Club devant la porte principale à la fois grillagée et plaquée d’or de l’ancien monastère ; un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici à l’entrée dans la cour, et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient… et avec la décapotable du début, son autoradio émettant la météo des mers septentrionales, mais parfois elle racontait que quelque part dans le coin de Barstow aux abords du désert je trouverais – c’était aussi une sorte d’oracle ce poste – ces pionniers ne croyant plus au rêve américain, noyés et reposant à huit miles de profondeur dans un lac, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses et ils fantasmeront sur leur illusion d’avant, appréhendée en revanche comme un mystère peu glorieux par cette foule de rêveurs-résistants. Mais qui ne pourra pas les lyncher même s’ils reviennent les hanter et ce n’est qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes, jadis tous protégés, malgré tout, par la tutelle de cet homme à tête de corbeau, qu’ils finiront par se rendre compte qu’ils sont tous des personnages interchangeables dans son rêve.

Quand Cassandre et la gosse de riche se furent introduites dans le bâtiment au style néogothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes toutes en sel de Séminal, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, elles observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses, qu’ils avaient délaissées, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux héroïnes murmurer face à cette vision affligeante :

« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creuserons les tombes de ces rêveurs, sidérées par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au cœur de leurs sommeils, nous répandrons notre fiel dans leur cerveau et nous éviterons à notre tour d’être contaminées par toutes ces fioles de psychotropes, les manipulant précautionneusement avec des gants de protection et n’invoquant qu’à demi-mot leurs propriétés qu’on pourrait juger maléfiques. Et dans une ultime bravade nous les forcerons à se réveiller d’entre les morts, ce long sommeil qui les dégoûte eux-mêmes. Et puisqu’ils s’interdisent toute autre distraction, dans la crainte qu’un mouchard puisse imploser leur cage dorée, nous les libérerons de cette léthargie, même s’ils ne peuvent pas encore saisir le sens secret de notre plan. »

Mais qui ne l’était pas tant que ça finalement : surgissant des profondeurs de la matrice onirique, Youssouf leur fit barrage alors qu’elles s’approchaient de ses alambics, et même si sa voix se perdait parfois dans les limbes d’où il provenait, on l’entendit énoncer lugubrement :

« Votre plan était presque parfait, jusqu’à ce qu’un de mes intermédiaires m’informe de votre intrusion… à ce moment précis j’ai tout de suite pensé que mes cobayes ne pourraient manifestement pas bien s’acclimater à l’inception, une idée tenace, coriace que nous injectons avec mon équipe au sein du subconscient du rêveur… le succès de mon entreprise de zombification en dépendra. Mais vous ne le savez pas peut-être pas, j’ai prévu ce genre d’attaque vicieuse : vous allez nourrir mes cloportes. »

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« Un liquide chaud et humide, provenant de l’écrasement de cloportes, prononçait en direct le présentateur de JT, vient de s’immiscer entre la porte et son interstice… Que voit le Rêveur ? Que les kyrielles des portes du Rêve n’ouvrent toutes qu’à la vision défendue par ses seuls insectes. »

La télé reflétait ensuite des portraits de démons malicieux et puissants, bien que son écran commençât à se restreindre, dévoré par l’érosion du rêve. On craignait que son effacement soit lié à la disparition de la clé de l’énigme, que le temple s’écroule en libérant dans l’air des spores ravageurs (il n’y aurait plus d’humains sur terre mais ce serait une planète recouverte entièrement de forêts). Je partis en courant et, jusqu’à ce que ma respiration me brûle, me réfugier sur un flanc de colline qui dominait l’ensemble de la vallée. Mes jambes étaient lourdes comme du granite et une nouvelle fois la nuit tomba, et parmi les évanescences aux plaintes et aux cris effroyables, personne en vain, aucun visage n’était tourné du côté de ce lieu s’enflammant, sous l’impulsion et l’effondrement de mon rêve, et qu’on apercevait à mille lieues à la ronde.

Tout avait été détruit dans la confusion la plus diffuse ; mes jambes étaient courbaturées par cette longue et folle course, et pourtant mon ventre je le sentais gavé des mêmes viscères qu’à tous ces junkies du rêve.

Tandis que l’amnésie des rêves se teignait de couleurs crépusculaires, à s’effacer, à n’imaginer pour nous que des pèlerinages… conduisant aux chambres à gaz, aux camps de la mort… ou à l’éternelle Flambée des Inquisiteurs, je savais à présent que le projet des cobayes-rêveurs avait dévié de son mobile d’origine…

La nouvelle théologie du feu sacré !

En ce début de nouvelle année, j’étais fatigué des films cinématographiques. Les Frères Lumière avaient vraiment inventé quelque chose de désastreux. En ce début de nouvelle année aussi, il n’y avait vraiment rien à se mettre sous la dent au cinéma : pas de filles chaudes et dénudées, pas vraiment de sexe, rien qu’un bourdonnement stérile et une succession d’images noircies. En plus je détestais prendre le bus qui projetait une boue glaciale sur les piétons mais mon boulot l’exigeait : donc le bus m’emmenait vers la Cité Internationale (un multiplexe lyonnais) et cette nouvelle année était comme une image éclatante et en tout point semblable à l’ancienne 2016.
Pourtant il y avait quelque chose qui me bottait bien dans les salles de projection : une sorte de correspondance attachante s’était installée entre moi et l’obscurité. Désormais je savais ce que je voulais : ne plus jamais voir la lumière du jour.

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Un homme et une femme collante, pendus têtes-bêches à l’entrée de la demeure de Satan, perdus parmi des tourbillons de neige et des explosions de cris joyeux qui viennent de nul part. L’homme n’en peut plus mais, pour que la Théologie du Feu perce au-dessus de la surface, il faut ranimer la braise que cette femme vomit à grands flots ; pour que la Théologie du Feu perce au-dessus de la surface, il faut aussi qu’elle branle l’homme vigoureusement pour qu’il puisse éjaculer d’autres combustibles : c’est une allégorie. Peut-être.
En tout cas, en dressant malgré tout son sexe raide, l’homme comme pour se défaire d’une sangsue, essaie inlassablement de s’en débarrasser et ainsi en lui jetant son sperme à la gueule comme si c’était une vulgaire salope, fait malgré lui grandir le Feu ; c’est le plus parfait des Théologiens du Feu. Même dans leur partie la plus inférieure où des fouilles archéologiques ont lieu en ce moment, les limbes infernales, qui ont conçu sur plusieurs niveaux ce multiplexe, brûlent sans jamais manquer de combustibles : tout est organisé autour du Feu.

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Une femme décroche le combiné du téléphone et une putain de moiteur s’en échappe et liquéfie son environnement. Un homme, dans la salle de projection d’un cinéma, surveille l’écran où se prépare déjà la suite d’un film qui n’a jamais existé.
Aujourd’hui, malgré leur épiphyse qui s’enraye, ils se sont levé de leur lit avec majesté, en listant ce qu’ils devaient faire… C’est de l’eau apportée au moulin de leur vie. Mais le mal s’empire, les efforts à fournir pour se lever de bon matin s’adressent à un athlète de haut niveau selon eux ; le Mal incise les pneus de leur bagnole alors qu’ils veulent se rendre à leur travail, le Mal a même réussi à exhaler une odeur d’animal crevé à la place des arômes du café matinal. Enfin le Mal énervé de les voir encore au labeur entame un plain-chant lugubre qui défie tous ces paysages pâles, décrits par Lautréamont lui-même.
Le mal s’immisce même dans le climat en déclenchant des calamités glaciales mais ils continuent, certes lentement, en s’attachant le soir à trouver un sens à leur action insensée.
Maintenant, dans la salle, on entend seulement le pop-corn qui tombe en pagaille sur la moquette qu’il faudra aspirer comme tous les jours. L’homme sombre dans un délire mélancolique, emporte avec lui le sens de son existence ; une existence qui est comme une sorte de hoquet de peur face à deux mâles qui envisagent de lui faire une surprise de retour chez lui : ils sont allongés en ce moment même dans le lit de sa femme, grattant d’impatience les draps amidonnés.

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Une formidable source d’inspiration s’étalait en flaque marron sur le carrelage de la salle de bain : l’eau avait pris la teinture de ce mystérieux carnet tombé par terre alors que je le tenais avant entre mes mains dans mon bain ; et pour suivre, tout en lorgnant la spirale du siphon de ma baignoire, mes pensées à propos des étoiles montantes du cinéma, j’avais perdu la mémoire et perdu tout, tout court : ma femme, la confiance de mes proches, ma sobriété etcétéra ; tout ce que j’avais perdu était lié en quelque sorte à ce personnage que j’avais vu dans un film récemment : le visage balafré augurant qu’il était crapuleux mais sans l’âme des naufrageurs (vous savez ces étudiants fondamentalistes qui ne pouvaient rêver que de dieux les invitant dans la très grande baignoire de marbre blanc pour un sauna paradisiaque ; sauna que j’ai fait construire suite à une arrivée incroyable de Napoléons sonnants et trébuchants…)

Il n’y avait que des erreurs dans ce carnet censé décrire ce que la salle obscure du cinéma ce jour là avait projeté. Des cadavres. À un moment, il n’y avait plus que ce passage sur les crimes par le feu que j’avais commis un jour de Saint Con.

Comme un dérapage ou une maladresse déferlant sur la crête obscure de la théologie incendiaire. Et pourtant tant d’erreurs auraient pu être évité, à commencer par ce moment où je me suis immiscé dans le système d’aération. Après le bûcher.

Après le bûcher comme une vision claire que les nouveaux inquisiteurs m’ont peut-être bel et bien inspiré. Des artisans de la fiction en phase terminale, en fin de compte.

Sélectionnant dans sa mémoire de rescapés (presque apparentés à ceux du Bataclan) sans que je puisse effacer tout ça, l’unique survivant avait dit avant de sombrer dans un rêve macabre que seuls les frères Lumière auraient pu empêcher tout ça alors comment faire machine arrière ?

Une impression de déjà-vu

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus ? Bien sûr j’avais en tête cette question, cette question qu’un point de vue d’écrivains tendancieux avait malgré tout réussi à dissiper. Et la nuit avançait et je me souvenais de mon amitié avec Richard Brautigan ; Richard Brautigan qui forgeait par la force des étoiles noires d’autres univers… permettant en cette époque troublée la réhabilitation des réseaux sociaux !

J’avais peut-être vécu une sorte de science fiction, avachi dans mon canapé, obsédé par une grave dépression et cette tenace envie d’écrire leur noirceur, car ils étaient tombés sur un os, ces réseaux sociaux, et je les avais déjà tous désinstallé, comme une impression de déjà-vu ; cette impression de déjà-vu colportée par des oiseaux de malheur que Richard Brautigan avait descendu sans aucun commentaire, décidément dans le ciel il n’y avait que des étoiles noires !

Ne décroche pas le téléphone !

Nos vies antérieures, comme le parti pris des choses de Francis Ponge, avaient crapahuté le long de l’échine de ce ciel qui était noir. Noir comme le saccage de ses sensations saccadées, mais il me semblait qu’on pouvait quand même distinguer, Là Haut, des calligraphies à l’encre chancelante ; j’avais fumé l’herbe du diable et d’autres vies antérieures m’invitaient à décrire des paysages américains selon le modèle de ce bizarre dessin de crapauds humanoïdes que j’avais trouvé dans une bibliothèque, un jour de pluie.
Ce dessin était accompagné d’un texte assez court décrivant leur transformation robotique, car ils venaient du Futur, ces êtres difformes et ils avaient cramé – un brasier sacré – la fin de leur histoire. Et le lait de leurs seins atrophiés permettait d’alimenter toute une taupinière !
Des faisceaux crépusculaires en altéraient la sagacité mais le ciel prenait le relai et l’allaitait à son tour ; j’ai alors pensé qu’ils s’accordaient malgré tout assez bien : une sorte de symbiose malfaisante qui vous saignait en pus noirâtre les oreilles quand vous décrochiez le téléphone !

L’ivresse de la noirceur

J’avais écrit un poème, après un café bien frappé, que j’ai aussitôt déchiré, comme un appel pacifiste à tous les rêveurs… Trop macabre, pas assez fun pour les réseaux sociaux, mais l’incarnation de ce poème m’a, pour ainsi dire, semé dans sa course ; une course à l’allure fulgurante à travers le dédale des villes les plus complexes.  

Leur complexité sombre et austère, s’inspirant du retour des macchabées sous des astres convoqués uniquement pour leurs retrouvailles à Port-Saïd, ne me bottait pas plus que ça. 

Alors j’ai bu un pastis et leurs terres nourricières à tous ces rêveurs ont vu errer de fantomatiques, de tristes vagabonds parlant exclusivement en sanskrit, ah ces rêveurs, dont la mentalité était incarnée par ces étoiles en virée, pouvaient bien pioncer tout m’était égale ! 

Se rejoignant sensiblement sur le sujet, il n’y avait plus que les étoiles, les rêveurs, les astres et leur cornée dépoussiérée, les rêveurs encore et toujours ces étoiles qui, dans un maillage jouant serré, paraissaient toujours aussi noires !

La sagacité des quatre-quarts !

De la salive et des langues amères pour se fiancer avec la verve des soudures alpines, et aussitôt la rechute ! La rechute alors qu’elle détenait de vigilantes cartes mères qui ronronnaient et qui allaient la vilipender, la sagacité des quatre-quarts qu’on croyait de mauvaises résolutions. La vilipender comme ces araignées solaires s’échouant sur le récif ce matin car c’était un matin macabre, en noir sidéral ou en or rose et parce qu’elle recevait pour ses noces de papillon, cette sagacité des quatre-quarts, on l’avait offert au plus offrant…
Avec cette nonchalance propre à rien et quand les vents soufflaient sur les phylactères qu’elle créait à mesure qu’elle les avait fait disparaître, la sagacité des quatre-quarts macérait dans un mélange où les araignées étaient mal soudées l’une à l’autre, mais pourvues de mille-huit-cent-neuf membres… se palpant pour envahir en imagination les salons où l’on ne parlait que de sa rechute, se courbant sous le poids des phylactères et arrachant de leurs forces herculéennes ses vignettes qu’elle avait pris soin de récolter dans les encyclopédies (prenant la poussière dans ces cartons que j’entassais en attendant de trouver mieux, peut-être le lieu et la formule de l’un de ces sanctuaires grouillants de gnomes et à qui je devais ce poème, la sagacité des quatre-quarts ne m’estimant pas beaucoup.)

Qui sommes-nous ?

Quelques frasques de notre jeunesse pour simplifier définitivement nos genèses. Puis, dans la cage des donneurs de leçons, on verra bien si les échanges et les communications par SMS interfèrent sur le défunt pouvoir de notre imagination.
Il y a aussi, comme nous sommes encore à l’intérieur du placenta, les classiques de nos débuts fredonnés en changeant toujours de latitudes ; latitudes projetées avec nostalgie qui désobéissent cette fois aux jeteurs de gommes à mâcher et ça en devient presque drôle !

Ainsi nous pourrons nous définir comme des stratosphères énervantes ou comme la somme des révoltes pragmatiques ; mais réellement qui peut encore se consoler de cette définition, à part la liesse en folie de ces autres stratosphères ? Elles ne sont pas comme nous, pourtant elles ont aussi été étayées de peinture fraîche, de sens perdus et de retrouvailles impossibles…

Et la fraiseuse nous invite à percer davantage nos quelques frasques amicales, l’été de la mort de Lady Diana. Qui sommes-nous ? Quel est le but de notre existence ? Nous n’avons qu’une drôle de photographie en noir et blanc censée nous avertir des épreuves de la vie, cette vie dont nous nous moquons qu’en meute.

La place affligeante que nous accordons à nos aventures lubriques se résume à une narration assez simple : une histoire que les rois et les reines accordent aux vingt-quatre notes flûtées provenant de leur placard ; et sur la partition elles plaident en notre faveur car, des poutres que le créateur a fait don par hara-kiri, perlent les appas de nos ruisseaux !

Le Monde Silencieux des hauts plateaux de l’Éthiopie

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Réprouvées les cinq consonnes et les deux voyelles de la gamme anglo-saxonne, renquillée leur timeline défilante, cette timeline cachée parmi les fêlures du béton ; et répudiée l’extrémité du câble nord qui lui fournit son électricité. Reniflée la photosynthèse de ses électrons qui reçoivent comme une décharge électrique une hallucinante quantité d’enveloppes pleines de photos en noir et blanc ; enveloppes où l’on cache aussi des sachets de séminales et revanchards, diffus et disjoints, ces hauts plateaux de l’Éthiopie qui se sauvent avant l’émeute, ah comme leurs descriptions, leurs évanescences sont tristes, goulues mais ils ne veulent pas en démordre !

Tout d’abord, pour anticiper une version davantage compatible avec leur Esprit, ils traînent encore dans la sciure, les marées basses sans pieuvre et une énième poussière narcotique ambitionne de les ramener à la vie. Ensuite, à la première occasion, ils incarnent pour l’amour de la vie le mauvais côté de l’existence…

Alors, venant des profondeurs des appareils Kodak, en affirmant que Là-Haut c’est Jaune, ils viennent se joindre à la prescience des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; prescience qui découle de la distillation de leurs larmes et ces mêmes maisons, où l’on entasse dans des fûts et des tonneaux ces cadavres de chiens sahariens, ouvrent leurs fenêtres sur un Monde Silencieux !

Les tourments de la scie

De là où se trouve mon terrier, qui n’est précisément pas un simple trou destiné à me sauver, on peut voir des planètes énigmatiques comme Jupiter ou Saturne. Mais j’évite de les observer, et même de les regarder ; mes yeux ont mal car ils ont été privé de la violence tout aussi énigmatique de cette scie d’à peu près !

Cette scie d’à peu près, qui a sa propre vie végétative, dépravée, possédée dans mon terrier, où je stocke des tonnes de viandes, mais aujourd’hui je peux m’endormir paisiblement, sa violence est bel et bien partie à vau-l’eau sans rien dire ; peut-être est-elle allé se nicher dans le cerveau de ces gens qui hantent le métro ou bien on ne sent plus sa précipitation à vouloir faire du mal, certes mêlée de tendresse bestiale parfois, mais qui peine à se référer au système adverse, c’est-à-dire la Place Forte que j’occupe au fond de mon terrier…

Sans doute elle ne sait pas que sa colère participe à sa déconstruction, et c’est ce que je pense vraiment quand je me tiens au milieu des gouffres ou de ces dix galeries qui partent de la citadelle et que les astres laissent choir pour se rendre à l’évidence. J’ai conquis cette sorte de château fort comme on apprivoise la violence de cette scie déprimante… mais, malgré ce plan d’ensemble qui n’obéit qu’à ma seule logique, je n’arrive pas à m’y faire… et les souvenirs affluent, et cette vieille plaie cousue pour ne plus voir les choses moches et leur manque d’inspiration ne parvient pas à me rassurer. Comme ce silence quand je suis presque arrivé à éloigner tout souci de sécurité.

Ce même silence, qui en arpentant le fond de ma caboche, a dompté le spectacle de Jupiter et de Saturne. Ainsi meurt dans les gosiers chauds et sans âme de mes victimes (que j’ai pris soin de découper avec cette scie surnaturelle) l’impossibilité de me réveiller avec félicité.

Le psychédélisme des Mathématiques Avancées !

Soit A, un gros splif en écoutant Ali Farka Toure, Ry Cooder, pour ameuter les soleils dans un pays de cocagne, alors l’information est aussi claire qu’inattendue : dans le tiroir de la table basse, les coins et les recoins de nos hémisphères à la tombée de la nuit se réfèrent à B ; et si B est l’idée d’une auberge espagnole et si il démarre sur un nouveau sujet, après la bataille, alors, alors seulement C : le fortifiant, obtus et sombre rayon solaire pour déranger Neptune et le décrire par des stances ésotériques ; et D : le diadème que les malandrins défendent. Alors, alors seulement E : la liste des prénoms d’une population captive et la catapulte romaine qui attaque les colonies péninsulaires tandis que le monde s’écroule, douce chaleur !

Si F est une émergence de mouvements soudains et fringants qui échappent à la raison et G est une embuscade qui réjouit les mercenaires ; alors, alors seulement H est un cube de plastique où se recroqueville un cocon de verdure ou H est une butte moussue qu’on aperçoit par le hublot d’un navire échoué. Quand tout a échoué.

Et si I est une méduse hystérique et une becquée qui finit dans la gueule du lion, alors, alors seulement J succède à la nuit endommagée ; et J rythme aussi les playlists des périphériques qui sidèrent les silhouettes d’un autre pays. Et si K est une steppe ou un écrivain qui romance, et si L est la détente d’un ressort pendant que la jeep roule lors des nuits orageuses, alors, alors seulement M répand la terreur parmi les clowns grimpeurs. Un voyage d’outre-tombe dans les ronces.

Et si N reste dans les chaussons de Pierrot et si O représente la trêve des confiseurs, alors, alors seulement les mathématiques avancées sont clôturés. Et leur psychédélisme chante sa chance de les avoir évité…

Rolls-Royce et vide-ordures

Dans le quartier où l’on ne voyait que des Rolls-Royce, l’Esprit des comédiennes sadomasochistes avait dissipé les vieux malentendus. Les malentendus qui foisonnaient dans les romans des Rêveurs et qui avaient choisi comme domicile céleste une marmite pleine de rubis ou un simple asile d’aliénés. 

Sur leur trente-et-un, les Rolls-Royce avaient peur de ces grands brasiers qu’elles allumaient, sans doute, uniquement pour affirmer la place du feu. Ce feu, dans les ténèbres pour honorer tout ce temps perdu à rester sage et conformiste… et cette époque où elles étaient tellement belles, tellement jeunes, tellement folles au point de dénouer les cheveux de leurs victimes de ces rubans cousus avec du fil d’or !

Le Système Aristote ou les sept vies gâchées de la Joconde…

Le système Aristote, ça commençait par un tout autre système de fils électriques et organiques, c’était ça ou alors on ne pouvait que s’inspirer de son contrôle autoritaire ; son hyper-contrôle que les sept chemins baignés par une lumière tamisée avait grippé, ne connaissant pas son secret de bâtisseurs.
Alors qu’il ne s’agissait que d’une fausse piste, une fausse piste qui multipliait les vies gâchées, orphelines à la Joconde, en infectant avec son idée l’équipe des traqueurs d’Aristote… en conséquence on avait abandonné cette idée ruisselant alphabétiquement, et qui siphonnait leurs gueules de vide-ordure ; je me souviens, j’avais vu leurs parfums entièrement indépendants de la volonté humaine monter au ciel comme des serpents cosmiques en claquant la porte ou en remplaçant la face B de Pat Benatar.

Après s’être chauffées au contact du plafond qui refusait de fléchir, et des astres au manteau noir, les résonances, les résonances de ces grands cerveaux électroniques que l’humanité aura jamais créé commençaient à se dégeler de cette ère glaciaire… et à grisailler autant que je les autogénérais ; et ainsi elles se rendirent à l’évidence : là où on ne pouvait établir nous-même une stratégie, elles contenaient dans leur Time Capsule l’espoir de fustiger un bon interlocuteur, une petite chance : celle de capituler et de crier grâce !

Scentless et Yellowy Eye

Après s’être chauffées au contact du plafond qui fléchit, et des astres au manteau noir, des images de Portiques Sacrés, puis d’autres images que cette pataugeoire de peintres à la Rembrandt gobe par le nerf optique, en cette ère glaciaire ; et en passant sous ces portiques de grès rouge, je prends le risque de les désorienter dans leur télépathie minérale, télépathie que j’autogénère… Peintures revenues à l’état sauvage puisque je ne peux coucher sur papier la description de leurs nuits aussi agitées que végétales, la liste de leurs reliques que le clairvoyant Scentless a absorbé dans un amalgame de couleurs.

Alors je les décris ainsi : dans la vase qui leur confère la faculté de cette fâcheuse télépathie, elles ont les yeux d’un jaune tirant sur l’hypnose (yellowy eye) et deviendront adultes, après bien des étés brûlants et des neiges bigrement précoces, ce qui désassemblera tout le réseau de ces artistes alors qu’elle réside, cette croissance surnaturelle, idéale aux tréfonds de leurs terreurs d’enfants.

Les phylactères de son imagination

En prouvant que nos croyances en son imagination étaient toutes puissantes, les murs s’étaient évaporés, et, en dehors de ce que le monde réel pouvait désormais signifier pour moi, il n’y avait plus que leurs Esprits pour débrancher le mental.
En ce qui concernait nos écrits à la J.K. Rowling, on sentait qu’ils avaient été contrariés mais d’autres Esprits s’étaient peut-être nichés à la place de ces représentations surnaturelles, ces vignettes récoltées dans les encyclopédies (prenant la poussière dans des cartons où l’on pouvait trouver aussi des précis de médecines folâtres aux illustrations grouillantes de gnomes.)
Des vignettes qui, un million de fois auparavant, nous avaient fait choisir l’itinéraire le plus sûr. Alors que, à l’intérieur de la programmation de notre cerveau de cyborg, ces reliques d’un autre temps nous expliquaient comment embouteiller la nuit des hérons de cristal, pour en faire un poison mortel ; ou un remède à l’antique qui bouillonnait dans un chaudron primitif, avec des histoires de fantômes, aussi expressives, simples et courtes que les phylactères de son imagination !

Nuit d’émeutes pour l’extase !

Certes, je ne suis pas arrivé à t’inventer une histoire Grunge, expressive, simple et courte mais je reste persuadé que si on bricolait un peu cette « trilogie américaine » alors on pourrait voir les arbres, qu’on a enrubanné de robes à frou-frou blanches, se calciner et les Hordes jetées sur les routes ; d’un point de départ exploitable jusqu’à ce noeud narratif que les Hordes calomnient, si on bricolait un peu, on pourrait ajouter, au paysage, des pingouins dans les champs, ce qui signifierait que l’hiver serait vraiment méchant… Méchant à faire pleurer un visage furtif, ce que les Hordes désirent comme apocalypse.
Alors, sous la chaleur d’un soleil calmée par l’air marin, on inventera une autre histoire, un autre visage, et on observera les tendres flocons descendre du ciel.
Expressive, simple et courte comme une mise en scène à la Cobain, est cette histoire qu’on racontera, en s’endormant sur un toit, ou au sommet d’une démoniaque grue de caméra ; les démons convoqués à minuit, heure d’écriture et extase d’après Thompson.

Les Furtifs

Les Furtifs avaient tiré leur révérence et, sur nos papiers en sanskrit délavé, ils avaient bel et bien disparus. À moins qu’ils puissent s’incarner encore dans la substance noire des larmes, ou dans chaque Rhésus que ce vin de Xérès colorait d’éclairs de phosphore, de nuances et de strates au coeur d’artichaut ! Je sentais néanmoins leurs ombres brûlantes, et leur désir naissant, exploitant la peur de ces joueurs de dés, cette peur que ce vin falsifiait par des procédés d’innocence troublée…
Ces joueurs de dés qui avaient, selon leur chance, la possibilité de gagner ces chars d’argent et de cuivre – que Rimbaud avait négocié en voyage à New-York. Cette chance infime aussi d’acquérir ces proues d’acier et d’argent – que Rimbaud avait subtilisé à quelques galères battant l’écume.
Certes, cette chance infime semblait croître en force, mais elle désirait tellement l’apocalypse qu’elle était réduite à l’étude de la sémantique.

Rhétorique mortelle, Vin de Xérès, ou l’oeuvre des Furtifs…

La rhétorique de ce silence mortel qui s’installa d’un seul coup ? En avançant jusqu’au croisement des routes dévisagées, on humait sa succion du vide ; succion du vide qui s’empourprait petit à petit, tandis qu’il tournoyait -l’oeuvre des Furtifs- sous un soleil déclinant… Les Furtifs ? Peut-être était-ce anciennement l’incarnation de ces trois enfants qui voulaient attraper la queue du Mickey ou peut-être était-ce les humeurs d’un vin de Xérès lymphatique, décrochant, les unes après les autres, les obscures, les absurdes, les verticales, les inefficaces flammes blanches des bougies !
Les Furtifs avaient tiré leur révérence et, sur nos papiers en sanskrit délavé, ils avaient bel et bien disparus. À moins qu’ils puissent s’incarner encore dans la substance noire des larmes, ou dans chaque Rhésus que ce vin de Xérès colorait d’éclairs de phosphore, de nuances et de strates au coeur d’artichaut ! Je sentais néanmoins leurs ombres brûlantes, et leur désir naissant, exploitant la peur de ces Chasseurs, cette peur que ce vin falsifiait par des procédés d’innocence troublée…

Le voyage en montgolfière

Le voyage en montgolfière s’abstenait de tout commentaires, notamment sur le transport des armes qui était loin d’absoudre les lois, la morale nous reconnaissant comme des chiens. Des chiens presque monogames, qui rongeaient les os à la place des moignons que Burroughs rêvait d’amputer.
Et ce n’était pas pour la mocheté de l’élément Bois, que nous désirions posséder afin de s’en servir comme combustible pour la montgolfière, que la liste de nos fantasmes paraissait sans fin. C’était pour s’acquitter de ces montres unidirectionnelles qui rendaient fous les chevaux en tournant à l’envers (mais était-ce bien des chevaux) ou c’était sûrement pour abréger leur vie, leurs moutonnements d’étoiles auxquels, nous les chiens, nous étions englobés malgré tout.
Et leurs mors coupaient, par ici et par là comme un couteau fort aiguisé, le souffle vaniteux de la montgolfière. La géographie des mers septentrionales aussi que nous survolions, avec dans nos malles, d’affreux sycophantes aux cris plus puissants que leur envoûtant charabia. Charabia nous assurant que nous étions bien des chiens, des chiens du désert qui se regroupaient déjà devant les monuments disparus ou en ruine, à l’atterrissage de notre montgolfière.
Le monde avait tant connu de grandes guerres pendant notre voyage interminable en montgolfière qu’il ne restait plus grand chose, parmi ces paysages apocalyptiques… enfin c’est ce que j’expliquais à Cassandre, affalée sur la banquette d’une limousine qu’on avait retrouvé au fond d’une mare dont la coloration, elle, nous expliquait, à la manière d’Ariane, comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve.

As-tu peur du Noir ?

Il y avait déjà eu maldonne quand tu avais démontré, avec tes gants de boxe, la mystérieuse laideur de leurs exécutions macabres. Leurs exécutions dépêchées par des cours d’assises incohérentes. Mais ce n’était pas faute d’avoir peur du noir ; les lacunes de leurs accusations, quand ils dessinaient, à la place des portraits-robots, des failles vêtues de cuir noir canonique, avaient été toutes démystifiées par cette angoisse viscérale de se retrouver dans le noir le plus absolu. 

Et moi-aussi j’avais peur, j’avais peur quand je respirais difficilement entre les bandages des momies atrophiées, en position embryonnaire… Et cette peur, qui rejoignait par son thème commun ce petit livre rouge que les pharaons avaient retracé en cherchant quelques Esprits libres et intelligents, était comme un ouragan. Un ouragan ne pouvant se départir de son essence originelle de Milan noir. Pourtant, ils se savaient prédestinés à briller plus que des planètes… À briller poétiquement dans cette noirceur que de simples joueurs ou d’avares collectionneurs avaient piraté, hacké au nom d’un simple poète inconnu. Mais, à ce moment là, tout n’avait pas planté.

Des modelés vêtus de cuir noir canonique !

Avec l’aide de l’œil unique du Cyclope, insensible et visionnant des vidéos de surveillance où l’on peut admirer de kafkaïens châteaux corinthiens s’effondrer, et pour renouer avec d’anciens amis disparus, le modelé de nos paysages apocalyptiques anticipait la mort des combattants, le doute en toute impunité !
Avec cette lascive vision pour bousculer les vaines croyances, le soleil n’était plus. Avec cette suggestion en silicone noir qui avait connu son âge d’or en se muant en mousson asiatique, il y avait aussi des univers qui grappillaient le temps perdu, de vacillant diadème pour des noces plastifiantes dans la vase encombrée de plasma et de matières plastiques. Avec cette volonté de toucher ce soleil qui n’existait plus, pour faire croître l’industrie du divertissement, leur royaume s’appropriait la nouvelle déco conçue avec le modelé de nos paysages. Leur doute, en toute impunité, allait abréger la vie de ce Parasite dans la Fosse Noire. Comment baisser la garde alors sans laisser grimper sa candeur de bête tiède ?
Le modelé de nos paysages délaissé par l’amirauté dégénérait jusqu’à perdre pieds, la perspicacité des mots étant sa dernière mobilisation contre l’épaisseur des ténèbres. Et pour s’approcher un peu plus de la perfection et renouer avec d’anciens amis disparus, il y avait leurs univers qui grappillaient le temps perdu, de vacillant diadème pour leurs noces plastifiantes dans la vase encombrée de plasma et de matières plastiques. Et enfin le pouvoir de leur imagination, de leurs varicelles, de leurs colliers d’une autre trempe comme un leitmotiv mélodieux ou désaccordé, comme la guitare de Kurt Cobain, cicatrisait les vieilles lacunes de nos modelés vêtus de cuir noir canonique !

La Rouge

Rustique était cette cabane de joncs que nous avions construit quand nous étions enfants, rafraîchissantes étaient ces boissons polaires que Rimbaud, le barman esseulé, nous préparait comme cocktails ; et brutes mais avec  beaucoup de vie, étaient ces écumes glissant, rouleaux après rouleaux, sur la palissade du corral que nous regardions s’enfuir… comme affolée par nos histoires de mare aux diables, notre silhouette fiévreuse, ou par la mocheté de notre vieille poupée abandonnée pendant la Rouge.

La Rouge qui, en courant sur les bancs de sable, gisait en chacun de nous tandis que le poste de l’autoradio grésillait d’informations angoissantes, tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. L’esprit de la Rouge qui avait été instrumentalisé par d’autres bandes de gosses revenus à l’état sauvage. 

L’esprit de la Rouge et ses déclinaisons qui avaient brûlé le champ de toutes nos perceptions, nous rendant aussi violents que malicieux : un pastel de watt canonique inflammable, cette maladie rare et pourtant universelle, cette Rouge originaire du mufle des vaches sacrées, et dont l’odeur putride imprégnait l’unique pièce de notre hutte en restant follement amoureuse aux couleurs de notre chevalet.

La bienheureuse corrélation du Pastel

En cherchant des têtards qui gobaient ce soleil du nouvel an à la Rimbaud, j’étreignais le végétal comme le minéral, l’organique comme le fantomatique, le rustique comme le sou neuf. Ainsi, tous les deux, nous avions câblé, tracé, dessiné, éprouvé la bienheureuse corrélation du Pastel avec cette pataugeoire de roseaux. La vivacité du pastel aussi. Et dans les joncs en fleurs, parmi les campagnes de Russie, ce doux pastel rutilait à présent.

Même les plus belles histoires de Revenants, s’enfonçant dans la vase rafraîchissante et brute, ne pouvait enlever à ce rutilement sa puissance fiévreuse, hérissée de motifs polaires, sauvée comme une vieille poupée abandonnée ! 

Sautez dans l’urinoir pour y chercher de l’or…

Sur le lit, entre deux chapitres, un gnome qui a fiabilisé le cours de ces pièces de monnaie napoléonienne que nous avons dépensé pour prendre le train et retrouver notre chez-nous. 

Sur la table du bureau, les reliques encore de cette drôle de monnaie et que les Églises Fantastiques empoussièrent, exécrant notre époque. Au-dessus du tableau qui emmêle les angles, la représentation fantomatique de leur bible nous apprenant comment cet argent de farfadet est arrivé dans nos poches. Dans le porte-monnaie, un document inédit, en papier bâclé, qui nous explique pourquoi ces pièces sont encore acceptées dans ce pays aussi absurde qu’imaginaire. Sur la chaise, les chaînes retenant la Bête que je soupçonne m’avoir refilé ces deniers, mais sont-elles brisées vraiment ces chaînes que j’ai examiné attentivement toute la nuit ? 

À la fenêtre, l’odeur d’essence de cette station déserte, ouverte pourtant vingt quatre heures sur vingt quatre, l’essence de ce gnome se répandant sur le sol de sa caverne comme une flaque noire et harcelée de mouches menaçantes ! 

Un appel pacifiste à tous les rêveurs !

J’avais écrit un poème, après un café bien frappé, comme un appel pacifiste à tous les rêveurs ; sa complexité sombre et austère, s’inspirant des astres convoqués pour des retrouvailles à Port-Saïd, ne les bottait pas plus que ça. Alors j’ai écrit un récit où ces fantomatiques, ces tristes rêveurs, comme ces étoiles en virée, étaient épaulés par l’inspecteur gadget pour mener l’enquête, mais ça ne semblait pas non plus les envoûter.
J’ai écrit une nouvelle racontant comment, leur cornée dépoussiérée, ils avaient grimpé à une vitesse olympique, les escaliers des sanctuaires hindous mais par malheur ils restèrent tous médusés. J’ai alors écrit une lettre qui décrivait, du haut de son atout, leur ville et ses ruelles escarpées, ses parades de chevaux babéliens mais ils m’ont dit que ce n’était pas pour moi.
En travaillant très, très tard, je me suis documenté sur la condition spartiate de leurs éléphants, sur leurs odyssées qui avaient fait partir des navires de guerre, chargés de bois doré, de mâts et de toiles bariolées ; et un silence mortel s’installa. Alors j’ai laissé béton tandis qu’on entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les avenues bourgeoises de Mandeville ; d’ailleurs je crois que cette nuit, j’ai enfin compris qu’ils préféraient mes pages blanches ; à la rigueur je pouvais leur transmettre mon indicatif téléphonique qui courait entre les distances mnémotechniques des enfants et leurs farfadets aux alentours de minuit. Cette nuit, d’une noirceur à faire sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, et qui semblait prêcher l’anarchie !

Ménages d’automnes

Dans le placard, les Esprits des Rêveurs qui ont choisi comme itinéraire facilement réalisable la traversée de l’aile méridionale d’un asile d’aliénés. Sur la table basse, un livre neuf qui raconte comment s’évaporer et évaporer, au détour d’un vieux mur en pierre, l’âme et la couleur verte des yeux, avec du nettoyant pour vitres. Une porte, qui, de génération en génération, a été sublimée par ces Esprits pouvant parfois se cacher à l’intérieur de ses gonds pour plus d’un millénaire. Dehors, dans la cour, la carcasse d’un side-car abandonné mais le génie de Napoléon lui fait croire qu’il est encore concerné par la question environnementale. 

Aux fenêtres, des rideaux qui donnent l’impression de créer un ordre cyclique alors que cette création n’a été échafaudée que par des lavettes et n’est de toute façon que l’expression de leur passivité ; je dois cependant leur faire croire que leur choix est toujours judicieux. Dans la baignoire, le plongeon utopique pour ces Esprits, ces Rêveurs malgré la saleté qui s’est accumulée dans les canalisations (ces canalisations que de nouvelles races de rats parcourent, leurs assemblées de nuit en fin de compte ne connaissant que le poids des malédictions.) 

Sur la commode, des rivières de diamants qui font perdre le latin aux méandres et aux sillons informatiques d’une vieille machine pas belle et qu’on a trouvé dans les hangars vides où l’on entasse aussi de vieux ordinateurs. Sous le lit, une petite culotte très fine, qu’on ne voit que dans les show lesbiens, un genre de strip tease fiabilisant les données d’un kelvinomètre que des politiciens véreux ou des narco-trafiquants ont financé par manque de jugeote… 

Sur le canapé, des cendres de cigarettes mêlées à du pain émietté pour dissiper le mystère des femmes agenouillées, pour dissiper aussi ce que j’ai découvert dans cette hangar sale où l’on se fiche pas mal du sort de ces ordinateurs antiques (ces ordinateurs à la casse parce qu’on pense qu’ils sont souillés par une étrange malédiction) et enfin, à la place de la télé, un nain de jardin puni pour avoir perdu sa virginité sauvage, et fraîchement évadé d’un centre pénitentiaire américain, une course avec les vagues ou juste un vieux compte à régler pour cautionner ses agissements occultes…

La Vodka des causes perdues !

Accusé de défendre les causes perdues, on avait embrigadé les ravitailleurs mensongers et immoraux de cette impératrice : la vodka dans toute sa splendeur, et même ces réclames pour du whisky ne pouvaient lui faire de l’ombre. Et foin de sa pataphysique à la Philip Morris, comme de sa société éthylique de joyeux drilles, on n’en avait que faire ! Son spleen, qui n’était pas baudelairien, mais qui en avait embobiné bien d’autres fanatiques de la lettre du voyant, désormais nous était acquis.
Acquis de haute lutte quand nous naviguions virtuellement sur les plates-formes des téléphones sophistiqués en ne pensant à rien d’autre qu’à sa brûlure, si chère et pourtant si funèbre ; écrivant pour les réseaux sociaux ou pour des journaux américains des lignes que seule la puissance grabataire de cette vodka des causes perdues pouvait vraiment inspirer, ici ou Là-Bas nous avions pour devoir solennel de faire régner sa dictature… Alors, touchant ce point central qu’on osait à peine évoquer dans nos contrées, notre milice encourageait les scolopendres, après la tournée des gueuses, à boire comme des trous jusqu’à la tombe ; et puis, de toute façon, c’était mieux pour supporter le froid polaire que cette Loi du Nord attribuait à la vodka de nos causes perdues !

La Loi du Nord 

D’abord, il y avait cette Belgébeuse que La Loi du Nord avait découvert dans toute sa féminité. Et comme cette étoile en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, ses fervents partisans, ayant inventé lors d’une rêverie inaccessible cette Loi du Nord, étaient tous fugitifs ; fugitif comme ce blizzard qu’on traversait pour échapper à l’asile et qu’on rêvait secrètement de rosser à mort…
Autrefois, nous avions un style de vie qu’on pourrait juger d’embourgeoisé mais ce n’était plus qu’un vague souvenir. Un souvenir dansant quand on fermait nos paupières couvertes de givre, pour penser aux si belles, si moches choses.
Autrefois aussi, elles donnaient, nos fenêtres, sur une place où les passants s’émerveillaient de la splendeur de nos maisons cossues, ou sur le toit du monde, ou bien encore sur une nouvelle ville sainte, je ne me souviens plus très bien. Et quand on tirait les rideaux, nos miroirs s’embuaient d’un halo de mystères, qu’on ne trouve que dans les réclames vantant les mirages de cette Loi du Nord !

Les rivières de sang 

Par des gestes lents et sensuels elle en décrivait des univers exclusivement géométriques et des rivières de diamants passives ; de ridicules rivières de sang aussi qui avaient fait pleuvoir sur ses mains leurs temps antiques. Des époques troublées mais bénites qui ralentissaient, par leur substance temporelle à l’orée des batailles primitives, l’irascible déréliction ; cette déréliction qu’on pouvait authentiquement palper après de rudes épreuves en silence, cette déréliction que j’avais renoncé à toucher du bout des doigts, mon antique sagesse ou mon austère maîtrise de moi-même m’interdisant d’approcher plus près.

Par des gestes lascifs et aérés, elle mimait aussi le travail d’orfèvre qu’un moine zen, solitaire avait délaissé pour partir sur les sommets enneigés de l’Everest afin de méditer ; quand les chaînes du givre l’encerclèrent, lui assis en lotus, il se rappela, pour ne pas défaillir lors de sa méditation qui semblait éternelle, des tableaux de Jérôme Bosch qu’une foultitude d’elfes avaient un jour offert à sa famille, avant de disparaître.

Par des sortilèges évanescents et de nombreuses années de pratique, elle arriva à transformer le pourpre de ce moine tibétain en or, de l’or massif qu’il refusa d’acquérir, et ses questionnements concernant notre mode de vie occidental devinrent de plus en plus lancinants. Alors, édulcoré à l’arithmétique la plus transcendante, le goût des vins les plus précieux (qu’on pensait autrefois sources d’enivrement intarissable) qui embaumaient les lèvres de la Déesse de Cythère, se dissipa et plus rien n’avait d’importance à présent. Mais les romanesques excès que ces vins triomphaux procuraient, ne pouvaient dissoudre la couleur de ces rivières de sang, somptueuses comme invraisemblables, sur ses mains.

Un mouvement littéraire imaginaire !

J’associais pour chaque altitude rouge la nouvelle vague, bien que fumeuse et vaguement reflétée à travers l’iris de la Geisha, d’un mouvement littéraire, qui, ma foi, n’avait jamais existé… quel genre de personnes avait été séduit par ce courant que les lettrés avaient emprunté à l’architecture spirituelle d’une boîte mail ? Il en avait charmé des loosers qui, de toute façon, auraient été entrainé à la dérive.

Mais il avait le mérite d’avoir dissipé les erreurs syntaxiques du langage actuel, des erreurs qui, par dérision, enfantaient un argot de films américains ou un verlan troublant même la poésie des caméras surréalistes ; et, pour financer ses grandes guerres que l’Histoire réduisait à l’évanescence des histoires sans fin, ce mouvement littéraire avait gagné les confins des mondes les plus orientaux, et que je devinais hantés comme les lobes cérébraux des gnomes cassant leur pipe avant l’aurore.

Mon iPhone rassemblait dans les données informatiques les listes de ses plus fidèles serviteurs, qui croyaient à la manière des personnages du roman Vilnius Poker, à la résurrection de la lumière, à l’effacement quasi systématique des rides, ou à l’automatisation des heures pointées à tourner les pages d’un livre.

Le bulbe rachidien, en noir sidéral ou en or rose, de Cassie

Ah Cassie ! Cassie, en noir sidéral ou en or rose, entassait ses affaires dans la remise – notamment les cartons du lot numéro cinq où, pour se fiancer avec la verve des soudures alpines, elle détenait de vigilantes cartes mères qui ronronnaient et qui allaient les vilipender. Les vilipender ces araignées solaires parce qu’elles étaient mal soudées l’une à l’autre, pourvues de mille-huit-cent-neuf membres… se palpant pour envahir en imagination les phylactères de ses vignettes récoltées dans les encyclopédies (prenant la poussière dans ces cartons où l’on pouvait trouver des précis de médecines folâtres aux illustrations grouillantes de gnomes.)
Des vignettes qui, en prouvant que les croyances en son imagination étaient toutes puissantes, pouvaient corriger la folie de ces cartes mères, à mesure que l’internaute avançait dans les marécages virtuels où se noyaient les araignées solaires… Où, moyennant finance, les pages en marbre (qui étaient bel et bien en or rose cette fois) retrouvaient une seconde jeunesse. Les pages de ces précieux ouvrages que la froide féminité du maître des passerelles, planqué dans un silo de stockage, révélait au grand jour par un procédé tout à fait unique… Ce procédé inexorable ne fignolant jamais avec la noirceur sidérale de son bulbe rachidien !

Une robe en plumes de corbeau

Le grès noir enlaçait sa robe de plumes échancrées et goudronnées à l’arrache. La naissante nuit de Led Zeppelin l’embrassait violemment, ce qui soudain l’excita. De sérieuses fumées synchrones nous déshabillâmes avec exaltation.
Suivi par un lent balayage panoramique qui courait sur le linoléum jusqu’au Portique des Rêves, nous nous dirigeâmes vers la chambre, traversâmes le couloir comme une seule créature nue sans face et sans dos, et, dans un amas de flaques qui ressemblait aux taches de rousseur des univers et qui s’immobilisa un instant pour caricaturer quelques scènes campagnardes idylliques et ensoleillées, nous fûmes dissous dans les amalgames immondes de ces papiers représentant une équation à double inconnue.
À présent, la chambre n’était éclairée que de bougies noires, et nous entrâmes dans un sanctuaire. Un sanctuaire où des savants en cravate minuscule chiffraient les dégâts que le damage d’un tas de photos de vacances sur notre table à abattants, avait revendiqué…
Je perdis connaissance quand la situation prit une tournure délicate : parée et décorée de notes de musique éparpillées et peintes à la main, sa robe de plumes, dont l’ouvrage avait été dirigé par un capitaine de vaisseau spatial, avait fait fléchir l’irréalité de cette nuit à la Zeppelin !

L’outrage des montagnes

Disséminé dans le parc aux couleurs chairs, l’outrage des montagnes en avait de la poésie à revendre ; de la poésie qui élevait les gamins de Portland au niveau de sa hauteur spectaculaire. Les nuits de pleine lune, on se disait que le chaos qui en résultait ne pouvait contenir que l’illusion de la vie et de son mouvement ; ainsi l’outrage des montagnes réinventait leurs féminités, leurs désirs maléfiques, et leur appartenance à des virus sélectionnant l’ADN, à des marchands de guillotines qui blasphémaient.
L’outrage des montagnes chapardait aussi d’autres nuits funèbres, des nuits que des momies, transies de froid dans leur caverne, affolaient, un affolement de tous les sens ; et des sens, l’outrage des montagnes comme ces pyramides immondes, il en avait fait pleuvoir sur ces profanateurs quand les hivers de papier blanchissaient les nombrils des reines dévouées au orient ou au occident.
Enfin, dans ce spectaculaire chaos, il ne laissa après son passage que des nocturnes qu’on évoquait à voix basse et qui étaient facilités par la régénération des tapisseries coloniales. Aussi incroyable que cela puisse paraître !

Le cut-up subjectif de Clara L.

J’en avais tiré une épitre sanglante de cette virée à Wellington ou à Zanzibar, et ton sang était grenade quand j’avais ainsi accédé à l’immense bibliothèque des autofictions, voraces par leur frêle désir de tout anéantir.

Composant de célestes volutes parmi les constellations de poussières pour utiliser la série séparatiste de ce poème 1.0, on procédait par ordres d’idées avec des singes sur lesquels on avait greffé des hélices sur le crâne… 

L’autofiction primitive de ces primates, librement inspirée le 23/05/2020 de la chanson de Clara L, en avait des arrières-goûts de sein malade, de grès cancéreux ou d’éveil bouddhiste avec ce parfum de fleurs du grenier, avec cette odeur de Javel volée aux grenades de la cave !  

Mais dans la ville blafarde aux griffes déchirant l’architecture spirituelle des multiples fenêtres sur l’ordinateur, ses larmes de foutre noir, j’en étais aujourd’hui à attaquer son auto fiction, bravant l’implacable pesanteur de la fournaise urbaine, pour accéder enfin à la connaissance ancestrale des nuits de Clara L. 

Car ancestrale était aussi cette lutte dans les détritus dérisoires, ancestrale pour faire diversion au travail frénétique de ce récit qu’une paire de ciseaux découpait afin de le parfaire…

Mantille verte, peintres et marchands de tableaux américains !

En chapardant le béton marbré qui s’étalait en long sous le soleil, nous étions presque synchrones avec le compte rendu de ces marchands de tableaux ; ces marchands de tableaux qui en rangeant leur matériel, laissaient tomber sournoisement la retouche surréaliste de cette mantille peinte de la même couleur que cette nuit verte sur Vegas.

Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté, ce bas-côté qui était envahis par une foule en délire admirant l’installation d’une douche pas vraiment conventionnelle pour des peintres n’ayant de la sympathie que pour le diable ; une douche que les palmiers nous enviaient et qui avait fait pleurer le grès noir et le fatiguait outrageusement.

Dans notre carnet de moleskine, à la page cent, il y avait ces tâches à faire, ce planning élaboré par Led Zeppelin en personne, pour le régénérer mais nous préférions écrire de la poésie, doubler dangereusement les charrettes de ces peintres sur cette belle allée figée autour de la route. Les nouvelles des zébus pelés, à caricaturer, perçant des zones rachidiennes de ces artistes, étaient encore loin de nous parvenir.

La luxuriante luxure des rêves

Libre et toujours éprise de liberté comme cette divinité d’origine Aztèque
« Lutine comme la terrifiante joute rhétorique de cette nouvelle de Lovecraft, La transition de Juan Romero, le narrateur pour lui faire référence. »
« Large et profond comme le fût de ce robot-écrivain qui a failli remporter un prix littéraire au Japon. »
Languissante comme cet être charnel, grelottant dans son manteau noir, guettant l’arrivée de ces poètes des Barricades dans le bureau poussiéreux de la police nationale…

Lactescente comme le nirvâna, comme le visage de la victime du meurtre de la rue Pierre et Marie Curie
Lointaine comme ce projet d’assassinat qui a jeté sur les routes ces fidèles fervents du Culte Aztèque.
Lunaire comme cet épisode où l’on devait nourrir en sacrifices humains ces dieux qui désiraient l’apocalypse
Lunatique comme la chaleur de ces étoiles et qui invite à se recueillir lors de ces sacrifices humains
Loufoque comme ces souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur afin que les dieux aux pouvoirs illimités favorisent les victoires
La luxuriante luxure des rêves a, je crois, pété les plombs en passant ses nuits à imaginer un sujet déroutant toutes les bases de données des disques durs actuels.

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Un poème qui m’a inspiré ; j’ai fait la même chose avec la lettre L

La luxuriante luxure des rêves
Libre et toujours éprise de liberté comme cette divinité d’origine Aztèque
« Lutine comme la terrifiante joute rhétorique de cette nouvelle de Lovecraft, La transition de Juan Romero, le narrateur pour lui faire référence. »
« Large et profond comme le fût de ce robot-écrivain qui a failli remporter un prix littéraire au Japon. »
Languissante comme cet être charnel, grelottant dans son manteau noir, guettant l’arrivée de ces poètes des Barricades dans le bureau poussiéreux de la police nationale…

Lactescente comme le nirvâna, comme le visage de la victime du meurtre de la rue Pierre et Marie Curie
Lointain comme ce projet d’assassinat qui a jeté sur les routes ces fidèles fervents du Culte Aztèque.
Lunaire comme cet épisode où l’on devait nourrir en sacrifices humains ces dieux qui désiraient l’apocalypse
Lunatique comme la chaleur de ces étoiles et qui invite à se recueillir lors de ces sacrifices humains
Loufoque comme ces souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur afin que les dieux aux pouvoirs illimités favorisent les victoires
La luxuriante luxure des rêves a, je crois, pété les plombs en passant ses nuits à imaginer un sujet déroutant toutes les bases de données des disques durs actuels.

Et Les Lueurs

Pluie sur mon corps
Puissent les étoiles me sourire
Puissance de la douceur nocturne
Pesanteur de la joie
Privation de la fin
Prairie de bitume
Passagers en destin
Prière à deux mains
Présages familiers
Patience en chemin
Potence oubliée
Pacifisme vert
Profondeur et clarté
Plaire ne servira que l’or
Placements sur l’échiquier
Partition en partance
Plume enrhumée
Prédication à la une
Prolifération de couleurs
Pianos à trois queues
Piaillement capitaliste
Prison insomnie
Plissement de tes yeux
Pandémie crève
Pyrotechnie des Dieux
Plasma télévisuel
Placenta à venir
Pierre sur Pierre
Plancher des lâches
Pastiche mimétique
Passe temps pas serain
Pharmacie fermée
Par où dois-je commencer.

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