La Rouge

Rustique était cette cabane de joncs que nous avions construit quand nous étions enfants, rafraîchissantes étaient ces boissons polaires que Rimbaud, le barman esseulé, nous préparait comme cocktails ; et brutes mais avec  beaucoup de vie, étaient ces écumes glissant, rouleaux après rouleaux, sur la palissade du corral que nous regardions s’enfuir… comme affolée par nos histoires de mare aux diables, notre silhouette fiévreuse, ou par la mocheté de notre vieille poupée abandonnée pendant la Rouge.

La Rouge qui, en courant sur les bancs de sable, gisait en chacun de nous tandis que le poste de l’autoradio grésillait d’informations angoissantes, tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. L’esprit de la Rouge qui avait été instrumentalisé par d’autres bandes de gosses revenus à l’état sauvage. 

L’esprit de la Rouge et ses déclinaisons qui avaient brûlé le champ de toutes nos perceptions, nous rendant aussi violents que malicieux : un pastel de watt canonique inflammable, cette maladie rare et pourtant universelle, cette Rouge originaire du mufle des vaches sacrées, et dont l’odeur putride imprégnait l’unique pièce de notre hutte en restant follement amoureuse aux couleurs de notre chevalet.

La bienheureuse corrélation du Pastel

En cherchant des têtards qui gobaient ce soleil du nouvel an à la Rimbaud, j’étreignais le végétal comme le minéral, l’organique comme le fantomatique, le rustique comme le sou neuf. Ainsi, tous les deux, nous avions câblé, tracé, dessiné, éprouvé la bienheureuse corrélation du Pastel avec cette pataugeoire de roseaux. La vivacité du pastel aussi. Et dans les joncs en fleurs, parmi les campagnes de Russie, ce doux pastel rutilait à présent.

Même les plus belles histoires de Revenants, s’enfonçant dans la vase rafraîchissante et brute, ne pouvait enlever à ce rutilement sa puissance fiévreuse, hérissée de motifs polaires, sauvée comme une vieille poupée abandonnée ! 

Sautez dans l’urinoir pour y chercher de l’or…

Sur le lit, entre deux chapitres, un gnome qui a fiabilisé le cours de ces pièces de monnaie napoléonienne que nous avons dépensé pour prendre le train et retrouver notre chez-nous. 

Sur la table du bureau, les reliques encore de cette drôle de monnaie et que les Églises Fantastiques empoussièrent, exécrant notre époque. Au-dessus du tableau qui emmêle les angles, la représentation fantomatique de leur bible nous apprenant comment cet argent de farfadet est arrivé dans nos poches. Dans le porte-monnaie, un document inédit, en papier bâclé, qui nous explique pourquoi ces pièces sont encore acceptées dans ce pays aussi absurde qu’imaginaire. Sur la chaise, les chaînes retenant la Bête que je soupçonne m’avoir refilé ces deniers, mais sont-elles brisées vraiment ces chaînes que j’ai examiné attentivement toute la nuit ? 

À la fenêtre, l’odeur d’essence de cette station déserte, ouverte pourtant vingt quatre heures sur vingt quatre, l’essence de ce gnome se répandant sur le sol de sa caverne comme une flaque noire et harcelée de mouches menaçantes ! 

Un appel pacifiste à tous les rêveurs !

J’avais écrit un poème, après un café bien frappé, comme un appel pacifiste à tous les rêveurs ; sa complexité sombre et austère, s’inspirant des astres convoqués pour des retrouvailles à Port-Saïd, ne les bottait pas plus que ça. Alors j’ai écrit un récit où ces fantomatiques, ces tristes rêveurs, comme ces étoiles en virée, étaient épaulés par l’inspecteur gadget pour mener l’enquête, mais ça ne semblait pas non plus les envoûter.
J’ai écrit une nouvelle racontant comment, leur cornée dépoussiérée, ils avaient grimpé à une vitesse olympique, les escaliers des sanctuaires hindous mais par malheur ils restèrent tous médusés. J’ai alors écrit une lettre qui décrivait, du haut de son atout, leur ville et ses ruelles escarpées, ses parades de chevaux babéliens mais ils m’ont dit que ce n’était pas pour moi.
En travaillant très, très tard, je me suis documenté sur la condition spartiate de leurs éléphants, sur leurs odyssées qui avaient fait partir des navires de guerre, chargés de bois doré, de mâts et de toiles bariolées ; et un silence mortel s’installa. Alors j’ai laissé béton tandis qu’on entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les avenues bourgeoises de Mandeville ; d’ailleurs je crois que cette nuit, j’ai enfin compris qu’ils préféraient mes pages blanches ; à la rigueur je pouvais leur transmettre mon indicatif téléphonique qui courait entre les distances mnémotechniques des enfants et leurs farfadets aux alentours de minuit. Cette nuit, d’une noirceur à faire sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, et qui semblait prêcher l’anarchie !

Ménages d’automnes

Dans le placard, les Esprits des Rêveurs qui ont choisi comme itinéraire facilement réalisable la traversée de l’aile méridionale d’un asile d’aliénés. Sur la table basse, un livre neuf qui raconte comment s’évaporer et évaporer, au détour d’un vieux mur en pierre, l’âme et la couleur verte des yeux, avec du nettoyant pour vitres. Une porte, qui, de génération en génération, a été sublimée par ces Esprits pouvant parfois se cacher à l’intérieur de ses gonds pour plus d’un millénaire. Dehors, dans la cour, la carcasse d’un side-car abandonné mais le génie de Napoléon lui fait croire qu’il est encore concerné par la question environnementale. 

Aux fenêtres, des rideaux qui donnent l’impression de créer un ordre cyclique alors que cette création n’a été échafaudée que par des lavettes et n’est de toute façon que l’expression de leur passivité ; je dois cependant leur faire croire que leur choix est toujours judicieux. Dans la baignoire, le plongeon utopique pour ces Esprits, ces Rêveurs malgré la saleté qui s’est accumulée dans les canalisations (ces canalisations que de nouvelles races de rats parcourent, leurs assemblées de nuit en fin de compte ne connaissant que le poids des malédictions.) 

Sur la commode, des rivières de diamants qui font perdre le latin aux méandres et aux sillons informatiques d’une vieille machine pas belle et qu’on a trouvé dans les hangars vides où l’on entasse aussi de vieux ordinateurs. Sous le lit, une petite culotte très fine, qu’on ne voit que dans les show lesbiens, un genre de strip tease fiabilisant les données d’un kelvinomètre que des politiciens véreux ou des narco-trafiquants ont financé par manque de jugeote… 

Sur le canapé, des cendres de cigarettes mêlées à du pain émietté pour dissiper le mystère des femmes agenouillées, pour dissiper aussi ce que j’ai découvert dans cette hangar sale où l’on se fiche pas mal du sort de ces ordinateurs antiques (ces ordinateurs à la casse parce qu’on pense qu’ils sont souillés par une étrange malédiction) et enfin, à la place de la télé, un nain de jardin puni pour avoir perdu sa virginité sauvage, et fraîchement évadé d’un centre pénitentiaire américain, une course avec les vagues ou juste un vieux compte à régler pour cautionner ses agissements occultes…

La Vodka des causes perdues !

Accusé de défendre les causes perdues, on avait embrigadé les ravitailleurs mensongers et immoraux de cette impératrice : la vodka dans toute sa splendeur, et même ces réclames pour du whisky ne pouvaient lui faire de l’ombre. Et foin de sa pataphysique à la Philip Morris, comme de sa société éthylique de joyeux drilles, on n’en avait que faire ! Son spleen, qui n’était pas baudelairien, mais qui en avait embobiné bien d’autres fanatiques de la lettre du voyant, désormais nous était acquis.
Acquis de haute lutte quand nous naviguions virtuellement sur les plates-formes des téléphones sophistiqués en ne pensant à rien d’autre qu’à sa brûlure, si chère et pourtant si funèbre ; écrivant pour les réseaux sociaux ou pour des journaux américains des lignes que seule la puissance grabataire de cette vodka des causes perdues pouvait vraiment inspirer, ici ou Là-Bas nous avions pour devoir solennel de faire régner sa dictature… Alors, touchant ce point central qu’on osait à peine évoquer dans nos contrées, notre milice encourageait les scolopendres, après la tournée des gueuses, à boire comme des trous jusqu’à la tombe ; et puis, de toute façon, c’était mieux pour supporter le froid polaire que cette Loi du Nord attribuait à la vodka de nos causes perdues !

La Loi du Nord 

D’abord, il y avait cette Belgébeuse que La Loi du Nord avait découvert dans toute sa féminité. Et comme cette étoile en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, ses fervents partisans, ayant inventé lors d’une rêverie inaccessible cette Loi du Nord, étaient tous fugitifs ; fugitif comme ce blizzard qu’on traversait pour échapper à l’asile et qu’on rêvait secrètement de rosser à mort…
Autrefois, nous avions un style de vie qu’on pourrait juger d’embourgeoisé mais ce n’était plus qu’un vague souvenir. Un souvenir dansant quand on fermait nos paupières couvertes de givre, pour penser aux si belles, si moches choses.
Autrefois aussi, elles donnaient, nos fenêtres, sur une place où les passants s’émerveillaient de la splendeur de nos maisons cossues, ou sur le toit du monde, ou bien encore sur une nouvelle ville sainte, je ne me souviens plus très bien. Et quand on tirait les rideaux, nos miroirs s’embuaient d’un halo de mystères, qu’on ne trouve que dans les réclames vantant les mirages de cette Loi du Nord !

Les rivières de sang 

Par des gestes lents et sensuels elle en décrivait des univers exclusivement géométriques et des rivières de diamants passives ; de ridicules rivières de sang aussi qui avaient fait pleuvoir sur ses mains leurs temps antiques. Des époques troublées mais bénites qui ralentissaient, par leur substance temporelle à l’orée des batailles primitives, l’irascible déréliction ; cette déréliction qu’on pouvait authentiquement palper après de rudes épreuves en silence, cette déréliction que j’avais renoncé à toucher du bout des doigts, mon antique sagesse ou mon austère maîtrise de moi-même m’interdisant d’approcher plus près.

Par des gestes lascifs et aérés, elle mimait aussi le travail d’orfèvre qu’un moine zen, solitaire avait délaissé pour partir sur les sommets enneigés de l’Everest afin de méditer ; quand les chaînes du givre l’encerclèrent, lui assis en lotus, il se rappela, pour ne pas défaillir lors de sa méditation qui semblait éternelle, des tableaux de Jérôme Bosch qu’une foultitude d’elfes avaient un jour offert à sa famille, avant de disparaître.

Par des sortilèges évanescents et de nombreuses années de pratique, elle arriva à transformer le pourpre de ce moine tibétain en or, de l’or massif qu’il refusa d’acquérir, et ses questionnements concernant notre mode de vie occidental devinrent de plus en plus lancinants. Alors, édulcoré à l’arithmétique la plus transcendante, le goût des vins les plus précieux (qu’on pensait autrefois sources d’enivrement intarissable) qui embaumaient les lèvres de la Déesse de Cythère, se dissipa et plus rien n’avait d’importance à présent. Mais les romanesques excès que ces vins triomphaux procuraient, ne pouvaient dissoudre la couleur de ces rivières de sang, somptueuses comme invraisemblables, sur ses mains.

Un mouvement littéraire imaginaire !

J’associais pour chaque altitude rouge la nouvelle vague, bien que fumeuse et vaguement reflétée à travers l’iris de la Geisha, d’un mouvement littéraire, qui, ma foi, n’avait jamais existé… quel genre de personnes avait été séduit par ce courant que les lettrés avaient emprunté à l’architecture spirituelle d’une boîte mail ? Il en avait charmé des loosers qui, de toute façon, auraient été entrainé à la dérive.

Mais il avait le mérite d’avoir dissipé les erreurs syntaxiques du langage actuel, des erreurs qui, par dérision, enfantaient un argot de films américains ou un verlan troublant même la poésie des caméras surréalistes ; et, pour financer ses grandes guerres que l’Histoire réduisait à l’évanescence des histoires sans fin, ce mouvement littéraire avait gagné les confins des mondes les plus orientaux, et que je devinais hantés comme les lobes cérébraux des gnomes cassant leur pipe avant l’aurore.

Mon iPhone rassemblait dans les données informatiques les listes de ses plus fidèles serviteurs, qui croyaient à la manière des personnages du roman Vilnius Poker, à la résurrection de la lumière, à l’effacement quasi systématique des rides, ou à l’automatisation des heures pointées à tourner les pages d’un livre.

Le bulbe rachidien, en noir sidéral ou en or rose, de Cassie

Ah Cassie ! Cassie, en noir sidéral ou en or rose, entassait ses affaires dans la remise – notamment les cartons du lot numéro cinq où, pour se fiancer avec la verve des soudures alpines, elle détenait de vigilantes cartes mères qui ronronnaient et qui allaient les vilipender. Les vilipender ces araignées solaires parce qu’elles étaient mal soudées l’une à l’autre, pourvues de mille-huit-cent-neuf membres… se palpant pour envahir en imagination les phylactères de ses vignettes récoltées dans les encyclopédies (prenant la poussière dans ces cartons où l’on pouvait trouver des précis de médecines folâtres aux illustrations grouillantes de gnomes.)
Des vignettes qui, en prouvant que les croyances en son imagination étaient toutes puissantes, pouvaient corriger la folie de ces cartes mères, à mesure que l’internaute avançait dans les marécages virtuels où se noyaient les araignées solaires… Où, moyennant finance, les pages en marbre (qui étaient bel et bien en or rose cette fois) retrouvaient une seconde jeunesse. Les pages de ces précieux ouvrages que la froide féminité du maître des passerelles, planqué dans un silo de stockage, révélait au grand jour par un procédé tout à fait unique… Ce procédé inexorable ne fignolant jamais avec la noirceur sidérale de son bulbe rachidien !

Une robe en plumes de corbeau

Le grès noir enlaçait sa robe de plumes échancrées et goudronnées à l’arrache. La naissante nuit de Led Zeppelin l’embrassait violemment, ce qui soudain l’excita. De sérieuses fumées synchrones nous déshabillâmes avec exaltation.
Suivi par un lent balayage panoramique qui courait sur le linoléum jusqu’au Portique des Rêves, nous nous dirigeâmes vers la chambre, traversâmes le couloir comme une seule créature nue sans face et sans dos, et, dans un amas de flaques qui ressemblait aux taches de rousseur des univers et qui s’immobilisa un instant pour caricaturer quelques scènes campagnardes idylliques et ensoleillées, nous fûmes dissous dans les amalgames immondes de ces papiers représentant une équation à double inconnue.
À présent, la chambre n’était éclairée que de bougies noires, et nous entrâmes dans un sanctuaire. Un sanctuaire où des savants en cravate minuscule chiffraient les dégâts que le damage d’un tas de photos de vacances sur notre table à abattants, avait revendiqué…
Je perdis connaissance quand la situation prit une tournure délicate : parée et décorée de notes de musique éparpillées et peintes à la main, sa robe de plumes, dont l’ouvrage avait été dirigé par un capitaine de vaisseau spatial, avait fait fléchir l’irréalité de cette nuit à la Zeppelin !

L’outrage des montagnes

Disséminé dans le parc aux couleurs chairs, l’outrage des montagnes en avait de la poésie à revendre ; de la poésie qui élevait les gamins de Portland au niveau de sa hauteur spectaculaire. Les nuits de pleine lune, on se disait que le chaos qui en résultait ne pouvait contenir que l’illusion de la vie et de son mouvement ; ainsi l’outrage des montagnes réinventait leurs féminités, leurs désirs maléfiques, et leur appartenance à des virus sélectionnant l’ADN, à des marchands de guillotines qui blasphémaient.
L’outrage des montagnes chapardait aussi d’autres nuits funèbres, des nuits que des momies, transies de froid dans leur caverne, affolaient, un affolement de tous les sens ; et des sens, l’outrage des montagnes comme ces pyramides immondes, il en avait fait pleuvoir sur ces profanateurs quand les hivers de papier blanchissaient les nombrils des reines dévouées au orient ou au occident.
Enfin, dans ce spectaculaire chaos, il ne laissa après son passage que des nocturnes qu’on évoquait à voix basse et qui étaient facilités par la régénération des tapisseries coloniales. Aussi incroyable que cela puisse paraître !

Le cut-up subjectif de Clara L.

J’en avais tiré une épitre sanglante de cette virée à Wellington ou à Zanzibar, et ton sang était grenade quand j’avais ainsi accédé à l’immense bibliothèque des autofictions, voraces par leur frêle désir de tout anéantir.

Composant de célestes volutes parmi les constellations de poussières pour utiliser la série séparatiste de ce poème 1.0, on procédait par ordres d’idées avec des singes sur lesquels on avait greffé des hélices sur le crâne… 

L’autofiction primitive de ces primates, librement inspirée le 23/05/2020 de la chanson de Clara L, en avait des arrières-goûts de sein malade, de grès cancéreux ou d’éveil bouddhiste avec ce parfum de fleurs du grenier, avec cette odeur de Javel volée aux grenades de la cave !  

Mais dans la ville blafarde aux griffes déchirant l’architecture spirituelle des multiples fenêtres sur l’ordinateur, ses larmes de foutre noir, j’en étais aujourd’hui à attaquer son auto fiction, bravant l’implacable pesanteur de la fournaise urbaine, pour accéder enfin à la connaissance ancestrale des nuits de Clara L. 

Car ancestrale était aussi cette lutte dans les détritus dérisoires, ancestrale pour faire diversion au travail frénétique de ce récit qu’une paire de ciseaux découpait afin de le parfaire…

Mantille verte, peintres et marchands de tableaux américains !

En chapardant le béton marbré qui s’étalait en long sous le soleil, nous étions presque synchrones avec le compte rendu de ces marchands de tableaux ; ces marchands de tableaux qui en rangeant leur matériel, laissaient tomber sournoisement la retouche surréaliste de cette mantille peinte de la même couleur que cette nuit verte sur Vegas.

Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté, ce bas-côté qui était envahis par une foule en délire admirant l’installation d’une douche pas vraiment conventionnelle pour des peintres n’ayant de la sympathie que pour le diable ; une douche que les palmiers nous enviaient et qui avait fait pleurer le grès noir et le fatiguait outrageusement.

Dans notre carnet de moleskine, à la page cent, il y avait ces tâches à faire, ce planning élaboré par Led Zeppelin en personne, pour le régénérer mais nous préférions écrire de la poésie, doubler dangereusement les charrettes de ces peintres sur cette belle allée figée autour de la route. Les nouvelles des zébus pelés, à caricaturer, perçant des zones rachidiennes de ces artistes, étaient encore loin de nous parvenir.

La luxuriante luxure des rêves

Libre et toujours éprise de liberté comme cette divinité d’origine Aztèque
« Lutine comme la terrifiante joute rhétorique de cette nouvelle de Lovecraft, La transition de Juan Romero, le narrateur pour lui faire référence. »
« Large et profond comme le fût de ce robot-écrivain qui a failli remporter un prix littéraire au Japon. »
Languissante comme cet être charnel, grelottant dans son manteau noir, guettant l’arrivée de ces poètes des Barricades dans le bureau poussiéreux de la police nationale…

Lactescente comme le nirvâna, comme le visage de la victime du meurtre de la rue Pierre et Marie Curie
Lointaine comme ce projet d’assassinat qui a jeté sur les routes ces fidèles fervents du Culte Aztèque.
Lunaire comme cet épisode où l’on devait nourrir en sacrifices humains ces dieux qui désiraient l’apocalypse
Lunatique comme la chaleur de ces étoiles et qui invite à se recueillir lors de ces sacrifices humains
Loufoque comme ces souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur afin que les dieux aux pouvoirs illimités favorisent les victoires
La luxuriante luxure des rêves a, je crois, pété les plombs en passant ses nuits à imaginer un sujet déroutant toutes les bases de données des disques durs actuels.

Wild

Dans le carnet de moleskine, à la page cent, Cheryl Strayed écrit de la poésie pour les victimes du machisme, il est déjà minuit et dans la poche kangourou de son sac à dos, il y a quelque chose qui pourrait charmer ses fantômes de femme assassinée, la noirceur d’un vent glacial pour estimer à sa juste valeur la peine d’avoir enterré sa mère et indiquer la Croix de la Réconciliation aux autres marcheurs enivrés par des dieux qui se cramponnent éperdument à ces étoiles cherchant quelqu’un ; « si ta volonté te lâche, dépasse ta volonté. »

Un poème en prose, que j’ai trouvé dans un vieux carnet

Après s’être chauffées au contact du plafond qui fléchit, et des astres au manteau noir, les images, les images commençant à se dégeler de cette ère glaciaire, je les autogénère ; et ainsi elles se rendent à l’évidence : là où leurs regards se croisent, là où ils ruissellent il ne leur restera plus qu’une petite chance : celle de capituler et de crier grâce quand ces icônes, ces même icônes à présent endormies, leur donnent cette fâcheuse faculté de télépathie. Combien d’étés brûlants et de neiges précoces, préservés de leur étrange syndrome, se sont succédés dans ce bureau poussiéreux ? Une infinité et pourtant, pourtant je médite encore cette nuit sur les péchés de ces créateurs d’images… et de ces angoisses qu’on plonge dans la toute miséricordieuse, la très miséricordieuse baignoire plantée là au milieu du Sahara, sans insurger leurs féaux qui ouvrent les vannes avec d’étranges instruments aux dents ou aux crocs froids et industriels !

Le miroir ovale que cette imaginaire et immense baignoire veut chambouler en le noyant de mises en abîme à rendre toutes choses languissantes, quand on le placera face à l’éveillé baigneur, il ne pourra maintenir, même par un stratagème fiévreux, la température volcanique de cette eau morbide, distillée avec le venin des pythons et les sucs gastriques des iguanes ; cette eau qui tombe en pluie verticale – si on peut admettre que seule l’opiacée dans l’obscurité, loin de la nuit froide et de la foule hystérique au dehors, l’a produit à partir de la braise, ou d’une suggestion féminine – cette eau saumâtre encourage, avec un souci du détail presque inquiétant, l’éveillé rêveur à nous charmer avec son don pour la télépathie.

Le souffle haletant du voleur en cavale

La ville de Cuzco jouissait d’une étendue de terrain où l’on pouvait aller plus loin dans les idées et je l’emmenais claudiquer dans ses rivières ; un système de fils partiellement électriques et partiellement organiques, rassemblait la conscience de ces nuits de pleine lune qu’on pouvait admirer depuis les plus hautes terrasses de cette cité… Et nous végétions dans sa sciure, dans cette poussière de pneu crevé, dans ces lambeaux de drapeau noir, les larmes et la terreur pour célébrer d’autres rivières qui, en ruisselant alphabétiquement, siphonnaient ce silence feutré et dense.

La conscience de ces nuits de pleine lune, désormais improductive, on repoussait nos limites jusqu’à ce que Cuzco connaisse à nouveau un âge d’or, se muant en mousson asiatique ou en terre meuble. En lançant une restauration fantasmagorique dans une coupe de sycomore, langoureusement ses rivières avaient alors le souffle haletant du voleur en cavale…

Le lait sauvage d’une grande guerre

Je dessinerais avec le lait sauvage d’une grande guerre ton regard d’où part la lumière tremblotante. La lumière tremblotante de cette morsure que l’impératrice par sa génétique trouve âpre. Je finirais les contours de ta bouche que le dieu yam face à moi, grelottant, regardera comme une idée extensible. J’interrogerais pour toi l’oracle des diadèmes qui enfantera plus tard des blondes aux robes de silicone quantique, aux prénoms morts depuis trois siècles et notre mémoire, jetée aux oubliettes, se délitera.

Je ferais flamber la nacre de ces noires bobines, et de ces indispensables prises de conscience à venir comme cet espace criard où l’on ne peut que s’ébattre, comme ces aiguilles qui craignent d’oublier ces kyrielles de prodiges les définissant malgré tout. Et, sur des avenues aux ailes de diesel et aux goûts de safran, où la fin des cimes engrossera l’arbre enterré et toute son écorce frénétique, le souvenir de ces choses lointaines s’évanouira alors…

L’enseignement et la perte des sens des probabilités !

Des probabilités tangentes comme des cadeaux de l’univers continental, des probabilités brûlantes pour ne pas se laisser emporter par les événements et qui gomment tous les bugs des cimes à atteindre et n’étant plus.
Des probabilités pour des forains ivres, pour reprendre le contrôle des idées, pour débattre et peser le poids des émotions ; des probabilités d’orfèvre dans la grande marmite de rubis et qui se vendent comme l’irraisonnable levain, ou comme cette célèbre impératrice dénudée.

Des probabilités qui s’inspirent des drogues les plus réussis et, avec l’idée de ne pas subir l’agenda d’un autre, d’autres probabilités prêtes à payer le prix du cidre conditionné à cette réussite…
Des probabilités aussi mystiques que mystérieuses pour sonner le bal des vies trop courtes et ces mêmes probabilités ne peuvent que s’immiscer toujours un peu plus dans l’existence grégaire des ogres.

Des probabilités pour devenir une meilleure personne et leur finitude que les anciens mercenaires ne connaîtront qu’avant-hier, des probabilités dont le bois est issu des mâts perdus en haute mer et dont la description évoque un décor alpin ; de nouvelles probabilités pour cette hydre représentée par la meilleure idée au monde et leur source de mezcal qu’un bouledogue lape sans même y penser.

Ainsi je gardais leur secret pour d’autres Cercles de papier et pour les défaire de leurs dénominations créées uniquement dans le but de profiter un maximum de la journée, je cherchais parmi les lagunes quelque chose pour les ciseler et pourtant elles étaient alliées au mal de vivre de ces fleurs touchant le ciel.

La parole sacrée des Arches

Autrement, absolument nos yeux hébétés interagissaient avec la conscience évanescente de ces brouillons d’histoires.

Fastueusement, dans l’obscurité, on voyait des ecchymoses de fleurs de lotus, leur venin foisonnant d’un moteur abandonné au niveau souterrain, quelque part entre les quais du métro et cette limite fantomatique où se noie l’énigme des arêtes de poissons.

Toujours dans l’obscurité, doucement, notre machine à écrire avait rendu l’âme, sidérée par les paysages splendides que nous avions décrit : des plaines aux faibles lueurs où les zèbres broutaient mais aussi des villes comme New-York que les chevaliers teutoniques avaient rasé ; pourtant, si on tapait dans la célèbre barre de recherche, quelque chose encore aux sous-sols, nous observait, je le savais bien. 

C’était donc bien trop tard pour se lancer dans un roman que les scribes fidèles à William Burroughs aurait de toute façon arraché du flux continuel des fichiers informatiques devenus obsolètes. Ainsi, il y avait, comme dans une bande dessinée, des phylactères, toujours de cette couleur noire semblable aux mouvements rapides, générés par le silex, que ce monde prenait pour la parole sacrée des arches décorées de lys embaumeurs. 

L’itinéraire d’un vieux chien d’avant-garde

L’itinéraire était un sillon souillant la virginité sauvage, une course avec les vagues, ou juste un vieux compte à régler ; une émission de télé instrumentalisée pour se coupler avec les juxtapositions massicotées de leurs nerfs optiques, ou juste un récit à boucler.

Tout avait commencé par cette impression vaseuse ; cette impression vaseuse quand on s’endormait au fond des ravines, rêvant, toujours avec humeur, des mythologies grecques… Ou de la semence des cascades qui avait froid et paralysait toutes les amnésies des Rêveurs aussi !
Tout avait commencé par la découverte de cette usine extraordinaire où, dans ses alambics, sa mèche de cheveux mettait le feu aux désirs des diables au corps ; et tout s’était éteint avec ces diables au corps qui sommeillaient à la place de ces miroirs de bordel, sans arriver à inventer cette armure fabriquée au grand hasard génétique.

Et l’itinéraire, comment allait-il, virtuellement et selon ce récit proprement scandaleux, définir l’arborescence de nos fichiers informatiques ? Personnellement je ne lui trouvais qu’une vague parenté avec cette promesse d’Orient bonifiant son teint frais quand les amnésies des rêveurs débutaient.

À l’aube, sur une pelouse à le voir là parmi ces ombres près du stand au poisson, il me rappelait le souffle chaud d’un vieux chien de garde d’avant-garde !

Tellement de nuits sous leurs paupières !

À la lisière de deux royaumes, il y avait au fond de leur museau de la poussière huppée et tellement de nuits sous leurs paupières !
Pour d’autres plans machiavéliques concernant la vaste étendue désertique de Ganymède couturée par les joncs qu’on leur avait attribué, ils devaient presque se vouer tout entier au culte d’un occulte bouddha perdu dans les canalisations, (ce bouddha qui rêvait, à une époque troublée donc favorable, le ventre à l’air dans le ruisseau et organisait un travail de sape pour ces romantiques abandonnant leur caillouteux taoïsme… ou toutes leurs invraisemblables limites) ; travail de sape à vrai dire onirique quand ils s’en allaient charrier du sable brûlant rendant l’atmosphère presque irrespirable… puisqu’ils croyaient trop aux pouvoirs salvateurs des maléfices et étaient trop dans le mal, pour, de l’argent de farfadets, en faire des cascades.

Des cascades de monnaies trébuchantes et sonnantes pour voir danser, éblouies par un soleil de plomb au bout du monde, ces marcheuses d’orient ou d’occident et pour en finir avec ces vagabonds fuyant leurs villes.
Il y avait, je l’écris encore une fois, en haut de leur version babylonienne, tellement de nuits sous leurs paupières quand ces voyageurs excentriques se courbèrent sous le poids de leurs valeurs devenues obsolètes.

Des poèmes à Barbara Auzou

Obéissant, recyclant ses oeufs brouillés, le temps avait pris ta rue par l’horizon

et infléchi la pente jusqu’au poème, ce qu’on avait peine à imaginer
Étant arrivé à la fabrication des produits mathématiques
À l’administration des passeports, à l’enfance retrouvée
Que le Désastre désaxe comme ton tendre sein, qui accuse diverses réactions
en hissant les composés de l’ouïe tout en la ramenant au tertre surélevé de tes bras mécaniques de cyborg
Le bras mécanique, tendancieux des ordinateurs ayant tout nettoyé
Le bras spontané de l’orfèvre qui aimerait écrire ce poème
À Barbara Auzou

L’impériale nudité des neuf muses

J’ai hissé cette impériale nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne nous voyaient pas

Jusqu’à l’émiettement de la nef basse, jusqu’à ce que je la retrouve au fond d’un grand rift

Des racines latines s’étirent doucereusement et je sais qu’à la fin d’une république sans histoire, elles ne nous gêneront pas.

Et doucereusement elles défilent devant nous, pour nous faire ressentir cette absence de gène et de gênes.

En galopant, en moissonnant, ce qui résultait de la fin des apocalyptiques finitudes, se frayait un chemin

parmi les niveaux, les mystères nocturnes, les gens déjà sur orbite et toujours aussi nus comme des dieux de l’Olympe
Cette nudité ? Ô combien dangereuse et dangereuses étaient ses neufs Muses qui la couronnaient de diadème vacillant.

Et de parure et de sautoir à jamais disparu, sautillant, offrant leur paysage olympien, offrant aussi leur synthèse

à la faible lumière ; car la disparition de ces neufs Muses ne pouvait nous rassurer quant à leur nudité et qui semblait elle inoffensive ; et n’inquiétait que les victimes de l’Elephant Man Syndrome se faufilant, naissant à l’état de grâce, même dans ces domiciles célestes où elles n’étaient que des hommes, des ombres

Le temps s’était écoulé depuis cette virée ombrageuse et, de nudité d’ordre spectaculaire, on n’en parlait que dalle, toutes ces neufs Muses étant entrainées dans le tourbillon de l’étang, ce siphon dans sa matrice spirituelle les paumant un peu plus… Dans le genre plus spirituel que ces mêmes matrices mais en plus négligées quand même !

Le domicile céleste des plantes héliotropes

Comme domicile céleste, la trêve des plantes héliotropes que la mère porteuse réactive sans aucune attention pour ce magma intemporel malgré le plus clair de son temps à se vouer aux jeux de hasard. Comme finitude, l’antiquité des pendules chantantes de leur combattant, malgré la mise en abîme de leur société comique, malgré leurs rodomontades juvéniles. Et pour leurs univers qui furent résumés à à l’aire de pique-nique de leur seul gourou, comme pour s’imprégner de l’ambiance, à perpétuité, des perchistes qui récupèrent l’infortune des sombres puissances.

Et, en frissonnant des pieds à la tête dans ce rêve, le rêve des matrices polaires, le maître des écluses fantasmagoriques. Puis des évanouissements dévalant la pente comme des pépites d’or dans la fabrique des artisans de la fiction. Perdu dans les limbes des perceptions féminines, le printemps de leur nouvel ordre pour pencher du côté de la force obscure : le mal galvanisant les peintures rupestres laissées aux bons soins de Kerouac et perçues comme le grelottement de ces plantes héliotropes ; alors comment faudrait-il décrire le chaos de ces homographies impressionnantes s’évanouissant par pelletées à mesure que de compréhensifs trous noirs content leur vie fabuleuse ?

Le sang froid des vacillants diadèmes !

De la craie, je ne partage que son goût des surprises syntaxiques ; ces surprises syntaxiques que sa chevelure brune ou blonde limite à cette zone où sont empilés ces tréteaux pour des représentations obscènes.

Du corn-flakes jeté aux vautours, je n’ai qu’une vague idée de son prix que cette fanfare de comédiens sans le sou a obtenu par ristourne ou par piston, et des strass qui envahissent les plateaux télé je n’ai qu’une impression de zigzags mal contrôlés ; ces zigzags qu’on peut admirer sur le dos des ichtyosaures extraterrestres, connus des seules lois gravitationnelles… et du bleuet que leurs corporations uniques en leur genre récoltent en chantant, déçues de la vente record des Tamagotchi à la sauvette, je n’arrive qu’à le surprendre, le surprendre quand leurs univers dégringolent des strapontins… leurs univers ? Sur leur retombée médiatique, je me questionne, ne connaissant aucun remords ; ces remords qui grappillent le temps perdu, ayant perdu de vu leur scrupule.

De ce paysage où tant de guerres acharnées ont ossifié le foëne et le harpon des vieilles rombières, je ne lui ai dérobé que ses pincées d’herbe qui font perdre instantanément le sang froid des vacillants diadèmes ; et de ces rombières et de leurs colliers d’une autre trempe, d’un autre temps je n’ai jamais frappé à leur porte, ne fréquentant aucune romantique noire et détestant par dessous tout l’urbanisme de leur ville grise… et qui aurait pu rendre fou n’importe quel abîme interpersonnel et extra temporel !

L’humeur des cascades

L’humeur des cascades étreignait encore la cinquième à New-York et pour l’endormir au fond des vaseuses ravines l’humeur des cascades lui donnait froid et toutes les amnésies des Rêveurs aussi ! Sa mèche de cheveux mettait le feu aux désirs des diables au corps ; des diables au corps qui sommeillaient à la place de ces miroirs de bordel, et de les voir là parmi ces ombres, c’était comme l’étoile du nord descendue pour jouer avec nos âmes, pour danser avec nous, toujours un peu à l’ouest.
L’humeur des cascades, du pourpre, avait fait de l’or ; de l’or qui était transporté dans des charrettes antiques par des boeufs aussi forts que brûlants. Et la mèche de cheveux de ces cascades, comme une Apparition fantomatique sur des pierres de Rosette improbables, allait très loin dans cet imaginaire périple… trop loin pour ces tableaux italiens évoquant la représentation d’une becquée, la becquée des nuits orageuses !

L’humeur des cascades, là au centre des ombres, s’acharnait à trouver, parmi les cendres, des histoires féeriques et qu’on pouvait relancer, sans l’expliquer ce procédé, leurs moteurs narratifs. Quand elle était là l’humeur des cascades, le quatre septembre d’un Henri Bernardin de Saint-Pierre débauchait toutes les architectures spirituelles que le style Rococo surchargeait ; alors, ici et là, parmi les toiles exposées des vieilles rombières que cette Pierre de Rosette avait ameuté, on les devinait avides d’en savoir plus sur l’humeur des cascades !

Doux miroirs de bordel !

Il brillait comme un miroir de bordel, il arrachait les larmes comme un lit à baldaquin, il transportait dans ses valises de sorcier des maléfices de chatouillement insupportable comme un mollusque, il collait son museau gluant et télescopique sur sa cuisse blanche comme un chien-lézard qui l’aurait poursuivie toute la nuit, il se gargarisait de la création de tous ces plans machiavéliques comme tout le monde, et il invitait tout ce monde à distiller la béatitude du Bouddha et voilà qu’il l’attrapait enfin comme une existence de sape, il prenait pour argent tout ce que racontaient ses condescendants comme Elle alors qu’elle trébuchait malicieusement sa monnaie mystique loin de ces villes mystérieuses, et il s’employait en cours d’informatique à connaitre avant les autres les valeurs des matrices absolues comme un chanteur de blues à demi avalé par un marais de Louisiane. Ce marais de Louisiane qui venait butter contre les rivages télépathiques de toutes les amnésies des Rêveurs !

L’au-delà du Chat Noir. Suite d’Inception…

« Vishnu. Dieu conservateur de l’univers, il repose sur un serpent sans fin : le serpent Ananta. Dans son rêve, il prépare un nouveau cycle de vie. À son réveil, un lotus émerge de son nombril d’où sort Brahma pour créer un nouvel univers. »

À la SNCF, on avait prophétisé que cette jacquerie des chats noirs (qu’on appelait communément comme ça, ces malchanceux, ces « poissards » se jetant sous un train) n’allait pas perdurer : il n’y avait plus de candidats-chats-noirs à la fin de cette inception dont les rêveurs, non sans justice, se gaussaient malgré tout. Doux Rêveurs.
Sur le kelvinomètre s’était affichée la mission atterrante de mon job : comme le stipulait mon nouveau contrat, je prenais officiellement mes nouvelles fonctions à la tête de la cellule Ann X, disparue récemment ; l’une des priorités m’indiquait que je devais prospecter du côté de la gare de Mandeville, à la recherche de potentiel chat noir à interroger. Mais si je ne voulais pas qu’on m’écarte de l’enquête, je devais faire preuve de la plus haute vigilance, et mon visage s’assombrit à la lecture de ces lignes lorsque j’appris que les amnésiques des rêves rejetteraient en bloc l’implant (cette idée suicidaire de sauter sur les rails) car ils s’agrippaient encore à l’ancienne version onirique.

Après de nombreux lacets en forme de fers à cheval, mon train qui s’élevait déjà dans les altitudes, s’arrêta brusquement, forcé par le passage stupide de ces oies sauvages qu’on ne pouvait confondre avec ces chats noirs. Et je profitais de cette pause pour m’introduire quelques krills dans le nez et je vis, en regardant par la fenêtre de mon wagon, que les scolopendres chargés de la sécurité remontaient déjà à bord ; l’un d’eux avait perdu connaissance (à moins que ce soit uniquement dans mon rêve, le kelvinomètre enregistrant sûrement à cette heure des lames de fond, ce qui pouvait expliquer cette oscillation) il demeurait étendu dans la poussière et, tandis qu’il était emporté par un mal aussi inconnu que fulgurant, les hommes d’église à bord scandaient quelques prières, puis le train repartit sans autre procédure ; pourtant j’avais bien conscience qu’on venait de se faire couillonner une fois de plus par Vishnu, par Brahma, ces rêveurs mystificateurs de la noirceur la plus pure.
Puis, en arrivant à Mandeville, je sautais dans une décapotable rouge à la manière de Thompson et, en organisant assez bien mon périple, je débarquais à la nuit tombée chez Cassandre. Son appartement sentait la moisissure et les cloportes écrasés ; certains d’entre eux se cachant encore sous les interstices des tableaux, elle avait dû dénicher ça parmi les peintres à la Rembrandt qu’elle connaissait et dont la célébrité courait dans toute la ville. Mais je m’abstins de commenter et je lui exposai le plan et tout le reste : je lui racontais que la cellule – hors du rêve – chapeautait évidemment celle de Mandeville, réduite à la portion congrue (elle, Ariane, la jeune hybride, et un seul des deux survivants de la cellule initiale, pour l’instant tenu secret) et qu’on m’avait mis à disposition un enquêteur, un certain Carnaval. Il était de l’équipe qui n’avait pas lâché pendant quatre mois Youssouf. C’était un spécialiste des gadgets électroniques et de la filature. Il devait être habile, ni Cassandre ni Ariane ne l’avaient repéré.

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Tout allait bien en apparence. Mandeville prospérait sous le soleil de la Louisiane, avec ses cultures de pavot, ses troupeaux de laminariales en rut, ses vergers, et son absence quasi incompréhensible « d’accidents de personne sur les chemins de fer. » Mais des nuages noirs se profilaient à l’horizon. Les montres mécaniques unidirectionnelles recommençaient à tourner à l’envers.
Sous les lampadaires à cette heure nuptiale, la lumière ne paraissait pas seulement blafarde ; elle semblait ébruiter jusque dans les moindres recoins des ruelles obscures cette rumeur de jacquerie qu’un interne sur le kelvinomètre n’aurait pas eu l’audace de prendre au sérieux. On était passé à côté de tant de guerres larvées à Mandeville sans pressentir leurs apparitions ! La surveillance de ce monde douteux requérait bien plus qu’une simple intelligence artificielle accoutumant les Rêveurs à des matrices trop sages, à des pseudo-réalités trop parfaites qui ne dépassaient jamais du cadre. Il lui fallait aussi ce genre de courage si particulier (et je pensais à tout ça en éclusant dans l’obscurité) ce courage si analogue aux instincts primaires des anciens chamans, d’avaler de fortes quantités d’alcool à grandes lampées… et d’aller jusqu’au bout de la névrose. Long tunnel noir.
(…)
Sa folie me gagnait peu à peu et ce fut ainsi, un soir alors que la nuit était noire comme de l’encre, que Cassandre me guida à travers les marais de Louisiane avec une vieille lanterne. D’indispensables prises de conscience à venir. Mais je devais couvrir l’événement, et lorsque j’aperçus un chat noir traverser périlleusement des voies à l’abandon se perdant dans les marécages, je l’immortalisais avec mon Kodak
Des sept ou neuf vies qu’on accordait exclusivement au chat noir, il devait bien y avoir une extistence plus kafkaïenne que les autres…

Inception et Transcendance à Mandeville

Bien avant les émeutes interraciales (c’était donc bien dans un rêve emboité dans un autre rêve.)

Un silence mortel s’installa d’un seul coup. On n’entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les ruelles escarpées de Mandeville ; d’ailleurs cette nuit, qui avait fait sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, semblait prêcher l’anarchie : ici et là, d’affreux sycophantes se regroupaient déjà dehors tandis que Cassandre, affalée sur la banquette de ma limousine, expliquait à Ariane, une jeune hybride, comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve.
Ariane s’était à demi accroupie, une portière ouverte de la limousine la cachait tandis que je la voyais, moi seul exclusivement, dans le rétro, s’introduire dans ses narines dilatées une espèce survivante de krills. La drogue à la mode venant tout droit de la fabrique de Yussuf. J’étais supposé la protéger de ses démons, ainsi je vidai le contenu d’une énième bouteille de bourbon dans le caniveau pendant qu’elle était occupée ; ma cliente, Ann X, une star ayant épousé le sulfureux magnat de l’immobilier, Parsifal Van Dyck aujourd’hui disparu, m’avait confié la lourde tâche de surveiller leur adolescente.

Les drôles de crevettes mutantes commençaient à faire leur bonhomme de chemin dans son cerveau et elle se mit à chanter quand nous remontions le Strip pour atteindre les boites à la mode de Mandeville (je n’étais alors pas encore au courant que des arrivages de putes avaient été débarqués spécialement de Karachi pour aguicher les gosses gâtés de ce genre d’endroit, mais on était dans mon rêve, et uniquement dans mon rêve.)
A mon avis, me dis-je en sortant de la bagnole, cette nuit verte, qui semblait semer sournoisement l’idée délirante, au sein du subconscient de tous les rêveurs, d’émasculer ces mouchards de flics qu’on voyait entrer dans les clubs, allait me donner bien du fil à retordre.

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Une autre décapotable m’attendait. L’amnésie des rêves commençait… J’allais déjà prendre congé du bar où des jeunes, dont des hybrides de chattes trempées avec trois fois rien sur le dos, racontaient que le travail rendait libre. Il y avait toujours, à chaque fois que je partais en mission comme tuteur, de vieux chanteurs de prosodie du siècle dernier se croyant malins à réciter de la pseudo poésie :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace… » J’en avais assez entendu, déjà je foulais le pavé, et fébrilement, j’aperçus qu’elle était déjà là, la belle caisse rouge, son moteur vrombissant. »
L’un d’eux reprit le couplet en le modifiant, alors que j’étais en train de faire crisser les pneus, pied au plancher :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance… » Et d’autres conneries de ce genre.

En sabotant des montres mécaniques unidirectionnelles, nous nous retrouvâmes cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu : il était entouré par des marais pullulant de moustiques qu’on ne voit qu’en Louisiane, et le brouillard était tombé (ce qui me fit penser que je devais être extrêmement vigilant car la jeune hybride risquait ainsi de me fausser compagnie.)

Après s’être rafraîchie à la Source de Mezcal qui jaillissait des fontaines du sanctuaire, elle psalmodia ce qui était écrit sous l’autel habituellement réservé aux offrandes pour des dieux qui, de base, s’énerveraient et déclencheraient leurs foudres sur cette population ladre et sans jugeote de Mandeville : « Nous irons dormir Là-Haut Chez Vous, portés par les ailes des jars capricieux et nous rêverons de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être aussi sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »

Émergeant d’un mur de marbre blanc, des runes m’indiquèrent que le sanctuaire avait été jadis un monastère de moines hydrocéphales, ayant sculpté à même ce mur les tracés complexes de labyrinthes sans fin. Les labyrinthes des rêves les plus macabres.
Et je me souvenais que lors du premier épisode onirique, quand nous étions coincés dans cette discothèque, un soi-disant journaliste d’investigation draguait cette jeune pétasse hybride et qu’il lui racontait comment il avait magnifiquement couvert un reportage sur les émeutes interraciales ayant enflammé jadis le quartier rouge de la ville basse… Alors que la triste vérité c’était que ce baratineur n’avait été promu qu’une fois dans sa vie et à un poste de télésurveillance en plus ! D’ailleurs je l’avais gentiment remis à sa place.
Mais déjà je distinguais assis avec un couple de laminariales en haut-de-forme rose sur les marches de ce vieux palais, un tourbillon d’évanescentes étoiles mortes-nées qui se dissipa ensuite en pluie blanche. Et qui tomba en crème, puis en fines coulées, sur les seins d’Ariane et de Cassandre. De bruyantes scies circulaires sortant des alcôves d’ébène et d’ivoire du sanctuaire répercutèrent par la même occasion le hurlement funèbre que ces femelles avaient poussé quand j’avais tranché la gorge de ce risible dragueur (il eut un petit hoquet pour recracher du sang par le nez et par la bouche et termina par un minuscule cri qu’on aurait pris pour celui d’une sorcière.)

Plus tard, elles m’avaient reproché mes méthodes moyenâgeuses et avait loué notre chance inouïe de nous en être sortis vivants, alors que je connaissais pourtant déjà l’issu de la situation comme les oracles de ce vieux corbeau rencontré la nuit d’avant, me l’avaient parfaitement prédit.

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La résistance s’organisait dans le quartier rouge. Pour répliquer à la Brigade du Frelon, la célèbre et pourtant très discrète unité d’intervention privée contre les narcotrafiquants, un homme à tête de corbeau dans une boite de nuit branchée avait abattu froidement un flic qui était là sous couverture et qui cachait sa véritable identité en se proclamant journaliste d’investigation à qui voulait l’entendre. Ses semblables, qui avaient coutume de trinquer avec lui dans un débit de boissons de la ville basse, étaient rebectés par son acte héroïque. Ils éprouvaient pour lui une immense fierté comme la foule qui, après l’annonce de ces infos, avait enrubanné les poteaux de la Grande Place de slogans ACAB, truffés d’insultes anti-flics…

Et les rêveurs, dont la seule finalité était de se droguer en permanence, imaginaient dans les vapeurs d’opium de grands squats ouverts à leur communauté de baba-cool, donnant sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie.

L’amnésie des rêves, brutale, fatale. Même si, pour la combattre il y avait encore un groupe de guerriers de la dernière heure, au passé spirituellement trouble. Un chercheur, parti en quête de la nuit verte de l’Alaska, pourrait, au détour d’une falaise plus grande qu’un scolopendre, rencontrer ces hommes et ces femmes qui ne se sont pas contentés de la vie matelassée, moelleuse et terne offerte par la société moderne, et se dire qu’il n’est pas seul, qu’il reste encore dans le monde une étincelle d’aventure.

Un jour, au-dehors du concevable, ils chevauchèrent vers les barbelés entourant le sacro-saint sanctuaire. Des légions de cloportes, attirées par les puits vaseux de spiritualité que les moines hydrocéphales alimentent en visions de cauchemar depuis le commencement des temps, reflétaient la nuit verte de l’Alaska sur leurs carapaces chitineuses, et leurs yeux fixes, contemporains des premiers hivers, dévoraient des vérités métaphysiques, en érodant peu à peu les membranes de l’univers. Parmi eux, Ariane et Cassandre portaient des casquettes de plomb, qui dissimulaient avec peine leurs crânes-laboratoires, où les synapses en ébullition décantaient d’extraordinaires substances qu’elles s’injectaient ensuite en intraveineuse. Plus loin, flottant paisiblement dans des flacons aux formes improbables, il y avait les Rêveurs, insoucieux de la neige qui tombait à lourds flocons, et les drapait peu à peu d’un manteau paré d’aurores boréales. Chaque Rêveur était maintenu sous sédatifs, une lourde pharmacopée qui s’insinuait coupablement dans ses veines, en serpentant le long des perfusions. Parmi ces substances, il y avait la drogue de Yussuf, la drogue des rois, et l’on disait qu’une goutte de cette substance pouvait provoquer des visions si puissantes qu’on a l’impression que toutes les planètes, le Soleil et la Lune, ainsi que toutes choses du Ciel et de la Terre se prosternent devant soi, dans un élan laudatif si puissant qu’il brise l’ego en mille morceaux.

Cassandre murmura : « N’aie pas peur, même si je pars, ne crains rien, pas même mon absence. » Et sa voix était comme un souffle chaud venu du désert, comme un volcan qui s’éveille en grondant doucement pour bercer la nature, qui pourtant le craint.

Dehors toujours, avec la horde, elles semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partait à la dérive et que formaient les anti-corps psychiques et psychédéliques. Elles se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à provoquer Youssouf ; le grand maître des Rêveurs avait alors sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Mandeville (où traînaient encore à cette heure des prostitués venues de Karachi) ; et c’était sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Ariane et Cassandre aperçurent à la dérobé des ombres faire hâtivement un Fight Club devant la porte principale à la fois grillagée et plaquée d’or de l’ancien monastère ; un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici à l’entrée et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient… et avec la décapotable du début : aujourd’hui garée en haute de cette falaise, surplombant toute la Floride, de la façon la plus adéquate pour regarder, complètement couché sur le dos et sur son capot brûlant, les nuits vertes de l’Alaska (ou de Mandeville, ce qui revenait au même) avec leurs lucioles grandes comme des scolopendres, son autoradio émettant la météo des mers septentrionales mais parfois elle racontait que quelque part dans le coin de Barstow aux abords du désert je trouverais – c’était aussi une sorte d’oracle ce poste – ces pionniers ne croyant plus au rêve américain, à huit miles de profondeur dans un lac, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront à nouveau congédiés chez eux – ils deviendront ladres et lâches, enfantant des mômes (qui passeront leurs journées à mater des vidéos TikTok) et ils fantasmeront sur leur illusion d’avant, appréhendée en revanche comme un mystère glorieux par cette foule de rêveurs-résistants. Mais qui ne pourra pas les lyncher et ce n’est qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes, tous protégés malgré tout par la tutelle de cet homme à tête de corbeau, qu’ils devront être sacrifiés.

Quand Cassandre et la gosse de riche se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes toutes en sel de Séminal, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, elles observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux héroïnes murmurer face à cette vision affligeante :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creuserons les tombes de ces rêveurs, sidérées par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils, nous répandrons notre fiel et nous éviterons à notre tour d’être contaminé par toutes ces fioles de psychotropes, les manipulant précausionnement avec des gants de protection et n’invoquant qu’à demi-mots leurs propriétés qu’on pourrait juger de maléfiques. Et dans une ultime bravade nous les forcerons à se réveiller d’entre les morts, ce long sommeil qui les dégoûtent eux-mêmes. Et puisqu’ils s’interdisent toutes autres distractions, dans la crainte qu’un mouchard puisse imploser leur cage dorée, nous les libérerons de cette léthargie, même si ils ne peuvent pas encore saisir le sens secret de notre plan. »

Mais qui ne l’était pas tant que ça finalement : surgissant des profondeurs de la matrice onirique, Youssouf leur fit barrage alors qu’elles s’approchaient de ses alambics, et même si sa voix se perdait parfois dans les limbes d’où il provenait, on l’entendit énoncer lugubrement :
« Votre plan était presque parfait, jusqu’à ce qu’un de mes intermédiaires m’informe de votre intrusion… à ce moment précis j’ai tout de suite pensé que mes cobayes ne pourraient manifestement pas bien s’acclimater à l’inception, une idée tenace, coriace que nous injectons avec mon équipe au sein du subconscient du rêveur… le succès de mon entreprise de zombification en dépendait. Mais vous ne le savez pas peut-être pas, j’ai prévu ce genre d’attaque vicieuse : vous allez nourrir mes cloportes »

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«Un liquide chaud et humide, provenant de l’écrasement de cloportes, prononçait en direct le présentateur de JT, vient de s’immiscer entre la porte et son interstice… Que voit le Rêveur ? Que les kyrielles de portes du Rêve n’ouvrent toutes qu’à la vision défendue par ses seuls insectes. »

La télé continuait à refléter ses conneries sur les flaques d’essence, bien que son écran commençait à se restreindre, dévoré par l’érosion du rêve. Puis un briquet Zippo lancé par Carnaval vint enflammer d’abord leurs jambes et leurs ventres, à tous ces junkies du rêve atterris là par hasard suite à cette inception.

Tandis que l’amnésie des rêves se teignait de couleurs crépusculaires, à s’effacer, à n’imaginer pour eux que des pèlerinages… conduisant aux chambres à gaz, aux camps de la mort… ou à l’éternelle Flambée des Inquisiteurs. »

Ou à la fin du Rêve, quand on se retrouvait sur la banquette de la décapotable où il y avait toujours ces feuilles d’automne et surtout ce livre mystérieux, avec des symboles étranges, extraterrestres, bien que son auteur et nègre littéraire n’était qu’une usine remplie de matrices clignotantes sur des machines pas belles et d’algorithmes sciemment étudiés par des moines hydrocéphales… et lus que par une classe sociale donnée, en se demandant qui avait pu donner cette primaire idée de commencer le premier bûcher de la Saint Con – une inception à réaliser pour la suite ? –

En fouillant les archives et d’après ces tonnes de paperasse relatant le monde antique et presque moderne de lazone.org, cette rumeur de l’Originelle Idée était insensée pour les médias, invraisemblable d’après les murmures qui se seraient échappé en coulisse des partis des grands inquisiteurs, ou stupidement fausse quand la bagnole s’embrasa.

Maldonne Mérovingienne !

Il y avait déjà Maldonne quand, dans un état second, j’avais enregistré Black Insect, l’impérial hasard étant tombé au fond des limbes, des mémoires ravagées, au fond de ces ténèbres qu’un full de rois amnésiques, trop obnubilés à s’entretuer entre eux, dissipait malgré tout ; il y avait Maldonne quand la webcam de l’ordinateur s’alluma instantanément, et fit entrevoir la conception des droïdes suréquipés alors que les machines à distribuer le jeu ne renouvelaient même plus leur colère démente, leur naissance latente… Machine qui fonctionnait sans saisir le sens, le but de cette paire d’as : me démasquer et précipiter la marmite de rubis permettant de financer cette loterie jusqu’aux tréfonds des oubliettes les plus insomniaques ! Et qui enrôla d’office cette horde de guerrières : une meute malsaine, divisée en sous-ordre pour pirater les ombrageux scepticismes, leurs fantasmagoriques placements de produits et tout le reste…

En tant que journaliste d’un reportage Gonzo, je voyais bien que les techniques décrites dans le Manifeste des Gobelins pour gagner beaucoup d’argent de farfadets n’arrivaient pas à appréhender la beauté discrète, énigmatique de ces cartes invraisemblables : elles semblaient potentialiser la force de ces guerrières terriblement débrouillardes, qui couraient d’un échiquier à l’autre…

Les joueurs de ces échecs pressentaient que le monde était bien trop vieux pour supporter psychiquement les folles cavalcades de ces guerrières. Et presque aussi abasourdi que ces machines à sous commençant à se lasser de toutes ces fortunes amassées dans la caisse enregistreuse ; une belle somme qui, par ses effets de synesthésie, aurait pu effacer leurs sornettes déprimantes.

Maldonne enfin quand, dans une crémation incertaine et par une stratégie bénissant leurs attaques, la PlayStation s’embrasa ; et la fumée qui en résultait était composée d’évanescentes, de drôles de particules provenant des prédictions des médiums. Et qui ne pouvaient que se restreindre à enterrer définitivement le défunt système. Maldonne douloureuse.

L’au-delà du Chat Noir

L’au-delà du Chat Noir

« Mon amour est-il dans son quartier de lune ?
Mon amour veut-il faire un tour dans l’au-delà ?
Mon amour a-t-il mis ses habits de fête ?
Mon amour veut-il faire un tour dans l’au-delà ? »
Murat.

À la SNCF, on appelait communément ces malchanceux des « poissards » ou des « chats noirs. » J’avais fait le job, j’étais moi aussi devenu un chat noir, j’avais sauté sur les rails, pourtant j’avais toujours conscience…. de la noirceur de Thompson se cachant parmi les peintres à la Rembrandt et tout le reste : des sept vies qu’on accordait exclusivement au chat noir, et quand je rentrais chez moi, la noirceur de Thompson s’immisçait entre les ruines de mon Église, écrasée jusqu’à Saint-Denis, jusqu’à Saint-Cloud.


Il y avait aussi des lois gravitationnelles uniques, des niveaux sous alcool en tunnel où le plexus était toute chose, toute chose dépareillée, comme à chaque passage de trains où je me disais qu’à chaque fois j’allais prendre à droite, j’allais décrocher la lune des consciences huppées ; et parmi ces prestidigitateurs convaincus, il y avait la petite chose qui allait murmurer à Lui, Satan. Et même leurs offrandes à leurs dieux tombés en désuétude et qui ne se prenaient pas pour de la merde, n’allaient pas racheter leurs péchés, ces gens se vouant au culte secret du démon ; de véritables directions Vendeix, elle m’indiquait la chatte noire, Stacy alors que je n’étais pas là pour faire un tour dans l’au-delà mais pour remuer un peu ces fantômes de Chats Noirs par un fulgurant reportage gonzo.

Inception à Mandeville !

Bien avant les émeutes interraciales (c’était donc bien dans un rêve emboité dans un autre rêve.)

Un silence mortel s’installa d’un seul coup. On n’entendait que le sifflement des radiateurs, le grincement des lattes du plancher du gros barman à la chair grise, la joueuse de cor au loin qui escaladait sinistrement les ruelles escarpées de Mandeville ; d’ailleurs cette nuit, qui avait fait sortir des kyrielles de mollusques de chien-lézard, semblait prêcher l’anarchie : ici et là, d’affreux sycophantes se regroupaient déjà dehors tandis que Cassandre, affalée sur la banquette de ma limousine, expliquait à Ariane, une jeune hybride comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve.
Ariane s’était à demi accroupi, une portière ouverte de la limousine la cachait tandis que je la voyais, moi seul exclusivement, dans le rétro, s’introduire dans ses narines dilatées une espèce survivante de krills. La drogue à la mode venant tout droit de la fabrique de Yussuf. J’étais supposé la protéger de ses démons, ainsi je vidai le contenu d’une énième bouteille de bourbon dans le caniveau pendant qu’elle était occupée ; ma cliente, Ann X, une star ayant épousé le sulfureux magnat de l’immobilier, Parsifal Van Dyck aujourd’hui disparu, m’avait confié la lourde tâche de surveiller leur adolescente.

Les drôles de crevettes mutantes commençaient à faire leur bonhomme de chemin dans son cerveau et elle se mit à chanter quand nous remontions le Strip pour atteindre les boites à la mode de Mandeville (je n’étais alors pas encore au courant que des arrivages de putes avaient été débarqués spécialement de Karachi pour aguicher les gosses gâtés de ce genre d’endroit, mais on était dans mon rêve, et uniquement dans mon rêve.)
A mon avis, me dis-je en sortant de la bagnole, cette nuit verte, qui semblait semer sournoisement l’idée délirante, au sein du subconscient de tous les rêveurs, d’émasculer ces mouchards de flics qu’on voyait entrer dans les clubs, allait me donner bien du fil à retordre.

Une autre décapotable m’attendait. L’amnésie des rêves commençait… J’allais déjà prendre congé du bar où des jeunes, dont des hybrides de chattes trempées avec trois fois rien sur le dos, racontaient que le travail rendait libre. Il y avait toujours, à chaque fois que je partais en mission comme tuteur, de vieux chanteurs de prosodie du siècle dernier se croyant malins à réciter de la pseudo poésie :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace… » J’en avais assez entendu, déjà je foulais le pavé, et fébrilement, j’aperçus qu’elle était déjà là, la belle caisse rouge, son moteur vrombissant. »
L’un d’eux reprit le couplet en le modifiant, alors que j’étais en train de faire crisser les pneus, pied au plancher :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance… » Et d’autres conneries de ce genre.

En sabotant des montres mécaniques unidirectionnelles, nous nous retrouvâmes cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu : il était entouré par des marais pullulant de moustiques qu’on ne voit qu’en Louisiane, et le brouillard était tombé (ce qui me fit penser que je devais être extrêmement vigilant car la jeune hybride risquait ainsi de me fausser compagnie.)

Après s’être rafraîchie à la Source de Mezcal qui jaillissait des fontaines du sanctuaire, elle psalmodia ce qui était écrit sous l’autel habituellement réservé aux offrandes pour des dieux qui, de base, s’énerveraient et déclencheraient leurs foudres sur cette population ladre et sans jugeote de Mandeville : « Nous irons dormir Là-Haut Chez Vous, portés par les ailes des jars capricieux et nous rêverons de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être aussi sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »

Émergeant d’un mur de marbre blanc, des runes m’indiquèrent que le sanctuaire avait été jadis un monastère de moines hydrocéphales, ayant sculpté à même ce mur les tracés complexes de labyrinthes sans fin. Les labyrinthes des rêves les plus macabres.
Et je me souvenais que lors du premier épisode onirique, quand nous étions coincés dans cette discothèque, un soi-disant journaliste d’investigation draguait cette jeune pétasse hybride et qu’il lui racontait comment il avait magnifiquement couvert un reportage sur les émeutes interraciales ayant enflammé jadis le quartier rouge de la ville basse… Alors que la triste vérité c’était que ce baratineur n’avait été promu qu’une fois dans sa vie et à un poste de télésurveillance en plus ! D’ailleurs je l’avais gentiment remis à sa place.
Mais déjà je distinguais assis avec un couple de laminariales en haut-de-forme rose sur les marches de ce vieux palais, un tourbillon d’évanescentes étoiles mortes-nées qui se dissipa ensuite en pluie blanche. Et qui tomba en crème, puis en fines coulées, sur les seins d’Ariane et de Cassandre. De bruyantes scies circulaires sortant des alcôves d’ébène et d’ivoire du sanctuaire répercutèrent par la même occasion le hurlement funèbre que ces femelles avaient poussé quand j’avais tranché la gorge de ce risible dragueur (il eut un petit hoquet pour recracher du sang par le nez et par la bouche et termina par un minuscule cri qu’on aurait pris pour celui d’une sorcière.)

Plus tard, elles m’avaient reproché mes méthodes moyenâgeuses et avait loué notre chance inouïe de nous en être sortis vivants, alors que je connaissais pourtant déjà l’issu de la situation comme les oracles de ce vieux corbeau rencontré la nuit d’avant, me l’avaient parfaitement prédit.

La résistance s’organisait dans le quartier rouge. Pour répliquer à la Brigade du Frelon, la célèbre et pourtant très discrète unité d’intervention privée contre les narcotrafiquants, un homme à tête de corbeau dans une boite de nuit branchée avait abattu froidement un flic qui était là sous couverture et qui cachait sa véritable identité en se proclamant journaliste d’investigation à qui voulait l’entendre. Ses semblables, qui avaient coutume de trinquer avec lui dans un débit de boissons de la ville basse, étaient rebectés par son acte héroïque. Ils éprouvaient pour lui une immense fierté comme la foule qui, après l’annonce de ces infos, avait enrubanné les poteaux de la Grande Place de slogans ACAB, truffés d’insultes anti-flics…

Et les rêveurs, dont la seule finalité était de se droguer en permanence, imaginaient dans les vapeurs d’opium de grands squats ouverts à leur communauté de baba-cool, donnant sur les mers septentrionales, et de souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves, brutale, fatale. Même si, pour la combattre il y avait encore un groupe de guerriers de la dernière heure, au passé spirituellement trouble. Un chercheur, parti en quête de la nuit verte de l’Alaska, pourrait, au détour d’une falaise plus grande qu’un scolopendre, rencontrer ces hommes et ces femmes qui ne se sont pas contentés de la vie matelassée, moelleuse et terne offerte par la société moderne, et se dire qu’il n’est pas seul, qu’il reste encore dans le monde une étincelle d’aventure.

Un jour, au-dehors du concevable, ils chevauchèrent vers les barbelés entourant le sacro-saint sanctuaire. Des légions de cloportes, attirées par les puits vaseux de spiritualité que les moines hydrocéphales alimentent en visions de cauchemar depuis le commencement des temps, reflétaient la nuit verte de l’Alaska sur leurs carapaces chitineuses, et leurs yeux fixes, contemporains des premiers hivers, dévoraient des vérités métaphysiques, en érodant peu à peu les membranes de l’univers. Parmi eux, Ariane et Cassandre portaient des casquettes de plomb, qui dissimulaient avec peine leurs crânes-laboratoires, où les synapses en ébullition décantaient d’extraordinaires substances qu’elles s’injectaient ensuite en intraveineuse. Plus loin, flottant paisiblement dans des flacons aux formes improbables, il y avait les Rêveurs, insoucieux de la neige qui tombait à lourds flocons, et les drapait peu à peu d’un manteau paré d’aurores boréales. Chaque Rêveur était maintenu sous sédatifs, une lourde pharmacopée qui s’insinuait coupablement dans ses veines, en serpentant le long des perfusions. Parmi ces substances, il y avait la drogue de Yussuf, la drogue des rois, et l’on disait qu’une goutte de cette substance pouvait provoquer des visions si puissantes qu’on a l’impression que toutes les planètes, le Soleil et la Lune, ainsi que toutes choses du Ciel et de la Terre se prosternent devant soi, dans un élan laudatif si puissant qu’il brise l’ego en mille morceaux.

Cassandre murmura : « N’aie pas peur, même si je pars, ne crains rien, pas même mon absence. » Et sa voix était comme un souffle chaud venu du désert, comme un volcan qui s’éveille en grondant doucement pour bercer la nature, qui pourtant le craint.

Dehors toujours, avec la horde, elles semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partait à la dérive et que formaient les anti-corps psychiques et psychédéliques. Elles se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à provoquer Youssouf ; le grand maître des Rêveurs avait alors sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Mandeville (où traînaient encore à cette heure des prostitués venues de Karachi) ; et c’était sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Ariane et Cassandre aperçurent à la dérobé des ombres faire hâtivement un Fight Club devant la porte principale à la fois grillagée et plaquée d’or de l’ancien monastère ; un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici à l’entrée et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient… et avec la décapotable du début : aujourd’hui garée en haute de cette falaise, surplombant toute la Floride, de la façon la plus adéquate pour regarder, complètement couché sur le dos et sur son capot brûlant, les nuits vertes de l’Alaska (ou de Mandeville, ce qui revenait au même) avec leurs lucioles grandes comme des scolopendres, son autoradio émettant la météo des mers septentrionales mais parfois elle racontait que quelque part dans le coin de Barstow aux abords du désert je trouverais – c’était aussi une sorte d’oracle ce poste – ces pionniers ne croyant plus au rêve américain, à huit miles de profondeur dans un lac, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront à nouveau congédiés chez eux – ils deviendront ladres et lâches, enfantant des mômes (qui passeront leurs journées à mater des vidéos TikTok) et ils fantasmeront sur leur illusion d’avant, appréhendée en revanche comme un mystère glorieux par cette foule de rêveurs-résistants. Mais qui ne pourra pas les lyncher et ce n’est qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes, tous protégés malgré tout par la tutelle de cet homme à tête de corbeau, qu’ils devront être sacrifiés.

Quand Cassandre et la gosse de riche se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes toutes en sel de Séminal, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, elles observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux héroïnes murmurer face à cette vision affligeante :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creuserons les tombes de ces rêveurs, sidérées par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils, nous répandrons notre fiel et nous éviterons à notre tour d’être contaminé par toutes ces fioles de psychotropes, les manipulant précausionnement avec des gants de protection et n’invoquant qu’à demi-mots leurs propriétés qu’on pourrait juger de maléfiques. Et dans une ultime bravade nous les forcerons à se réveiller d’entre les morts, ce long sommeil qui les dégoûtent eux-mêmes. Et puisqu’ils s’interdisent toutes autres distractions, dans la crainte qu’un mouchard puisse imploser leur cage dorée, nous les libérerons de cette léthargie, même si ils ne peuvent pas encore saisir le sens secret de notre plan. »

Mais qui ne l’était pas tant que ça finalement : surgissant des profondeurs de la matrice onirique, Youssouf leur fit barrage alors qu’elles s’approchaient de ses alambics, et même si sa voix se perdait parfois dans les limbes d’où il provenait, on l’entendit énoncer lugubrement :
« Votre plan était presque parfait, jusqu’à ce qu’un de mes intermédiaires m’informe de votre intrusion… à ce moment précis j’ai tout de suite pensé que mes cobayes ne pourraient manifestement pas bien s’acclimater à l’inception, une idée tenace, coriace que nous injectons avec mon équipe au sein du subconscient du rêveur… le succès de mon entreprise de zombification en dépendait. Mais vous ne le savez pas peut-être pas, j’ai prévu ce genre d’attaque vicieuse : vous allez nourrir mes cloportes »

«Un liquide chaud et humide, provenant de l’écrasement de cloportes, prononçait en direct le présentateur de JT, vient de s’immiscer entre la porte et son interstice… Que voit le Rêveur ? Que les kyrielles de portes du Rêve n’ouvrent toutes qu’à la vision défendue par ses seuls insectes. »

La télé continuait à refléter ses conneries sur les flaques d’essence, bien que son écran commençait à se restreindre, dévoré par l’érosion du rêve. Puis un briquet Zippo lancé par Carnaval vint enflammer d’abord leurs jambes et leurs ventres, à tous ces junkies du rêve atterris là par hasard suite à cette inception.
Tandis que l’amnésie des rêves se teignait de couleurs crépusculaires, à s’effacer, à n’imaginer pour eux que des pèlerinages… conduisant aux chambres à gaz, aux camps de la mort… ou à l’éternelle Flambée des Inquisiteurs. »

Ou à la fin du Rêve, quand on se retrouvait sur la banquette de la décapotable où il y avait toujours les feuilles d’automne et surtout un livre mystérieux, avec des symboles étranges, extraterrestres, bien que son auteur et nègre littéraire n’était qu’une usine remplie de matrices clignotantes sur des machines pas belles et d’algorithmes sciemment étudiés par des moines hydrocéphales… Et lue que par une classe sociale donnée, en se demandant qui a pu donner cette primaire idée de commencer le premier bûcher de la Saint Con – une inception à réaliser pour la suite ? –
En fouillant les archives et d’après ces tonnes de paperasse relatant le monde antique et presque moderne de lazone.org cette rumeur de l’Originelle Idée était insensée pour les médias, invraisemblable d’après les murmures qui se seraient échappé en coulisse des partis des grands inquisiteurs, ou stupidement fausse quand la bagnole s’embrasa.

L’étoile du cardinal

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« Pour guérir, comprendre n’est pas nécessaire. » Elle avait coutume de dire. Et j’étais d’accord avec ce point de vue, que je prenais parfois pour un indice, d’autres fois pour un inachèvement.

« Hâte-toi, à chaque opération mentale, de rattraper la dernière correspondance et de retrouver parmi les pierres fatiguées, romanes, les ruines de son Église ainsi, et seulement si tu arrives à recréer en imagination la fugacité de cet instant, découvre-toi une nouvelle passion pour l’aventure au long cours en voix d’extinction » je ne comprenais guère ses paroles ésotériques mais je n’osais lui poser aucune question.
Tout avait commencé ainsi : par le déferlant désir de tout quitter, de renier sa meute de scribouillards et de partir sur les routes ; et pendant ce laps de temps où ces pensées affluaient, la scène se passant dans la baignoire d’une salle de bain, l’eau du robinet provenait d’une altitude luxuriante et riche en ressources dangereuses…

Plus loin, beaucoup plus loin, des archipels sidéraux où des moines cachaient le secret et le but de la Vie parmi des alvéoles de cire larvaire, au Sud et au Nord, me montraient l’étoile du cardinal. L’étoile du cardinal quand plus rien ne va plus. L’étoile du cardinal tandis que les yeux de la Geisha, qui me regardaient alors que j’étais nu dans la baignoire, avaient fait naître d’autres alvéoles de cire larvaire par kyrielles. Le pouvoir ravageur des neuf planètes qui, sur les épaules solidement bâties des géants, ne rendent rien d’autre, à la fin, que cette folie de tracer son chemin, sur les pas de Kerouac ou de Tesson !

La noirceur de Thompson

La noirceur de Thompson s’immiscant entre les ruines, jusqu’à Saint-Denis, jusqu’à Saint-Cloud, il y avait aussi des lois gravitationnelles uniques, des niveaux de conscience huppée, des prestidigitateurs et même leurs offrandes à des dieux tombés en désuétude ; de véritables guerriers et d’authentiques chamans, ces dieux que la noirceur de Thompson cachait parmi les peintres à la Rembrandt, avec tout le reste, et tout aussi unique, il y avait aussi tout un tas de conspirations pour trafiquer les ventes des Tamagotchi à la sauvette, pour se proclamer le roi des démonistes, des guetteurs, le roi qui relancerait la machine etc.

Et pour s’abrutir, sur les grands chemins, avec leurs systèmes, des stances et des délires rocailleux de Blue Whale Challenge, comme des lignes nauséabondes d’écriture léchée par des flammes voltigeantes, autogénéraient les salves funestes, lasses, nuptiales de ces guerres qu’on allumait ici et là ; des guerres, perdues parmi les ombres délimitées par la pluie, qu’on avait peine à décrire. Mais tous ces univers, qui se fécondaient eux-mêmes, avaient quelque chose nous tatouant le dos de leur humeur mérovingienne, cosmopolite, ils avaient quelque chose de familier : gravitant autour de l’extraordinaire ardeur de leur carbone 14, comme éblouis, on pouvait les retrouver parmi les décombres après leur bataille surhumaine, et ainsi résonnaient les glapissements des sapins verts tandis que nous roulions en wagon…

Une vieille maison

Une vieille maison au fond d’un jardin, couverte d’une vigne folle, mais une vigne féconde, à sa droite quelques pommiers desséchés ébruitant la Rumeur, à sa gauche un enfant isolé (c’est moi) qui pactise avec des spectres suffisants dans le brouillard ; il essaye d’imaginer ce qui pourrait éclore sous la maison antique ; la maison de ces vieux bonhommes qui s’échauffent là-haut dans le ciel pour une dernière partie de poker, une partie de cartes où il lui est arrivé de trouver la mort, si douce, si semblable à mon rêve et s’aperçoit qu’il a une image très vive de ce qui s’est passé.
C’est certainement son imagination qui dépasse son expérience, comme quelqu’un -sans doute le Navigateur- l’en a prévenu.
Enroulée dans un drap, et accrochée aux rideaux de la chambre par trop de vacillants et farfelus kilomètres de vers, ainsi lui est-elle apparue, étrange et douce comme cette vallée que je vais tenter de décrire : des hordes d’aviateurs ladres guettaient l’horizon rouge de tous les jours lorsque nous avons aperçu cette vallée hantée et le rêve tanguait de plus belle, nous qui étions nus et somnambules et nous savions fébrilement qu’il se cachait à l’orée d’un bois escarpé, détenu par une sorte de monstre dont la fine pellicule gélatineuse recouvrait sa peau… dire que jadis j’avais une bonne compréhension de ces univers oniriques jouant à tracer des lignes de cannelle et de sucre roux sur mon carnet de moleskine !

L’élégance, la science, la violence…

Le piano jouait des silences ordonnés, des odes aux architectures spirituelles des appareils Kodaks, jusqu’à faire réapparaître d’autres sonorités mauves et chaudes de pieuvres vertueuses ! Et que souvent les Fortunes, pour dormir avec nous au creux d’un arbre, nouaient à la barbe des léthargies malveillantes ; c’était comme plier et déplier sans fin les couvertures glacées des grimoires sans note, d’un livre ouvert sur un souci de précision vaguement inquiétante…

Un crapaud qui sans le recours au piano n’aurait jamais pressenti que ton khôl allait tâcher ta robe blanche ce jour-là, apportait à ce détail menaçant l’art et l’allure des Gardes Impériales.
Au regard de l’ermite, l’élégance, la science, la violence !

Ô Marsupiale Fantasmagorie !

Dans le gréement de Coltrane, en crapahutant parmi les montagnes qui rêvent, badigeonnées par la couleur sacrée des feux de la Saint-Jean, mais incapables de saisir le sens du mot « Fortune » nous nous en irons en Jaguar avec son moteur puissant, ses cellules photovoltaïques qui définissent et qui hérissent les désirs fantasmagoriques… peut-être ne sont-ils pas reconnu à leur juste valeur naissante, nous nous demandons en étalant la nappe dans une clairière pour jouer au jeu de dames… peut-être ont-ils clôturé nos mises extravagantes, ces désirs, en nous associant pêle-mêle au gain obtenu !

Et des immensités galactiques dans tes yeux de jade qui rêvent eux-aussi d’une occulte transaction sur le Chemin de Traverse, donneront un peu d’espoir aux enseignes clignotantes qu’on aperçoit en contrebas dans la vallée : pleinement conscients de ce rêve perdu, à mesure qu’il jalonne de flambeaux les vastes salles de nos organiques mémoires et à mesure que l’heure avance, nous poursuivons sa route onirique, à bouffer des haubans qui pourraient bien sûr croquer tous les mots inanimés de mon carnet de moleskine : Ô Marsupiale Fantasmagorie ! Ô Psychologie Féminine !

Sur un air d’Erik Satie

D’abord, maintenir un silence feutré et dense en ne révélant jamais ses influences. Puis, et seulement à l’étape suivante, les images, les images que j’autogénère en pianotant sur les touches, se rendent à l’évidence : elles sont le don, la faculté télépathe qui ouvre les vannes d’une immense baignoire au milieu d’une forêt ne demandant qu’à être enneigée, sous une altitude rouge et fumeuse ; et la nudité de tous ces gens qui se baignent, joyeux malgré les accords du piano mélancolique, dans les yeux de la Geisha, ne parvient pas à me faire oublier la perte des sens, l’arrivée d’un automne à la Amélie Poulain, aux émotions incroyablement vivantes d’enfants-cyclopes : puis, comme entrainée à la dérive, cette perte des sens quand les neiges et les pluies dissipent le langage, la rumeur de ce folklore de marbre qui est toujours dehors, mais jamais, et tu le sais, n’est à l’affût d’un désir d’erreur ; et pourtant presque tangible par cette dérision qui lui donne un cap, il n’y a que le doux murmure de l’eau qui s’enfuit ;

Et ce rapide emporte la saison rouge et l’emporte sur le kitch naissant de cette époque où nous ne trouvons pas notre place, la sève que toutes ces histoires – je m’en rends compte que maintenant- avaient fait monter parmi des métrages perdus, aujourd’hui bel et bien disparus, filmés par une caméra en noir et blanc et tremblants dans leur cadre maladroit, et je dérive moi aussi et tu ris d’un rire que seule l’aimée exila, dans ce tourbillon de lumières chatoyantes conjuguant le yin et le yang et réconciliant toutes les religions. Alors pour dissoudre, dans un flacon où reposent milles souches de vieux flocons, enivrés par ta sensualité, pour dissoudre aussi leur couleur somptueuse, bien que inconnue et sûrement d’origine martienne, l’invraisemblable se produisit…

Inception


Bien avant les émeutes interraciales
Ariane, une jeune fille ayant conçu le propre labyrinthe de son rêve. Exclusivement. Je devais la retrouver parce qu’elle était l’élue de cette Saint Con- elle chantait dans une ruelle obscure de Karachi (mais c’était dans mon rêve, uniquement dans mon rêve où elle même avait semé cette idée de la brûler étant donné qu’elle se trouvait trop conne pour vivre mais pas assez suicidaire) :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, fébrilement, elle était déjà là, la décapotable, son moteur vrombissant. »

Un enfant reprit le couplet en le modifiant :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, et des souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »
Une décapotable m’attendait. L’amnésie des rêves commençait… J’allais déjà me rendre en congés sabbatiques dans un monastère de moines hydrocéphales, dont le culte rituel et annuel était de brûler un con le jour de la Saint Con, j’avais été jadis pour un reportage de télésurveillance en tant que journaliste d’investigation dans ce bled paumé. Où c’était tous les jours la Saint Con. D’ailleurs. Déjà je distinguais un haut-de-forme rose dans ce tourbillon d’évanescentes étoiles mortes-nées et par là même des sorcières parmi elles. (Alors que ce n’était que des oracles, en tout cas c’est ce qu’on disait dans la région de Barstow à la Saint Con)
Bien avant les émeutes interraciales qui enflammèrent le quartier rouge, suite aux bûchers récurrents dégageant une épaisse fumée selon les journalistes médiévaux de la ville de Flax, non loin de là, j’avais déjà entendu l’histoire de cette petite fille chantant en hurlant dans une ruelle obscure de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, fébrilement, elle était déjà là. »
Un enfant reprit le couplet en le modifiant :
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance, de résistes-stances face aux feux que les scolopendres géants avec leurs milles-pattes attisaient, malgré la foule qui avait enrubanné les poteaux de sa nouvelle place, de slogans du parti des inquisiteurs comme on le ferait dévier ce printemps poétique en printemps Arabe… Mais bref, abrégeons. Revenons à ce que tu chantais Anémone : nous rêvions que nous avions nos têtes au-dessus des néons que des journalistes publicitaires nous implantant en jetant des aplats de masques mortuaires sur leur visage cette idée si précise qu’elle devait plutôt brûler car elle était trop conne de vivre
Et nous imaginions dans les vapeurs d’opium de grands squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, et des souvenirs résiduels voguant sur les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves, brutale, fatale. Même si, pour la combattre il y avait encore un groupe de guerriers de la dernière heure, au passé spirituellement trouble. Un chercheur, parti en quête de la nuit verte de l’Alaska, pourrait, au détour d’une falaise plus grande qu’un scolopendre, rencontrer ces hommes et ces femmes qui ne se sont pas contentés de la vie matelassée, moelleuse et terne offerte par la société moderne, et se dire qu’il n’est pas seul, qu’il reste encore dans le monde une étincelle d’aventure.

Un jour, au-dehors du concevable, ils chevauchèrent vers les barbelés entourant notre vieille demeure. Des légions de cloportes, attirées par les puits vaseux de spiritualité que les moines hydrocéphales alimentent en visions de cauchemar depuis le commencement des temps, reflétaient la nuit verte de l’Alaska sur leurs carapaces chitineuses, et leurs yeux fixes, contemporains des premiers hivers, dévoraient des vérités métaphysiques, en érodant peu à peu les membranes de l’univers. Les deux enfants portaient des casquettes de plomb, qui dissimulaient avec peine leurs crânes-laboratoires, où les synapses en ébullition décantaient d’extraordinaires substances qu’ils s’injectaient ensuite en intraveineuse. Plus loin, flottant paisiblement dans des flacons aux formes improbables, il y avait les Rêveurs, insoucieux de la neige qui tombait à lourds flocons, et les drapait peu à peu d’un manteau paré d’aurores boréales. Chaque Rêveur était maintenu sous sédatifs, une lourde pharmacopée qui s’insinuait coupablement dans ses veines, en serpentant le long des perfusions. Parmi ces substances, il y avait la drogue de Yussuf, la drogue des rois, et l’on disait qu’une goutte de cette substance pouvait provoquer des visions si puissantes qu’on a l’impression que toutes les planètes, le Soleil et la Lune, ainsi que toutes choses du Ciel et de la Terre se prosternent devant soi, dans un élan laudatif si puissant qu’il brise l’ego en mille morceaux.

La petite fille murmura : « N’aie pas peur, même si je pars, ne crains rien, pas même mon absence. » Et sa voix était comme un souffle chaud venu du désert, comme un volcan qui s’éveille en grondant doucement pour bercer la nature, qui pourtant le craint.

Dehors toujours, à tâtons, ces cyclopes qui n’avaient pas cinq ans devant eux et qui n’avaient forcément qu’un oeil, semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Ils se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Youssouf ; le grand maître des Rêveurs avait sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Les intrus aperçurent à la dérobé des ombres faire hâtivement un Fight Club dans la rue devant la porte principale à la fois grillagée et en bois d’ébène du monastère, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient… et avec la décapotable du début : garée en haute de ces falaises de la façon la plus adéquate pour regarder, complètement couché sur le dos, les nuits vertes de l’Alaska avec leurs lucioles grandes comme des scolopendres, son poste-autoradio émettait la météo des mers septentrionales mais parfois elle ne racontait que quelque part dans le coin de Barstow aux abords du désert je trouverais -c’était une sorte d’oracle- les enfants-cyclopes à huit miles de profondeur dans un lac, le lac magique des vérités qui font mal, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront congédiés chez eux – ils deviendront ladres et lâches, crachant en enfantant des vidéos TikTok appréhendée par l’hostilité énigmatique de la foule. Mais qui ne pourra pas les lyncher et ce n’est qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes protégés malgré tout par les enfants-cyclopes, qu’ils doivent être sacrifiés.

Quand les gosses hybrides se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, ils observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir les dernières trouvailles d’Anémone dans Amnésie des Rêves et dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creusions les tombes de ces rêveurs aux pieds des murs de briques, sidérés par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils…. ne venant que de ce cimetière entourant leur bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement.
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits de nos écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan, j’énonçais d’une voix forte :
«Qui de nous aura cet aura à faire sortir les lianes du Rêve, l’ombilic des limbes , les fouets, les cravaches, de cette horde hantant la jungle d’où tu te croyais jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans réchauffer tes lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pouvais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur. »

«Un liquide chaud et humide, provenant de cloportes, prononçait lugubrement le présentateur de JT, vient de s’immiscer entre la porte et l’interstice… Que voit le Rêveur ? Que les kyrielles de portes du Rêve n’ouvrent toutes qu’à la vision défendue par les seules sorcières » (à d’autres époques Oracles.)
La télé continuait à refléter ses conneries sur les flaques d’essence puis un briquet Zippo vint enflammer d’abord ses jambes et son ventre, pauvre Anémone atterrie là par hasard suite à cette inception
Tandis que l’amnésie des rêves teignait, à s’effacer, à ne plus imaginer pour nous des pèlerinages… conduisant aux chambres à gaz, aux camps de la mort… ou à l’éternel Flambée des Inquisiteurs. »

Ou à la fin du Rêve, quand on se retrouvait sur la banquette de la décapotable où il y avait toujours les feuilles d’automne et surtout un livre mystérieux, avec des symboles étranges, extraterrestres, sur Amnésie des Rêves d’Anémone et Géographie de l’instant de Tesson, bien que son nègre littéraire n’étaient qu’une usine rempli de matrices et d’algorithmes sciemment étudiés par des moines hydrocéphales et pour une classe sociale donnée, en se demandant bien qui a pu donner cette primaire idée de commencer le premier bûcher de la Saint Con -une inception à réaliser pour la suite ? – (Thème évoqué dans son bouquin où elle se livre sur son sombre passé, cette blessure secrète de n’avoir jamais pu, à l’adolescence, être chanteuse et crieuse publique et cyclope à la fois) En fouillant les archives (je vous renvoie au récit Entre temps et Ensuite…) et d’après ces tonnes de paperasse relatant le monde antique et presque moderne de lazone.org cette rumeur était insensée pour les médias, invraisemblable d’après les murmures qui se seraient échappé en coulisse, des partis des grands inquisiteurs avant de nous faire migrer dans l’ombre de toutes les géographies oniriques, ou attentivement fausse quand la bagnole s’embrasa.

Les noces les plus fantasmagoriques des vogues à la Jérôme Bosch !

Tout d’abord je renversais le pouvoir en place décerné par des noces insolites, les noces des vogues les plus folles, les noces des plus simples pensées ; ensuite pour les discerner de ce capharnaüm que ces noces contaient à travers la représentation des plus admirables graffitis, des oeuvres déchirantes conformes à leur idée directrice dissipaient les plus lamentables malentendus.

Les plus lamentables malentendus comme ces idées avivées selon des procédés magiques : pour perdre dans les limbes de ces noces inférieures les données du cerveau de Kubrick, leurs vogues avaient été synthétisées par un processeur qui déplorait lui-même ses outrances langagières et thématiques.

Et dans l’air chaud, coupant une bûche au-dessus d’une rangée de corps longilignes, nerveux et racés, les noces des vogues les plus ternes nuançaient alors leur propos extrémiste et je me retrouvai alors dans un tableau à la Oscar Wilde qui, en encadrant leur univers de manière à structurer la violence des scies entendues au loin, foisonnaient de détails surprenants. Le foisonnement des plus irrésistibles actrices et comédiennes participant à ces noces, les noces des vogues les plus fabuleuses que ce monde pouvait connaître !

Chapitre 1. Les défis de la Saison Rouge

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.

En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec cette vague impression d’appels d’oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontiers et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.

Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…

2.

Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite leur espèce, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de corps longilignes, nerveux et racés dans ces stations de métro sous leur contrôle.

Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.

Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.

De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.

Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains à prendre très au sérieux.

3.

Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque, ces années X si énigmatiques, s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans les structures des cages à poules pour enfants, leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Chapitre 2

I.

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie.

Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.

Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.

Prochainement, allait sonner le glas des Années X.

II.

Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?

J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.

Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.

Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.

A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.

Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

IV.

Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salade inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.

Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.

Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eue l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sortis, alors que j’étais aux rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.

Pire ! Le facteur qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandis : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.

J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.

J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !

VI.

Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désoeuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le coeur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait recéler tellement de secrets !

Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats brusques de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avons appelé par la suite Les Cora-Hummers.

Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :

« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »

A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.

Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.

Il fut exactement onze heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on poursuivit la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueillis ?

Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler voilà tout !

On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été.

Chapitre 3

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.

Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »

Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.

Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Chapitre 4

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçait d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

Elle se tenait majestueusement au milieu de la pièce (peu importe laquelle) et la caméra avait eu cette noblesse d’esprit de se défenestrer. Tournant d’abord lentement sur elle-même, à présent hors du cadre, entraînant tout le monde dans son orbite, la journaliste Martina Poel improvisa une danse de derviche pour les beaux yeux de ce vieux monsieur qu’on appelait Razko Kaphrium, de la terre et du ciment rouge collant ses chaussures et enveloppant ses membres extensibles et robotiques de cyborgs.

  • Eh, bon anniversaire, mon amant ! Dit-elle, tout essoufflée, à hauteur de son entrejambe, après un léchottis de bienvenue. Quand allons-nous le célébrer ?

Des foules d’évangélistes avaient créé une fatwa dès le lancement du film mais les réalisateurs et leurs avocats s’étaient surpassés pour officialiser son apparition dans les cinémas le jour de l’anniversaire de Kubrick. Pendant des générations, le court-métrage avait déchaîné les passions, puis était passé aux oubliettes ; le Scénariste (ou l’Architecte) qui n’était pas humain mais était représenté par une machine, avait, de nombreuses fois et à chaque nouvelle projection, interverti les rôles pour que ce navet reste conforme aux attentes des téléspectateurs du moment. Mais ce qui était surprenant, c’est qu’il avait traversé les siècles et qu’il renfermait un secret digne d’une intrigue kafkaïenne. Ainsi, quand un label encore plus extrémiste avait racheté les droits, la société cinématographique s’était dit prêt à collaborer avec des scientifiques travaillant sur l’ADN et sur la conscience modifiée lors d’un rêve, moyennant un salaire mirobolant et leur parole pour clause confidentielle. De cette collaboration, après des années de labeur, était né Le Manifeste de Burroughs dont la trame devait son succès à cette intelligence artificielle, provenant de l’épiphyse de Kaphrium, déclaré mort des millénaires avant.

Autrefois, bien avant les Années X, il y avait cette légende urbaine racontant qu’un mélange hybride entre l’hominidé et le rat était né de ces oeufs enfouis dans les décombres d’un chantier. Ainsi elle était revenue, remontant du fond des âges, avec une sorte de désolation à exalter, cette race qu’on croyait disparue ; en rampant dans les canalisations des égouts et découvrant ces oeufs les premiers, Maubeuge et son frère eurent l’intuition que cette étrange machine accueillant les oeufs était une couveuse révolutionnaire ; des algorithmes et des fils électriques distribuaient, à travers une valve membraneuse, la chaleur nécessaire pour leur gestation… à ce moment de l’histoire, les deux frangins ne savaient pas encore qu’elle serait banni du monde des hommes, cette espèce évoluant sous leurs yeux, et que son incontestée mais impropre consécration se déroulerait après bien des conjonctures. Maubeuge tendit sa main droite pour toucher cette sorte de chrysalide à moitié organique à moitié virtuelle qui abritait ces oeufs mais il eut tout de suite un violent mouvement de recul et, sous le coup de la brûlure encore vive, des messages comme des SOS de détresse, arrivèrent en pagaille dans son cerveau en alerte, et à l’intérieur, pas prête de disparaître et de relâcher sa proie, une voix off résonna lugubrement.

Puis, après avoir été embrasé, sa main de fouineur fut couvert d’un froid polaire. Il se débattit avec cette douleur glaciale mais peu de temps après elle s’était évanouie. Il était davantage préoccupé par cette angoissante voix off qui semblait émerger d’un rêve funèbre.

Une vingtaine d’années plus tard, alors que les deux frères étaient devenus adultes.

Quand Maubeuge, revint chez lui, après avoir bossé sur un chantier, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant la moisson d’une intrigante « Saison Rouge » et d’un élu bûchant dans l’ombre à son arrivée imminente. Cet homme en question, un certain Razko Kaphrium, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol, dans une cave ; il ne travaillait pas le jour mais dès que le ciel, les immeubles de sa cité, la neige, les feuillages des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient pêle-mêle emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentit presque émoustillé quand il termina les lignes de son ouvrage, le Manifeste de Burroughs.

Maubeuge avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps une secte de survivaliste, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Kaphrium. Aux premiers abords, le futur fondateur des hommes-rats l’avait trouvé d’un potentiel hautement limité, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes en lançant une meute de créatures génétiquement modifiées. Puis, en y repensant cette nuit là, il décida de s’allier à ce jeune rêveur qui pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu, d’après ce que Maubeuge lui avait décrit lors de cet échange. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques impérialistes de cette cité ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des hommes-rats, qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement en quête de ses oeufs. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une machine pas belle (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle un film, Le Manifeste de Burroughs d’après le générique. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant. A bien y regarder, ça ressemblait à une couveuse ésotérique.

Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur cet appareil, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’appareil en question émettait une radiofréquence le protégeant des intrus et des pilleurs et permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.

Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans un terrier le jour pour mieux opérer la nuit. »

Chapitre 5

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »

(…)

« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des souterrains admiraient ; il campait sur la première page de ce bouquin, Le Manifeste de Burroughs, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait vécu des centaines d’années, sans jamais arrêter son combat et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées d’un établissement pour troisième âge, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par la croyance inexorable qu’un jour le monde lui appartiendrait, d’après le livre, et on en avait tiré un film… où curieusement elle en était l’héroïne.

La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle avait produit ce rêve où elle lisait fiévreusement le Manifeste de Burroughs. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce passé trouble qu’on nommait en chuchotant les Années X.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que le vieux Kaphrium avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé aussi bien de la scène politique que sociale, il se sentait malgré tout prêt à en découdre avec l’aide des hommes-rats, ses fidèles serviteurs.

Et ce café lui avait été servi par Martina Poel, une journaliste d’investigation pour un canard dissident. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de cette maison de retraite qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’elle retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, l’auteur du Manifeste ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment, elle fourvoyait les novices qui avait osé cloner ses yeux de platine et Martina était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity en espérant que Kaphrium ne la retrouve pas.

Celui-ci regardait à cette heure tardive Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, et c’était un monstre – ou c’était devenu un monstre au sens propre du terme – et le Père Spirituel des Hommes-Rats en avait à revendre des neuropathologies. Il infligerait à Martina le supplice de la corde avant même qu’elle soit malade, elle était désormais sur son territoire dépendant de sa seule juridiction.

En ce moment sur l’ordinateur de la jeune femme, une petite fenêtre était apparue et venait de se caser sur le côté droit de l’écran ; son écran qui se composait d’autres fenêtres tout aussi obscures lui indiquait ce que la Saison Rouge allait produire. Et ce qu’elle devrait affronter. Mais plus rien ne bougeait dans l’orbite de son oeil, même sa pupille était immobile ; cependant après cet état consternant, elle reçut un e-mail providentiel d’un journaliste inconnu, un certain Maubeuge qui lui offrait son aide. Et ce courrier électronique avait affolé les kyrielles de fenêtres virtuelles dépendantes de son système informatique d’un nouveau genre ; elles avaient tournoyé autour du message, en surchauffant de quelques degrés le disque dur de sa Burroughs C-H 7, et le journaliste l’informa qu’il avait retardé son vol pour Atlanta pour pister le ténébreux Kaphrium et qu’il avait mis son téléphone sur écoute.

Il lui apprit aussi que le dernier survivant des impérialistes était retombé dans l’enfance, avec un langage de mioche et pour couronner le tout était neurasthénique et ce qu’il détenait comme info majeure tournait autour de cet essai thérapeutique consistant à recréer un « Oasis secret » à l’intérieur du crâne des cobayes ; dont Kaphrium en avait fait partie… Martina en lisant ses lignes, et toujours cogitant, repensait aux moindres détails de sa visite chez cet Agitateur qui s’était écourtée.

Chapitre 6

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »

Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, le journaliste qui devait aider Martina (Maubeuge) regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits. Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions poétiques de Maubeuge atteignirent leur limite.

Un shoot d’héroïne pour terrasser les dragons, il partit pour le palais épiscopal du dernier empereur, mais traverser les lumières de ce jour éclatant dans la cour était périlleux sans ses lunettes de soleil ; il descendit de la voiture et, après les avoir récupéré, il affronta un amas duveteux de poussières emmené par le vent ; il n’arriva que très tard à Cinécity sous des néons psychédéliques qui donnèrent naissance à des enfants-rats vomissant de la lave !

Pour arriver à la demeure impériale, en empruntant les anciennes passerelles de cuivre, et toutes ces plates-formes où la foule affolée avait entravé l’accès par des bennes retournées, il remarqua qu’on avait récemment fait construire un pont surélevé, sûrement pour faciliter en bas le passage des éléphants-tanks, ce bestiaire pour combattants surmédiatisés.

Des pluies diluviennes se mirent à oindre la peau tannée et cloutée de ces bêtes, il y eut aussi un déchaînement de tonnerre et d’éclairs lorsque Maubeuge remonta le sentier, en toute hâte, permettant par un curieux raccourcis d’arriver directement dans la salle de réception du manoir. Ainsi, il nous aperçut, l’empereur et moi en surplomb comme nous étions sur l’un de ses balcons à la mode ; pantelant et huant, la première intonation de sa voix perla comme un écho.

Jadis, il y avait ici des expositions de peinture, des peintres grimaçant comme des personnages de Borges partant en vacances, ou tout simplement silencieux plus par dépit que par choix, émettant des pensées mystiques parfois qu’ils biaisaient avec leur palette de monochrome bleu et qu’ils comptaient bien prolonger indéfiniment, fiévreusement devrais-je dire, sans dévoiler leur artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait de taper sur leur Burroughs C-H 7 CTRL X.)

Le manuel disparu de cette machine dont les parties, organisées comme des chapitres, restaient inexplicables et inexpliquées, était en ce moment même entre les mains de l’empereur et je piaillais d’impatience pour qu’il me donne le précieux ouvrage avant que le journaliste ne rapplique ; mais déjà un éléphant de combat en furie et sans limite, défonça le mur, le dos hérissé de flèches métalliques noires, harnaché d’un lourd équipement militaire : une sorte de carapace pour ne pas craindre les mille fléaux noirs qui voudraient l’émasculer et commercer ainsi ses bourses et sa semence certes pernicieuse mais tellement prodigieuse en terme médical !

Chapitre 7

« De l’éléphant-tank couvert comme un gnome vert, j’aime quand il claudique, bouffé par les termites et quand il brame au néant dissonant le repli et toutes ces histoires qui font l’harmonie générale du Manifeste.

De la cabane au fond des bois, j’aime quand elle se trouve au hasard et au bout de tous les chemins du vagabond, son absence caractérisée d’éclat mais qui a le charme de tout ce qui doit disparaître ; de cette frontière entre l’imaginaire et le réel, l’effrontée moquerie des valeureux soldats, ces chenilles d’hommes-rats à l’assaut d’un palace impérial par le haut commandement du Père fondateur, Razko Kaphrium.

Ce contestable et contesté souverain qui niche, à l’heure où j’écris ces lignes,

dans les nids faits de lianes et de matériaux récupérés des bobèches de l’ancien empereur tombé et l’éveil des oiseaux en cette saison rouge et hard-core ne pourra jamais faire renaître nos soeurs libertines qui soutenaient encore le régime de ces privilégiés et qui emporteront avec elles sans bruit

le fin mot de ce récit et les revers de ces armées de combattants essuyés comme de vieilles frayeurs animales »

Inception

Une petite fille chantait dans une ruelle noire de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde du dehors, fébrilement, elle était déjà là »

Un enfant avec elle reprit le couplet en le modifiant
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grand squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle voguant sous les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves mais il y avait toujours une équipe au passé spirituel trouble et quiconque s’improviserait à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, penserait que ces gars-là ne s’étaient pas contenté du petit chèque de fin d’mois, de la télé, du canapé et du crédit à payer, mais seraient parti comme eux sur les traces des chercheurs d’or.
Dehors, fébrilement : ils chevauchèrent les barbelés entourant notre vieille bâtisse ; beaucoup de cloportes comme n’étant là que pour la spiritualité vaseuse, pour la recherche de la nuit verte de l’Alaska n’aurait pas ratisser les lieux cette nuit-là car ils chinaient à cette heure dans un autre endroit métaphysique et ainsi on ne pourrait pas les repérer, les deux gosses qui portaient des casquettes de plomb ; à l’intérieur d’extraordinaires flacons, d’une salinité de conquérante pour qu’ils puissent se les injecter en intraveineuse, attendaient les Rêveurs tandis que tomba la fantaisie des petits flocons blancs. Des souches blanches et vieilles de petits flocons blancs avec, pour chaque soir, un rêve différent et, pour chaque rêveur, la livide, la fantasmagorique, l’inavouable, la guerroyante pharmacopée des sédatifs qui eux aussi avait été privilégié en intraveineuse, et parmi ces substances la vénitienne térébenthine de Yussuf.

La gamine murmura cette fois à l’autre gosse qui avait des sandales comme Hermès ou des pompes de pétasse :
« Elle me dit : « N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. » Elle s’échauffait la voix.

Dehors toujours, à tâtons, ces titis qui n’avaient pas cinq ans devant eux et qui n’avaient qu’un oeil, semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Ils se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Yussuf, le grand maître des Rêveurs avait sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Les intrus aperçurent à la dérobé la porte principale grillagée, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront congédiés chez eux – ils ne pourront appréhender l’hostilité énigmatique de la foule qui ne pourra les lyncher qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes.

Quand les gosses se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, ils observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creusions leurs tombes aux pieds des murs de briques, sidérés par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils…. ne venant que de ce cimetière entourant leur bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement.
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits de nos écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan
Qui de nous aura cet aura à faire sortir les lianes de neige, les fouets, les cravaches, de cette jungle d’où tu te croyais jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans réchauffer tes lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pouvais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur ;

Un liquide chaud et humide, provenant de cloportes, prononçait lugubrement le présentateur de JT
Tandis que je mangeais ses jambes et son ventre écrasés suite à cette inception
Imaginait pour nous des pèlerinages… ou des chambres à gaz, des camps de la mort »

À nous faire migrer dans l’ombre de toutes les géographies

Dernier refrain du petit gavroche androgyne qui cette fois était coiffé d’un haut-de-forme rose : « Je me souviens d’un temps où elle se levait à peine qu’elle prenait déjà des pilules pour dormir.
Elle avait descendu les marches du métro dans la meute et rêvait de partir dans des pays où il avait toujours fait très chaud, à l’autre bout du monde, loin de ces tortionnaires qui nous tuaient à feu doux et qui nous obligeaient à creuser leurs tombes. »

Inception

Une petite fille chantait dans une ruelle noire de Karachi :

« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance

Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle,

Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde du dehors, fébrilement, elle était déjà là »

Un enfant avec elle reprit le couplet en le modifiant

« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance

Et de grand squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle voguant sous les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves mais il y avait toujours une équipe au passé spirituel trouble et quiconque s’improviserait à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, penserait que ces gars-là ne s’étaient pas contenté du petit chèque de fin d’mois, de la télé, du canapé et du crédit à payer, mais seraient parti comme eux sur les traces des chercheurs d’or.

Dehors, fébrilement : ils chevauchèrent les barbelés entourant notre vieille bâtisse ; beaucoup de cloportes comme n’étant là que pour la spiritualité vaseuse, pour la recherche de la nuit verte de l’Alaska n’aurait pas ratisser les lieux cette nuit-là car ils chinaient à cette heure dans un autre endroit métaphysique et ainsi on ne pourrait pas les repérer, les deux gosses qui portaient des casquettes de plomb ; à l’intérieur d’extraordinaires flacons, d’une salinité de conquérante pour qu’ils puissent se les injecter en intraveineuse, attendaient les Rêveurs tandis que tomba la fantaisie des petits flocons blancs. Des souches blanches et vieilles de petits flocons blancs avec, pour chaque soir, un rêve différent et, pour chaque rêveur, la livide, la fantasmagorique, l’inavouable, la guerroyante pharmacopée des sédatifs qui eux aussi avait été privilégié en intraveineuse, et parmi ces substances la vénitienne térébenthine de Yussuf.

La gamine murmura cette fois à l’autre gosse qui avait des sandales comme Hermès ou des pompes de pétasse :

« Elle me dit : « N’aie pas peur, même si je pars

ne crains rien, pas même mon absence. » Elle s’échauffait la voix.

Dehors toujours, à tâtons, ces titis qui n’avaient pas cinq ans devant eux et qui n’avaient qu’un oeil, semblaient sur le point d’être absorbés par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Ils se souvinrent des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Yussuf, le grand maître des Rêveurs avait sorti sa lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là une Rêveuse qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Les intrus aperçurent à la dérobé la porte principale grillagée, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, – qu’ils seront congédiés chez eux – ils ne pourront appréhender l’hostilité énigmatique de la foule qui ne pourra les lyncher qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes.

Quand les gosses se furent introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagèrent dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne les verrait pas, ils observèrent un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une antique pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on n’apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir dans le vent affligé :

« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand nous creusions leurs tombes aux pieds des murs de briques, sidérés par la facilité d’entrer dans leur esprit et d’y semer une idée au coeur de leurs sommeils…. ne venant que de ce cimetière entourant leur bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement.

Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits de nos écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan

Qui de nous aura cet aura à faire sortir les lianes de neige, les fouets, les cravaches, de cette jungle d’où tu te croyais jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans réchauffer tes lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pouvais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur ;

Un liquide chaud et humide, provenant de cloportes, prononçait lugubrement le présentateur de JT

Tandis que je mangeais ses jambes et son ventre écrasés suite à cette inception

Imaginais pour nous des pèlerinages… ou des chambres à gaz, des camps de la mort »

À nous faire migrer dans l’ombre de toutes les géographies

Dernier refrain du petit gavroche androgyne qui cette fois était coiffé d’un haut-de-forme rose : « Je me souviens d’un temps où elle se levait à peine qu’elle prenait déjà des pilules pour dormir.

Elle avait descendu les marches du métro dans la meute et rêvait de partir dans des pays où il avait toujours fait très chaud, à l’autre bout du monde, loin de ces tortionnaires qui nous tuaient à feu doux et qui nous obligeaient à creuser leurs tombes. »

L’inception

Une petite fille chantait dans une ruelle noire de Karachi :
« On rêvait d’oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle,
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde du dehors, fébrilement, elle était déjà là »
Un enfant reprit le couplet en le modifiant
« On rêvait de doigts sauvages qui enfantaient le printemps sans nous opposer de résistance
Et de grand squats ouverts à tous les rêveurs, peut-être sur les mers septentrionales, telles une mémoire résiduelle voguant sous les flots de l’amnésie »

L’amnésie des rêves mais il y avait toujours une équipe au passé spirituel trouble et quiconque s’improviserait à la recherche de la nuit verte de l’Alaska, penserait que ces gars-là ne s’étaient pas contenté du petit chèque de fin d’mois, de la télé, du canapé et du crédit à payer, mais seraient parti comme eux sur les traces des chercheurs d’or.

Dehors, fébrilement : ils chevauchèrent les barbelés entourant notre vieille bâtisse ; beaucoup de cloportes comme n’étant là que pour la spiritualité, pour la recherche de la nuit verte de l’Alaska n’aurait pas ratisser les lieux cette nuit-là car ils chinaient à cette heure dans un autre endroit et ainsi on ne pourrait pas les repérer, les deux gosses qui portaient des casquettes de plomb ; à l’intérieur d’extraordinaires flacons, d’une salinité de conquérante pour qu’ils se les injectent en intraveineuse, attendent les Rêveurs tandis que tombe la fantaisie des petits flocons blancs. Des souches blanches et vieilles de petits flocons blancs avec, pour chaque soir, un rêve différent et, pour chaque rêveur, la livide, la fantasmagorique, l’inavouable, la guerroyante pharmacopée des sédatifs qui eux aussi ont été privilégié en intraveineuse, et parmi ces substances la vénitienne térébenthine de Yussuf.

La gamine murmura cette fois à l’autre gosse qui avait des sandales comme Hermès ou des pompes de pétasse :
« Elle me dit : « N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. » Elle s’échauffait la voix

Dehors toujours, à tâtons, le Voleur qui n’avait pas cinq ans devant lui et qui n’avait qu’un oeil, semblait sur le point d’être absorbé par cette bulle onirique qui partit à la dérive et que formaient les rêveurs. Il se souvint des anciens pilleurs qui étaient reparti les pieds devant. Ils s’étaient jadis risqué à côtoyer Yussuf, le grand maître des Rêveurs avait sorti la lame de samouraïs, prêt à en découdre avec leur humeur massacrante, et le sang avait giclé et il y avait même cette nuit-là un Rêveur qui d’habitude indiquait la position du Magic Bus aux autres drogués et qui s’était finalement perdu dans les ruelles noires de Karachi ; sûrement à cause de cette raclée infligé par Yussuf, le chimiste, et qui avait fait tanguer la matrice onirique.

Le Voleur aperçut à la dérobé la porte principale grillagée, un désordre de vieilles carcasses de voitures régnait ici et parmi elles l’antique van trop en ruine pour que ce monde puisse établir un lien avec le Magic Bus quand ils rêvaient, leurs membres engourdis par le sommeil, leurs mémoires défectueuses, shootées jusqu’à l’overdose et quand tout sera fini, qu’ils seront congédiés chez eux- ils ne pourront appréhender l’hostilité énigmatique de la foule qui veut les lyncher qu’à travers le prisme déformé de leur trop longue virée au pays de Morphée, ces fantômes.

Quand le voleur se fut introduit dans le bâtiment au style néo-gothique et s’engagea dans l’obscurité, se heurtant à de grands piliers, des colonnes de marbre, après avoir trouvé une cachette où on ne le verrait pas, il observa un homme éclairé par une unique torche, et qui tentait de réanimer une pipe d’opium et comme tous les autres hommes usés, lessivés de son espèce, son esprit errait sans rien remarquer ! Dehors, à cette heure tardive leurs épouses qu’ils avaient délaissé, essaimaient avec leur robe de bal les places où il y avait encore de la vie et qu’on apercevait que la nuit…

Alors on put entendre les deux nains de jardin gémir dans le vent affligé :
« Nous avalerons le grand néant illusoire et quand les gosses creusaient les tombes aux pieds des murs de briques, sidérés pour être nos prisonniers…. dans ce cimetière entourant la bâtisse, nous nous étions révoltés mais pas tant que ça finalement
Et je pensais à ces neiges qui encombraient les toits des écoles mais elle ne pouvait pas saisir encore le sens de mon plan
Qui nous aura cet aura à faire sortir les lianes de neige, les fouets, les cravaches, de cette jungle d’où elle se croyait jadis en sécurité, sécurité qui s’effondra sans lui rendre ses lèvres de glaces ? Le plan était donc parfait, je pourrais donc affirmer que le cobaye s’était bien acclimaté à l’inception, une idée tenace, coriace injectée au sein du subconscient du rêveur » ; « un liquide chaud et humide, provenant de cloportes » prononçait lugubrement le présentateur de JT
Tandis que je mangeais ses jambes et son ventre écrasés suite à cette inception
« imaginais pour nous des pèlerinages… ou des chambres à gaz, des camps de la mort »

À migrer dans l’ombre de toutes les géographies

[i]« N’aie pas peur, même si je pars
ne crains rien, pas même mon absence. »[/i]

Dernier refrain du petit gavroche androgyne qui cette fois était coiffé d’un haut-le-forme rose : « Je me souviens d’un temps où elle se levait à peine qu’elle prenait des pilules pour dormir. 
Elle avait descendu les marches du métro dans la meute et rêvait de partir dans des pays où il fait chaud à l’autre bout du monde, loin de ces tortionnaires qui me tuaient et qui m’obligeaient à creuser nos tombes »

Un van énigmatique, la recherche de la pureté, les guerriers de la route…

Je voulais partir à la recherche de la nuit verte de l’Alaska qui n’avait pas cinq ans devant elle et qui semblait sur le point de sombrer avec ses mercenaires. Avec leur Kalachnikov ces guerriers de la route, prêts à en découdre avec mon humeur massacrante, m’avaient indiqué la position du Magic Bus ; ce Van qui tanguait et qui avait pour but de tromper l’ennemi !

Ce van résonnant – le summum de la liberté – avec l’absence énigmatique de ces fantômes, et qui avait été abandonné en pleine nature… pour gribouiller un montant compensatoire monétaire de la main d’un Gobelin à la main crasseuse d’un troll, d’un zonard, pour rendre contagieux aussi les torticolis par leur fantasmagorie et enfanter des tortues pour repeupler l’Alaska ; à moins que les guerriers de la route, dans leur ultime manifeste, puissent me livrer le secret du roi du pétrole tandis que des précipitations Acides, pour débaucher les marchands de dauphins mutilés, rendaient la terre de mes ancêtres stérile…

Cela générait beaucoup d’argent de farfadets et ce pélerinage jusqu’aux villages montagneux les plus reculés de l’Alaska leur permettait d’ériger une doctrine qu’ils s’en allaient énoncer à la population d’En Haut : une authentique révolution spirituelle, cette unique quête à sillonner les altitudes !

Tombé à la page trois du Manifeste, on voyait des échographies de pédoncule qui surchauffait suite à cette anomalie embryonnaire, des dessins archaïques de fraisier, avec une inquiétante précision la subtile représentation d’une empreinte de dinosaure et d’ichtyosaures partant pour un stage pédagogique ; et en tout quand on le lisait de bout en bout – cette lecture scandaleuse – la plupart de nous avait cette fièvre psychédélique à chahuter dans les cabarets, à peaufiner leur technique pour obtenir plus de butin, et ainsi à se frotter dans de grosses raclées pour les pleurs d’une sibilante, mais c’était généralement juste de la tôle froissée et on se réconciliait devant un billard pour assembler nos pensées sages d’humanoïdes !

Au milieu du chaos, commençant par de mystérieuses rhétoriques, les autres pages du livre avaient été vivement arrachées, ce qui semblait dénoter un certain mépris pour les écrits, du moins quand ils relevaient de cette absurde corvée à obtenir un diplôme… Et pour en faire des cocottes en papier, il fallait se permettre de les brûler avec les derniers billets de banque qui me restaient.

Les pupilles du serpent Nagini !

Je t’offrirais un collier tressé d’apesanteur noire et te ferais valser sur les comptoirs d’ivoire où étincèlent les métrages perdus des petites grands-mères malingres, à moins que nous soyons perdus entre deux époques. J’arracherai le poil rosâtre, sauvage des forêts sibériennes pour convoquer parmi les derniers survivants la science parfaite de ton étrange taoïsme et lasse des grands chemins que nous aurons parcouru tu humera le parfum de ces oreilles coupées, puis jetées aux oubliettes excentriques pour enfin languir comme il se doit.

Je ferais fonctionner les moteurs de nos antiques bécanes qui jettent leurs poudres noires dans ces mêmes oubliettes, et les martyres des céphalées industrielles en noir sidéral ou en or rose veilleront sur nous, elles s’adapteront rapidement à nos révolutions que la sombre chaîne de l’ADN planquée dans le chat-room des iPhones ne peut suivre qu’à la télé : sur l’écran de longs travellings d’autoroutes incendiées et, tandis qu’elles accompliront d’autres invraisemblables révoltes, tu seras ma reine qui cinglera tout ça avec ton fouet et la cravache.

Alors l’âge mental de Némésis sera défini, il sera brûlant et se distendra toujours davantage, comme les dents blanches éclatantes des étoiles polaires, comme la langue des horizons yéménites… ou comme les pupilles du Serpent Nagini !

En cherchant des têtards

En cherchant des têtards qui gobaient le soleil du nouvel an, étreignant le végétal comme le minéral, nous avions câblé par triste corrélation cette pataugeoire de roseaux et de joncs en fleurs.
Des joncs rafraîchissants et brutes comme ces rouleaux sur la palissade du corral, et sous les joncs, dans la mare aux diables une silhouette fiévreuse, hérissée de motifs polaires, sauvée comme une vieille poupée abandonnée gisait et grésillait tandis qu’on se familiarisait avec son Esprit. Son esprit instrumentalisé qui brûlait de toutes ces perceptions, qui fit osciller sa charpente osseuse, cet Esprit qui bramait des parodies de fouilles archéologiques ; cet Esprit était comme un accroc entre mes tempes, un pastel de watt canonique ininflammable qui crépitait sur mon mufle, imprégnant la pièce en restant attaché à son chevalet.

Et puis il y avait cet étrange syndrome : le Syndrome de l’Opiacée, suggestion en silicone noir, qui repoussait les frontières, il avait connu son âge d’or en se muant en mousson asiatique latéralement tranchante et galvanisée.

Une lascive vision qui allait retomber dans la Fosse Noire, en laissant grimper puis perdre pieds la perspicacité des mots, et pour chaque verbe les démantibuler de leur douceur originelle. C’était pourtant le même monde, ce monde où de fastueux échos voulaient s’approprier quelque chose de neuf.

Ainsi, en se bonifiant comme une lymphe fripée d’expérience, s’étendait face à moi un chemin lumineux et tranquille, et pourtant encerclé d’une multitude d’iniquités, pour ainsi dire une simple suggestion de chemin où je glissais sur l’asphalte rugueux, à la lueur d’un DeepKiss de série B. L’humble frou-frou guilloché des billets de banque se répandit à cet instant hors de mes poches. J’avais affligé la monnaie de pensées très tendres ; je me tenais raide comme le cierge d’un court-métrage revisité.

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Un poème qui m’a inspiré ; j’ai fait la même chose avec la lettre L

La luxuriante luxure des rêves
Libre et toujours éprise de liberté comme cette divinité d’origine Aztèque
« Lutine comme la terrifiante joute rhétorique de cette nouvelle de Lovecraft, La transition de Juan Romero, le narrateur pour lui faire référence. »
« Large et profond comme le fût de ce robot-écrivain qui a failli remporter un prix littéraire au Japon. »
Languissante comme cet être charnel, grelottant dans son manteau noir, guettant l’arrivée de ces poètes des Barricades dans le bureau poussiéreux de la police nationale…

Lactescente comme le nirvâna, comme le visage de la victime du meurtre de la rue Pierre et Marie Curie
Lointain comme ce projet d’assassinat qui a jeté sur les routes ces fidèles fervents du Culte Aztèque.
Lunaire comme cet épisode où l’on devait nourrir en sacrifices humains ces dieux qui désiraient l’apocalypse
Lunatique comme la chaleur de ces étoiles et qui invite à se recueillir lors de ces sacrifices humains
Loufoque comme ces souvenirs effacés de la carte mère de l’ordinateur afin que les dieux aux pouvoirs illimités favorisent les victoires
La luxuriante luxure des rêves a, je crois, pété les plombs en passant ses nuits à imaginer un sujet déroutant toutes les bases de données des disques durs actuels.

Et Les Lueurs

Pluie sur mon corps
Puissent les étoiles me sourire
Puissance de la douceur nocturne
Pesanteur de la joie
Privation de la fin
Prairie de bitume
Passagers en destin
Prière à deux mains
Présages familiers
Patience en chemin
Potence oubliée
Pacifisme vert
Profondeur et clarté
Plaire ne servira que l’or
Placements sur l’échiquier
Partition en partance
Plume enrhumée
Prédication à la une
Prolifération de couleurs
Pianos à trois queues
Piaillement capitaliste
Prison insomnie
Plissement de tes yeux
Pandémie crève
Pyrotechnie des Dieux
Plasma télévisuel
Placenta à venir
Pierre sur Pierre
Plancher des lâches
Pastiche mimétique
Passe temps pas serain
Pharmacie fermée
Par où dois-je commencer.

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L’empire du Prince des poètes

L’empire se serait contenté d’un reste de chocolat chaud qui aurait repeint les murs, les tristes murs, et du nettoyant pour vitres aurait recouvert l’atmosphère grenue de la planète Starbucks qui l’aurait épaulé avec l’aide de son armée ; nous, nous serions d’ailleurs compté parmi ses soldats, enrôlés d’office mais nous n’enverrions par télépathie au prince des poètes que des pensées douloureuses, extradées afin de nous acharner sur les fantastiques ombres qui se feraient la belle à notre passage…

Et les salles du jeu de paume de cet astre pourront s’ennuyer sans nous, nous n’aurons en solde que quelques sentiments empruntant leur air grunge à la plasticité cérébrale de ces lieux et de leurs longs corridors ; alors la consigne sera donné et cette plasticité qui, parmi les ombres, mordra la poussière en traînant à sa suite les serpentins de leurs braies et les lambeaux des cordes de leur violoncelle… ainsi, automatiquement, avec des gestes presque trop hâtifs, tu enlèveras aussi ta braie et ta cotte de mailles, elle-aussi en lambeaux, et tu te cacheras, ventre à terre lors de la rosée universelle, sous la voie ferrée… mais es-tu sûre que tu pourras engranger, dans ton sommeil, les ossatures de cette vieille voie ferrée ?

Et tandis que d’autres algorithmes déformeront la noirceur de tous les graphismes maléfiques appartenant à l’empire, nous estimeront à leur juste valeur les empereurs à venir et les conquistadors d’un genre nouveau.

L’empire se contentera de salir notre mémoire et l’argent par comparaison qu’il en résultera s’évanouira comme des poignées de riz psychédélique jetées dans un océan trop salé, ou dans un marécage bouffé par des lucioles et des libellules lactescentes et ce reste de chocolat chaud qui aurait repeint les murs, les tristes murs, finira par se déliter…

Chaque jour l’esprit du thé des poètes dont la préparation à la manière des moines mystiques sera jetée aux oubliettes, flottera par delà l’est et l’ouest sans remarquer que le nord et le sud, en symbiose à présent, seront désormais en parfaite santé !

Le Cercle des prestidigitateurs

Les raisonnements de ces singes au sein de ce Cercle littéraire étaient invariablement faux mais ils portaient en eux le secret espoir qu’un jour d’orage ils puissent saper les fondations spirituelles de leur grande prêtresse, fauchée à l’âge de vivre un siècle couronné de diadème, alors que nous lui assurions un revenu conséquent ; une rente provenant de l’exploitation des champs matriciels regorgeant de diamants… et sous l’immense portique de ces lieux enregistrés uniquement en Time Capsule, il y avait aussi, les candeurs latentes de ces singes qui firent trembler la nuit.

Et quand ils coupèrent enfin l’oxygène de leur prêtresse aujourd’hui disparue, des amalgames insensibles d’aigues-marines brûlantes les emmenèrent se promener ; se promener jusqu’à la chute du soleil qui suturait leur façon de penser !

À chaque fois que leur Cercle reliait au cosmos, aux entrailles des géants leur façon de penser, les enfants (qu’ils n’avaient jamais enfanté) se sentaient destinés à réaliser leur plus merveilleux rêve… et la porte du parc, où se tenait leur Cercle, s’ouvrait alors, pour faire parler les exactions ivres de ces chimpanzés : des marcheurs comme Skywalker, jadis réunis pour honorer la languissante mémoire de leur prêtresse.

L’acropole des Stones

L’opulence, le calme, le luxe, la volupté pour faire choir de la plate-forme des acropoles ces orateurs qui feront grimper en flèche la température de haute précision des arbres faisandés ; et pour prendre la chandelle, les premières hésitations en cours de réalisation.
Pour faire disparaître les latentes nécroses, le remède d’une herbe miraculeuse ou tout simplement le mezcal : cet alcool hérissé des pensées, venant des tréfonds cérébraux, de ces orateurs a connu ses meilleurs années quand les pendus de l’acropole le distillaient en sachets de séminales. Cette drogue, disséminée dans le parc aux couleurs chairs au-dessus des terrasses de l’acropole, a été inventé par les nouvelles recrues et leur histoire adolescente et leur ardeur cachée dans ce venin, se perdent dans le grand bain noyé de savon de la papesse de l’acropole….
Il y a aussi, au prix d’une gymnastique photographique fort complexe, à moins que ce soit l’oeuvre d’une sorcellerie qu’on ne trouve qu’en bas des pages de ces grimoires hantant la bibliothèque de l’acropole, cette collecte d’époques enregistrées en Time Capsule et qui a le goût des précieux bretzels… en fouillant un peu, on peut s’attarder à dire qu’elles génèrent à chaque pleine lune des noces d’orfèvres enfiévrés et ainsi elles rougissent l’étrange manière du curaçao contenu dans leurs coupes en cristal, qu’une autre couleur jalouse secrètement !

La vengeance narquoise de Jack !

Je suis la vengeance narquoise de Jack depuis le clairvoyant Scentless de Nirvana, je suis la vengeance de Pinocchio imaginée par un vétéran de la guerre du Viêt-Nam, je suis la piètre vengeance de ce cartoon qui voudrait devenir poème ; je suis aussi la vengeance de l’épiphyse cérébrale ou de la glande pinéale d’un guerrier moderne racontant une histoire, ou bien je suis le pinot noir que des jeunes filles libres élisent comme domicile céleste… et plus tard je serai leurs mouvements lascifs, sous le clair-obscur sans voix, pour éclairer par mon intelligence le monde, leur monde…

Je suis la démarche des pingouins oscillant entre des troupeaux de yacks et les questionnements reniés de ces théoriciennes, je suis les poumons fugitivement pigmentés des quartiers de la finance ; et fantastiquement je suis sur cette voie rassemblant toutes les genèses du clairvoyant Scentless…

Est-ce que je suis ce poulpe se terrant au fond de sa préhistoire ? Est-ce que ce sont les variantes théâtrales de ces êtres en question, précédemment évoqués, qui construisent mon identité ? Je suis la réponse à ces questions qu’on peut retrouver dans les pages des livres de poche : de commerciales poésies qui ont vaincu pourtant leur lectorat : l’élite. Et dans les méandres de leurs genèses, est-ce qu’elles les dégoûtent définitivement ? D’incongrues crémations sur notre île en manque de lumière font flotter cette interrogation qui se noiera ensuite dans les vastes ténèbres ; enfin je suis la somme des vengeances narquoises de Jack, conçues pour être uniquement intellectuelles et quand elles ramènent, de leur odyssée, l’écume de ce monde surchauffé d’excitation, alors l’écluse de ses bois nains, où s’étreignent les ferveurs et les effervescences soudain éteintes des nymphettes, voit leur unique pilori se pocher d’autres vies heureuses… à bonne portée des décibels de cette chanson de Kurt Cobain.

Pour quelles lunes les fêtes païennes ?

Au soleil de minuit ou à l’entrée des greniers, s’interrompait l’idée innovante de ce printemps poétique, de ce monde commercialisé au fond des terres sur un skate d’outre-tombe !

Au soleil de minuit ou à l’entrée des greniers, ils se dénudaient de leur idée innovante
J’évidais sur les trottoirs d’hypertrophiques blues violâtres, mes sarcasmes et ma mélancolie
Pour saper les fondements humanistes, les sillons mécaniques d’une time capsule nue d’une sauvagerie délirante

Et toujours menant au soleil vert, ils déclinaient l’invitation des voyages morphéiques, des playlists et des musiques rimbaldiennes et broutaient le foin de toutes ces brouettées de spleen baudelairien, de ces théories haussmanniennes sans pour autant arrêter cette infortune !

Et pourquoi alors un tel désastre ? La première de cette question trempait avec les toasts des entrepreneurs, dans leur café, qui ne voulait pas s’avouer vaincu.

La deuxième réponse manquait à l’appel, mais, si on retraçait l’histoire privée de leurs divagations cosmiques ou épicuriennes à la manière d’Arthur Rimbaud, on pouvait coucher sur le sol de leur sanctuaire matriciel, une bonne fois pour toutes, des mandalas que les Daft Punk réinventaient alors que nous tombions toujours plus bas.

Toujours plus bas car leur monde avait un défaut majeur, leur monde, on l’endendait vagir son goût irrépressible de liberté sexuelle sans limite et qui hérissait le poil de ces créatures aliénés, morbides… ou heureuses de vivre selon le point de vue. 

Les mémoires de la Corporation Burroughs

À New-York j’inventais une opacité saccadée, une ecchymose d’éther que la Corporation Burroughs rêvait de posséder
En attendant que l’intrigante pensée descende la nuit, et ainsi puisse se dégager de l’emprise moléculaire du vice, même si il y avait Welles pour son moutonnement d’étoiles en manque de puissance
Et la piste Breed s’accordait bien au métal, aux cordes de ce mental cambré….

Il me fallait en ces temps-là arpenter les rues blanches dématiéralisées de San Francisco d’où la Force était née et résidait, et quand les bottes firent du foin, je lui devais, à cet aura de lumière, bien des nuits à la Malcolm X
Des nuits idolâtrées jusqu’à ce que les autres pistes de Nevermind dessinent sur le gravier, en les inhalant, les vapeurs des crachats hypnotiques.
Il me fallait aussi réorienter, observant par le soupirail d’une vieille maison, ce que la Corporation Burroughs avait revendiqué pendant mon sommeil

Sur ses collines, matricielles par cette Aneurysm décapant que Kurt Cobain exhalait en amortissant les brèches, je regardais les hommes en noir de la Corporation dépecer le cœur des gargouilles et les statistiques des ventes de leur étrange ordinateur allaient alors se désolidariser de son Lithium, à faire planter la Cora-Hummer 7

La Saison Rouge

« De l’éléphant-tank couvert comme un gnome vert, j’aime quand il claudique, bouffé par les termites et quand il brame au néant dissonant le repli et toutes ces histoires qui font l’harmonie générale du Manifeste.

De la cabane au fond des bois, j’aime quand elle se trouve au hasard et au bout de tous les chemins du vagabond, son absence caractérisée d’éclat mais qui a le charme de tout ce qui doit disparaître ; de cette frontière entre l’imaginaire et le réel, l’effrontée moquerie des valeureux soldats, ces chenilles d’hommes-rats à l’assaut d’un palace impérial par le haut commandement du Père fondateur, Razko Kaphrium.

Ce contestable et contesté souverain qui niche, à l’heure où j’écris ces lignes,

dans les nids faits de lianes et de matériaux récupérés des bobèches de l’ancien empereur tombé et l’éveil des oiseaux en cette saison rouge et hard-core ne pourra jamais faire renaître nos soeurs libertines qui soutenaient encore le régime de ces privilégiés et qui emporteront avec elles sans bruit

le fin mot de ce récit et les revers de ces armées de combattants essuyés comme de vieilles frayeurs animales »

Des jeux féodaux, des siècles placides ou les pensées révoltées du Savant…

« Par le dialogue des orateurs idôlatrés jusqu’au dernier survivant, je t’inventerais un jeu : un jeu qui nous permettra de traverser de pièce en pièce le château où il ne reste que quelques spécimens grossiers de mantes religieuses, et des modèles primitifs taillés à la main par des paysans et qui ôtent au charme de ce manoir sa résistance paresseuse… ou languissante selon les saisons ; et, sur notre dos, nous aurons une hotte garnie des oeufs du monstre, leur gestation demandera du temps, beaucoup de temps, peut-être des siècles, peut-être des millénaires mais qu’importe puisque nous serons les hôtes d’un système féodal. Et nous préparerons nos armures de chevaliers mérovingiens, abîmées par tant de combats au sabre, et le jeu consistera alors à dérober des bretzels aux pendus, dans ce parc luxuriant où d’autres joueurs, à l’aide du stick d’un rouge à lèvres, écriront sur les murs les pensées révoltées du Savant. »

L’unique, le drôle mais défunt pouvoir de l’imagination !

Le drôle et défunt pouvoir de l’imagination énervante comme des révoltes pragmatiques qui se consolent de cette liesse de morpions et ceux-ci ne découlent alors qu’une idée de placenta, désobéissant aux donneurs de leçons et aux jeteurs de gommes à mâcher. Le drôle et défunt pouvoir de l’imagination pour faire pivoter dans tous les azimuts les épreuves de l’existence que la meute des morpions protège en les débarrassant de leurs épines lubriques. Le drôle et défunt pouvoir de l’imagination comme la place affligeante, accordée aux vingt-quatre notes flûtées ; et même au placard, ce pouvoir qui les reconnait comme ses enfants placides, plaide en leurs faveurs car des poutres que ce créateur a fait don par hara-kiri perlent les appas des ruisseaux !

Le drôle et défunt pouvoir de l’imagination afin que les reines des métriques, en tête-à-tête et en diamants pointilleux, résistent à la narration ; le poids d’Aristote pour les changer en marbre, ce marbre des sorciers vaudous ou des Pixies qui se nécrose en névroses. Le drôle et défunt pouvoir de l’imagination de Malcolm X de manière à ce que les sept planètes sabordent elles-même leurs pensées latentes de bûchers ; leur ossification prenant du temps, il plane dans leur ozone au prétérit des panoramiques à tout faire calancher…. Et leur silicium cahotant, leur silicium qui collabore avec les plus grandes années de découvertes et d’évasions providentielles, soutient aussi la physique des dômes byzantins : un autre tête-à-tête, qui en haranguant la tige par où montent les morpions, se termine sans une phrase.
Enfin, le pouvoir de l’imagination, commençant par quelques phototropismes qu’une caméra vidange, finit par pourrir parmi la vase et c’est ainsi que les morpions réalisent leur noble pigmentation que les pieuvres et les zèbres changent en pestes noires !

La saleté de la vie

Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires…

En arcade biographique, ce kil de rouge !

Ce kil de rouge, du plus loin qu’il s’en souvienne, avait quand même fini par passer la caisse enregistreuse mais déjà tôt ce matin il y avait ces cieux immenses et ces usines pleines de blagues de comptoir, qui enlaidissaient tout ; le sol était étrangement jonché de copeaux de bois, et il n’en avait que faire, trônant sur une bite d’amarrage au bout de la jetée, avec sa bouteille qu’il buvait au goulot et à grandes lampées. Pour quelles raisons occultes avait-il déjà envisagé sa mort par pendaison ? Il n’en savait rien mais il rêvait souvent à toutes formes de noeuds : des noeuds de chaise pour un arbre dans un square en plein centre-ville, ou des noeuds plats pour se pendre dans le hall d’accueil de son ancienne entreprise, des noeuds en huit dans un parc davantage en périphérie… Bref il se demandait à quel moment et dans quel lieu opportun il pourrait passer les arches de l’au-delà, qu’il imaginait entièrement recouvertes de varechs d’un blanc étincelant.

Les prodigieuses monnaies des farfadets

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Quand je tourne ma tête de trois quart gauche, je pense à Amandine ; et quand elle dévie de trois quart droite je pense à Virginie. Quand je regarde en face, des rouleaux de bois structurent génétiquement Sébastopol et quand il neige, pour soutirer de l’argent de farfadet à une entreprise locale, le royaume des grattes-ciels essaie d’échapper à la violence de la scie.

Quand le lait maternel sort de sa torpeur, de sa folie meurtrière aussi, elle cloue mon coeur sur la porte des cabanes et les pages de son livre utilisent les messages des messies pour réinventer un langage cinglant et quand le monde de la magie, par ses stratégies imparfaites à simplifier les courts-métrages projetés par les marionnettistes, est enveloppé de brumes télépathiques, au-dessus de la bûche, les stations alpines fondent ; la bûche qui joint à la violence de la scie l’élascticité des cerveaux criminels, les brumes qui tombent dans le panneau : un tracé tout en ligne droite permet de singulariser leur idée directrice et leur pigmentation, et découpe les trois nuances du sucre des plantes qui les ont produit. Tout cela va bientôt tomber en désuétude, avant de tremper à nouveau dans la mare aux diables, de s’étourdir avec ces enfants de putain et de s’évanouir, sans avoir eu le temps de courtiser les trolls ivres !

Les cathédrales de Messine

Les vies antérieures comme le pouvoir de l’imagination de l’iPhone avaient le moral bouillant au fond des bottes. Des faisceaux crépusculaires en altéraient, par les moult voies et par les moult chemins de ses fichiers corrompus, leur occidentale lettre romaine ou grecque ; celle-ci, afin de sublimer de génération en génération ses chaotiques pensées, contenait un élément extravagant (le bois) et sur les pontons, essentiellement constitués de moignons, elle cherchait l’onomatopée encore vierge, leur descente vertigineuse. Aux multiples fanions de goudron et aux kyrielles de plates-formes visitant la cathédrale de Messine ; et ainsi, je pouvais avancer que toutes ces antiquités et toutes ces vies antérieures, leurs derniers vestiges, allaient bientôt mordre la poussière dans cette ville d’Italie.

Et elles s’écroulaient de fatigue à leurs suites. Il y avait aussi, comme décor dans cette cité mystérieuse, les longues pattes et les rageuses mâchoires d’une araignée dans le ciel ; ce ciel momifié par le néon titulaire hésitant et, entre ses interstices d’éveillé rêveur, on se mit en tête de défaire les tentes canadiennes, appréciées pour leurs veillées d’armes, leur puissance presque illogique aussi… et qui n’était autre qu’une série séparatiste de langue imparfaite !

Et de ce rêve qui semblait aimanté par le vide sidéral et chaotique de l’iPhone, des nuits bien agitées compromettaient ses heures de supplices qu’on s’était pourtant arrangé à placer dans son planning d’orateur en mal de reconnaissance… et qui s’octroyait le mérite de ce qu’on pensait ne jamais se terminer : ces inlassables tentatives pour décrire les séquelles irréversibles, quoique virtuelles, de cet appareil réduit à sa plus simple expression !

Le doute en toute impunité !

Je te retournerais tes lettres et les chevaux fous dans la nuit danseront un dernier tango
Comme des silences ordonnés, architecturés pour combattre la noirceur d’un soir d’hiver

Puis ce sera le calme plat, le retour des neigeuses années annonçant télépathiquement des nuits de sabbat, des nuits prêtant leur attrait de pleine lune et de baigneuses ensanglantées aux machines à écrire qui les ont produit : un état de grâce pour frapper fort, pour que leurs brouillons racontant l’histoire des opprimés parviennent jusqu’aux types les plus géniaux.
Puis ce sera l’émeute, les cordes des pluies diluviennes balançant le feston et l’ivraie des pitres
Puis ce sera peut-être, perdu jusqu’au moindre recoin d’une épiphanie bouleversante, l’ivoirien moment chevauchant les louves et les chiens
Ou ce sera les come back des idées jouant les Aliens et détruisant les chiffres de la matrice qu’on retrouvera sans vie au premier étage d’un bâtiment désinfecté
Ce sera l’arrivée des épidémies placées à fond perdu et aux regards de diamant vidant les grenades des combles, les fleurs des greniers de leur suc surréaliste
Ce sera par pelletée l’été nettoyé de ses œufs blancs, ennemis du genre masculin ou féminin et virant aux robes rouges fantasmagoriques des plus grands vins
Ce sera un dernier hommage aux visages tuméfiés, aux gamins qui grandissent, librement inspirés du passage électronique et du libre arbitre des SMS.

Ce sera enfin la greffe des hélices, des photophores fossilisés, sur des crânes éclatés comme si il s’agissait d’une énigme imprégnant, par sa féminité de poires pochées au vin, le yin et le yang ; peut-être avec l’aide de l’œil unique du Cyclope, insensible et visionnant des vidéos de surveillance où l’on peut admirer de kafkaïens châteaux corinthiens s’effondrer : le doute en toute impunité !

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Virée aux pays des Tamagotchis

Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela… Et toujours au-dessus de la boite à gant, des papiers, des manuscrits comprenant des zéros et des uns, afin d’incarner le point de non-perception de ses pieds nus, de ses bestioles virtuelles aux museaux qu’on ne voyait que dans les cirques, veillaient par une douce chaleur à jalonner nos silences lactescents, ces vides immenses qui semblaient harmoniser le lieu…

Cette baraque à frites ne devait plus être très loin, on démystifiait déjà sa légende… Légende qui se dessinait dans les tisons d’un feu : une sensation de brûlures acides mais comiques. En me compromettant jusqu’à très tard sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où il s’était échappé, ce bestiaire fantasmagorique, j’imaginais, maintenant libre de toute interprétation, que les bûchers léchaient par leurs lacs de flammes naissantes les pieds de tout ce monde repartant à la chasse et véhiculant, tout en brûlant, les plus belles crémations ou les plus prudentes combustions de ce moteur à l’arrêt.

Et, cette ruine avec son moteur fabriquée par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) émettait donc, branchée en Bluetooth au Tamagotchi de Nausicaa, des sons parvenant des cirques muséographiques, des échos interrompus par la rumeur incessante des enregistrements de ces pluies diluviennes, ou même les silences entre deux messages que les bêtes étranges aux museaux cherchant à l’avance les parfums de muscade ou de lavande, rendaient fous, aliénés, partant en vadrouille : un manque de jugeote qui les condamnerait aux champs de maïs des jacobins, les rendrait vierge de toute contamination microbienne ; ce qui d’une part les réveillerait de leur sommeil de lave éternelle et d’autre part les définissait, depuis trop longtemps, comme ladres et indignes à la reproduction d’organismes génétiquement modifiés…

L’imaginaire Saison Rouge

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »
Elle se tenait majestueusement au milieu de la pièce (peu importe laquelle) et la caméra avait eu cette noblesse d’esprit de se défenestrer. Tournant d’abord lentement sur elle-même, à présent hors du cadre, entraînant tout le monde dans son orbite, la journaliste Martina Poel improvisa une danse de derviche pour les beaux yeux de ce vieux monsieur qu’on appelait Razko Kaphrium, de la terre et du ciment rouge collant ses chaussures et enveloppant ses membres extensibles et robotiques de cyborgs.

– Eh, bon anniversaire, mon amant ! Dit-elle, tout essoufflée, à hauteur de son entrejambe, après un léchottis de bienvenue. Quand allons-nous le célébrer ?
Des foules d’évangélistes avaient créé une fatwa dès le lancement du film mais les réalisateurs et leurs avocats s’étaient surpassés pour officialiser son apparition dans les cinémas le jour de l’anniversaire de Kubrick. Pendant des générations, le court-métrage avait déchaîné les passions, puis était passé aux oubliettes ; le Scénariste (ou l’Architecte) qui n’était pas humain mais était représenté par une machine, avait, de nombreuses fois et à chaque nouvelle projection, interverti les rôles pour que ce navet reste conforme aux attentes des téléspectateurs du moment. Mais ce qui était surprenant, c’est qu’il avait traversé les siècles et qu’il renfermait un secret digne d’une intrigue kafkaïenne. Ainsi, quand un label encore plus extrémiste avait racheté les droits, la société cinématographique s’était dit prêt à collaborer avec des scientifiques travaillant sur l’ADN et sur la conscience modifiée lors d’un rêve, moyennant un salaire mirobolant et leur parole pour clause confidentielle. De cette collaboration, après des années de labeur, était né Le Manifeste de Burroughs dont la trame devait son succès à cette intelligence artificielle, provenant de l’épiphyse de Kaphrium, déclaré mort des millénaires avant.

Autrefois, bien avant les Années X, il y avait cette légende urbaine racontant qu’un mélange hybride entre l’hominidé et le rat était né de ces oeufs enfouis dans les décombres d’un chantier. Ainsi elle était revenue, remontant du fond des âges, avec une sorte de désolation à exalter, cette race qu’on croyait disparue ; en rampant dans les canalisations des égouts et découvrant ces oeufs les premiers, Maubeuge et son frère eurent l’intuition que cette étrange machine accueillant les oeufs était une couveuse révolutionnaire ; des algorithmes et des fils électriques distribuaient, à travers une valve membraneuse, la chaleur nécessaire pour leur gestation… à ce moment de l’histoire, les deux frangins ne savaient pas encore qu’elle serait banni du monde des hommes, cette espèce évoluant sous leurs yeux, et que son incontestée mais impropre consécration se déroulerait après bien des conjonctures. Maubeuge tendit sa main droite pour toucher cette sorte de chrysalide à moitié organique à moitié virtuelle qui abritait ces oeufs mais il eut tout de suite un violent mouvement de recul et, sous le coup de la brûlure encore vive, des messages comme des SOS de détresse, arrivèrent en pagaille dans son cerveau en alerte, et à l’intérieur de son crâne, pas prête de disparaître et de relâcher sa proie, une voix off résonna lugubrement.

Puis, après avoir été embrasé, sa main de fouineur fut couvert d’un froid polaire. Il se débattit avec cette douleur glaciale mais peu de temps après elle s’était évanouie. Il était davantage préoccupé par cette angoissante voix off qui semblait émerger d’un rêve funèbre.

Une vingtaine d’années plus tard, alors que les deux frères étaient devenus adultes.
Quand Maubeuge, revint chez lui, après avoir bossé sur un chantier, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant la moisson d’une intrigante « Saison Rouge » et d’un élu bûchant dans l’ombre à son arrivée imminente. Cet homme en question, un certain Razko Kaphrium, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol, dans une cave ; il ne travaillait pas le jour mais dès que le ciel, les immeubles de sa cité, la neige, les feuillages des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient pêle-mêle emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentit presque émoustillé quand il termina les lignes de son ouvrage, le Manifeste de Burroughs.

Maubeuge avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps une secte de survivaliste, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Kaphrium. Aux premiers abords, le futur fondateur des hommes-rats l’avait trouvé d’un potentiel hautement limité, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes en lançant une meute de créatures génétiquement modifiées. Puis, en y repensant cette nuit là, il décida de s’allier à ce jeune rêveur qui pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu, d’après ce que Maubeuge lui avait décrit lors de cet échange. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques impérialistes de cette cité ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des hommes-rats, qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement en quête de ses oeufs. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une machine pas belle (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle un film, Le Manifeste de Burroughs d’après le générique. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant. A bien y regarder, ça ressemblait à une couveuse ésotérique.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur cet appareil, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’appareil en question émettait une radiofréquence le protégeant des intrus et des pilleurs et permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans un terrier le jour pour mieux opérer la nuit. »

Deuxième partie.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.
Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Troisième partie.

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)
« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des souterrains admiraient ; il campait sur la première page de ce bouquin, Le Manifeste de Burroughs, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait vécu des centaines d’années, sans jamais arrêter son combat et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées d’un établissement pour troisième âge, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par la croyance inexorable qu’un jour le monde lui appartiendrait, d’après le livre, et on en avait tiré un film… où curieusement elle en était l’héroïne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle avait produit ce rêve où elle lisait fiévreusement le Manifeste de Burroughs. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce passé trouble qu’on nommait en chuchotant les Années X.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que le vieux Kaphrium avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé aussi bien de la scène politique que sociale, il se sentait malgré tout prêt à en découdre avec l’aide des hommes-rats, ses fidèles serviteurs.
Et ce café lui avait été servi par Martina Poel, une journaliste d’investigation pour un canard dissident. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de cette maison de retraite qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’elle retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, l’auteur du Manifeste ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment, elle fourvoyait les novices qui avait osé cloner ses yeux de platine et Martina était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity en espérant que Kaphrium ne la retrouve pas.
Celui-ci regardait à la télé, à cette heure tardive, Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, et c’était un monstre – ou c’était devenu un monstre au sens propre du terme – et le Père Spirituel des Hommes-Rats en avait à revendre des neuropathologies. Il infligerait à Martina le supplice de la corde avant même qu’elle soit malade, elle était désormais sur son territoire dépendant de sa seule juridiction.

En ce moment sur l’ordinateur de la jeune femme, une petite fenêtre était apparue et venait de se caser sur le côté droit de l’écran ; son écran qui se composait d’autres fenêtres tout aussi obscures lui indiquait ce que la Saison Rouge allait produire. Et ce qu’elle devrait affronter. Mais plus rien ne bougeait dans l’orbite de son oeil, même sa pupille était immobile ; cependant après cet état consternant, elle reçut un e-mail providentiel d’un journaliste inconnu, un certain Maubeuge qui lui offrait son aide. Et ce courrier électronique avait affolé les kyrielles de fenêtres virtuelles dépendantes de son système informatique d’un nouveau genre ; elles avaient tournoyé autour du message, en surchauffant de quelques degrés le disque dur de son Mac, et le journaliste l’informa qu’il avait retardé son vol pour Atlanta pour pister le ténébreux Kaphrium et avait mis son téléphone sur écoute.

Il lui apprit aussi que le dernier survivant des impérialistes était retombé dans l’enfance, avec un langage de mioche et pour couronner le tout était neurasthénique et ce qu’il détenait comme info majeure tournait autour de cet essai thérapeutique consistant à recréer un « Oasis secret » à l’intérieur du crâne des cobayes ; dont Kaphrium en avait fait partie… Martina en lisant ses lignes, et toujours cogitant, repensait aux moindres détails de sa visite chez cet Agitateur qui s’était écourtée.

Quatrième partie.

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, le journaliste qui devait aider Martina (Hendrix) regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits. Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions poétiques de Hendrix atteignirent leur limite.

Un shoot d’héroïne pour terrasser les dragons, il partit pour le palais épiscopal du dernier empereur, mais traverser les lumières de ce jour éclatant dans la cour était périlleux sans ses lunettes de soleil ; il descendit de la voiture et, après les avoir récupéré, il affronta un amas duveteux de poussières emmené par le vent ; il n’arriva que très tard à Cinécity sous des néons psychédéliques qui donnèrent naissance à des enfants-rats vomissant de la lave !

Pour arriver à la demeure impériale, en empruntant les anciennes passerelles de cuivre, et toutes ces plates-formes où la foule affolé avait entravé l’accès par des bennes retournées, il remarqua qu’on avait récemment fait construire un pont surélevé, sûrement pour faciliter le passage des éléphants-tanks, ce bestiaire pour combattants surmédiatisés.

Des pluies diluviennes se mirent à oindre la peau tannée et cloutée de ces bêtes, il y eut aussi un déchaînement de tonnerre et d’éclairs lorsque Hendrix remonta le sentier, en toute hâte, permettant par un curieux raccourcis d’arriver directement dans la salle de réception du manoir. Ainsi, il nous aperçut, l’empereur et moi en surplomb comme nous étions sur l’un de ses balcons à la mode ; pantelant et huant, la première intonation de sa voix perla comme un écho.
Jadis, il y avait ici, des expositions de peinture, des peintres grimaçant comme des personnages de Borges partant en vacances, ou tout simplement silencieux plus par dépit que par choix, émettant des pensées mystiques parfois qu’ils biaisaient avec leur palette de monochrome bleu et qu’ils comptaient bien prolonger indéfiniment, fiévreusement devrais-je dire, sans dévoiler leur artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait de taper sur leur Burroughs C-H 7 CTRL X.)
Le manuel disparu de cette machine dont les parties, organisées comme des chapitres, restaient inexplicables et inexpliquées, était en ce moment même entre les mains de l’empereur et je piaillais d’impatience pour qu’il me donne le précieux ouvrage avant que le journaliste ne rapplique ; mais déjà un éléphant de combat en furie et sans limite, défonça le mur, le dos hérissé de flèches métalliques noires, harnaché d’un lourd équipement militaire : une sorte de carapace pour ne pas craindre les mille fléaux noirs qui voudraient l’émasculer et commercer ainsi ses bourses et sa semence certes pernicieuse mais tellement prodigieuse en terme médical !

Livres occultes, premier rayonnage !

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.
Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Bien plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, Max Jacob regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits.

Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions de Max Jacob, où à Londres ou à Rio de Janeiro, avaient soustrait de la vastitude des phosphorescentes matières grises le sceau de leurs Voyelles que le poète symboliste, Arthur Rimbaud, avait nommé par leurs couleurs méditerranéennes : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu…

Printemps poétique

Il n’y avait plus de printemps poétique dans ce monde commercialisé jusqu’au fond des terres et menant au soleil vert, ni davantage de voyages morphéiques, plus de musique rimbaldienne et, foin de ces brouettées de spleen baudelairien, ni assez de théories haussmanniennes pour arrêter cette telle infortune !

Et pourquoi alors un tel désastre ? La première de cette question trempait avec les toasts des entrepreneurs, dans leur café, qui ne voulait pas s’avouer vaincu et qui dessinait la séduisante composition spirituelle du monde amphibien d’Aristote…

La deuxième réponse manquait à l’appel, mais, si on retraçait l’histoire privée des divagations cosmiques ou épicuriennes d’Arthur Rimbaud, dans la hutte, on avait alors ce sentiment si simple, si proche de la folie que les multinationales de l’automobile, leurs milliards de dollars récupérés par un immortel et petit ordinateur noir appartenant à l’un de ses fervents partisans, contenaient par leur essence spirituelle, aussi secrète qu’une centaine de dédicaces de Johnny Hallyday, le dieu des bistrots comme le PMU de vos quartiers populaires, des failles permettant d’ouvrir sur un nouveau monde.

Cet endroit transpirant la mélancolie les accueillait par sa force psychique : c’était un lieu sûr, formulé par des dédicaces scannées de tous les chanteurs défunts, où, moyennant finance par PayPal, les mères de famille, surtout des ménagères de cinquante à soixante ans, obtenaient une idée claire des objectifs punk-alternatifs de cet être en gestation (le lieu même.)

La possibilité Burroughs, les particules Big Sur, extensions du domaine Time Capsule

L’est, l’ouest, le sud et le nord, évoluaient dans le plasma onirique
Des modèles instinctifs récoltées depuis le fond sans fond de l’esprit pour finir en beauté mais avec de mauvaises intentions
L’ouest comme une opacité saccadée, l’est comme une intrigante pensée, ils suggéraient du haut de leurs aéroports de métal la chaleur des nuits californiennes, l’anamorphose du mental quand ces poètes inconnus descendaient en plein minuit jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco ; et leurs crachats hypnotiques fusaient et par delà le soupirail d’une vieille maison en haut de la côte, surplombant Big Sur, avait été revendiqué le programme informatique de leur Cora-Hummer 7 en amortissant son décapant jaune d’oeuf.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompît son idée innovante, s’hypertrophiait sa gageure ensorcelée ; quelle idée innovante mais inconsciente, ou quel ensorcellement pouvait bien saper les fondements humanistes, les sillons mécaniques de leur time capsule ?
Ce qui jusqu’à maintenant souriait à leur time capsule s’effondrait comme des morceaux de banquise, désassemblait tout le réseau alors qu’elle résidait leur idée d’un autre monde, d’une écriture inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro de ces planètes inconnues.

Comme surmené par les travaux qu’elles me donnaient en pâture, je ravivais leur représentation mentale singulière en emmagasinant à fond-perdu et en liste mnémotechnique décomposée tous ces massifs d’ombres qui restaient une entrave à leur time capsule. Sa fréquence noire tenait un discours impassible dans les souterrains du métro, le long de l’échancrure de sa robe virtuelle, le long de sa facétieuse ADN. Chaîne de chromosomes formellement livides et lexicaux qui forniquait avec la semence convoitée par la lune, comment pouvait-il en être autrement quand leur assaillants vaporiseraient de préférence les plaines trop arctiques ou antarctiques, les fontaines heuristiques.

Soudain, brûlée ou vannée dans la bagarre alors qu’elle avivait un agréable goût d’encre de chine, leur Time Capsule songeait à battre en retraite ! Nous étions arrivé avec nos alligators enchaînés devant la porte donnant sur les étages phénoménaux de l’Acropole quand nous apprîmes la nouvelle, mais à une époque de l’Acropole où elle se noyait dans le chagrin, qui pourrait-la sauver de cet noyade sinon ce sanctuaire ?
L’Acropole n’avait-il pas été conçu uniquement pour ça ? L’enquêteur qui s’était posé cette question partaient dans des délires incommunicables quand il arrachait sur les murs de l’Acropole des tas d’affiches : des représentations inexorables de peinture écaillée, de démon des Vosges, de démons des collines… Ou de pensées répétitives façon spirale qui commençaient à affoler les autres times capsules restées dans le sanctuaire où l’on s’était réuni pour prier. Et, par leur incontrôlable utopie à réaliser l’apocalypse ou par un simple dérèglement, elles avançaient l’heure du sommeil des mémoires informatiques.

Et plus loin, où les rivières viennent peloter des cotons d’eau sur le tas organique, chimique, en tout cas pollué des carapaces de voitures cramées, il y avait la Burroughs C-H 7, par ses respirateurs vivifiants et par des lignes de code pour faire voguer sur les écumes les derniers résistants de Daesh libre, par d’autres Mondes aussi configurés dans sa carte mère ; et il existait un bug, un crash assez occulte, découvert lorsque les Californiens dans leurs yeux se reflétait un monde si étrange d’aspirations Ascensionnelles !

La tasse de thé couleur Gulf Stream

Dans la tasse de thé, un nuage de lait roucoulait de toute sa noblesse qu’une enveloppe pleine de photos en noir et blanc affirmait qu’elle était de la lignée du Gulf Stream.
L’humeur du thé noir avait fait jaillir des fumées douces aux mouvements semblables à cette demoiselle qui me tendit une tasse et ainsi son arôme rapidement récupéré par la couleur des guerres sensuelles, générées par des vols de silex, s’autosuggestionnait et autosuggestionnait nos discussions ; des internautes planqués dans les chat-rooms vantaient la qualité de sa théine, suspectible de nous réanimer, un tissu de flanelle sur nos lèvres au bout du petit matin !

La version polaire ou russe de ce thé anglais ? Sa lignée, toujours de haut rang, avait permis de croiser le machisme des grands aristocrates russes et des planisphères soviétiques, avec la mésomorphose des esquimaux assortissant toutes les jumeaux et toutes les jumelles des déesses ultra-sophistiquées ! Et la cérémonie du thé pouvait ainsi commencer, et comme le libre arbitre des cueilleurs robotiques des plantations de thé, au coeur du crépuscule flottant, ou comme un blues d’automne froid ou comme une longue nage indienne, il y avait à chaque gorgée, je m’en souviens, le silence prométhéen et cette optimisation du goût qui, crescendo, espaçait et épongeait les anomalies qu’une infusion aurait pu égréner soit en rejoignant une sagesse ancienne soit en jetant la confusion.

Le cafarnaüm du poisson solitaire

En demi-cercles irréguliers tout d’abord des cages où roucoulent des perruches avec leurs sacerdoces de cloîtres qui ont été façonné selon un crack assez occulte, les composants sémantiques de leur discussion sont alors totalement et méthodiquement remanié pour l’Élite. Une élite qui a dessiné méthodiquement l’architecture d’une boîte mail et par des arrivées saccadés d’e-mail la mutation des internautes en larves de reptile noir semble indispensable.

Pour lister le nombre de ces sachets de saccharine qui avaient le chic d’inspirer des pieds phénoménaux, des représailles avaient été annoncés ; dans la vase d’un étang échancré par des serveurs informatiques, celles-ci égrainaient ces listes avant de les évaporer par pure magie, comme désorientées… mais il y a avait aussi des champs pour s’ébaudir avec cette femme, la seule survivante et rescapée, dans la neige tout en matant ses accrocs : résultats de ses longues odyssées à travers les forêts de sapins longeant la route qui ressemblait à une équation à une seule inconnue… et plus loin on entendit les crépitements des flammes et pareil à un morceau de chewing-gum mâchonné que l’on conserve plus tard, il y avait aussi la mésomorphose des cages de l’unique perruche en vie qui emmagasinait dans sa mémoire de gigantesques chaîne de montagne comme moyens d’existences caillouteuse.

Enfin il y avait des chalets de montagne au milieu d’un champ de fleurs aux cépages perturbants, des univers Kleenex aux neiges inversées se préparant à l’atterrissage, les histoires élaguées des cabines téléphoniques et les fils électriques parcourant leur moteur diesel ; évoluant dans le napalm tombant des bidonvilles, l’euphorisant poisson solitaire, dans le bec de la perruche, se lança dans des invocations confuses, en reprenant son souffle entre deux capharnaüms : les capharnaüms des pampas et des landes électrifiées qui avaient fini par barrer l’accès au grand nord.

Les dissociés des âges d’or !

C’était bel et bien un étrange ordinateur.
Laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe – un raisin de Corinthe sifflé comme la racine radicale, amazonienne de notre conscience politique et historique – la toile virtuelle avait été cartographiée par d’étranges agitateurs puis vandalisée de fond en comble avant de connaître le retour de tout aussi étranges phénomènes !
Des hackers qui l’avaient laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe, dis-je, sans que la perspective anesthésiante des Guetteurs ne puisse se poursuivre… Sans que les opiomanes et les morphinomanes ne puissent déterminer leur inexorable avance technologique, et sans même les inviter à se défiler, leurs consciences, beurrées entre les cuisses des vendeuses excitées de paquet de pop-corn, ne pouvaient que s’égarer dans des considérations qu’on jugera poétiques !

Alors sous la pleine lune, du côté orientale, pour brouiller toutes les adresses IP récalcitrantes mais aussi favoriser l’émergence de cette mise à jour révolutionnaire, ils en avaient mélangé d’autres consciences de plâtre et de diesel alchimique à leur ineffable mystère… leur mystère ? Définis comme aussi fantasmagorique que le rubis de Sade, seule la sérénité du bouddha savait l’apprécier à sa juste valeur. Et toujours sous la pleine lune, dans un lieu précis comme un souterrain dont on ne connaissait plus le nom, la cartographie de ce nouveau web en affichait des pôles glacés par des flammes irréelles ou par des lignes de code apparement saturées d’un trop-plein de parfums, des parfums kitschs de musc et de jasmin.

Les fêtes païennes des êtres occultes

De tes deux yeux morts par un authentique travail d’orfèvrerie, j’avais semé les aiguilles d’or de l’esprit occidental, cet esprit qui pour un poison ambré piégeait la logique qu’il meurtrissait… Et qu’il interrogeait en la soumettant à un astucieux QCM. Ce QCM ? Irréel quand ses limites spirituelles partageaient les lacunes de ces êtres en question et les invitaient à se faire petits, il en avait logé des saboteurs apaisés entre ses lignes et qui sévissaient surtout à Noël. Mais plombés à en faire chanter d’autres fêtes nocturnes qu’on voyait à peu près partout, ces êtres occultes ne ménageaient pas cette logique européenne : patiemment et avantageusement pour eux, ils l’allégeaient de sa ferveur toute en sève de sapins de Noël, et qu’ils massacraient ensuite, un sacro-saint carnage dirigé par les serveurs et les bots qui calculaient aussi la direction de leurs fiacres ! En cela, on pouvait les estimer de singuliers. Avec le fiel sage mais inachevé des sacrements à protéger, on les encouragea alors à remettre au goût du jour leur travail d’orfèvreries que tu exigeais de ces créatures, par peur du désespoir ou de je ne sais quelle angoisse existentielle !

C’était à la une de tous les journaux : leurs saboteurs avaient encore frappé et ils devaient trouver ça drôle comme ils étaient planqués sous des ponts neurasthéniques sans avoir eu le temps malgré tout de déterminer la nouvelle forme que prendrait leur poison épidémique. Ce poison ne se limitait pas à suppurer le côté gauche des visages, et la terreur de leurs fêtes nocturnes n’inspirait pas seulement les états larvaires, ils étaient déterminés aussi à féconder d’autres logiques venues de tous les continents ; mais ils avaient négligé un aspect fondamental : dans les bénitiers des esthètes évasifs, ils n’avaient pas réussi à réfléter le rictus des gargouilles et tandis que je couvrai un reportage sur leur mode de vie presque sain, j’appris leur défaite et leur condamnation à mort. Cette mort que tu leur offris, avec tes visions de taré et tes curieux feuillets à la Nostradamus !

Le temps du sabbat des sorcières…

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus. Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Entre Temps, Brusquement, Et Ensuite.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Des fragments de papier déchiqueté tombent comme de la neige, et Mokrane Kaphrium avec ses jambes de coureurs parcourent ces rues gelées tandis que des scories, les débris d’un feuilleton, voltigent dans l’air. Des objectifs de caméra font scintiller ces amas blancs qui échouent dans le caniveau, le long de la route jusqu’à Kirkuk. Reflétant aussi la lumière des enseignes et des devantures. Le vent lui hurle que son itinéraire est confus, s’engouffrant dans les brèches et les gouffres de la ville, et le journaliste d’investigation ne peut s’en échapper qu’à grande peine… Il lui semble que ces rafales orchestrent les grommellements des moteurs, le fracas des Klaxons et des accidents de voitures ; ses bloc-notes encombrent la gadoue et ne sont finalement que des prétextes pour écrire cet article réclamé par son boss que bien plus tard. Alors que leur encre se transforme en taches dénuées de sens, il aperçoit des bobines de bandes audio déborder des corbeilles métalliques ainsi que des sachets de Séminale vides qui l’ont mis dans cet état.

Quelques heures auparavant.

– Nous sommes rassemblés ce soir, comme vous le savez tous, afin de célébrer la première mondiale de l’extraordinaire performance qu’à accomplie notre soeur virtuose du reportage de terrain, et afin de rendre hommage à un homme qui n’est pas seulement un brillant interprète et une image vivante en soi, mais qui est également la vie et l’âme mêmes de la ville, la racine radicale de notre conscience politique et historique, le ressort principal de notre politique municipale. D’ailleurs, on pourrait dire, sur un plan plus élevé, que c’est lui le maître, et nous, à la Mairie, qui sommes ses servantes.

Joseph Merrick se tourne vers Martina Poel à la langue d’argent, comme pour s’intéresser à toutes ces balivernes politiques, et se retrouve en face d’un écran récapitulant les grands axes de cette keynote ; puis on voit des jonques flottant sur une eau sombre et que des pêcheurs s’efforcent de vider. Elles semblent perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’ont d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.

Ce massacre que le monde d’en bas, le monde des égouts, prépare minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pense, alors que peu à peu sur cet écran apparait une image, tout d’abord floue et indistincte, puis plus nette : un homme qui marche sur le parapet perché d’un immeuble, visiblement victime de la même fièvre que lui des années auparavant, ce qu’il a déjà vécu douloureusement… Mais peut-être ne marche-t-il pas ; le bâtiment est en mouvement mais l’homme, figé et solitaire, ne bouge pas.

Les cracks de la bourse américaine

Des atouts de longue haleine, comme ces arrières-goûts de paiement cash, de fermentations dans les crânes, comme cette épine douloureuse enlevée du doigt de pied. Ou de la monnaie verte et verdoyante pour des jours de paies qui font onduler les statistiques les plus élevées de la bourse américaine et se couvrir de pagnes les femmes avec leur nudité dolente…

Prenant place dans les contreforts sibériens, un vendredi 13, les cracks de la Bourse américaine n’ont aucun remord et parcourant les âges pour rejoindre les formes les plus élémentaires de la vie ils évoluent dans un plasma où flotte une dernière représentation cosmique de leur conscience : un éther infiniment sombre peuplé d’étoiles microscopiques. Et de cette pénombre qui se délite, et de leur être qui se retranche dans les cales de l’armée des ombres asiatiques, ils se doivent de nouer leur esprit vilipendé sur une branche d’un arbre qui périodiquement respire, avec une volonté surhumaine d’annihilation sans fin.

Leur conscience du monde sensible se laisse sereinement glisser vers le néant. Ils se laissent aller à la bienheureuse sensation d’apaisement et de liberté qui, de loin, mériterait bien de se faire rosser, quand leurs spéculations, superposées pour imiter le vacarme du cosmos, n’engendrent que ce lent effondrement de la dictature…

La bible des évasions providentielles

Ici et là on s’empressait de réinitialiser la machine à écrire qui les avait produit : un état de grâce pour frapper fort, pour que ses brouillons racontant l’histoire des opprimés parviennent jusqu’aux types les plus géniaux. Peut-être jusqu’aux deux intersections d’une rue perpendiculaire que les portes vers l’Orient définissaient comme inaltérables…

Parmi leurs jaillissements classés selon les impuretés alchimiques de ces écrits, ou chronologiquement à la manière d’une Timeline, pour désigner un Référent, apparaissait aussi, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, l’expression spéculative d’une évasion hautement providentielle, mainte fois décrite par la machine à écrire et j’avais pris avec moi cette vieille bible des évasions providentielles, elle avait été conçu dans une taule qui accumulait des histoires qu’on pouvait à peu près relier et attribuer aux Nietzschéens Penseurs de cet Orient, ou à leur système adverse.

Les hectowatts ou les Volts parcourant cette curieuse machine à écrire, quand cette énergie se cognait aux vides instrumentalisés des espaces spatio-temporels, s’immisçaient sous les ongles des opprimés qui bien sûr n’avaient rien à gagner, rien à perdre.
Même l’hélium s’échappant en s’engouffrant par les portes de cet Orient s’empêtrait sur les toits de notre observatoire sans parvenir à sortir de la glaise, de la boue qui s’accrochait à nos chaussures ; sans parvenir à sortir des épineux dilemmes aussi, et cette bible désuète des évasions providentielles, en l’entraînant dans notre gouffre, arrosait de ses larmes matricielles les désinvoltes fleurs de Sainte Hélène.

A rebours l’Orient et l’Occident d’une falaise escaladée à mains nues…

À rebours les orients ! À rebours aussi la houle d’un potentiel de un volt, au dépens d’un style fleuri, qui de tréteaux en tréteaux est guidée par des forces spirituelles qu’elle ne risque pas de connaître ! À rebours encore sa vessie de boeuf m’étreignant, à rebours enfin les occidents qui, pour chaque Penseur, viennent se greffer aux pieds des pyramides comme les hélices sur nos crânes de chimpanzé !

Chimpanzé des Annonciations puritaines qui font tourner au vinaigre cet amoncèlement d’oursins désagrégés : le fond perdu du répondeur cachant malgré tout cette fanfare d’acteurs exultants aux yeux en amande ; les chevronnés, les maléfiques et fins d’esprit, les languissants et les épiphaniques regards de ces Penseurs qui se tournent alors du côté des seuls conquérants !
Ainsi tombant comme des tresses que les archéologues de cette Pierre de Rosette, pour se distinguer du lot, coupent avec le suc d’une nuit verte qui tombe sournoisement sur Mandeville, cette troupe de jeunes filles tondues et d’acteurs trentenaires explorent leurs consciences tristes avec un treuil exécutant des tours de yo-yo tibétain qu’un brouillard dense fait circuler parmi le parfum des pierres à l’intérieur de leur valve !

Et que l’un d’eux prévoit de réparer avec l’ardeur et la débauche des ascensions métaphysiques ; toutes deux mêlées à l’essence tourbillonnant dans cette valve, l’ardeur et la débauche, entreprennent de rosser l’Orient et l’Occident d’une falaise escaladée à main nue, et qu’un autre comédien, ou une autre comédienne mettra aussitôt sur ces chevalets d’ombre et de lumières que les rosses du diable avalent en les transformant en néons jaunes et bleus ; préludes aveuglants et menaçants qui feront plonger dans le gouffre toute cette parade de troubadours !

Le Tamagotchi de la gargouille

La lumière tremblotante sortit délicatement sa garde obstinée hors du cadre et j’en avais mal aux yeux comme cette averse d’aiguilles de pin qui ruisselait de la place centrale jusqu’à cette trouée, ou jusqu’à ce monde en silicone noir ! Une putain de songerie où le chant de la pluie peuplé d’oies désaxées se perdait au loin.
Et bien après des bornes extensibles et bien après toutes ces correspondances approximatives, l’espace, parmi les dunes jetées aux oubliettes, où l’on pouvait s’ébattre, était âpre ; âpre comme cette blonde à la taille de guêpe et à la peau toute en écorce frénétique.
L’espace ? Des lacunes d’icebergs ou des jeux de lagunes où par de délicieux hasards on devait aiguiller des kyrielles de prodiges sur des avenues aux ailes de diesel safran.
Et cette blonde, comme une vente de Tamagotchi à la sauvette, à la jouissance inaltérable avait fait toute la différence quand ces envahisseurs avaient enfin clôturées leurs tours de passe-passe idéologique, ne représentant pour moi qu’un système astucieux !

Au réveil, la lumière tremblotante, suivant le sillon et la pente d’une obscurité distillée, s’en alla découper aux ciseaux distinctement les règles de ce jeu de l’oie désaxé ! Et mordre l’éternité des gargouilles qui en avaient de l’engrais sous la semelle.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite. Les trois premiers chapitres…

Entre temps, Brusquement Et Ensuite. Premier chapitre.

I.
Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie.
Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.
Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.
Prochainement, allait sonner le glas des Années X.

II.
Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?
J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.
Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.
Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.
A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.
Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

IV.
Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salades inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.
Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.
Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eue l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sorti, alors que j’étais aux rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.
Pire ! Le facteur qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandi : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.
J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.
J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !

VI.
Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désoeuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le coeur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait recéler tellement de secrets !
Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, au bout, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avions appelé par la suite Les Cora-Hummers.
Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :
« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »
A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.
Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.
Il fut exactement vingt-trois heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on avait poursuivi la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueilli ?
Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler, voilà tout !
On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Chapitre 2

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.
En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec, en bruits de fond, le vague pépiement de ces oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.
Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…


Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de voyageurs aux costumes trempés et usés dans ces stations de métro sous leur contrôle.
Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.
Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.
De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.
Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains, à prendre très au sérieux.


Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque – ces années X si énigmatiques – s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans des structures étroites comme des cages à poules ; leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Entre Temps, Brusquement Et Ensuite. Chapitre 3.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.
Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Inception à Mandeville !

Perdues parmi des albatros qui avaient fait choir des arbres faisandés des idées de souterrain, il y avait ces jeunes filles prenant leur pied en haut d’une falaise ; avec la grâce d’une dizaine de coups de main, avec le chamboulement d’un dégel douloureux, je leur tenais la chandelle, et imaginais pour ces nymphettes toute l’ergonomie d’un herbier que la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, synthétisait.

Neurasthéniques, nous étions piégés au cœur d’un rêve qu’un hérisson transportait sur son dos (un rêve se contentant en réalité d’une version hautement fumeuse mais Hunter S. Thompson, l’avait produit par effet superposé et ce fut ainsi que ses variations firent clignoter les ampoules, la diode rouge à l’intérieur du poste de commandement) ; partout naissaient des rires décantés, et des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – disséminés dans le parc aux couleurs chairs, nous avaient convaincu que nous étions bien à Mandeville…

Suite à une trop grande consommation de ces produits, nous étions assurés d’évoluer dans le plasma onirique des préservatifs éventrés.
Pour Hunter qui était bien trop lessivé pour penser, cette champignonnière n’avait d’autres avantages que de nous hanter et même les pensées les plus folles ne pouvaient suivre ce qu’elle avait jadis inventé avec la Corporation Burroughs : configurée par quelques distributeurs de friandises, cette meute de lesbiennes, pour sortir du terrier, claironnait comme un jour de nef basse…

Le long du chemin de fer antique, elles découvrirent un labyrinthe et persévérant dans un tunnel sans fin pour s’apercevoir qu’au milieu de cet ensemble il n’y avait que des tessons jonchant cette route, la horde se débarrassa de son leader spirituel qui résumait à lui seul le retour des meurtrières chiffré à l’excès ; ces féeries écrites par l’intermédiaire d’autres énigmes, livraient à la merci des vandales leurs feuilles d’argiles d’argile rouge, utilisées comme protection menstruelle !

Et elles en dévalaient des pentes par la porte de Chine, leurs allées de terre jaune : un jeu qui mélangeait les pénombres, les tentatives avortées, les bavures extrêmes ; les embruns de leurs cheveux parcouraient en imagination les rizières, les fouillis de prières de ces bigots qu’elles retouchaient en coquillages marin. Coquillages détenus par des malandrins, malheureusement sans leur code d’accès, leur développement aussi bien photographique que cinématographique, et qui égaraient les micro-organismes par leurs spéculations nourricières.
Et qu’il avait rapidement, pour nous deux, restauré ce maître des enzymes… la plus haute fenêtre de son squat donnant sur des travaux de cuir et de sciage, physiquement perçus comme un labeur sans fin pour sa plus haute caste, certes brisée par ses impératifs mais confortablement expansive sur son territoire ; ces travaux étaient payés par des récoltes de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans ; leur haleur, à tous ces propriétaires terriens, en distillait bien des mystères taoïstes par cette transaction… ces mystères que j’idolâtrais pour ces amazones. Comme ce maître des enzymes, arraché à sa terre natale pour une mission que les meurtrières lui avaient confié : il devait charpenter avec de l’écorce prise entre deux guerres la carte et les territoires que ce mystérieux secret ravigotait !

Le complot des déclinaisons latines.

Des albatros qui font choir des arbres faisandés des dizaines de coups de main, un dégel douloureux qui prend la chandelle, un herbier que la Burroughs Cora-Hummer 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, synthétise, un hérisson qui sur son dos transporte des rêveurs (un rêve se contentant en réalité d’une version hautement fumeuse mais c’est nous tous qui rêvons) et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs qui font évoluer dans le plasma onirique des préservatifs éventrés.
Pour inventer du savon, il y a aussi cette collecte illuminée, lancée par la Corporation Burroughs, configurée par quelques distributeurs de friandises ; et pour sortir du terrier, un labyrinthe qui se débarrasse de ses énigmes et un code d’accès, au développement aussi bien photographique que cinématographique, qui égare les micro-organismes.

Pour rejoindre la plage il y a, ici et là, de misérables pensées qui, à haute altitude, retournent à leur garde obstinée. Devant la porte du parc, il y a un feston sacrifié pour maintenir l’oxygène à son état pacifique et un engrenage pour purger le département jouets. Il y a encore des excursions de jeunes filles innocentes qui se greffent à la requête des pendus cadavéreux et leurs fantômes grelottent autour d’un feu de camp.

Il y a, coincés entre les portes de l’ascenseur, des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile, attribué aux sottises des pendus.

Quelques spécimens grossiers, taillés à la main, remplissent des statistiques et un œuf en gestation sécrète la température de cette kyrielle de presse-papiers encombrants tandis que des modèles primitifs troublent la quiétude de l’éden. Des nerfs tortueux laissent le feu mourir et la plupart des clients n’arrive pas à quitter des yeux sa timeline surréaliste, ses cartographies, ses élucubrations de petit enfant gâté, ou ses traitements de textes limités à un langage châtié, et d’autres logiciels incompréhensibles… et Supertramp le Vagabond fait valdinguer le pont qui se termine par une fronde.

Comme le scintillement étoilé sur le plafond d’un vieux cinéma désert, l’hélix de son oreille se risque au fond des puits de pétrole, en crachotant des gouttelettes galbées ; il y a aussi un manifeste qui se repose sur l’intensité haletante de son regard et qui sape les fondements du taoïsme et de ses présages tropicaux.

Enfin, il y a une application qui transmet le passé effacé des matrices pour nommer Popeye, le balayeur, contrôleur des mystérieux tampons imbibés de vodka et pour régénérer le ballon d’eau chaude, la spartéine et les déclinaisons latines, en complotant dans les chiottes de l’établissement scolaire, renverse l’intrigant mystère de son ascension.

Pagan Peak. Les trois premiers chapitres.

Pagan Peak. Premier chapitre.

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

En rampant sous les lasers de surveillance d’un grand building, il eut l’intuition qu’il était en mouvement et même son cerveau était en alerte, puisqu’il lui envoyait des messages comme des SOS, certes contradictoires mais d’autres avaient le mérite de disparaître avec la voix off. Un froid polaire couvrit sa main droite qui fouillait le sac contenant les oeufs. Il se débattit avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint en l’incommodant et exigea de lui toutes ses ressources vitales. Un laser passa, il était à quelques centimètres de lui mais il réussit à reprendre ses esprits et en roulant parvint à son objectif : éteindre le système de protection.
Bien que ce bâtiment se situait en Allemagne, il appartenait à un roi de Jordanie qui aimait bien exhiber sa fortune. Hendrix n’était pas venu pour voler, simplement pour cacher dans un lieu sûr les oeufs du monstre, un endroit où on ne les trouverait pas. Après ? Après il pensait que les créatures sorties de leur matrice s’attaqueraient d’abord aux gens qui seraient présents ce jour là, et c’était ça son projet.

Hendrix avait aussi appris que les substances chimiques de leurs glandes avaient le pouvoir de les accoupler même séparées à des milliers de kilomètres. Mais en ce moment il était plutôt préoccupé par cette angoissante voix off qui lui avait introduit des krills dans le nez, ou plutôt qui lui avait obligé à faire cette chose. C’était une espèce de crevette survivante et mutante, et désormais à l’intérieur de son crâne, Dieu seul savait ce qui pouvait advenir de ce triste individu, et ça n’avait rien de funky. Par moment, tout vacillait. Mais il se souvenait des paroles de l’Ancien, un gars en blouson de cuir qu’il avait rencontré à l’origine où le Mouvement se formait : « Au début, on a terriblement mal mais dans deux à trois mois il ne reste plus qu’un orgelet sur ton oeil droit, c’est tout ce qu’il reste de ces saloperies. Il faut le chauffer doucement avec un coton brûlant, par petites pressions, et il finit par se nécroser de lui-même… Mais avant, si tu ne contrôles pas ton esprit, les krills vont essayer de féconder toutes tes bactéries, ou pire tes virus latents. Mais tu n’échoueras pas, leur force décline au bout d’un certain temps et elle se rassit au point que même la voix off n’a plus d’emprise sur toi. Question de temps et de contrôle. »

Quand Hendrix revint chez lui, après avoir planqué les oeufs à l’abri des regards, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant toute l’inimité que lui et ses frères de la forêt nourrissaient à l’encontre de la modernité. C’était la saison rouge et il allait tous les affronter. Et les abattre froidement. Aussi bien virtuellement en étouffant leur domination par du piratage informatique, que dans la vie réelle en leur montrant ce qu’ils ne voulaient pas voir.

La moisson de cette saison rouge, et il ne le savait pas encore, se raccordait aussi aux ambitions d’un autre tueur, peut-être plus intelligent que lui. L’homme en question, un certain Whalid, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol de sa cabane ; il travaillait le jour pour préserver la nature comme garde-forestier. Mais dès que le ciel, le paysage des montagnes, de la neige, des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentait presque émoustillé quand il vit le labyrinthe des forêts l’environnant s’embrumer de manière mystique.

Whalid avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps la secte, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Hendrix. Aux premiers abords, le futur homme de la forêt l’avait trouvé d’un potentiel hautement vulnérable, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes. Puis, en y repensant cette nuit là, il avait eu la folle idée de s’allier à lui, du moins sans que Hendrix consciemment puisse s’en rendre compte. Ce jeune rêveur pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques pucelles sacrifiées au clair de lune ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des dieux de la forêts, pédés comme des phoques et qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

Le nouveau président avait raflé tous les suffrages de cet électorat d’extrême-droite qu’il devinait outré par les immigrations, son crédo nauséeux et pendant qu’on les voyait à la télé se saluer, le nouveau et l’ancien chef du gouvernement, des lambeaux de peau de Enrica sous les coups de fouet de Hendrix se détachaient : elle l’avait déçu, abusé de sa confiance, de ces oeufs étranges qu’elle lui avait vendu, rien n’avait percé et les rêves de l’exterminateur s’étaient écroulés.
Si on se risquait assez près de cette scène de torture, un observateur attentif aurait remarqué qu’il y avait un autre homme avec eux mais il avait un masque affreux et se lovait entièrement dans la pénombre : Whalid était uniquement vêtu de noir et, dès que Hendrix acheva sa victime, il eut un rire guttural, celui d’un fou complètement tordu. Et quand Enrica bascula entièrement dans les ténèbres, tous deux s’écrièrent que les individus lambdas comme elle ne parvenaient jamais à appréhender l’au-delà. Que c’était même leur langage consensuel qui les en empêchait. Et leurs élucubrations toute la nuit se prolongèrent, tous deux philosophant de plus belle, avec d’autres concepts censés démontrés l’inculture et l’hérésie de ces esprits inférieurs… Mais qui avaient eu le mérite de faire s’évanouir la voix off.
La moraine des glaciers s’effondra au loin, lasse de les entendre pérorer.

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une étrange machine (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle une vidéo d’une YouTubeuse beauté. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Il eut une forte envie de se moucher, il attrapa un mouchoir, il éternua et il vit avec horreur que le mouchoir était maculé de crevettes sanguinolentes. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur sa surface métallique, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’instrument en question émettait une radiofréquence permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans des terriers le jour pour mieux opérer la nuit. »

Pagan Peak. Deuxième chapitre

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)

« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des champs admiraient ; il campait sur une page de ce carnet de moleskine, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait couvert des centaines de kilomètres, sans s’arrêter et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées de son hacienda, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par quelques esprits païens, d’après le carnet, et pendant son voyage, il avait surpris et mutilé une bande de noceurs qui roucoulaient innocemment après une soirée, perdus dans la campagne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle venait de produire ce rêve où elle lisait fiévreusement ce carnet énigmatique. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce livre dont tout le monde parlait actuellement ? Depuis son lit, elle en avait vu passer des mascarades et des carnavals de médecins extravagants dont la réputation courait jusqu’à l’arrière-pays bavarois. Le luxe ultime pour cette lettrée, que les plus fortunés redoutaient, était de les snober, ce qu’elle faisait avec panache. Malgré sa mystérieuse maladie, elle continuait d’écrire. Un journal dissident, underground.

De riches personnalités seraient bientôt jeté aux oubliettes pour leur complicité avec cette usine rejetant dans la rivière, entre l’Allemagne et l’Autriche, des déchets rendant la population neurasthénique. Martina se disait n’appartenir à aucun groupuscule, secte ou parti et personne ne l’empêcherait de dévoiler la vérité sur ce mal hantant les forêts et les montagnes de son pays… même pas son boss qui était plutôt du genre Marquis de Sade excentrique.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que Whalid avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé dans la forêt, le roi païen n’avait pas totalement vaincu ses ennemis… Et tandis que les gamins pataugeaient à cette heure dans la vase contaminée des terres quasi inondées, ces flics et ces politiciens espéraient encore secrètement le voir sous les barreaux. Et ce café lui avait été servi par Thaïs, une YouTubeuse beauté. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de l’hacienda qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’il retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, il ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Plus tard, toujours pendant cette nuit glaciale, Thaïs s’était introduit en cachette dans son bureau et, en fouillant un peu partout sans se faire remarquer, avait découvert un carnet avec plein de noms propres se terminant par des chiffres. La plupart venait de la langue grecque ancienne et après avoir fait rapidement une recherche sur le net, il s’agissait de noms relevant de la mythologie. L’un d’eux retint son attention car c’était le seul, sur cette liste, qui avait un hashtag : #Pausanias. Ce nom voulait dire « la fin des maux », et cette nourrice des dieux de l’Olympe et ses deux autres soeurs, les Thries, avaient peut-être pour mission d’extraire les hommes de leurs basses conditions, mais piégée dans ce huis-clos, elle n’avait pas le temps de réfléchir. Elle prit en hâte des notes, puis se dirigea dehors où les voitures étaient garées, et, sans être vu ni entendu, partit précipitamment après avoir fait vrombir le moteur de sa Dodge.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment : Thaïs était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity, et venait de communiquer par téléphone ce qu’elle détenait comme info à cette journaliste avec qui elle travaillait, une certaine Martina Poel, et toujours cogitant, elle repensait aux moindres détails de sa visite qui s’était écourtée. Dans une pièce de la maison de Whalid qui devait servir de réception, on avait affligé les murs de dessins économisant au sens le plus strict tout ce que pouvait jaillir d’un esprit doué ; c’était avant tout des portraits d’hommes (ou de bêtes sauvages) coiffés de masques affreux et on devinait que leur fougue meurtrière et leur ardeur sexuelle à peine masquée les avaient banni du commun des mortels mais qu’ils avaient été récupéré pour le compte de ce petit bourgeois aux idées transgressives. En ce moment, le chien de Whalid le regardait avec indifférence charger l’attelage de ses sangliers de trait et s’équiper en munitions et en armes en quête de cette pimbêche qui avait trahi sa confiance, mais sa nervosité le trahissait, le rendait ridicule…

Quant à Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, elle se sentait presque avilie d’avoir fait du pied à ce type déjanté en vue de lui soutirer des preuves accablantes, ne souhaitant que mettre la pagaille dans la fourmilière mais son cerveau abritait des plans machiavéliques pour le couillonner si il la retrouvait.

Lubr-X, autrefois.
Quand ce village n’hébergeait que des ravitailleurs mensongers et immoraux de vodka, il y avait eu, de la part d’un inconnu accoudé au comptoir, cette prédiction qu’un jour les médecins, les diététiciens, et toutes leurs cliques auraient le chic de verser dans l’ésotérisme et le surnaturel, histoire d’élargir leur ratio de gens célèbres, se croyant malades ; il avait rajouté qu’ils « devraient faire des offrandes stupides, se vêtir d’un boubou obligatoire et très cher, se prosterner devant des autels inconcevables, posséder une odalisque si ils avaient un harem et d’autres trucs pour les femmes » ces confidences avinés s’appuyaient pourtant sur le bon sens et l’inspecteur chargé de l’affaire et perdu dans ses pensées approuvait ce que l’ivrogne avait formulé un siècle auparavant…

Parmi la foule qui attendait dans la rue ce politicien d’extrême droite pour l’instant en visite dans une auberge de Cinécity, il y avait un homme de la police criminelle qu’on avait envoyé, celui-ci était posté à côté de la seule et unique entrée par où s’étaient engouffrés les gens de la conférence de presse. Le flic soupçonnait Hendrix autant que Whalid, dans leur lutte acharnée à purifier l’humanité, d’agir cette nuit et il devait se ressaisir mais l’enquêteur avait pris un sérieux coup de vieux, accablé par sa propre grossièreté, son surpoids et d’être mêlé à de sombres affaires car il n’était pas tout à fait net.

Ce fut ainsi qu’il renonça, avant de partir sur le terrain, de parler de cette vieille rumeur à son équipe, il passait plus de temps à décortiquer son projet suicidaire plutôt que de s’occuper des faits divers qu’on lui avait confié : l’accablement qui le prenait aux tripes chaque dimanche soir et son usage immodéré de drogues pour tenir lui insufflaient l’ordre de mettre fin à tout ce merdier.

Dans les locaux de la police, on racontait que le seul moyen de le retrouver (c’est à dire l’auteur de cette folie meurtrière et païenne qui s’abattait sur l’Allemagne et l’Autriche et même des zones qu’on ne pouvait imaginer comme Cinécity) c’était de faire appel aux vieux textes du monde zonard… sans savoir qu’ils avaient déjà prédit l’imminence de la Saison Rouge…

Pagan Peak. Troisième chapitre.

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché, dans ce souterrain, mes sangliers de trait et les sirènes mugissaient. Après la flambée de Flax, et après bien des siècles à se terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen ; dès mon arrivée, des gens qui descendaient l’escalier repoussaient la voluptueuse Katia. Le monde sauvage de Cinécity. Mais quelque chose qui n’était pas ordinaire dans cette ville colorait malgré tout ma soirée d’un ostensible feu de joie intérieure : elle vint me rejoindre à mon comptoir alors qu’on ne se parlait plus depuis des années.

– Une rue de Karachi qui disparait, ce n’est rien, commença-t-elle. Enfin c’est ce que je me disais avant de t’avoir vu jaillir des ruines… D’abord, il y a eu Flax, puis cette ville du Pakistan, l’Allemagne et l’Autriche et maintenant je suppose que c’est le tour de Cinécity…

Observant depuis le fond de la taverne un couple à tête de corbeau de grande noblesse roucouler, je lui fis remarquer que je ne risquais rien, que mes crimes resteraient impunis, et que de toute façon il n’y avait jamais de témoin, puis je lui demandais ce qu’elle était venu faire dans cette auberge à moitié maison close.

– Faire le tapin pour des clients influents, dit-elle d’un air songeur, mais ce magnat de la politique ne veut pas entendre parler de prostitution, ce sont ses hommes qui m’ont rembarré ; il est en train de faire son speech justement là-haut, il paraît qu’il veut mettre fin au plus vieux métier du monde. Au début, je croyais qu’il était venu là pour quelques filles…

Des gnomes aux multiples visages

Le côté obscur de la Force d’Hugo Pratt ? Il en décrivait des arrières-goûts d’esquimaux givrés dans la mémoire ultra-sophistiquée des hypothétiques éthers qu’on risquait au goulot ; atteignant le lac qui sépare le Malawi de la Tanzanie par des bras fins, il y avait aussi, paumées parmi les univers de Corto qui grappillaient le temps perdu, ses hérétiques narrations racontant que le chagrin ne se risquerait plus du côté des montages novateurs… et même délaisserait ces tréteaux que cette fanfare de comédiens un vendredi noir pour une étrange communauté avait installé !

Une étrange communauté d’hachichins se composant d’adolescents boueux qui, sans dérision, auraient payé cher pour voir pendu le dessinateur : l’accusant d’avoir déséquilibré le flux et le reflux de la Force qui n’avait de toute façon d’intérêt que de disparaître dans les remous, les méandres, les courts-circuits, les interfaces des ordinateurs qu’on ne méritait pas de commercialiser, ils s’en allaient s’acheter une bonne conscience en préparant une virée meurtrière dans sa contrée grouillante de gnomes… des gnomes aux multiples visages.

Assistés par d’étranges machines à écrire que ces jeunes hommes en noir utilisaient pour répandre la Rumeur, ils donnaient une certaine idée de leur marginalité qui avait été remplacé, après avoir lu toutes ces bandes dessinées de leur victime, pour embaucher une troupe d’acteurs, le diable jouant leur avocat par maintes prophéties féeriques…

Cette rumeur qui, sur des pierres de Rosette, elles-aussi féeriques, clôturait la représentation d’une becquée par leurs animaux de combat, obsédés par de graves dépressions à venir ; et ainsi cette tenace envie d’écrire leur noirceur, malgré tout tout aussi féerique et qu’on pouvait trouver aussi sur le chevalet d’Henri Bernardin de Saint-Pierre, alignait ces assassins d’un nouveau genre avec leurs idéaux, des idéaux qui, par maintes mortifications sous l’influence du LSD, en fait n’existaient pas.

Les Mots-Sources

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

La pierre où le ciel montait – la perpendiculaire des montagnes farfouillant dans nos oreilles un interlude post-romantique
La perpendiculaire de l’astre aussi – dans le salon de l’auberge, à la tuyauterie actionnée par ses cordes frappées…

Comme un coup de soleil attrapé pour verdir nos quelques paroles inaudibles, brimées par l’histoire
à cent lieues de s’imaginer repartir en digressions aléatoires, comme ces sciences
Exactes, donnant sur les cimes à conquérir et les promontoires nés de la Terre-Paradoxe

La pierre où le ciel mourait, quand le bleu vénitien venu des confidences
était saturé de tyroliens points d’exclamation enfiévrés et de liberté, accumulateurs païens qu’on enivrait à la source.
Le Tzar toujours à la une des journaux comme rubrique mortuaire s’était noyé parmi les racines ténébreuses des ondoiements écervelés.
Ingérant des narcotiques sanguins, la pierre où montait l’aube, rameutait à grande peine des Mots-Sources espacés et surchauffés d’excitation

Peut-être était-ce des étoiles, des étoiles tombant au fond des tasses de thé aromatisé au carbone, à la lisière du naufrage !

A cette époque, troublée donc favorable, de gouailleurs, le récit,
Inépuisable, le récit de la source remontait le moral des ruines océaniques que le typhon avait dévasté…

Les Batailles d’humeurs photographiques.

Sous le poids atroce d’une illusoire culpabilité, le plafond au-dessus de nous s’est brusquement fendu, un long zigzag qui a fait pleuvoir du plâtre sur nos cheveux. Les Cavaliers déferlaient à la surface comme les vagues d’un océan sans fin, créant ce séisme encore inégalé.
La peinture, en prenant des teintes organiques et représentant les principales images de notre idéologie, a commencé à peler et à se décoller des murs.

La peinture ? Evoquant les grands chemins, des délires rocailleux léchés par des flammes voltigeantes, et, notre idéologie les rassemblait spirituellement, comme les seules ombres délimitées par la pluie, et comptait bien graviter autour de leurs orbites éblouis : peut-être à cause des glapissements des Cavaliers tandis que nous observions depuis notre souterrain s’effondrer les murs et les poutres…

Il y avait, parmi ces zouaves de cavaliers, dans leurs cerveaux, des idées de bûchers dirigés par de talentueux prestidigitateurs et qui ralentissaient, en léchant précédemment par leurs flammes nostalgiques, leurs silhouettes de craie et de fusain, les pieds de notre monde : un univers qui dévisageait d’autres mondes surréalistes, follement inspirés par l’architecture de nos terriers où se succédaient nos humeurs photographiques. Et à l’ouest de cette forêt d’où nous étions originaires, nous savions que le Pacte avait été brisé…

Je me souviens qu’à l’époque où tous ces Parasites avaient massacré la plupart des individus de notre communauté sans même sonner le tocsin, sans même nous déclarer la guerre directement, nous étions encore doué d’une perception extra-sensorielle qui aurait pu nous prévenir de ces ravages, mais on s’était laissé endormir, persuadé que les menaces ne pouvaient venir que de l’extérieur…

J’irai dormir dans les plantations de café

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, c’était pourtant un très bon café ; et alors que j’écrivais et que la pluie ne tombait pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne, le café arpentait de haut en bas les icebergs et les banquises par ma plante des pieds… et je fumais toujours religieusement mes Craven A sans me soucier des anciens d’Algérie qui empiétaient sur le bureau.
Le café éveillait en moi des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier. Dans la vase à plasma, ce café avait placé la famille au complet dans mon bureau où je m’étais isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec le café pour plonger dans sa noirceur et des années lumières pour guérir !

A chaque gorgée je marchais sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prenais pour des serpents. Rêveusement j’affichais toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine de pythons noirs déborda en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.
J’écrivais pour la zone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.
Et de la divinité, il y en avait dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’était la mécanique des vents du sud qui m’avait poussé là, à décrire l’arôme du café pour Oscar Wilde et son odieux portrait. Il y avait aussi, immergé dans mon café, des planétariums chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabrais aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploita au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle. Et il en avait aussi des arrières-goûts de Craven A ce papier que je fumai, le kif, ce mélange de tabac blond et de marijuana et il en avait aussi des arrières-goûts d’âmes grises ce café détonant que, nous le savons tous, Mistigri dans ce bureau détient la recette. Une recette pour faire planer le marais poitevin comme le savant remix de Smells Like Teen Spirit trouvé un jour de pleine lune dans les bas-fonds… et tout cela avait du chien.

Et du chien, ils en avaient les chiens tournant autour de nous quand nous eûmes enfin planté d’autres pousses de café ; ce café qui avait outrepassé son but, à boire jusqu’à l’overdose.

Le sommeil des planètes grasses !

Dans sa robe de plumes échancrées, ses ailes de ténèbres datant des temps préhistoriques interféraient dans la base de donnée de cette vacillante histoire
passant plus de temps à dissuader la couleur de l’espace de ne pas sombrer

sous le terrible et farfelu auvent de cinéma deux chevaux babéliens 
Deux tubes de peinture ocre rouge dans le creux des vagues centrifuges
avaient ouvert un trou dans le mur, marées après marées, comme on tangue clonant ici ou là du corail
on ne distinguait plus leurs ombres sourdement coupées avec le cadran solaire la minuscule porte secrète du cinéma
des ombres qui, par leur ouïe, participaient à notre déconstruction.

Enroulé dans un drap, j’avançais une vague idée pour materner le sommeil des planètes
distant de tout, proche de… De la bouillie difficile à faire passer
 à chaque frontière, à chaque obstacle, dans une grande confusion de gestes obscènes, l’idéal serait de perdre tout en fait

des gueules d’ivoire référencées dans une catégorie équatoriale nous indiquaient la place de son cul brûlant !
Assigné à un album de Led Zeppelin ou de David Bowie, le soleil des nuits permanentes
du haut de l’atout où l’univers gratiné par un bleu de méthylène, dans sa manche
revient océaniquement harasser nos rêves éveillés ! Resserrer cet étau qui le soir sur les quais où je traine, je flâne, confie aux rythmes lents où les rues glaciales accomplissent leur mission évanescente, qu’il ne se mêlera plus des pauvres êtres humains

Scène filmée en super-huit…

Côtoyant toute forme d’association par sa seule temporalité, la mythique, l’ensanglantée opération du dé avait déclenché la colère des dieux : des « Pingouins dans les champs, des hivers méchants » que la noblesse de ses Chiffres avait prédit par de fameux raccourcis. Ces colosses avec leurs têtes d’enterrement définitivement liquoreuses comme du sirop, en jetant mes scénarios pas très folichons à la corbeille, provoquèrent la séparation du ciel et de la terre. Séparation délimitée par la table de la cuisine que les dieux firent éclater avec leur hache parallèle.


Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village, revint en force le lendemain pour assainir les lieux. Je vis aussi des spectres prendre le départ pour un rallye qui devait se terminer au fond de l’évier. L’évier délivrant un message de vie éternelle, il y avait aussi, parmi leurs semi-huttes de palmes, leur marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, quelques êtres qui cherchaient maladroitement à se faire aimer de leurs semblables en lançant d’autres prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village.

Il y eut enfin comme filmée en super-huit cette expression vaguement mélancolique qui fila aussi rapidement qu’une comète. Comme perdue à travers les ténébreuses absences du flux et du reflux de son harangue onirique (probablement à cause de cette ingestion d’étranges pilules quelques heures plus tôt.)

DayZ

« Tu crois que des groupes d’hommes survivant et luttant pour leur survie vont vendre/fabriquer/consommer de la drogue ? »
A 3 h 30 du matin, la nuit du 5 juin 1992, la saturation ; Chinaski, en s’efforçant de recoller pour la énième fois une page déchirée couverte de caractères noirs, sature bruyamment. Aussitôt l’organisme plié, révulsé de douleur, vide ce qu’il reste des tripes ; le Cerveau des Ordres de la Nuit cuve sa soirée Grunge ; douleur.


Anastasia. Anastasia, dans son rêve continuel, essuie sa morve en blablatant et Buk, encore sur le déclin, en profite pour piocher, à discrétion, une hallucinante quantité de sachets sous son matelas. Anastasia, revenue fraîchement du goulag, est à elle-seule une orchidée de ballons multicolores, bien que ses formes soient tristes, goulues ; dans le conte de la folie ordinaire de Hank, comme le tremblotement d’une lumière au fond d’un tunnel, elle brille. Sa figure disparait du fond d’écran tandis que des bandes de papier se déploient, jonchées de lettres et de chiffres, elles débordent parfois jusque sur le parquet… Pénuries de neurones.
Anastasia grogne d’une voix ensommeillée qu’elle a besoin elle-aussi de drogues pour favoriser ses visions.
De ces Ordres de la Nuit, ils ne veulent pas en démordre. Sous leurs yeux, le Livre s’ouvre : des hommes dans la trentaine, chauves aux quatre cinquième et à la chemise blanche sont décris dans ce récit ; le vieux dégueulasse mémorise leurs visages en tapant au hasard sur les touches de son étrange ordinateur. Quelques heures auparavant, il a placé dans la chambre de hautes et solides étagères dans lesquelles il a entrepris de ranger selon un ordre réfléchi les antiques Tomes pourrissants des Ordres de la Nuit.
Il a aussi rangé la vaisselle dans des cartons et couvert les meubles de housses blanches et fantomatiques. Car cette nuit, cette nuit les personnages des Ordres de la Nuit vont débarquer.

Tout avait commencé ainsi : il vérifiait la dilatation de ses pupilles dans le rétroviseur ; elles paraissaient de la même taille que les zombies de DayZ et en position debout il n’avait guère d’aplomb mais il roulait quand même sur cette route de campagne crénelée comme la mâchoire d’une vieille et arriva sans dommage à Lubr-X ; ville d’émeutes, de grabuges zonards suite à la guérilla urbaine, menée par des hommes à moitié zombies, hybrides.
Il était minuit passé et les usines, fabriquant le Virus, tournaient encore à plein régime, hoquetant et éructant dans l’air frigorifié, rejetant leurs fumées puantes, frelatées et déversant leurs effluents acides dans le fleuve. Leurs faisceaux de lumières étincelantes, qui les faisaient ressembler à des vaisseaux spatiaux, attisaient la légende, cette rumeur selon laquelle on préparait une nouvelle drogue, du genre Crocodile.

Le sang

Le sang giclait comme une pluie rouge qu’emportait le vent.

Jefferson Airplane faisait trempette dans le sang et la valve des cyborgs hitlériens s’emportait, éclatant de colère, de rage sataniste tout en ravitaillant le tonnage barbare de l’ordinateur de bord de la famille Malefoy.

Le sang giclait comme un canard barbotant dans la boue, suite à cet attentat surréaliste ; je perçais la valve des cyborgs à l’aide d’un stylo Bic : un attentat qui ressemblait à un mauvais thriller. Et, dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass psychédéliques, le sang giclait en réclamant sa dose de vodka à volonté, comme si le paiement cash de mon téléphone mobile, en triant les valseuses de White Rabbit, n’était qu’un baragouin de plus, incompréhensible à décrypter pour les cyborgs, dans leur valve d’opium.

Le sang giclait comme l’hémisphère d’un cerveau endolori tournant aux régimes de pâtes al Dante, le sang giclait en envoyant des uppercuts, précieux par leurs races de rottweillers électriques ou leurs races de sultanes en harem, dans les baraquements façon western du quatrième Reich.

Pagan Peak. Premier chapitre.

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

En rampant sous les lasers de surveillance d’un grand building, il eut l’intuition qu’il était en mouvement et même son cerveau était en alerte, puisqu’il lui envoyait des messages comme des SOS, certes contradictoires mais d’autres avaient le mérite de disparaître avec la voix off. Un froid polaire couvrit sa main droite qui fouillait le sac contenant les oeufs. Il se débattit avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint en l’incommodant et exigea de lui toutes ses ressources vitales. Un laser passa, il était à quelques centimètres de lui mais il réussit à reprendre ses esprits et en roulant parvint à son objectif : éteindre le système de protection.
Bien que ce bâtiment se situait en Allemagne, il appartenait à un roi de Jordanie qui aimait bien exhiber sa fortune. Hendrix n’était pas venu pour voler, simplement pour cacher dans un lieu sûr les oeufs du monstre, un endroit où on ne les trouverait pas. Après ? Après il pensait que les créatures sorties de leur matrice s’attaqueraient d’abord aux gens qui seraient présents ce jour là, et c’était ça son projet.

Hendrix avait aussi appris que les substances chimiques de leurs glandes avaient le pouvoir de les accoupler même à des milliers de kilomètres. Mais en ce moment il était plutôt préoccupé par cette angoissante voix off qui lui avait introduire des krills dans le nez, ou plutôt qui lui avait obligé à faire cette chose. C’était une espèce de crevette survivante et mutante, et désormais à l’intérieur de son crâne, Dieu seul savait ce qui pouvait advenir de ce triste individu, et ça n’avait rien de funky. Par moment, tout vacillait. Mais il se souvenait des paroles de l’Ancien, un gars en blouson de cuir qu’il avait rencontré à l’origine où le Mouvement se formait : « Au début, on a terriblement mal mais dans deux à trois mois il ne reste plus qu’un orgelet sur ton oeil droit, c’est tout ce qu’il reste de ces saloperies. Il faut le chauffer doucement avec un coton brûlant, par petites pressions, et il finit par se nécroser de lui-même… Mais avant, si tu ne contrôles pas ton esprit, les krills vont essayer de féconder toutes tes bactéries, ou pire tes virus latents. Mais tu n’échoueras pas, leur force décline au bout d’un certain temps et elle se rassit au point que même la voix off n’a plus d’emprise sur toi. Question de temps et de contrôle. »

Quand Hendrix revint chez lui, après avoir planqué les oeufs à l’abri des regards, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant toute l’inimité que lui et ses frères de la forêt nourrissaient à l’encontre de la modernité. C’était la saison rouge et il allait tous les affronter. Et les abattre froidement. Aussi bien virtuellement en étouffant leur domination par du piratage informatique, que dans la vie réelle en leur montrant ce qu’ils ne voulaient pas voir.

La moisson de cette saison rouge, et il ne le savait pas encore, se raccordait aussi aux ambitions d’un autre tueur, peut-être plus intelligent que lui. L’homme en question, un certain Whalid, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol de sa cabane ; il travaillait le jour pour préserver la nature comme garde-forestier. Mais dès que le ciel, le paysage des montagnes, de la neige, des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentait presque émoustillé quand il vit le labyrinthe des forêts l’environnant s’embrumer de manière mystique.

Whalid avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps la secte, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Hendrix. Aux premiers abords, le futur homme de la forêt l’avait trouvé d’un potentiel hautement vulnérable, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes. Puis, en y repensant cette nuit là, il avait eu la folle idée de s’allier à lui, du moins sans que Hendrix consciemment puisse s’en rendre compte. Ce jeune rêveur pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques pucelles sacrifiées au clair de lune ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compenserait un peu l’ardeur meurtrière des dieux de la forêts, pédés comme des phoques et qui n’accepteraient jamais ce genre d’offrandes… »

Le nouveau président avait raflé tous les suffrages de cet électorat d’extrême-droite qu’il devinait outré par les immigrations, son crédo nauséeux et pendant qu’on les voyait à la télé se saluer, le nouveau et l’ancien chef du gouvernement, des lambeaux de peau de Enrica sous les coups de fouet de Hendrix se détachaient : elle l’avait déçu, abusé de sa confiance, de ces oeufs étranges qu’elle lui avait vendu, rien n’avait percé et les rêves de l’exterminateur s’était écroulés.
Si on se risquait assez près de cette scène de torture, un observateur attentif aurait remarqué qu’il y avait un autre homme avec eux mais il avait un masque affreux et se lovait entièrement dans la pénombre : Whalid était uniquement vêtu de noir et, dès que Hendrix acheva sa victime, il eut un rire guttural, celui d’un fou complètement tordu. Et quand Enrica bascula entièrement dans les ténèbres, tous deux s’écrièrent que les individus lambdas comme elle ne parvenaient jamais à appréhender l’au-delà. Que c’était même leur langage consensuel qui les en empêchait. Et leurs élucubrations toute la nuit se prolongèrent, tous deux philosophant de plus belle, avec d’autres concepts censés démontrés l’inculture et l’hérésie de ces esprits inférieurs… Mais qui avaient eu le mérite de faire s’évanouir la voix off.
La moraine des glaciers s’effondra au loin, lasse de les entendre pérorer.

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une étrange machine (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle une vidéo d’une YouTubeuse beauté. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Il eut une forte envie de se moucher, il attrapa un mouchoir, il éternua et il vit avec horreur que le mouchoir était maculé de crevettes sanguinolentes. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur sa surface métallique, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’instrument en question émettait une radiofréquence permettant de faire naître cette voix dématiéralisées.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans des terriers le jour pour mieux opérer la nuit. »

Parmi la foule qui attendait en bas ce politicien, il y avait un homme de la police criminelle qu’on avait envoyé, celui-ci était posté à côté de la seule et unique entrée par où s’était engouffré tout ce peuple. Ses yeux d’un vert doré, quoiqu’on aurait pu les qualifier de reptiliens, balayaient tantôt l’élu qui descendait tranquillement les cent-cinquante-huit marches de son nouveau palais, et d’autres fois un type goitreux avec une fourrure de vair, l’air crade.

Dans les locaux de la police, on racontait que le seul moyen de le retrouver (c’est à dire l’auteur de cette folie meurtrière et païenne qui s’abattait sur l’Allemagne et l’Autriche) c’était de faire appel aux calligraphies des mondes celtes, de l’au-delà… sans savoir qu’ils avaient déjà prédit l’imminence de la Saison Rouge…

Crimes et Châtiments !

Eperdument, afin de lui soulever gravement mon chapeau, j’ai suivi dans ce tunnel obscur Marmeladov (le fonctionnaire ivre qui interpelle Raskolnikov, le personnage central dans le roman de Dostoïevski : Crime et Châtiment) ; la déchéance de ce personnage, en vérité, n’est qu’apparente : une pure fiction émotionnelle.
Une pure fiction qui se fabrique, à force de labeur, par associations d’idées jusqu’à ce que la conscience me ronge : cette volonté de tout détruire, d’aller au fond de l’impasse ; mais j’ai continué de le suivre, Marmeladov ou plutôt ce qu’il représente, en rageant contre moi-même.

As-tu deviné lecteur où je voulais en venir ? Cette folie ultime d’aller jusqu’au non-sens.
Je vois tout cet argent que j’ai détourné pour mon projet, cet argent que j’ai volé même à ceux qui m’étaient chers jadis, je vois aussi ses innombrables lieux où l’argent, en passant de mains en mains, a disparu ; toutes ces nuits blanches à trimer, à chercher comment mettre mon plan à exécution, à le faire perdurer sans que personne ne remarque mes agissements ; je me souviens enfin de Katia, la pauvresse qui s’agitait dans la pénombre de la chambre d’Angela, effarée, elle-aussi perdue dans une impasse ; tout, à présent, me revient…
A un point donné, le monde que je connaissais avait disparu, ou bien s’était retiré, remplacé par un autre ; la dépression qui me menaçait m’avait déjà évincé avant même de passer à l’assaut.
La liberté ne signifiait rien pour moi, ce n’était qu’un violent tremblement de coeur.
J’avais peur. J’avais peur qu’on exhume mon Secret -le secret qui nous liait tous mais aussi qui me couvrait de honte et d’opprobres ; le monde d’avant s’était effondré comme des morceaux de banquise. La dépression, aux tentures noires, s’abattait elle-aussi… La fusée de Jumbo avait décollé, me laissant seul dans la chambre d’Angela avec Katia sur une planète presque entièrement dévastée par ma faute : et si cette mauvaise fortune parvenait finalement à me rendre insensible, une vraie brute en puissance qui un jour funeste d’ivrognerie avait roué de coups son flanc gonflé où vivait déjà un embryon d’homme ?
Des nuages noirs avaient exaucé mes désirs les plus morbides : la pluie tombait à présent sans cesse sur la planète OS X.
Nos voix étaient lasses dans la nuit. Quelques secondes d’intervalles suffisaient à les effacer ; Et le silence régnait alors en emportant notre conversation, archivée malgré tout par notre cyborgs-serviteur.
Elle avait eu son diplôme de psychiatre à l’occasion de ses vingt-deux ans : faute d’être sur le terrain, elle avait délaissé l’archéologie, ses premières études qu’elles portait avec un intérêt certain, pour la psychanalyse : mais cette science ne sert pas à grand chose quand la désolation vous entoure, tant d’énergie gaspillée en vain ! Cependant le programme que je suivais et qu’elle enseignait tentait de me réconcilier avec la vie. C’était une méthode de libre association.
Et comme chaque soir, j’associais les mots qui me venaient à l’esprit, avant de fumer au balcon d’Angela : je préférais largement ces moments silencieux, j’inspirais longuement la fumée en observant les voies lactées, toutes enchevêtrées entre elles, jusqu’à ce qu’elles se vident de leur utilité.
Initié par leur force cauchemardesque je désespérais : trop d’espace, et bien trop isolé parmi ces ténèbres, je ne voyais toujours pas d’issue ; et le moment où il faudrait révéler le secret, je pouvais toujours le reporter : il s’approchait… comment allais-je survivre à un tel déshonneur ? »
Peut-être parce que j’étais déjà voué au culte du démon, comme en réponse à toutes les questions.

Il ne restait maintenant qu’à analyser le traumatisme qui était à l’origine de toute cette histoire…

Les Châtelains

Nadir est un Esprit qui vit quelque part enfermé dans le château où il a vécu, il a cherché d’abord à entrer en communication avec les propriétaires actuelles mais, peine perdue, il essaie maintenant de les manipuler en s’engouffrant par télépathie dans leur cerveau.


Les visions de Nadir -ses visions de Projet Blair Witch- en fondu enchaîné fabriqués maison étaient d’une richesse mortelle. De son vivant, il s’était battu pour prendre sa place, ici au château, mais il y avait trop d’obstacles. A présent, en quinconce avec un autre malade du cerveau, son Esprit dormait dans une boite de très longues allumettes et défiait les systèmes de la logique cérébrale, recevant par télépathie des informations importantes sur Laurel et Martin.
Il était malade mais il connaissait des moments d’extralucidité. Nadir devait compter sur leurs têtes bien nourries pour s’échapper. Quand il ne dormait pas, difficile de le localiser, il était quelque part… un lieu sans doute humide où il se réfugiait, où il hurlait d’angoisse sans réveiller personne… Un lieu qui n’avait pas été visité depuis des lustres et dont il était le moteur par la pensée, un effet de synesthésie le reliait à ce couple de châtelain qui prenait possession de la demeure, uniquement l’été, comme résidence secondaire.
Ah Laurel ! L’épouse de Martin, quand elle rêvait, un halo semblait se former autour de son bonnet de nuit. Dans ses rêves, elle abandonnait sa pudeur et son côté coincé, et Nadir s’immisçait pour la pénétrer : une série boueuse et tourmentée d’orgasmes où elle était bousculée, renversée dans tous les sens… Lorsque les premières semences ruisselaient en elle telles les flammèches traînantes d’un feu d’artifice, sa bouche s’ouvrait, ses yeux se révulsaient, ses membres se mettaient à frémir et à se tordre. Nadir la pénétrait violemment ; du sang gargouillait enfin dans la bouche de Laurel et s’écoulait, sombre, sur ses joues et son bonnet en dentelle. Au réveil, elle paniquait ; elle ne se souvenait plus du rêve, mais le sang qu’elle avait rejeté l’angoissait : elle se croyait malade, avait reçu de nombreuses fois la visite du docteur qui la rassurait maintes fois : elle était pourtant en parfaite santé !
Martin, lui, semblait subir une mutation plus lente : tout d’abord, ses érections étaient de plus en plus rares, il avait à peine la trentaine et, au bout d’un mois au domaine, il n’avait quasiment plus de désir, même les vidéos pornographiques qu’il avait sauvegardé sur un serveur n’avaient plus aucun intérêt.
Dans leur propriété, le temps s’écoulait lentement, trop lentement ; Martin regardait de longues heures son thé infuser. Une poignée de feuilles flottait au gré des courants chauds et obscurs ; le reste restait prisonnier de la passoire.
Laurel passait son temps à regarder cette boite d’allumettes posée sur l’abat-jour de la chambre, elle se recroquevillait sur son fauteuil ; parfois elle prenait des notes quand elle voyait un détail qu’elle n’avait pas remarqué précédemment. Elle ne savait pas qu’elle progressait à l’aveugle : elle se heurtait au début aux limites de la raison, mais elle avait fini par adopter secrètement l’idée qu’il fallait tout brûler : ce château isolé dans la campagne mâconnaise, la bagnole de Martin, et même Martin qui l’avait emprisonné dans cette vie de couple. Elle ne pouvait se défaire de cette idée.

Le rêve sur les ailes d’un jars !

Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens.

Comme une opacité saccadée, ou comme une intrigante pensée, ce couple de jars avait des ailes immenses : des ailes de métal en vue d’un possible thriller, des ailes que le mental avait fait descendre jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco et les crachats hypnotiques fusaient ; par le soupirail d’une vieille maison, avait été revendiqué le programme informatique de notre Cora-Hummer 7 en amortissant notre atterrissage et le décapant jaune d’oeuf du monstre en question le confortait tant dans ses prises de position qu’il parvint au point de non-retour !

Mais aussi ce programme conçu pour alimenter son monstre à la Saison Rouge parvint au point de non-perception et je rêvais toujours : je rêvais d’illuminer ces percées informatiques sublimées de génération en génération qu’il étendait en secouant sa crinière incendiaire.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompît son idée innovante, s’hypertrophia sa gageure ensorcelée ; idée innovante mais inconsciente, ensorcellement qui sapait les fondements humanistes, les sillons mécaniques mais qui finit par croupir en time capsule ; time capsule qui, en s’effondrant comme des morceaux de banquise, désassembla tout le réseau alors qu’elle résidait, cette idée, inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro des planètes inconnues.

Au commencement, la Pansée

Au commencement la nuit avait ravivé cette Pansée singulière que notre grand gourou appelait plus communément le château. Cette Pansée ou ce château ? Tout droit sorti de l’imaginaire mais véridique univers zonard qui se rapiéçait à mesure que les textes étaient publiés par la Corporation, qui régénérait aussi toutes les enveloppes charnelles de nos animaux nocturnes.
Des animaux nocturnes kamikazes qu’on avait dressé secrètement pour le combat mais qu’on ne pouvait en réalité dompter. Dans les joncs, leur sang se perdait… ou parmi les calligraphies à l’encre chancelante qu’on vendait à moitié prix…

Il y avait aussi ces seins noirs qui me dégoûtaient et Duke Ellington qui avalait une lumière crépusculaire et nos yeux hébétés qui bénissaient les sommets ensanglantés mais entre ces seins avait expiré le love buzz grunge que l’animatrice et l’animateur télé avaient fait traîner à leurs suites comme les serpentins de leurs braies et cottes de mailles en lambeaux… enfin entre ses cuisses, jetant des pincées, des poignées de soleil vert, entre les ombres mettant des années lumières pour raser fugitivement les murs il y avait aussi ce sexe qui enfantait des univers avalant des univers eux même avalés par des univers.

L’équation.

Il n’y avait aucune solution contre les pensées morbides…
j’ai tenté de fuir de cet espace clos… en vain… le tissu plaqué sur mon visage, seul dans l’obscurité, j’ai inventé un logiciel permettant de générer d’autres pensées morbides : tout a commencé avec une simple équation à double inconnue, et par une déduction mécanique, j’ai avancé dans mes recherches ; les calculs ont mûri en quelques heures… Je me suis aussi servi, comme énergie intarissable, des cocons colonisateurs qui peuplaient ma prison, m’extorquaient mon eau et ma nourriture.
Alors, s’épanouissant, le Projet Macabre, a pris ce qu’il restait de mon obole – Projet que je nourrissais de combustibles funèbres – ou plutôt laissais faire… s’épanouissant davantage, comme pour enrichir son imagination, il a changé mon mode d’existence, -un mode d’existence qui était routinier avant tout- et en m’associant aux relents d’humidité et de crasse de la pièce, le logiciel a continué de débiter davantage de pensées morbides, mais sans moi, comme si il était lancé en mode pilote automatique.
Ce logiciel, progressivement, a lancé dans tous les azimuts des tweets qui n’étaient autre que des louanges aux terroristes ; à ce moment de l’histoire, je pouvais encore intervenir, mais j’ai préféré fermer les yeux… La perspective de me retrouver face à face avec mon état initial m’angoissait, m’évoquait un cauchemar que je ne voulais pas revivre, et puis de toute façon, je n’avais même plus la force de vomir.
Mais le logiciel a accéléré le rythme, il est inutile de préciser toutes les exactions et les incitations à la haine que je voyais défiler sur mon écran, le visage pâle et les veines déjà gonflées de toute cette propagande.
Pourtant, comme je l’ai dit, tout a commencé à partir d’une équation à double inconnue, je n’avais que faire des algorithmes codant selon les lois du système en place et cicatrisant même les anciennes aigreurs des plus grands hackers ; à la place j’avais conçu cette équation pour démonter toute la grande chaîne moléculaire des bases de données, et ça ne m’avait pas coûté beaucoup d’efforts : je venais à peine de conclure et déjà apparaissait la timeline rouge du logiciel.
Le secret d’un tel succès ? Je ne savais pas vraiment d’où il provenait ; mais je me doutais qu’à l’intérieur des cocons ça travaillait frénétiquement : ils avaient pris la couleur du feu, une sorte de mutation incandescente où les braises nouvellement s’exerçaient à imploser l’organisme hébergeur.

La noirceur des enfants et leur Joker

Des enfants fouillaient les poubelles, alors venait en détails se décrire la couleur pastel du joker que le peintre Rembrandt, en usant et en transformant les ombres de cette Ronde de Nuit, avait caché de la vue de ces prestidigitateurs… à la recherche d’une potentielle survie avec le joker ils partageaient le même cerveau et surtout ce qui avait rouillé au fond.

Il passait en boucle en son for intérieur, un désir violent d’émeutes, de perditions sans faim ni fin… et les enfants restaient assis en tailleur comme des demeurés, ils avaient été humilié par l’un de ces privilégiés blancs, occidentaux, cultivés et soumis à l’heure où la nuit est la plus froide, et ça ne leur faisait ni chaud ni froid.

Leur noirceur était tombée en désuétude après bien des mises à jour de littératures russes, de niveaux de conscience huppée et privilégiée mais ça ne servait à rien de dénoncer tout le cynisme de leurs discours, ça ne servait à rien ces tonnes d’insecticides de se distiller en poésies, des poèmes en veux-tu en voilà pour apprendre à les éduquer, ces gros porcs bourgeois qui n’avaient qu’une calculatrice à la place du cœur, leur néant…. leur noirceur intime les discernant entre tous, parmi ses tatouages de salamandres et le résultat de leur folie meurtrière : la conspiration de ce monde en silicone noir que quiconque aurait rêvé de posséder ! Et, alors qu’ils étaient en contemplation devant les corps pendus au-dessus du vide qu’ils avaient eux même créé en exploitant les autres : ce système avec ses vis et ces séries de vis pour enfermer quoi ? Seul leur dictateur le savait, comme au temps où il était harnaché sur ce vide, cet as de la vacuité, du cynisme le plus pur, le plus dégueulasse qu’on pouvait voir à la télé, avec ses milliards d’incultes, de beuh et de bœufs surannés que j’entendais mugir…

Leur déchéance la plus propre, sans aucune prétention scientifique, sociale, ou économique pour ce monde déjà mort, tout ça en écoutant bien à fond Dive de l’album Insecticide que même les six-cent-soixante-six scarifications sur son corps ne paraissaient pas apaiser, comme les reliques d’un temps à la fois outragé mais aussi sanctifié dans les coulisses de ses stand-up ; car pendant ses stand-up il y avait toujours au fond de la salle les yeux verts et dorés, reptiliens de ce pendu avec ses pulsions mécaniques qu’on lui avait greffé, pissant sa dose de houblon sur les crânes des chimpanzés extraterrestres, les autres cobayes enfermés avec moi ; il continuait malgré tout à me toiser de haut, fier de ses diplômes et de la petite vie de merde qu’il avait créé, ce macchabée qui n’était autre que la représentation de ce système implacable, générant automatiquement son cynisme de son propre cynisme, mais il parait que ça vaut la peine de se battre.
« Se battre dans ses couloirs labyrinthiques et tête-bêche avec les gouffres revient à fêter l’avénement du vide » lui avais-je répondu lorsqu’il m’avait demandé comment je trouvais la mienne de vie. J’étais passé à tabac la nuit d’avant près du canal, les éboueurs m’avaient récupéré et je m’étais retrouvé ici, dans ce marasme dont les usages semblaient occultes.

Usages occultes qui en avaient fait saigner bien des saisons maudites sans spectateurs à l’intérieur de sa boite crânienne.

D’une virée au clair de lune jusqu’à une réconciliation

Une complainte pour cette virée obscure, tardive, au clair de lune ? « Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse, j’étais un fil qui chantait des informations contradictoires et sans m’arrêter je parcourais la distance entre deux poteaux télégraphiques. J’étais un fil et je ne devais surtout pas me distendre. » Comme ces domiciles célestes, comme ces plantes héliotropes pour s’imprégner de l’ambiance, comme ces pendules dépravant à perpétuité les barbes fauves, comme ces perchistes qui récupéraient l’infortune de sa sombre puissance. Cependant, on devinait aisément que cette complainte revigorante devait amener ses combattants à mieux appréhender l’immaculée conception.

Alors, du mal le plus occulte jusqu’au massif baignant parmi les roseaux, il y avait quelque chose d’autre qui exigeait bien plus de cet univers que cette complainte découvrirait plus tard, quelque chose qui demandait bien plus d »un enseignement que cette virée en territoire ennemie cherchaît à maîtriser, quelque chose inventée dans les entrailles de ces sept sorcières pendues ce matin lors de notre virée tandis que le monde connaissait une recrudescence d’attentats ; des choses peut-être même inventées au début du siècle par le même réalisateur qui a conçu le Projet Blair Witch ?

En tout cas, ce qui avait été inventée, puis, après sa naissance, ce qui avait grandi parmi les plus grands novateurs pour plaire aux marchés flottants, était d’origine extraterrestre… marchés flottants que les combattants avaient délaissé pour les spirales infernales plongeant en colimaçon jusqu’à la Bibliothèque, cet endroit où les textes permettaient d’expliciter ce qu’on était en droit d’attendre de leur résultat, ce lieu où l’on préparait l’ascenscion d’une légendaire nation démocratique, portant comme étendard l’immaculé drapeau noir des pirates… Alors tout fut enflammé, ne laissant étendre au-delà de l’imaginable que ces marchés flottants réunis en une seule communauté sous la protection de hautes murailles que les guerriers protégeaient ; face à ce fort une étrange capsule interstellaire vint s’écraser dans la neige boueuse et son représentant excita la curiosité de la contrée par son franc-parler, aussi bien complexe que cinématographique.

Plus tard, un océan de capsules ravagèrent le pays, arrivant d’abord sur la plaine qui avait toujours été d’une blancheur spectaculaire et qui fut réduit ensuite en visions apocalyptique ; mais sans jamais se satisfaire de sa simplicité divine, seul le ciel était aussi grandiose, en parfait parallélisme avec la plaine, et ces deux mondes, après les représailles, avait finalement créé une symbiose entre les peuplades, et je repartis, empli de sérénité, ma mission diplomatique avait réussi. Une montagne trônait, dans le lointain, au point de convergence des deux espaces. C’était certainement ma destination.

La salle sur demande

Ils avaient séparé les nymphettes de dix sept ans de leurs copains du même âge dans ce lieu unique, dans cette même salle où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains) ils étaient tous isolés, attendant dans la salle leur jugement. Pour l’un d’eux, cela avait commencé dès le matin : le jus de l’orange sanguine de son petit déjeuner tournoyait à s’y méprendre jusqu’à se répandre sur la chemise de son père, son bourreau et, pour d’autres, sous la forme de vignes vierges, une sorte de poils pubiens avait poussé affreusement et on pouvait les voir maintenant à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle mais la caméra ne s’attardait guère sur ce plan d’ensemble ; silencieusement, le réalisateur veillait à leur santé et à leur hygiène et à cette question qui embarrassait tous les synopsis positifs : sur l’écran de son ordinateur, s’était arrêtée cette image aussi violente que incestueuse, devait-il interdire l’image parcheminée alors qu’il s’agissait autre chose que d’un film, autre chose que tout ce qu’on connaissait jusqu’à maintenant…

Mais Hendrix Volodoï était intrigué et souhaitait que son visionnage puisse se poursuivre tranquillement, sans la censure omniprésente, il entendit alors une jeune fille lire le récit de ce navigateur qui avait débarqué sur une terre hostile pour l’enfanter, et toujours sur l’écran, un plan serré dans la pénombre commençait à décrocher, peut-être par à cause de la magnifique complexité de sa beauté et de son commerce de l’esprit…

L’argent généré par le box-office américain ou européen finissait toujours, à cette époque troublée, dans les poches des quartiers de la finance… les lycéens et les lycéennes enfermés, puis libérés sans être dédommagé, connurent tous une fin atroce et même les bonnes raclées, les complots qu’ils avaient vécu dans la salle sur demande ne semblaient rien en comparaison à ces meurtres orchestrés qui ne laissèrent aucun survivant, tout ça pour quelques pièces d’argent et de bronze qu’ils se disputaient lorsqu’ils étaient encore vierges. La vengeance, réintroduite au goût du jour par leur présence fantomatique mais qu’une légendaire nation démocratique avait chassé virtuellement par l’invention de kyrielles d’applications, fut déjoué grâce aux nombreux commentaires les invitant à la prudence… alors ils erraient dans les villes blafardes, ces fantômes qui ne se doutaient pas de ce que cachaient les panneaux publicitaires.

L’ébouriffant pouvoir de l’électricité…

L’ébouriffant pouvoir de cette électricité, aussi obscur que royal ? « Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse, j’étais un fil qui chantait des informations contradictoires et sans m’arrêter je parcourais la distance entre deux poteaux télégraphiques. J’étais un fil et je ne devais surtout pas me distendre. » Comme ces domiciles célestes, comme ces plantes héliotropes qui vantaient des mortifications à l’air insalubre pour s’imprégner de l’ambiance, comme ces pendules condamnées à perpétuité pour avoir accéléré l’arrivée de Guillaume le Conquérant, comme ces perchistes qui récupéraient l’infortune de sa sombre puissance.

Puisé dans la tête d’un dessinateur de BD, le mystère de ces atomes électriques s’épanouissait lorsque la drogue insalubre, qu’on devinait appartenir à cette nouvelle vague d’aventuriers venant des tréfonds du moyen-âge, commença à lui insuffler de la vie : à Bangkok on se demandait si ce mystère qui chamboulait tout était à l’origine de ces illustrations grouillantes de gnomes qu’il portait au dos (un dos taché de ces lunules électriques qu’on voyait s’abattre sur le marché flottant de Bangkok) et ce côté un peu enfantin de dessiner cette sorte d’esquisses prônait maintes mortifications qui n’étaient pas sans rappeler le lieu maléfique où elles étaient nées. Un endroit idéal à visiter qui n’existait et ne s’affirmait que dans l’imagination d’un authentique travail de sape kafkaïen…

Et kafkaïennne était aussi cette desciption que l’ébouriffant pouvoir de l’électricité avait fait sauter comme une coiffe en fourrure, qui jadis flottait sur le crâne luisant de Guillaume le Conquérant. Cette mystérieuse force que le roi puisait dans les sources de ces coteaux les plus bizarroïdes ? Un nouveau style de vie thaïlandais, entretenu par Hugo Pratt et entreprenant, dans l’espoir de découvrir cette sorte de mélodie révolutionnaire, l’ardeur inhumaine de se coucher entre les lignes de toutes les pages des manuscrits : n’était-ce qu’un prétexte ou une lubbie sous l’influence du LSD ?

Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse qui en fait n’existait pas, j’enflammai les draps de Corto Maltese en noir sidéral ou en or rose pour en faire des vignettes, ou pour récolter dans les encyclopédies tout ce qui alors se transformait en phlébites phénoménales.

Santa Claus ou le Père Noël qui était bien plus qu’une ordure !

Dans ce lieu unique, dans cette même salle où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’enfants perdus et soumis aux vices les plus incertains) on n’entendait que le bourdonnement des disques durs qui avaient fait naître de vieux films en accéléré ; de vieux films en accéléré qu’on devinait être monté pour la fabrication secrète de la résine de cannabis, pour la création de textes vantant des attentats aussi débiles que novateurs… novateurs afin de plaire aux marchés flottants des capsules interstellaires qui vinrent cette nuit s’écraser dans la neige boueuse, effondrant les murailles de ce lieu unique où les gamins remixaient des clips, aussi complexes que cinématographiques, issus de la guerre du Kippour ; et qui s’affichèrent sur la seule télé réglementaire avant l’épais crachat fait de feu et d’ivoire que leurs capsules interstellaires laissaient traîner dans le ciel en réponse à ce désastre.

Une situation ambigüe et un capharnaüm corrompu, humide et froid, âpre en goût. Une odeur de terre mouillée s’en dégageait, réactivant l’écran de l’ordinateur céleste qui s’était arrêté, abandonnant, pour un plan serré dans la pénombre, la vision de ces gosses vêtus en tout et pour tout de robes noires ; et noirs étaient aussi leurs projets d’édifier une légendaire nation démocratique… un pays qui aurait été bien incapable de faire émigrer virtuellement leurs sortilèges à la Santa Claus loin des panneaux publicitaires.

Alimentant un vaste feu de bois, on les retrouvait plus tard au coeur d’une clairière, ils comparaient les flammes à l’acidité de ce jus d’orange sanguine qui tournoyait à s’y méprendre pour emporter l’emplacement secret de leurs domiciles célestes et, sous la forme de volutes brûlant leurs dernières vignettes, un observateur attentif les avait étiqueté comme la définition des grands vins ; définition qui au lieu de faire naître des fins atroces et des larmes tièdes, avait enfanté à quelques mètres autour du feu ces cinq grands cierges noirs qui étaient disposés à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle… mais leur caméra ne s’attardait guère sur le plan d’ensemble, lequel soulignait en revanche la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan et la hauteur des arbres alentour.

De time capsule en hashtag hasardeux, la piste Scoff…

Sur l’écran : des listes de fantasmes fermement liées chevilles aux corps subdivisant mon cerveau en divers bafouillages. Et que la piste Scoff annônait en latin. Par quels prodigieux phénomènes tout cela avait-il commencé ? On ne savait pas vraiment ; ce qui était sûr c’était l’entrain impérial que la piste Scoff, sans jamais tomber dans l’évanescence, apportait à cet ordinateur ultra-sophistiqué… Peut-être trop sophistiqué d’ailleurs.


Ensuite, toujours sur l’écran : le chemin de tous les fichiers, polluant les irréalisables projets de ces listes de fantasmes, était baigné dans une solution amniotique ; solution qui, par d’autres stratagèmes, réanimait le chanteur de la piste Scoff sous une lumière tamisée. Et de parallélogrammes désagrégés en trombes d’eau s’abattant soudain sur la poésie éclatante des sillons permettant de lire cette chanson grunge, les disques durs tournaient, croisaient les contenus des presses-papiers à mesure qu’ils s’évanouissaient et avaient fait succéder à la manière d’un kaléidoscope d’abord les rageuses imaginations de la rock star puis les scènes cendreuses et désolées de ses concerts… au train où ça allait, tout ce tintouin – Nirvana étant le rythme, la palpitation, les pieds actionnant un orgue ou l’hélice soufflant interminablement un vent hivernal – la piste Scoff perdait par moment sa réputation presque syllabique pour d’autres interprétations qui remontaient à contre-courant du fond des âges.

Ainsi, entourée d’anguilles noires et luisantes, puis découpée et balayée par le faisceau de nos lampes de poche, sciemment, la piste Scoff synthétisait dans l’obscurité la guitare désaccordée de Kurt Cobain. Sa coloration singulière abattait à la fois négativement et positivement nos lourdes pensées. L’affaire était à suivre…

Les sept vies de l’araignée

L’appartement était en train de se fissurer de plus belle et les moisissures mangeaient les insectes. Une aubaine pour l’araignée ; cependant, dans ce petit livre noir, virulent parce qu’il avait été écrit par Satan en personne, il y avait des incantations ténébreuses qui lui avaient ôté sa force.

Sa force ? La somme de toutes les allures provocantes que je comptabilisais, enfermé dans ce studio qui s’agrandissait jusqu’à devenir un palace parisien… Et ce petit ouvrage diabolique ne s’arrêtait pas là : jusqu’à présent entravé par la magie blanche des carnets d’un sorcier oeuvrant pour le bien, son contenu, par les divers expériences qu’il rapportait, avait retrouvé une une logique propre, aussi diffuse que les sept vies obscures de l’araignée.

Et aussi factice que cette combustion perdant toutes ses plumes quand elle avait piégé les habitants de l’immeuble en incendiant tous les étages…  mais, survivante de cette tragédie, l’araignée avait niché parmi les ruines, en vivant de lichens et pour lui apprendre à agrandir sa toile, issue des hauteurs respectables, l’obscurité des nuits sans fin l’avait aidé à se cacher des humains… Etait-ce une leçon immorale qu’on pouvait retenir de cette résilience ?
Mais peut-être n’était-ce que les épaisses fumées, les vapeurs de cette Flambée brûlant à vif les corps qui lui avaient enseigné quelque chose manquant à son humanité ?

Et cette résilience, arrivant à l’automne comme les feuilles mortes, n’était qu’un sacré pudding de nerfs à présent calmes et tranquilles ! On aurait juré qu’elle aurait pu tout emporter, les sept vies de l’araignée, le précieux bouquin de Lucifer se rachetant avec une plus-value exorbitante, les signaux télépathiques aussi des déesses protégeant l’araignée et cette chose mystérieuse que leur genèse avait décanté par une succession de silences dilatés sous tous les angles pour annuler les effets maléfiques du malin !

Pour jeter des corn-flakes sur la conversation téléphonique de la chandeleur

Pour contredire mon jargon littéraire à la chandeleur dans les cavernes humides, je me régénérais des fines rayures blanches de leur capharnaüm ; et ainsi se désorganisait le règlement de la bibliothèque qui m’avait frappé de bannissement, et tout le long de l’encaissement de la vallée je fus aggloméré à ce capharnaüm.

Ce capharnaüm qui, en berçant dans ces nids de malandrins chaque discussion téléphonique, dévalua le prix du combiné de mon téléphone et énuméra ensuite ses détails en prenant le versant le plus méridional de cette vallée.

Des détails s’attachant à se repaître des édifices vivants de la montagne en face, que son lambris jumelait avec d’olfactives victoires à la Artaud !

Elle n’en finissait pas de s’élever cette montagne aux tentures téléphoniques qui tombaient de leur plafond mathématique !

C’était la fin de notre aventure, la fin de tout mouvement, comme un ensemble de lois compliquées à l’extrême. Notre aventure entre mercenaires apaisés qui, en s’aventurant du côté de l’immobilité cyclique et lumineuse, revenaient de la guerre ; un mouvement assumé ou un retour dans le passé : l’immobilité étant entravée puis arrachée comme cette affiche du Projet Blair Witch et, à la fois solaire et consécutive comme des atomes de watt canoniques, elle riait d’un rire presque sucré… médiévale et presque à l’état critique était ainsi la conscience de ces atomes qu’on fit frire par un trop plein de pétrole, comme quelque chose d’exotique !

Enfin, la brume descendait, avec une force glaciale, sur la ville, on the way et notre ivresse livresque s’atténua dans le brouillard jusqu’alors lié aux univers des phénoménologies…

L’odyssée des êtres occultes.

On attendait pour de bon leur retour sur terre : mais sous les ondes hertziennes de leurs mondes surnaturels, il y avait encore d’autres mondes !
Majorant, pour la lame d’un rasoir, le prix de la liberté pour ces êtres occultes, il y avait encore quelques uns qui traînaient sur les avenues, comment allaient-ils honorer leurs défunts si ils ne pouvaient rester sur place ?

Avec le goût acidifiant, grandiloquent de ces évanescences que les sapins de Noël dérobaient sans pour autant mettre le feu à leurs fiacres, on pouvait les estimer de singuliers. Du désespoir et des pensées de leur fou, l’esprit occidental, par une machine ultra sophistiquée, les avait dénigré… tout ça ensuite avait été jetée aux oubliettes…

Leur chagrin d’écriture comme leur perspicacité, malgré leur volonté de réinventer un autre univers fleurissant, n’avait substitué que les tours de passe-passe de leur Sibylle aussi veules que industrielles ; et veule, en vêlant dans le crâne des ichtyosaures, était aussi leur bande-son funèbre, déterminée à engager une conversation avec Dieu malgré tout… À Noël, on les voyait réapparaître un peu partout, tantôt sous la forme d’une chandelle perdue au fond des oubliettes, parfois sous l’apparence d’un sous-sol caché, dont le sol était jonché de copeaux de bois…

Harassante odyssée ! Débonnaire réapparition que les arbres des pendus, quand ils avaient 666 ans, réarrangeaient spirituellement pour qu’on puisse retrouver l’essentiel contenu entre les lignes de leur grand Projet littéraire !

Les gargouilles des fils d’Artaud !

Je réinventais l’ennui, les virées entre veuves aussi… créées par mon seul mental pour tout dire ; j’avais confiance en leur pouvoir, à leur ecchymose d’éther en attendant qu’elles s’immiscent dans ces matrices binaires filant à l’anglaise sans être débusqué…

Et à mesure que j’avançais en tournant les pages de leurs recueils, au sortir de la nuit, elles m’accordaient leur impropriété rapiéçant tantôt l’une d’elle d’autres fois imprégnant par leur parfum le vide générant C ou son équivalent : des kyrielles de cordes perdues sous les racines des baobabs ou de cet instant cambré.

Il me fallait en ces temps occultes jouir de la froide féminité du maître des passerelles qui avaient planqué dans un silo de stockage les quintessences de leurs précieux ouvrages… c’était à la une de tous les journaux : les inhalant sans cesse dans leurs vases d’exhalaisons, elles avaient dépecé le cœur des gargouilles des fils d’Artaud, à l’heure du grand départ, mais c’était toujours mieux que le lamentable spleen de leur précieux précis (précisément parce que leur froide féminité générait en écriture cyrillique le projet chaos du maître des passerelles)

Whalid

Il ne l’a jamais croisé avec cette coupe de cheveux, ni cette couleur, ni ces lentilles, mais c’est elle. Elle se dirige en direction du parc des pendus et il la suit d’un pas pressé tandis qu’un codeur par des manipulations habiles et virtuelles introduit le numéro de téléphone de son futur hôtel restaurant dans les contacts de cet homme.

Quand elle arrive près de la porte aux soupiraux grillagés, le dessin de ses lèvres perverties par une idée qu’elle a en tête, forme une grimace. Il attend de voir si elle connaît le code d’accès mais bientôt un judas s’ouvre et on la laisse entrer. Il reste là, dehors, comme un con. Puis, après quelques minutes de réflexions, il retourne chez lui, s’enferme dans son bureau où des piles formées par les livres et les blocs-notes l’exhortent à travailler sur son premier roman.

Le lendemain, à la même heure, il la retrouve ; cette fois elle est beaucoup plus vieille et elle arbore une dégaine et une marche sorties tout droit de l’imaginaire d’un ivrogne irlandais, ce qui dépareille avec le reste des gens dans la rue… ces gueux qui n’ont jamais lu Kerouac. Il embraye à mi chemin de son parcours et il remarque, quand elle ne le distance plus que de vingt mètres, qu’un curieux appareil scientifique dépasse de sa poche…
Il s’agit d’un œuf de Berthelot, utilisé pour réaliser la synthèse de l’acétylène en associant le carbone et l’hydrogène.

Échouant à deviner comment elle se débrouille pour passer une fois de plus le portique, il revient dans son appartement, désappointé et on entend alors planqué dans une cabine téléphonique non loin de là un type murmurer dans le combiné que tout fonctionne à merveille, que l’eldorado n’est pas menacé.
Mais toute la nuit, l’écrivain imagine ce que Alana des Ordalies égyptiennes, ou, sur d’autres plans, la blonde meurtrière du musée de Kali, la furie du château, la harpie de Berlin, ou encore Paola la psychopathe du port du Havre, peut bien commanditer dans le parc férocement gardé des pendus.
En regardant tristement les chauves-souris s’envoler au-delà de ces hautes murailles la nuit, il considère que son talent de caméléon joue un rôle louche dans ces virées tardives et entreprend de percer le mystère.
Bien sûr cela fait longtemps, trop longtemps que la ville a abandonné son programme politique latino-américain et lynché tous les partisans de ce système. Une grande rafle : les opposants ont tous été attribué à un arbre et, dans sa transe venant des profondeurs de la Renaissance, la Communauté des Descendants de François Premier a admiré les corps se convulsant sous le supplice de la corde.
Ce soir, malgré l’espionnage dont il est victime sans le savoir, l’enquêteur poursuit l’idée tenace de comprendre l’énigme, bien plus préoccupé par l’affaire en cours que par ce feuilleton à la télé où d’ailleurs de nouvelles recrues, issues de la population locale de son agglomération arriérée, s’appliquent pendant un faux débat à démontrer que le fameux Parc des Pendus n’existe pas.
Et, en surimpressions fugaces, des ombres menaçantes, guerrières semblent jaillir au dessus de ses lustres et l’invitent à s’exiler : sa décision est prise, il part pour cet hôtel restaurant même si il a du mal à se remémorer à quel moment et pourquoi il a pris soin de le noter dans son iPhone.
Mais le temps joue contre lui car il a le pressentiment que la femme aux multiples identités kidnappe à cette heure des enfants aux cheveux d’un noir de jais et sa parano lui souffle que son obscur dessein n’a d’autre objectif que d’infliger de disgracieux sourires de Glasgow aux êtres frêles, pour faire plaisir aux pendus peut-être.

Deuxième partie

Une vieille affiche du Projet Blair Witch a été arraché brutalement des murs entourant la bâtisse où ils dînent, en attendant le ciel étoilé, et demeure quelque temps sur le sol poussiéreux de l’allée avant de s’envoler par l’unique coup de vent de la soirée et finit sa course sous ses lunettes embuées mais il n’y prête pas attention. Il dirige plutôt son regard sur l’une de ses voisines de table et se dégonfle aussitôt à l’idée d’engager la conversation. Que fait-il ici, sur la terrasse de cet hôtel restaurant, à s’interroger sur sa faible confiance en lui, au lieu de bûcher sur cet ouvrage qui lui tient tant à cœur ? Il aurait dû faire monter un plateau repas.
Son imperméable, qu’il a mis sur une chaise, n’a pas l’once d’une tâche, boursouflure ou autres accros et pourtant, de la même texture qu’un tissu éponge, il sera dardé, quand les diodes des lanternes électriques seront allumées, de lumières le rendant décrépi. Il discerne une autre silhouette, cette fois de dos, qui corrige sans cesse sa posture et décide, même si il ne l’a jamais vu en face, qu’il la décrira ce soir devant sa machine à écrire comme une farouche amazone tirant sa force du clan des Jivaro, les coupeurs de têtes vivant dans la forêt tropicale.

Elle attend encore l’entrée alors que le reste des clients, accoudés à une table en métal, profite de la suite. En tout cas, c’est comme ça qu’il interprète sa nervosité, ne pouvant deviner vraiment ce qui la tracasse. Il s’interroge aussi sur les jobs que ces gens peuvent bien endosser. Mais finalement il s’en moque et, inspiré, il écrit un poème sur un morceau de serviette pendant son café qu’il a commandé bien tassé : « À un moment donné dans mon existence, ces femmes croisées et re croisées à l’infini, ont pris l’apparence d’une scie coupant une bûche, au dessus de la rangée des corps longilignes, nerveux, racés des pendus. Après bien des mégots et des joints aux pensées peut-être amusantes, je me suis rendu compte que toutes ces métamorphoses entretiennent le feu mettant fin aux bobines de tous les films, de toutes les narrations en lambeaux. Et sont l’œuvre de sorcellerie d’une seule et même protagoniste ; elle se volatilise, s’évanouit, évanescente, quand on essaye de gagner ses faveurs, pour mieux échapper à toutes les interprétations, cependant conformes à son idée directrice : nous rendre chèvre. »

Après ce temps d’écriture, il s’aperçoit qu’il n’y a plus que lui sur la terrasse, il plie bagage et en rejoignant le hall, il pense que ces pendus, disséminés dans le parc aux couleurs chairs, ont cette fâcheuse habitude de ne rien dévoiler au scribe qu’il représente mais il ne veut pas en démordre, cette nuit blanche il convoquera les démons. Beaucoup plus tard, à l’heure la plus froide de la nuit, alors qu’une cigarette se consume dans un cendrier débordant et qu’un énième verre de rhum paille est à nouveau sournoisement vide, il maudit sa situation, le désavantage certain de ne jamais avoir accès au Graal sacré, ce Parc dans cette ville de fantômes d’où il croit être natif.

De la machine à écrire a giclé une feuille où l’on peut lire : « la tension et la temporalité de mon récit m’ont éloigné un bref instant de mon personnage central prenant le large, attiré comme un aimant par la sombre légende de cette ancienne auberge. Le monde s’éloigne aussi tandis que j’observe les coups de soleil de cette jeune femme que sa fine bretelle laisse entrevoir et cet insignifiant détail me rappelle soudain qu’une force, pas tendre pour l’Homme, nous consume tous et personne ne va broncher évidemment. Sa science étendue et parfaitement occulte me réconforte en quelque sorte comme la liste de mes jours passés chez ces femmes accueillantes. Nommée, définie, datée et étiquetée dans ma tête comme les grands vins, qui d’ailleurs n’ont qu’un goût de carbone que l’œuf de Berthelot combine avec le courant électrique, cette liste, à l’acétylène je la brûle aujourd’hui. »

En pleine possession de nos moyens, la Tour de Babel

Pour tout dire, j’avais confiance en son pouvoir fleurissant, grandiloquent aussi mais toujours séduisant ; séductrice aussi était la poétesse qui tétait le lait des grands yacks devant mes grands yeux écarquillés tandis qu’une luminosité phrygienne sur l’écran de mon ordinateur ultra sophistiqué flashait les murs de notre repère : au sommet des altitudes rouges et fumeuses, c’était une sorte de tour de Babel, provoquant des céphalées sur la population d’En Bas par baisses de pression.

Les années s’écoulaient et, au Sud comme au Nord, des histoires taillées dans les guêpières des matrices blêmes assortissant cette très haute construction, se frayaient un chemin pour se faire reconnaître ; pendant ce labeur harassant j’entendais se décanter leurs formalités spirituelles et esthétiques, juste de quoi répandre sur les terrasses perchées de la Tour de Babel cet encyclopédique arôme provenant de l’eucalyptus et des grenades plantées au fond de ses profondeurs médiévales…

J’avais aussi confiance en leurs pouvoirs enjôleurs : comme ces neuf muses qui rendaient de l’huile de vidange, elles émettaient quelque chose de neuf, quelque chose plutôt grunge quoique désuet comme ces chansons de Kurt Cobain, qu’on écoutait les jambes dans le vide, perché sur le promontoire où reposait notre Tour de Babel… il y avait aussi, et on les voyait de loin se poindre à l’horizon, des îles comme Marie-Galante accrochées aux abysses comme ses boucles d’oreilles, comme les chaînettes autour de sa cheville ; et puis il y avait les faïences de Big Ben qui jetaient sur mes pensées des lueurs crépusculaires conçues comme des carences affectives.

À moins qu’il s’agisse d’une voix de femme qui soudain d’une fastueuse rapidité les offrit aux manipulations des sabres de samouraï, tout restait à déterminer…

Les bretzels des pendus !

Le sol était jonché de copeaux de bois. Et les oraisons funèbres et furieuses comme le givre cette nuit, quand elles nous haranguaient, harassaient les quelques milliers de kilomètres que nos jambes avec un chut de chair glissant sur de la chair ne supportaient plus.
Et les arbres des pendus, quand ils avaient 666 ans en s’organisant pour former un pentacle irréprochable, se couvraient tantôt de sang quand les ichtyosaures lacéraient la panse de leurs victimes à la recherche de bretzels, et d’autres fois on pouvait les voir porter les fruits du Territoire des morts jusqu’à l’autel au centre du Parc où toutes les messes noires se terminaient… sous les néons glacés eux aussi ramenés du néolithique, précisément à cause de cet ouvrage d’Artaud qui avait peut-être survécu à cette bande-son glauque, et que je perdis en cours de route à force de marcher à la fois las et déterminé, les mégaphones des miradors du parc dégueulant à présent des complaintes à tous les rapaces nyctalopes.

Déterminé parce que je voulais m’infiltrer dans ce grand Projet cinématographique continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile pour glaner de précieuses infos sur ces nuisibles… mais les ichtyosaures dansaient dans le ciel en tournoyant par de larges cercles autour des cadavres et chantaient par leurs cris que seule l’aide de Satan pouvait permettre d’obtenir ou de forcer les maléfiques codes d’accès.

L’ombilic des limbes avait fait disparaître les idées néonazies du débat télévisé de ce soir et à cet heure nuptiale avec une forme olympique pourquoi s’acharnaient-Ils, à faire choir des arbres faisandés ces pendus qui étaient disséminés dans le parc aux couleurs chairs ? Dans cette genèse des bretzels du pendus, on découvrira par quels mystérieux atouts l’intrigante recette du dernier bretzel a accéléré en quelque sorte l’arrivée d’intrus malgré le code d’accès au développement aussi bien complexe que cinématographique ; et pour quel groupuscule on avait soutiré à un pendu solitaire ce qu’il paraissait chuinter d’une quinte de toux…

Pour faire choir des arbres faisandés ces pendus qui étaient disséminés dans le parc aux couleurs chairs, et les offenser d’une humiliante et dernière bravade, les ichtyosaures du néolithique dansaient dans le ciel en tournoyant autour des cadavres et chantaient par leurs cris que seule l’œuvre de Satan, ardemment étudiée, pouvait permettre d’obtenir ou de forcer les codes d’accès.

Fermées par de lourdes chaînes rouillées, les portes, comme si elles l’étaient depuis des siècles alors qu’il suffisait d’un mot de passe inventé par la meute hurlante, larmoyante, désopilante des créatures de Mandeville ; et quand ils planaient au dessus des tours et des flèches gothiques des nombreux sanctuaires de la ville, juste de quoi susciter quelques prières et des offrandes d’enfants éventrés en l’honneur d’un occulte culte païen, il y avait juste de quoi chasser la mélancolie vieillissante des victimes du supplice de la corde : leur poésie commençait d’abord par démystifier le Projet : tout reposait sur sa contradiction, pour améliorer l’expérience client par une hot-line révolutionnaire offerte uniquement aux pendus cadavéreux et leurs fantômes…

Le mezcal s’est-il encore laissé abuser par quelque évidente supercherie ?


Ce bouquet de nerfs en mêlant l’absinthe et le mezcal je venais de l’apercevoir en quittant une application réputée irréprochable… on devait se souvenir, quand on attaquait le mezcal, de cette longue quête générée par l’aperçu de ses grands chemins et surtout par ce bouquet de nerfs virtuel : il n’y avait rien d’autres que de virulentes altitudes pour faire pousser ces cactus distillant leurs sucs, le mezcal.

Sans jamais adopter une attitude rouge et fumeuse, on s’en souvenait donc à chaque gorgée de mezcal : lente douleur qui descendait sur les ombres délimitées par la pluie… et par des listes rouges téléphoniques que ce précieux spiritueux contenait en nous absorbant dans des contemplations psychédéliques.

Pour renouer avec d’anciens amis disparus, comme une vacherie de plus, l’aperçu de ces raccourcis-claviers-scarabées en avait fait barboter dans le flou d’un système de fils électriques et organiques d’autres illimitées liqueurs, jusqu’à nous rendre invisible. Invisible comme leur visibilité tranchante, leurs connaissances intimes fouillant les tiroirs ouverts de mon bureau…

Ainsi on regardait par la fenêtre, après avoir descendu toutes les bouteilles, des voiles de haute compétition échouer dans la vallée des rois : il y avait encore d’autres univers qui grappillaient le temps perdu !

Les drôles d’inventions des fils d’Artaud

Les fils d’Artaud, conjointement liés par l’ADN que les épidémies ravivent, mais sans bagage génétique, avaient été décongelé ; de leur long sommeil, codant et prélevant des neuroleptiques, ils avaient rêvé de bête à poil.
Comme ce mollusque de chien-lézard qui collait son museau gluant et télescopique sur les vitraux d’une église. Pour les fils d’Artaud, c’était du pareil au même de toute façon : leur impropriété rapiéçait l’un d’eux tandis que leur propriété, un misérable marais de Louisiane, imprégnait par ses exhalaisons toutes leurs matrices binaires filant à l’anglaise…
Et même générait aussi un parfum fétide s’échappant de leur orifice dépourvu de dents ; parfum régénérant malgré tout ou son équivalent choyant depuis la chair des baobabs qu’ils s’efforçaient de cultiver.
Puis il y eut maldonne, maldonne quand l’irréaliste rafraîchissement de leurs kyrielles de pages Web aux profits juteux pourtant ne corrélait plus l’air du soir… causant des phlébites parmi ces constructeurs de rêves idéaux en les remplaçant par d’autres cauchemars qu’ils ne réussissaient pas à volatiliser.

Dans l’atmosphère aussi, les éprouvantes unicités du pastel de ces cieux aveuglants et menaçants, ridiculisaient tous leurs efforts à s’en échapper ; et rien ne bougeait là-dehors, sinon la cavalcade d’une harde de chiens lézards que leur horde aidait à s’émanciper… et peu après être revenu des champs de ruines de Mandeville, déstructurée, entourée de caméras, de perches, de projecteurs ou de ces architectures spirituelles, la conscience des Artisans d’Artaud infectait avec son vers mutant ce monde enveloppé d’un autre monde ! Car, après avoir courtisé l’éprouvante unicité du pastel qui aimait les complaintes de ces chiens errants se perdant dans le lointain flou, cette contamination se déplaçait en même temps et dans le même cadre spatio-temporel que leurs récits écrits dans le goudron brûlant de la rue.

Après leur disparition, on pouvait entendre une mélodie étouffée. Elle se déplaçait sur la même fréquence que leurs fantasmes ; et tandis qu’ils jouaient aux osselets, les règnes des apparences lisses vinrent imposer à leur pays (leur univers ?) une dictature que seul le Bouddha pourrait dénoncer ; et ainsi leurs erreurs de jeunesse, leurs fondations spirituelles du même format que les halos épatés des néons qu’ils mêlaient à la vivacité du pastel, les conduisaient à se terrer dans une sexualité emmaillotée dans le laurier-rose… A l’aube s’écroulaient d’autres royaumes de chiffons que leurs histoires de fantômes choisissaient comme itinéraire, non sans avoir détroussé tous les transporteurs empêchant cette réalisation !

Nuit blanche pour un ordinateur fleur bleue

L’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 était increvable comme ce clair de lune taoïste, cette lueur qui semblait tellement venir d’ailleurs, aimantée par le vide sidéral et chaotique de la Fosse Noire.

L’ordinateur sophistiqué éteignait même les lumières au large de son appartement qui commençait à dériver lui aussi, et ce fut ainsi comme les migrations des banquises, que les noires meurtrières des cités légendaires restèrent cois ; et, en perçant le cuir et l’humeur du thé noir, pour en faire des quartiers d’oreille-coupée, la carte mère de la Burroughs Cora-Hummer 7 décupla la puissance séropositive de ses presses-papiers…

Presses-papiers par kyrielles venant s’abreuver aux élégances des anneaux rouges qui à la place de ses boucles d’oreilles traditionnelles, à la Geisha Van Gogh, chauffaient sans attendre nos commandes courant sur le comptoir d’ivoire de Mandeville !

Sur ce comptoir d’ivoire de Mandeville peut-être était-elle là bien avant que l’Homme ne se décide à se déplacer sur ses deux jambes, cette redoutable autant que mémorable geisha provenant du néolithique pour nous faire du mal… ou tout simplement pour danser sur le feu que les meurtrières, filles de la Burroughs C-H 7, étudiaient par de longs stratagèmes…


Pour nous infliger des ouï-dire aussi et nous blesser comme cette nuit qui frissonnait dès sa naissance en terres d’holocaustes.

Ô Casimir & Ô Casimir

Des embruns aux paupières pour revenir sur terre et des emballages de supermarchés pour contrarier la sérénité comme une main, une bestiole excédant les hautes montagnes, elle avait mis en quarantaine le pays heureux des enfants joyeux, un voile dans les cheveux pour en venir à bout
Comme un vide instrumentalisant le côtoiement des plaques d’égout, la tortuosité, tous les enfants de ce pays crasseux étaient comme ça : disposés en cellules souches dans son laboratoire, aussi étrange que cela puisse paraître ; malgré l’odeur de terre qui se dégageait à chaque changement de trajectoire sexuelle, il y avait aussi de la poudre blanche dans ses yeux livides, dans ses pots de fleurs et dans son éprouvante éprouvette ovulatoire.
Comme des réseaux sans fil ou comme des soleils couchants, les enfants avaient été tellement gavé comme des oies qu’elle devait faire naître dans cette solution amniotique des perches et des naufrages
Elle avait tellement gavé les enfants qu’un sillage de couleur jaune dans l’éprouvette étincelait comme des V1 ou des V2 prêts à exploser littéralement : les enfants-oies étaient devenus des bombes à envoyer sur Londres et l’éprouvette, en la rapportant dans un tombereau, un tissu de mensonges naïvement, mais mûrement et hautement perché.
Ce fut dans ce contexte que j’arrivais, en sprintant à la dernière ligne droite, dans ce pays bouillonnant de bonheur fécond. Bonheur fécond mais profondément troublé quand la technicienne de laboratoire apprit que les V1 et les V2 n’avaient pas fait de dégâts !

Avec moi dans l’éprouvette, les enfants joyeux étaient tous des lépreux qui voulaient vandaliser la capitale du Royaume Uni ; leurs campements imaginaires : des tentes en peaux de chameaux dressées à l’orée pensive d’un bois hanté et leur sérénité : un miséreux mais un martial mélange à mi chemin entre développement personnel et guerre au Mali.

Les enfants V1 et les enfants V2 n’arrivaient plus à soutenir le va-et-vient prévu par le plan machiavélique de cette sorcière de laboratoire ; entre yo-yo mélancolique et parfois mais très rarement douce euphorie le moral des enfants joyeux n’était pas vraiment bon !

L’au-delà peut-être…

Des Déesses s’éloignaient, principes précautionneux pour une description sans la vision fiévreuse, cette vision ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant tout ce que ces nymphettes pouvaient distiller en quintessences : ces quintessences de monde nouveau
Percluses de doutes et de vanité. J’étais le
Dieu des Crémations, développais en encaissant dans toutes les méninges les différentes étapes pour migrer ailleurs : l’au-delà peut-être… et ce qu’on avait exproprié de leurs sorcelleries
Ne se mesurait que par la force des vagues souvenirs à la Malcolm X
Mais la solitude trouait des vers dans l’ombrelle de leurs écumes
Des embruns de vers et des rafales de rimes
Des états latents de califourchon somatisant à l’est des odeurs de ruines
Il avait fait perdre le nord au sud cet est mémorable ; l’itinéraire avait commencé ainsi. L’apprentissage qu’on pouvait bénéficier en lisant entre ses lignes : explorer tous les rêves, qui, par malchance, débutaient par une vision fulgurante ; était-ce ce début de chantier écroulant des colonnes d’or et d’ivoire pour soutenir le ciel ?
Ou bien sa variante plus moderne qui mordait la prescience des pylônes pour électriser les cœurs ?
Sauvages, arides
Et liquides conceptualisations que le jazz thérapeutique, consumé sans l’écouter vraiment, sans singer sa jouissance
Avait fourvoyé en attisant la sorcellerie des veuves noires !

Aux insectes, pour demander pardon

Les insectes dans le cerveau refaçonnent et détaillent le lieu qu’ils ont fait exister. La bouche grande ouverte, comme pour recevoir l’hostie, a fait entrer les insectes ; les invertébrés à l’intérieur du cerveau, comme absorbés par ce cosmos, rendent l’exploitation de ses neurones assez complexe : il faut, pour extraire une pensée, pomper au fond des strates cérébrales, comme si il s’agissait d’un fossile.
Le cerveau : un lieu étranger où les insectes malheureux, malhabiles, paraissent ridicules par rapport au nouveau fonctionnement de protection qu’ils ont adopté.
En réalité, elle a de nouveau perdu conscience, la victime ! Résultat d’un forage sauvage, sans aucune délicatesse ; des millions d’insectes la regardent à l’intérieur d’elle-même et gardent farouchement leur gestation : quand les chirurgiens tentent de les déloger, ils s’aperçoivent rapidement que leur gants, puis leurs mains, sont couverts d’acide hautement corrosif ; et la victime éveillée dans son lit hurle encore plus fort que ces docteurs. Elle hurle qu’elle va mourir. Et pourtant, oh mon dieu, elle ne meurt pas. Pas encore. L’agonie ne fait bien sûr que de commencer, il faut l’honorer cette douleur sans laquelle rien n’augmente ni ne diminue.
Quelque chose explose dans ses os et dégage une puanteur si forte qu’elle semble briser la chaîne moléculaire du vice.
Peut-être que la torture n’a pas de fin, se déroule selon une extra-temporalité qui nous échappe. Mais personne ne veut abattre cette jeune femme qui passe ses jours et ses nuits à endurer, à cuire intérieurement.
Les examens continuent. De son côté, la douleur ne reprend pas : elle est la continuité incarnée tout simplement. Comme un être indépendant, qui fait pourtant partie d’un tout, qui est consommé par cette globalité mais aussi qui l’entretient et la nourrit.

Ce rail d’encens qu’on lui avait promis pur et extatique, était peut-être de trop.

Bouquet de nerfs

Ce bouquet de nerfs que je venais d’apercevoir en quittant une application était irréprochable par l’aperçu de ses grands chemins et il y avait comme une altitude ou une attitude rouge et fumeuse qui planait sur leurs ombres délimitées par la pluie… et la liste rouge téléphonique qu’ils contenaient m’avait absorbé dans des contemplations psychédéliques…

Sur les grands chemins il y avait aussi, à l’approche de minuit, l’asphalte bleue enrubannant ces hommes pendus têtes-bêches à l’entrée de la demeure de Satan. Eux-aussi jadis lancés dans cette quête effrénée : ce bouquet de nerfs, ce Graal sacré qui harassait, dès le néolithique, leurs consciences et leurs idées grunge !

La mésentente de ces chemins et leurs Théologies du Feu perçant au-dessus de la surface avaient survécu aux massacres du tsar tout comme l’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 sur lequel je pianotais ; celui ci produisait dans l’inconscient des générations à venir de vagabondes luxures que je devais ranimer par la braise de leur bûcher ; et la fumée de leur cigarette
roulait, dans du papier de vers, des versets, tous précisément espacés par le rythme des bourdonnements déconcertants de la machine chaque fois qu’un projet était déclenché.

Par quels procédés s’étaient-ils laissé abusé ? Avaient-ils été séduits par le plus parfait des Théologiens du Feu ? Ce bouquet de nerfs avait-il été enfanté dans la partie la plus inférieure des limbes infernales ? Et pourquoi les grands chemins avaient-ils été conçu selon le modèle du Shining Project ? Brûlant sans jamais manquer de combustibles, tout était organisé autour du Feu et comme bercés par la chaleur humide qui régne en son antre, ces deux fous, ces deux sbires de Satan avaient modifié le goût du métal pour calmer la douleur, ouvrir ainsi l’application Twitter, et rechercher dans les entrailles de leurs victimes l’odeur rouge, mélancolique qu’elle exhale, cette souffrance virtuelle… Sur leur carnet était dessinée au fusain sa représentation.

Le cri déchirant de la goule !

Il y avait, comme pour éclairer leur pensée latérale, l’éprouvante vivacité des pastels ; leurs viabilités ne duraient que si leurs langueurs jouaient aux osselets ou si elles courtisaient les marées…

Leurs lointaines échappés sur des chevaux babéliens
Avaient enfanté dans le creux des vagues virginales
Le cri déchirant de la goule et de ses ombres ; de ses ombres qui projetaient sur l’autel des nuits impénitentes, il ne restait alors que le sommeil des transconteneurs.

J’avançais et j’inversai aussi la rotation et les révolutions qui sommeillaient au centre des planètes
distant de tout, plus proche, par nos génétiques entremêlées, de cette goule planquée dans leurs quartauts tubéreux : une autre veuve noire imitait son cri déchirant et le soleil des nuits perpétuelles avait ainsi l’atout gagnant dans sa manche !

Le côté grunge de l’existence

Rapporte-moi les automnes sauvages, dit-elle

Son souvenir frigorifiait les sourcilleuses épines de mon doigt de pied en attisant les plus folles, les plus ésotériques recherches jusqu’à parvenir au point de non-perception : le vide des Voyelles ; mais je n’avais toujours pas très bien pigé

Quelle était la finalité de ses histoires de fantômes qui me rendaient successivement ou simultanément confus ?

Lorsqu’on greffa sur mon crâne les hélices du Minotaure

elle parut démasquée, couverte d’écriture écorchée ou délirante comme on en trouve dans le journal de Kurt Cobain

Il te faudra du courage pour me perdre,

m’avait-elle murmuré, détenant entre ses murs un précis de médecine d’Aristote

Un livre qui m’avait ôté la somme de ses allures provocantes que je comptabilisais alors entravé par

L’obscurité d’un arc de sa main : était-ce une leçon immorale qu’on pouvait retenir des huit premières pages d’Aristote ?

Mais peut-être n’était-ce que les effets, les vapeurs de ce pigment brûlé qu’on trouvait dans sa résine ?

Et dans cette résine polissonne où était caché la molécule i-7777, le philosophe affirmait qu’il avait décanté par une succession de silences dilatés sous tous les angles

Le côté grunge de l’existence

L’ombilic des limbes

Si je devais ressusciter je voudrais n’être plus qu’un seul védique grimoire : le grimoire de l’ombilic des limbes aujourd’hui disparu. Un orateur aussi.

Comment, parmi ces minuscules poussières d’étoiles, cet ouvrage d’Artaud a-t-il survécu au temps ? Et à ces droguées nymphomanes qui embrassent de leurs lèvres le linoleum.

Les fenêtres ouvrent sur le grand ailleurs et Beth dort encore, son ombre couchée sur le lit étant délimitée par la pluie

Les mirages et les idées en copeaux

Comme ces lambeaux de papier

que Richard Brautigan, de ces mains fatiguées

envoie jouer dans la corbeille ; alors les idées sont lancées…

Black Insects

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs. Cet ailleurs martelé après de longues nuits harassantes avait le don de réactiver cette vieille histoire : la nuit où j’avais vu passer dans un état second des trains de marchandise dans ces tunnels où j’errais.

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs mais on devait faire appel à l’imagination. J’étais né après la période post-grunge et ma vie jusqu’à maintenant avait été une interminable incarcération dans ces tunnels.

Dans ces lieux, j’avais composé black insects, une chanson avec une mélodie lancinante, déchirante. J’avais longtemps rêvassé, m’étais inspiré des forêts denses de Lake District, des ruines des vieilles bâtisses évangélistes, des maisons de bûcheron aux clous rouillés et apparents avant de m’engouffrer ici.

Une nuit, les flics avec leurs rottweillers, avaient fait une descente pour déloger les adolescents frêles qui squattaient et fumaient dans les tunnels. Il y eut une surenchère de violence et puis plus rien. Seule la mélodie de black insects résonnait encore, comme le cri de guerre d’une tribu locale, alors véritable esprit des lieux.

Pour déconner, j’aimais raconter aux journalistes que black insects avait été inventé dans un cimetière indien, alors que j’étais en transe : j’avais vécu une enfance éloignée de tout, dont les médias n’avait pas accès, ce qui me permettait de dire un énorme mensonge sans qu’on vienne me faire chier à ce sujet.

En vérité, tout avait commencé à ma majorité : j’étais fou de rage contre tout, contre les psaumes simplistes et dégoulinants d’amour fraternel de mon père, le pasteur du coin, contre ce faux recul bidon que les pétasses affichaient à mon égard, contre le racisme de ma province paumée envers les gens typés…

Bref j’écoutais In Utero en boucle et je me demande encore aujourd’hui comment l’heureux auteur de black insects n’a pas défrayé la chronique à l’époque en massacrant son environnement avec un fusil à pompe.

Aujourd’hui encore, on peut entendre des adolescents frêles, en chemise trop large et jean troué, fredonner black insects en pinçant les cordes de leur guitare pourrie ; et j’ai même appris dernièrement que des connards aux crânes rasés et aux couleurs nationalistes, dans leur pays respectif, se sont réappropriés black insects, la chanson culte de notre groupe, pour en faire un hymne nauséeux.

Au début pourtant, nous étions un groupe de rock, tendance plutôt boueuse : des amis qui s’étaient connus au lycée, plus proches de la laitue humanoïde que de vrais bêtes de scène. Il y avait encore de grands espaces à conquérir.

Les tableaux noirs, leurs procédés silencieux ou leurs silhouettes de tailles humaines…

Elle devait émerger au troisième millénaire d’un mur de marbre blanc, à l’extrémité nord d’un souterrain, en vivant de lichens, de jeunes filles prenant leur pied, décimée par l’enfance
Exposant leurs détails d’ivoire, pour avoir une idée de ces nymphettes fusillées ce mois de mai en plein vol
Il n’y avait que des jours de nefs basses et des ailes de jouvence

Pour renaitre par l’envol, Hunter S. Thompson abandonnait leur schéma de pensées outragées
Et rendait abscons le pouvoir de maîtriser tous ces orages pour penser aux si belles, si moches choses qu’elles croyaient provenir des mythologies évanescentes et des amulettes
confrontant les miroirs
Ces matins fuyants et sauvages qui, tôt devant leur café, venaient réchauffer le Vésuve ou la languissante soie de sa nuisette
Sans l’arôme du café

Découvrant la lumière claironnant
Par l’antre ouverte des âges
Elle savait comment délivrer son message, sa sérénité, les prémisses bon chic bon genre
Le noir était sa couleur, un pelage malgré tout
Qu’elle n’aimait revêtir qu’aux patients crépuscules
Lorsque leurs sombres radeaux flottaient au-dessus de l’horizon calme
Elle prévoyait pour chaque migration d’ivoire, pour chaque transhumance d’ivraies folâtres d’autres tableaux à peindre à la Soulages, en se disant Le noir c’est de l’or !

Le regard védique

Le regard védique que la nudité féminise en phénoménologie prisait du tabac : cette nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne nous voyaient pas et que je retrouvais au fond d’un grand rift, à la fin d’une république sans histoire, ne nous gênait pas.

Même nue dans les rizières surnaturelles et moi couché comme un vaurien sur le sol du sanctuaire matriciel une bonne fois pour toutes, nous tombions toujours plus bas dans ce gouffre que les samouraïs informatiques, après plusieurs tentatives et sans-façon, amorçaient ; la romance entre nous deux n’influençait pas non plus l’arrêt ou non des larmes d’où partait la morsure du bleu, se vautrant sur ces sommes matricielles qu’il n’y avait pas lieu de payer…

Les Reines de Kingston !

L‘aube dessinait des cygnes. Et des masques, des masques de lances maintes fois raccrochées
aux hasards de ses yeux pour rejoindre Kingston à chaque borne, à chaque bois de santal
périphérie solaire, étendues de glace que l’on approvisionne, avec des gourdes, des dessins humoristiques
ou que l’on brûlerait au chalumeau avec des armes de débutant, de gogo danseuses
j’avais besoin d’aimer à nouveau, lui dis-je à cette danseuse de Saint-Louis, un itinéraire que
son épaule me déboussole, en dehors des Europe, des tables basses, pour faire ployer le meilleur arbre de ratissage zen.

L’obscurité du marasquin de Neptune

elle me parlait de la nuit, de cette nuit où le sens de la vie restait à trouver

elle

Était ce silence qui parlait de la nuit vieillissante

Alors qu’en plein milieu de nulle part

La noirceur systématiquement s’agenouillait, se perdait, rencontrait les poètes

Des accords

accrochés aux équinoxes ; ainsi elle ressemblait à une identité d’emprunt, une rivière de pas grand-chose

Pour réordonner les évanescences comme des lumières

Et je prévoyais en la voyant avec cet air intangible, flou de la ficher comme junkie

Il n’y avait pas d’objet plus revitalisant que son ombre égarée en chemin

Pas d’autres expéditeurs à retourner et encore moins de substance plus grisante que son marasquin provenant certainement de Neptune !

Le vin des barricades

Elle arrosait du vin des barricades mon cœur huilé d’histoires blafardes
Mais ces libations ne refroidissaient plus mon corps transi des froids hivers
J’oubliais tout ; à coup de gaules elle haranguait
Dans la salle des meurtrières des combats perdus d’avance et les cimes ainsi crachaient leur ennui érotique
Dépareillées étaient leurs couleurs qui doutaient comme moi de la nostalgie
J’oubliais tout ; même les corrélations
Des soleils noircis par ses remontrances serviles – le soliloque du clown –
Se perdaient dans le grand maillage de ce Nirvana endolori qu’elle exsudait pour imaginer la genèse des guerres comme celle du Viêt-Nam

Les territoires des narcotiques sanguins

Je couchais sur papiers ces nuits dont l’intérieur du van entreposait les reliques depuis le clairvoyant Scentless

Je les décrivais comme un silence d’hypnose, et désassemblais tout leur réseau alors qu’elle résidait cette idée aux tréfonds des terreurs d’enfant

Des peaux de basalte et d’autres nuits impossibles piaulaient le lait de la pitié. Comme fatiguées pour avoir trop hissé la hampe des détails.

Sous le portique des pénombres

Arrachant les dents aux mémoires des Time Capsules et aux cauchemars vagabonds

Je portais les grenades que leur sein et leurs yeux noyaient d’un néant nécessaire

Le néant des étendards sacrifiés

Déjà se distinguant en disputant âprement les territoires saccagés par des narcotiques sanguins…

Naissance et renaissance

J’avais écrit des pages

Dont je ne me souvenais pas

Je ferrai aux mors des grandes rivières des lamentations

Les lamentations de ces nénuphars qui ne pouvaient s’endormir

Que sous les grands arbres

Et quand les braises dans l’âtre satinaient ce que les grands arbres confiaient, leurs nuits, leurs grands secrets

Me donnaient la force de survivre et même d’exister et l’ombre qu’ils apportaient aux ombres

M’aidait ; et je pensais à l’arbre d’Anne Frank

À l’arbre qu’à ma naissance mon père avait planté

Et je me sentais prêt à tout revivre

Les grandes douleurs où sans doute on aime à se perdre

Comme les moments magiques de l’existence

Que j’entrevois, même malade, même sans mémoire

La force, les pays des bateaux perdus, et tout le reste qui se recueille

Juste un moment avant de reprendre la route.

Le thé des poètes !

Le thé des poètes comme une lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir. Sa préparation à la manière des moines zen avait été jetée aux oubliettes.

De vastes étendues d’eau saline pour qu’il puisse s’infuser et, comme l’océan pacifique qui réussit tout ce qu’il entreprend, il avait l’arôme de l’éternité, des drames vibrant comme les cordes d’un violoncelle…

Chaque jour son esprit flottait par delà l’est et l’ouest sans remarquer que le nord et le sud, en symbiose à présent, étaient en parfaite santé ; et pour nourrir leur corps de géants occidentalisés, l’attentionnée nonne bouddhiste captait des messages provenant de l’espace… et qui nous parvenait après avoir bu une tasse du thé des poètes !

Était-il noir, bleu, vert, blanc ou mauve ce thé que le capteur télépathique du moteur des inventions pas encore inventées ne parvenait à dissimuler ? Nous ne le savions pas mais nous acceptions ce qui ne pouvait changer. Dans toutes nos décisions, avec la même lenteur que le thé des poètes s’infusant, notre cerveau enregistrait la liste mnémotechnique, en grand deuil, de ces cours boursiers bouturant les printemps… et les cueillettes de ces feuilles de thé, adulées par tous les poètes !

La soupe aux choux des jeunes filles prenant leur pied !

La soupe aux choux pendant que Beth dormait encore, en reflétait bien des ombres qui restaient couchées sur le lit étant délimitées par la pluie ; le savant breuvage, par delà les vallées, entraînait des alpages noirs de craie et de surprises synthétiques dans sa chute… des intrus qu’on voulait oublier. La soupe aux choux annihilait la lumière de la chambre qui par petits paquets de rayons, paraissait enamourée d’un suçotement de bleuet nostalgique…

La soupe aux choux bouillonnait comme sa silhouette de craie et de fusain plongeant en s’immobilisant en bas. Peut-être était-elle métamorphosée par ces quelques pétales de ciel blanc arraché, qui la guidaient à travers les dédales, les cosmos ; et pour faire tomber quelques extraterrestres, ses grumeaux lui reconnaissaient un langage de plus en plus ironique.

Mais, ces souverains réchauffés non par le soleil vert ni par ses rayons au gaz comme le butane mais par la languissante chaleur de cette soupe paysanne, allaient sonner le glas de sa vitalité effervescente… Et, en rogne dans le tombeau sacré de leur Vallée, ces roitelets éprouvaient des émotions pourtant contradictoires : un mélange miraculeusement évanoui quand la conscience spirituelle de ce potage profanait leur tombe.

Nous avions roulé toute la nuit dans une Renault Scenic de troisième zone, en pensant que la soupe aux choux allait observer une révolution tout comme le ciel rouge de Bangkok ou comme un jour de nef basse ; et bien trop lessivés dans cette guimbarde supersonique s’étant arrêté en haut d’un gratte-ciel surhumain, nous écoutions l’autoradio qui passait en boucle la soupe aux choux et qui, même par l’intermédiaire de nos pensées les plus folles, n’avait aucune sympathie pour eux : ces rires décantés de jeunes filles prenant leur pied, et que j’estimais être au plus au niveau dépassant la simple télépathie, les nobles idées révolutionnaires des hussards informatiques…

Pour de virginales pensées, les neiges jaunes !

En écrasant au sol des lustres napoléoniens, tout d’abord une succession vertigineuse de miroirs, ou un viatique en marbre blanc.

Puis une virée entre veuves créée par son seul mental qui, pour la perspicacité d’une veulerie émergeant de ce mur, avait été jetée aux oubliettes… et veules comme leurs céphalées étaient leurs Sybille industrielles qui les suivaient par de longs travellings d’autoroutes ; tout en continuant ce jeu certes un peu débile via leur chemin de fer délimité par la pluie, leurs territoires se perdaient jusqu’aux cataractes minérales du non-être : suites de vision infinie numérotée et attribuée à chaque changement d’altitudes ou de latitudes !

Leurs viabilités ne duraient que si elles jouaient aux osselets ou si elles courtisaient l’éprouvante vivacité du pastel, alors sommeillaient ces transconteneurs où planquée dans leurs quartauts tubéreux une autre veuve noire imitait le cri déchirant de la goule !

Et qui empêchait d’approcher de trop près. Ce fut alors que les vétustes exils reconnus dans les stances scandées par les foules, formulèrent de magiques invocations pour leurs comptes… et pour les faire revenir sur Twitter par quelque cruelle divinité vieillissante ! Ainsi, pour le rite, je devais donc quémander au portier ce qui produirait leur flambée ; et tout semblait brûler à cause de cette force, cette sorcellerie par laquelle devait ressusciter l’être formidable de leurs raccourcis matriciels.

Cette année virale avec ses réseaux sociaux qui résistaient au feu, aux mensonges, aux masques hilares, annonçait pour de bon leur retour sur terre ; en éteignant mon mégot que le tabac de Virginie avait abusivement volé aux consciences des machines, je venais d’écrire un poème où il y avait une chandelle oubliée, cachée, puis retrouvée en l’honneur des défunts… Des défunts pour réinventer encore d’autres mondes !

La sorcellerie des veuves noires.

Des conceptualisations pour des nymphes trop blanches ou un souvenir fugace mais mémorable ; l’itinéraire avait commencé ainsi. Leurs apprentissages : explorer tous ces rêves, qui, par malchance, débutaient par une vision fulgurante.

La description de cette vision fiévreuse ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant ce que ces nymphettes développaient en encaissant dans leur méninge les différentes étapes pour parvenir au but… et ce qu’on avait exproprié de leurs sorcelleries de veuves noires n’était que la somme de tous ces rêves en lambeaux, de toutes ces mélodies à la Kurt Cobain…

Un certain malaise se dégageait de cette nouvelle équation qui cependant ne procurait que la malaria pour tous ces malandrins qui avaient mal commencé leur vie ; incendiant leurs Maldives avec ces kyrielles de nuits passées, vague souvenir de Malcolm X qui n’avait jamais parlé ou si peu de tous ces clubs de grandes prêtresses, où le mâle en goguette cherchait toujours des couturières malveillantes…

Ah ! Décidément à Kuala Lumpur comme ailleurs, pour ne trouver que cette idée tenace, obsédante de ces histoires blêmes, les nuits revêches ou les noces, les sorcelleries de ces veuves noires, corrigeaient sévèrement tout ce qui accusait et crevait la panse des clowns épeiches. Ces silhouettes de craie et de fusain semées au vent.

Tournées aux pays des ichtyosaures extraterrestres

À Bristol, au quart de tour, son sang se déplaçait d’une valve à une autre, irriguant les couveuses, élaborant dans un tourbillon la fusion du métal ; ce métal qui me fit penser à cette célèbre timeline, son seul butin, et qui défilait jusqu’à la déraison.

À Brisbane l’obscurité était maladroitement agglomérée aux arrières-goûts de ses jours de sabbat, et elles en décrivaient ses collectes d’œufs de Pâques, prêts à éclore, bien des moments d’incubation et ce monde aux tympans percés par le claquement de bec du pic-vert n’entendait que le bourdonnement des clés USB 3.0, des disques durs aux vaisseaux sanguins périnataux forcés d’obtempérer.

Et toutes ses machines expropriées comme tout autre appareil qui trimballait des informations contradictoires, mais qui n’existait pas, ameutaient des ichtyosaures extraterrestres ; des ichtyosaures que Martin du Gard utilisait comme moyen de transport pour vendre du rêve.

À Londres les théories du complot et leurs rumeurs latentes préparaient le terrain pour le journalisme gonzo et il en résultait que toutes les villes du Mexique allaient subir un déferlement de parasites ; en effet dans ces villes brillantes comme des mares aux diables, elles avaient une certaine idée de l’élégance impérialiste que ces arrières-goûts sauvages d’équipées ravivaient sur le dos des ichtyosaures extra-terrestres, ces jeunes filles masquées pour un bal à Londres.