Le Roi du Hasard

Au beau milieu des vieilles lanternes qui se réchauffaient comme elles pouvaient, qui s’allumaient le soir, on donnait des granulés à ces larves jaunâtres. Les verres tombaient et se brisaient quand on entendait leurs cris… leurs cris et leurs détresses qui nous aidaient à imaginer des tauromachies, à tout casser ; les seringues craquaient aussi sous les semelles et elles déploraient la place psychédélique de tous ces univers semés d’illusoires oasis, mais il y avait aussi deux squelettes qui me considéraient d’en haut sur les rives du Styx. Pour chambouler leur rituel, je m’étais rabiboché avec Beth qui pour un brin formaliste n’allait pas transiger pour utiliser un langage grossier à tout bout de champ, et ce rêve infaillible planait juste au-dessus de nous comme s’il attendait impatiemment de pouvoir nous laper, d’être également lapé…
Lorsque les océans de phosphate s’approchaient, un entonnoir se déployait et venait se poser autour de sa proie qui, ainsi immobilisée, et malgré tous ses efforts, étaient rapidement avalée et vidée de tous ses sucs.

Ces deux squelettes, qui me considéraient d’en haut sur les rives du Styx, me racontaient l’histoire d’un club de gens riches ; et je m’étais rabiboché avec Beth uniquement pour importer des enfants affamés de l’étranger, ils mangeaient dans des auges et pour un brin formaliste vouaient un culte au Mérovingien, le roi du hasard. Ce culte pour majorer le prix de la noirceur, qui, selon le Mérovingien, n’était qu’une fausse couche d’espèces mutantes, reptiliennes ou presque humanoïdes… et dans un autre film onirique, le mal des anguilles et des serpents noirs commençait à lentement se matérialiser…

Les moûts incas des Sorcières

Le secret est une drogue puissante.

Les sorcières qui nous avaient introduit des krills dans le nez, engloutissaient aussi les dernières cendres du mois de janvier qui se gaussaient des jours phagocytés… nous n’étions plus que des représentations aussi végétalisées que figées, peinant à retrouver nos migraines dans nos crânes de cristaux verts ; nos crânes sur lesquels un circuit électrique en manque de puissance nous réaccoutumait à son primitif souvenir : celui, où échoués sur une plage de sable fin, les insectes, après la mousson verte, dessinaient pour nous des moûts incas qu’on avait fait bouillir dans de grandes écuelles.
Et ces flaques où on observait des tas de mondes grouiller, préoccupés par une angoissante voix off, effrayaient tout autant qu’elles décervelaient ; et elles se déplaçaient, d’après les rumeurs des anciennes Portes Rouges, dans les méandres des égouts de la ville. Une ville conçue à la base pour ne pas perdurer… opiniâtre, mais sans vraiment exprimer son désir d’émancipation, sans jamais apparaître aussi dans les encyclopédies, la cité des répudiés mourait lentement mais sûrement. Pour le mois de février qui était un monstre, les sorcières allaient-elles attrapé la rage rouge et noire, le mal de vivre des philtres, la panne d’inspiration après l’écriture de leur chronique un brin morbide ?

La Houle des mers lapones.

Une danse inouïe dans la boue, puis des questionnements… Une douleur lancinante. Puis la nuit à Mandeville capitula. Ariane avait compris son pouvoir inexorable. De nombreux sacs en carton, couvrant la tête des danseurs aborigènes, témoignaient qu’on était bien dans le folklore. Je remontais la rive du fleuve de la vallée de l’Asaro quand je vis le spectacle ; d’un geste de la main, Ariane dépoussiéra ses bottines de cuir et quand nous rentrâmes dans sa cahute, dans l’air flottaient les effluves des verres de rhum, et on discutait toujours de cette danse dans la boue, surtout du moment où un sauvage avait essayé d’en étouffer un autre et qui fut piétiné impitoyablement par cette danse enfiévrée… on pouvait se fier aux effets de l’Hélicéenne, cette drogue dont on serait prêt à se prostituer pour s’en procurer.
Et j’imaginais qu’à la télé on glosait maintenant sur l’inefficacité des recherches menées jusqu’à présent pour combattre cette criminalité. Et, à cause d’un courant d’air, la poussière voltigea à ce moment-là et retomba sur un tas de vieilles poupées vaudous. Elle vit alors, en un éclair, un œil de type lapon apparaître parmi les amas de poussières qui voltigeaient. D’abord terrifiée, elle examina d’un peu plus près mais il n’y avait rien, ça devait être sûrement une hallucination qui s’ajoutait aux autres, comme la fois où elle avait vu s’afficher sur son iPhone la réclame d’une neurotoxine, encore plus puissante que l’Hélicéenne.
Mais pour l’heure on devait rallier le Nord de Mandeville. Nous sortîmes au clairvoyant crépuscule et prîmes deux bécanes, et en se frayant un chemin parmi les fumées nocives des fêtards on arriva dans un squat bien plus qu’à l’abandon…

D’un geste de la main, elle dépoussiéra ses bottines de cuir impérial tandis que dehors des nuages inquiétants blanchissaient de leur lumière crépusculaire les visages de la tribu et dans l’air ne flottaient plus les effluves des verres de rhum, mais des vapeurs d’essence… Et pendant qu’à la télé on brossait des portraits de tueurs en série à Mandeville, maintenant les rues étaient désertes et cela affligeait les politiciens de la contrée, et même des scribes qui décrivaient l’ubiquité de la poussière voltigeant par dessus des voyageurs voulant passer incognito dans cette ville, non loin des cases du village de l’Asaro. Ils devaient, je crois, se contenter de faire disparaître des gnomes qui devaient à cette heure les avoir repérés, étant trop visibles pour adhérer à cette sagesse ancienne : pour vivre heureux, vivons caché. Ils me dégoutaient aussi, je les accusais de semer le trouble, la confusion dans mes affaires avec Ariane.
Au loin, la houle des sept mers brésillait les navires des petits pêcheurs, abandonnait ses infimes espoirs et son histoire de clair-obscur pour mieux ressusciter un matin d’hiver…

La résurrection

Elle me parlait de la nuit, de cette nuit où le sens de la vie restait à trouver, elle me racontait l’histoire de cet empereur qui s’était annihilé dans la noirceur la plus pure ; elle était ce silence qui parlait de la nuit vieillissante alors que la toiture de notre école n’abritait que des milliers d’oiseaux rares et fascinants, et la peinture noire, qui permettait de repeindre nos murs, annonçait l’avènement de leurs mondes celtes. De tristes murs, et des univers celtes qui se retrouvaient à la pleine lune pour courtiser des ballerines indémodables…. Cela me rappelait la résurrection de la nuit s’attaquant aux grandes servitudes des hommes.

Je photographiais l’âme et la simultanéité de ces précieux oiseaux quand l’orage éclata et, avant que ces milliers d’oiseaux puissent prendre leur envol, il foudroya la toiture de notre école ; j’avais télégraphié un texte de cinq pages lorsque l’empereur s’était fait la belle… au beau milieu de nul part, la noirceur qui piétinait ses vœux de charité se perdait ; les oiseaux étaient devenus des insectes nécrophages et je les vis s’envoler, ivre de gin… depuis il ne fait que venter et désormais nous n’estimerons qu’à leur juste valeur les empereurs à venir et les conquistadors d’un genre nouveau.

Voyage en Orient

Pour des aventures fantasmagoriques et des amourettes délurées, la route l’attendait. Il me semblait que des mygales géantes couraient d’un nuage à l’autre dans le ciel ; un étrange bug informatique court-circuitait notre ordinateur tandis que la pluie crachotait dehors. Et dehors c’était morne, tellement morne que même les moines bouddhistes cravachaient pour faire disparaître cette torpeur mentale.

Pour des odyssées en Orient et des voyages sans fin, la route l’attendait. Elle avait entendu dire qu’il y avait, pas bien loin, un sanctuaire zen. Et pendant que les mygales dans le ciel s’alimentaient (une gloutonnerie qui rappelait celle de Gargantua) elle visita Tokyo, le Bengale puis la Thaïlande et fit des rencontres improbables avec des hommes qui avaient muté, changé de sexe et de physionomie ; une mutation presque hilarante pour elle si j’en crois ce qu’elle racontait.

Cependant ce n’était peut-être qu’une histoire de plus, qui déplorait elle-même ses outrances langagières et thématiques… je tirais sur ma pipe d’opium en l’écoutant mais ces derniers temps il n’y avait que la morphine pour me calmer un peu ; et lorsque les immenses mygales se ratatinèrent au point de devenir de minuscules morpions, les données des Sociétés de Géographie maritime du XVI et XVII siècles furent effacées de notre ordinateur ; la torpeur qui les avaient fait naître, fut absorbée dans le cosmos.

Styx et Châtiment

J’étais à la recherche de la toison d’or dans cette pure fiction qu’elle avait fabriqué tant bien que mal à force de labeur… elle procédait par associations d’idées et jusqu’à ce que la conscience nous ronge, on avait encore cette volonté de tout détruire, d’aller au fond de l’impasse…

Je lui écrivais un poème grunge et elle était déjà ivre, elle avait abandonné sur un banc le roman de Dostoïevski (Crime et Châtiment) et des fantômes le lisaient pour se souvenir de la promenade des anglais. Et le roman de Dostoïevski préméditait pour nous quelques Saisons Rouges pudibondes.

On avait aperçu le personnage central de ce bouquin jouer aux osselets dans la boue mais nous préférions le tarot, ou le nain jaune… jadis, sous la forme d’orgasme blanc, les vieilles usurières qu’il avait assassiné hantaient le ciel étoilé au-dessus de notre lit ; de grises mémoires sillonnant les allées du Louvre s’en souvenaient encore et de l’autre côté du miroir elles berçaient les défuntes en attente de passer le Styx, sur l’autre rive.

Les cendres d’Angela.

Lorsque ses vœux furent exhaussés, les ventes aux enchères comme les ventes à la sauvette s’affolèrent et les avenues comme les rues connurent des jours de grande révolte. Mais sans en payer le prix elle continua de demander au génie des choses extraordinaires, presque impensables et Angela découvrit avec surprise deux anciens portefeuilles en crocodile avec des liasses de billets à l’intérieur quand elle rentra chez elle… et tandis que les alligators et les caïmans dévoraient les gens qui n’étaient pas restés sagement dans leur appartement, elle ouvrit prudemment les fermoirs en laiton, et aperçut, en plus des liasses de billets, la vieille photo en noir et blanc d’un écrivain qu’elle ne connaissait pas.

Il avait écrit ce scribe sur un carnet en cuir usagé des mots en langue étrangère, c’était peut-être un dialecte de Papouasie mais Angela préféra s’intéresser à la bouteille de vin rouge millésimé que le génie lui avait offert et dont l’étiquette avait beaucoup souffert.
Puis, plus tard, le génie imagina pour elle une vie féerique de courtisane ; à séduire les plus beaux partis au milieu d’un capharnaüm de libertins, elle n’allait pas rester là, cloîtrée sous les dômes byzantins qui avaient les couleurs d’outre-tombe des cygnes noirs… Pour des aventures fantasmagoriques et des amourettes délurées, la route l’attendait.

La route l’attendait et prenait au pied de la lettre ses mots souvent rares et complexes, car elle avait emprunté son champ lexical aux listes sans fin du carnet en cuir. Et elle se coucha très tard, fit des rêves fiévreux où elle se perdait, comme Alice aux Pays des Merveilles, dans cet étrange classement, ce fourmillement de ratures et d’images, et quelque chose ou quelque créature imaginaire lui chuchotait à l’oreille qu’elle tenait à présent l’aboutissement d’une méthode d’écriture novatrice et surtout d’une invention farouchement gardée sous clef !

Striée de lumière blanche…

Quand les jeeps s’embourbaient au sommet du col de l’Izoard, le monde, leur monde, avait dévié déjà et nos os s’élargissaient, nous étions alors mobilisés pour faire souffrir des enfants, des naïades sans couronne… Et les rigoles des petites ruelles où l’on voyait des navires fantômes, ou des vaisseaux spatiaux qui avaient chavirés, se réjouissaient de cette scandaleuse affaire !

Striées de lumière blanche, les pensées, les colchiques de Jack étaient effrayées par tant de beauté ; cette beauté qui s’était drapée des haillons de leurs mondes celtes ; leur cœur de pierre avait aussi chaviré quand nous avions commencé par fertiliser abondamment leurs terres ; puis les plantes et les cactus du diable donnant le mezcal, la séminale avaient fait éclore des profondeurs que les voies lactées nous enviaient. Au-dessus, ou en dessous de ces profondeurs, les coupoles de nos immeubles qui avaient abrité le Projet Chaos, menaçaient de s’effondrer ; mais la révolte enflait, on avait déjà pendu les deux frères qui les avaient fait naître, ces Êtres difformes et grotesques.

Quand nos jeeps s’embourbaient au sommet du col de l’Izoard, ils n’étaient qu’à deux heures de marche mais on devait encore traverser une jungle luxuriante, pas sûr qu’on arriverait à trouver ce que nous cherchions ardemment. Ce jour-là, je me souviens, entre deux pannes, j’étais en train de lire Une Saison en Enfer et dire qu’il restait encore les fleuves jaunes et impassibles à franchir. Cependant, sur le chemin, des statues d’éventreurs érigées à notre gloire me remontaient le moral.

Les cavaliers qui nous suivaient tant bien que mal avaient malgré tout semé les caravanes et les éléphants qui s’embourbaient comme nos jeeps dans une mare de boue ; et avant de s’extraire du bourbier, leur unité était déjà mat en seulement quatre coups… les voyages fantasmagoriques, on disait, formaient la jeunesse, mais le périple pourtant aurait très bien pu s’interrompre prématurément lorsqu’ils commencèrent leur travail de sape en infectant nos bases de données métaphysiques et virtuelles avec des virus informatiques jusqu’à présent inconnus.

Quand tous ces possédés reprendront du service, j’étudierais minutieusement les pensées mystiques de Jack, leur roi, car sans moi il ne pourrait que hanter les bars où une armée d’ivrognes enfantera milles tragédies de malandrins, sans jamais parvenir à séparer le bon grain de l’ivraie. Et on entendra les clochettes de leurs brebis qui reviennent, et d’autres animaux dont la vie dépravée se consumera avant même qu’on en soit scandalisé !

Je suis la vie gâchée de Jack

Je suis le cœur brisé de Jack, je suis l’absence totale de surprise de Kurt Cobain, je suis le symptôme et le mal des anguilles de Jack ; je suis la bienheureuse corrélation de Jack… et sans moi, Jack ne pourrait pas fonctionner… Je suis le cœur fêlé de Jack et sans moi Jack ne pourrait pas étendre son règne maléfique. Je suis le nouvel an de Jack, et sans moi Jack ne pourrait qu’étreindre du végétal, pas du minéral, je suis l’absence de but de Jack, je suis son but…

Dans un champ de colchiques, Jack effrayait la beauté de la vie ; cette beauté qui enjuponnait les nymphomanes de Kafka. La mousson verte avec le temps s’avouait vaincue, et dehors les flaques attendrissaient des moûts incas qu’on avait fait bouillir dans de grandes écuelles… et pour un meilleur karma, elles se battaient pour s’imposer en maître sur les mondes celtes ; leur cœur de pierre avait chaviré quand Jack était devenu une sombre déliquescence !
Et parmi les ombres grandissantes de cette nuit-là, sa profane tranquillité luttait pour revenir à la vie et cloîtrer dans une cocotte en papier tous les possédés, des possédés novateurs qui voulaient voir pour une dernière fois le lac des cygnes…
Quand la voie lactée se scandalisera de leur folie meurtrière, je serais les pensées mystiques de Jack, et sans moi ses milles tragédies de malandrins sépareront le bon grain de l’ivraie, et purifieront les erreurs du passé.

Pastel

Elle se plaignait de Kurt Cobain, du symptôme des anguilles ; elle aimait minauder et elle affectionnait la bienheureuse corrélation du Pastel… et de mon côté, je la connaissais par cœur, j’avais visualisé son arrivée aux Marquises et anticipé l’inauguration de son règne maléfique. En cherchant des têtards qui gobaient l’authentique soleil du nouvel an, j’étreignais le végétal comme le minéral, pour parvenir au but, à son but…
Elle était parvenue à un point où le récit dérapait, et cette nuit-là, la lune s’inspirait du livre de Tristan Garcia, de La Ruche et de La Rouge autant qu’elle s’intéressait aux références de Lovecraft. Même les plus belles histoires de Revenants ne s’attendaient pas à la voir revenir, et, dans leur méninge, il y avait tous les ingrédients, toutes les différentes étapes pour épousseter toutes ses vieilles angoisses… Alors, en m’enfonçant dans la vase rafraîchissante et brute, je m’étais demandé si elle n’avait pas déjà vécu sa dernière et grande bataille contre l’occident. Une grande bataille contre l’occident pour son agitation maladive. Un combat acharné pour désamorcer sa puissance fiévreuse, tandis que la teinte du ciel virait au mauve avant de bleuir à nouveau.
Dehors les iconoclastes, qui ne méritaient qu’une bonne correction, colportaient sa rumeur ; à l’intérieur de notre cabane le thé s’infusait et le temps passait comme il pouvait, et sur mon carnet de voyage je décrivais la quintessence des fleurs, et des campagnes en Russie, le doux pastel rutilait à présent.

Dark

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Dark. Premier chapitre.
Depuis des mois, j’étais en rogne, je n’arrivais plus à dormir. Quand je me couchais, j’entendais, des profondeurs, le Soldat d’Ys. Je ne comprenais pas non plus les autres.
Mes récepteurs olfactifs étaient déjà bien foutus : j’aurais pu baigner dans la merde, une vase pleine de sangsues nauséabondes, et ne rien sentir.
Il faut dire que le Soldat d’Ys avait donné du fil à retordre aux enquêteurs, dont je faisais partie et les commerçants et les patrons des hôtels d’ici le maudissaient car l’affaire avait éclaté en pleine saison touristique. Pour ma part, je me contentais de tirer sur mon joint, prétextant que les individualités égoïstes ne m’intéressaient pas.
Et puis j’allais commettre un acte répréhensible par la loi, un meurtre crapuleux de la couleur la plus noire ; c’était le prix à payer pour pouvoir approcher le roi des clowns, des renégats.

Il y a eu une invasion de clowns renégats, annonce la speakerine. Ils ont envahi le hall du bâtiment de la mairie. Leur roi sommeille dans un wagon à bétail en attendant de nouvelles recrues. Ils doivent utiliser des talkies-walkies pour parler avec leur souverain. On raconte que, jadis, au bout de deux heures de marche dans une galerie souterraine, ils auraient enfin retrouvé l’anneau du Soldat d’Ys symbolisant la réunification de son pays avec le nôtre. Cet anneau doit être aujourd’hui couvert de rouilles, mais il paraitrait qu’il possède encore de sombres pouvoirs…
L’affaire en cours avait remplacé ce feuilleton à la télé. Les enquêteurs poursuivaient l’idée tenace de comprendre l’énigme, préoccupés par l’émeute que le souverain avait générée… Ses mercenaires déglinguaient un par un les quelques flics qui s’approchaient trop près et son ventre reposait en ce moment sur la moquette verte d’un train qui s’éloignait pour la cité d’Ys, ville fantasmagorique célèbre pour sa jungle babylonienne et pour avoir abandonné leurs trésors avant même d’avoir sonné le tocsin et ainsi même la horde des clowns attardés était revenus de cette rafle, lourdement chargés des métaux précieux de cette cité lacustre. Il était en ce moment à plat ventre, et il rêvait mais il savait que tous les rêves n’étaient que des appels de l’au-delà ; et quand il rêvait, il avait le pouvoir omniscient de tout savoir (mais seulement quand il rêvait) et il savait qu’en arrivant sur le territoire d’Ys la neige qui tombait en rafales ralentirait sa clique… Alors en continuant son sommeil paradoxal, il remuait et avait délaissé la seule couverture dont une hôtesse du train l’avait couvert, il remuait en se rebellant car il n’avait aucun moyen de changer la donne.
Il avait ordonné à son gang de pervers de perpétrer l’assaut barbare contre le repaire du soldat affamé d’Ys mais la tempête dehors contrariait ses plans. Est-ce que le Soldat était déjà mort ? Est-ce qu’il avait caché quelque chose avant sa mort, quelque chose comme une drogue puissante, capable de mieux appréhender les phénomènes paranormaux ?
En surimpressions fugaces dans le wagon d’à côté, des punks qui n’étaient pas bien loin et qui copulaient avec leurs chiens et leurs ombres menaçantes, avaient remarqué tout de même les nécroses et tous les endroits putréfiés du corps du souverain, il l’avait d’abord croisé sans faire attention à lui, c’était avant qu’il s’écroule ivre mort en revenant de la voiture bar.
À mesure qu’ils se rapprochaient du corps, j’en profitais pour fouiller ses affaires, je cherchais des clés, les clés de son hangar où ils stockaient d’énormes quantités d’uranium pour une raison mystérieuse, je les trouvais au fond de sa valise noire tandis que les punks commençaient à paniquer, n’arrivant pas à réanimer le roi des clowns, des renégats…
À suivre.

Un rêve très personnel !

Comment étais-je arrivé ici ? En gravissant des montagnes à faire peiner même les dieux, j’étais tombé dans les pommes et elle m’avait trouvé alors que la tempête rageait, alors que les mercenaires, pour un autre royaume sans roi, combattaient et perdaient beaucoup d’hommes au combat… j’étais complètement gelé et le désordre dans les rues était en train de devenir une émeute à désorienter tous les souverains de cette contrée.
Elle m’avait hissé sur le dos d’un éléphant et m’avait ramené chez elle (mais il s’agissait en fait d’un rêve qui avait dégénéré en cauchemar et c’était nous tous qui rêvions, partageant la même aventure onirique) ; dans sa tanière des chimpanzés, dont on avait vissé des hélices sur leur crâne, décapsulaient des bouteilles de bières ; des bouteilles qui deviendraient plus tard des tessons lorsqu’ils seraient suffisamment éméchés pour se bagarrer entre eux.
Et visiblement les rêveries qu’on partageait ne tenaient pas à ce que nous restions calmes et sereins car elles se démenaient à nous faire hurler de colère ; et tout bouillonnant, on se remémorait des fièvres équatoriales, des éclipses boréales quand on ne connaissait que les fièvres tropicales, de ces noces lorsque les alchimistes de nos rêves nous surprenaient en inventant des péripéties à défier la houle… Et quand j’étais enfin rentré chez moi, j’avais croisé la plus belle fille du lycée et ce genre de détail dans mon rêve, je le savais, allait m’attirer des ennuis ; mais j’étais prêt à tout encaisser, d’une robustesse qu’on ne prête qu’aux inlassables démons.

Une robustesse déconcertante mais des idées de traviole, des idées obliques comme le reste, et tout flétrissait dans mon cerveau, avec d’autres idées qui ne m’appartenaient pas. Cependant sur le dos des éléphants que j’avais appris à apprivoiser avec elle, je ne craignais pas de tomber dans les cataractes, dans ces gouffres où des pendus s’amusaient à hanter les ténèbres… Ils l’avaient d’ailleurs aidé à casser la glace quand je n’étais plus qu’un glaçon… J’étais encore entièrement recouvert de glace malgré leurs vains efforts, mais je ne sentais plus rien et soudain l’ordinateur qui gérait et générait ce monde onirique s’éteignit subitement ; on devait alors être dans un rêve se contentant de leur approximations, et ces inventeurs croyaient aussi qu’il s’agissait d’une version qui les avait grugé… Une version hautement fumeuse mais le rêve avait déjà cylindré un autre parchemin, un autre scénario pour moi, pour nous, pour ces joueurs de haches et même pour le dernier peuplier de la terre : allait-il lui aussi montrer une solidité à toute épreuve, une solidité qui supporterait les outrages et le poids du temps, sans précipiter notre perte ? Les parieurs qui s’accoudaient aux comptoirs ce matin me confiait qu’il avait en tout cas une force exceptionnelle à empoisonner tous les cafés noirs, à faire venir ceux qui hantent la sciure et la poussière !

La belle famille du poète

Pour le troisième œil du poète et pour chaque nuit rouge, prôner une nouvelle éducation sexuelle plutôt fantaisiste… et pour l’opium, pour fabriquer du savon façon Tyler Durden, des qualités fumeuses, parce que nous sommes imparfaits, parce que nous sommes perfectibles… pour le troisième œil du poète et pour toutes les profondeurs insaisissables de nos lacs artificiels, maintenir à l’état liquide, à l’état gazeux, chaque embryon humain ou provenant de la reine des rats ; pour le troisième œil du poète ou pour les demeures ancestrales coloniales, les faire revenir à l’état de braises à peine refroidies.

Il y avait encore de la place pour d’autres pensées dans nos cerveaux ; nos cerveaux où quelques créatures tisonnaient ce peu de chose qui recelait nos moments passés à éprouver l’efficacité du troisième œil du poète. Et puis il n’y eut plus rien. Le troisième œil du poète, jamais les voies lactées ne se résoudraient à le régénérer de leur puissance cauchemardesque.

Cependant, perché sur la plus haute branche, un poète comme Rimbaud, essayait quand même de capter des ultrasons pour finaliser son poème ; la force cauchemardesque des voies lactées ne s’intéresserait désormais qu’à donner aux médecins des temps de peste noire… et depuis que le ciel était devenu de la même couleur que le charbon, les lendemains tombaient dans un gouffre sans fond.

À ce moment là, on pouvait dire sans crainte que toutes les légendes étaient truquées, mais nous restions persuadés que si la nuit avançait encore, les ménestrels et les hackers ne devraient pas tarder à retrouver leurs yourtes perdues au beau milieu de nul part ; déjà un étrange spectacle se préparait : au centre d’une arène ces doux rêveurs jouaient une phénicienne pièce de théâtre… des horizons de cendres semblaient alors séduits par leur représentation !

Le Soldat affamé d’Ys

Il y avait eu une invasion de clowns renégats, annonçait la speakerine. Leur roi sommeillait dans un wagon à bétail en attendant de nouvelles recrues. L’affaire en cours avait remplacé ce feuilleton à la télé. Les enquêteurs poursuivaient l’idée tenace de comprendre l’énigme, préoccupés par l’émeute que le souverain avait générée… Son ventre était lourdement chargé des métaux des cités lacustres. Il était en ce moment allongé sur le dos, avec, pour seule couverture, les voiles de la vergue d’un Trafalgar. Il avait ordonné à son gang de pervers de perpétrer l’assaut barbare contre le repaire du soldat affamé d’Ys. Et, pour les tenir éveillés, il avait distribué une drogue puissante.
Et, en surimpressions fugaces, leurs ombres menaçantes, guerrières semblaient jaillir des épaves qu’ils avaient abandonné après les avoir pillés.
Il y avait eu une invasion de clowns renégats, annonçait la speakerine et le soldat affamé d’Ys, dans sa transe, s’efforçait de les contenir et lapidait malgré tout les quelques reliques évanescentes de leurs fantômes venant des profondeurs de la Renaissance…


Leur roi sommeillait dans un wagon à bétail. Un transsibérien qui bientôt se couchera sur le flanc et ce qu’il transporte comme vies finira avec les autres épaves larguées elles-aussi dans les flots tumultueux d’un océan en pleine décrépitude ou d’une immense mare en contrebas de la ligne ferroviaire.

Un mystérieux ordinateur

Les mygales se contorsionnaient, les elfes et d’autres fouines, comme absorbés par des contemplations psychédéliques, avaient fait flotter dans l’air un parfum de Minsk et l’Ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 produisait un bourdonnement déconcertant chaque fois qu’un Projet était déclenché. Bref c’était presque un jour parfait, un Noël ensoleillé et on ne perdait pas une minute pour plonger dans les méandres cérébraux de l’inventeur de cet ordinateur exclusivement destiné aux ouvrages littéraires… Il avait laissé un manuel ésotérique, hermétique que je tentais de comprendre avant d’allumer ce système informatique d’un nouveau genre.
L’Ordre des Obscurantistes agaçait le Minotaure, leurs clients fanfaronnaient gentiment parce qu’ils retrouvaient leurs vingt ans dans un corps de vieux en mâchant une étrange hostie et les motels de Mycènes étaient pleins à craquer parce qu’ils accueillaient cette délégation… le système politique ne savait guère de choses de ce nouvelle secte et encore moins songeait-il à savonner la pente des lascars et des zonards qui entretenaient le marché parallèle avec leur aide financière. Les mygales avaient saupoudré leur tapis rouge en pondant des oeufs, qu’on retrouverait plus tard dans les contreforts alpins et Zurich imitait Minsk qui étourdissait ses habitants avec des odeurs de muscade…

Après avoir détruit l’Hélicéenne en poudre, j’étais atteint de myopie mais d’un calme olympien j’arrivais malgré tout à éteindre l’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7, le logiciel venait de s’installer ; je fermais doucement les yeux et sombrais aussitôt dans une torpeur agonisante ; lorsque je me réveillais, la lune était encore là ; au JT rediffusé la nuit, on m’annonça qu’une armée d’Obscurantistes avait envahi Jérusalem ; une poignée de peuples guerriers et de mercenaires nordiques s’était emparée de la ville sainte ; et au petit matin, quelques heures plus tard, nimbé encore du rayonnement pâle et lunaire, le silence m’aida à me ressouvenir de cette discussion virulente avec l’inventeur et les obscurantistes. Un rayon de soleil agaçant perça et me rendit amer « quand je pense qu’ils voulaient eux-aussi m’entuber avec de l’Hélicéenne coupée avec davantage de drogues de récupération alors que c’est moi qui devais me farcir tout le boulot. »
J’essayais d’oublier cet épisode désagréable. Mais plus je négligeais à rentrer dans les détails, plus je me disais qu’ils ne leurs manquaient que l’uniforme SS des nuits de cristal, et que leur déguisement de médecins en temps de peste n’était pas assez dégoûtant pour proclamer que l’habit fait le moine ; ils étaient étrangement caparaçonnés dans un attirail assez fantasque : une longue tunique faite en lin, descendant jusqu’aux chevilles et enserrant leur tête dans une cagoule, d’un masque en forme de bec ressemblant à un oiseau, de gants, de bottes et de jambières, d’un chapeau noir à large bord et d’une longue cape noire. Et le tout avec leurs bésicles de peste intégrées au masque.
C’était finalement peut-être mieux ainsi parce qu’ils ne créaient jamais ni la polémique ni le tapage quand ils venaient rendre visite aux Précogs du centre psychiatrique, un je-m’en-foutiste royal régnait dans cette contrée où l’on s’intéressait davantage à l’arrivée des Éradicateurs mystérieusement inconnus.
Le ciel avait une teinte délavée, et le cosmos qui savait tout d’avance anticipait déjà la chaleur de l’âtre des fourneaux. Désormais commercialisé à grande échelle, l’Ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 avait été ensuite introduit dans tous les milieux artistiques.
Je fis tourner son disque dur, tranchais les phrases qui étaient codées selon une recette secrète et -clac- toutes les approches stylistiques des textes en prose -textes de fiction et textes non fictionnels- s’affichèrent sur l’écran, avec des descriptions détaillées et morbides de cette drogue qu’on appelait l’Hélicéenne et ses effets à mystifier toute une génération.

Gargouilles et autres pensées !

Cette nuit-là à Kyoto, il avait neigé ; et on pouvait entendre le jazz de Key West dans les tavernes où des caravanes de journalistes s’étaient réfugiés… cette nuit-là aussi, pour Rembrandt, il avait neigé et dans les salons parisiens les cyclopes londoniens se réjouissaient de ne pas le voir apparaître dans leurs encyclopédies. Et cette nuit-là je me remémorais cette scène quand tous ces intrus, ces caravanes de journalistes avaient regagné leur repaire.

Que dire des vieilles rêveries que ces grands hommes avaient recherché si ardemment et pourquoi trouvaient-ils que cette époque ne méritait que le silence. Mais soudain à la page 486 et à la page 487 quand j’ouvris le livre des grands silences j’eus cette illumination fulgurante : il y en avait toujours quelques uns pour réfuter le pouvoir inexorable de cette alchimie du verbe rimbaldien dans leur monde d’iconoclastes… mais justement leur monde, jusqu’à maintenant, n’avait récolté que l’élégance, la science, la violence de cette petite ville spectrale ; élégance, science et violence qu’on pouvait retrouver dans leurs encyclopédies sous forme d’illustrations amusantes.

Cette nuit-là ils se questionnaient sur leur pouvoir de séduction et voyager dans les diverses provinces grouillantes de gnomes les rebutait. Des gnomes aux faciès difformes, des philosophes vindicatifs qui comparaient l’écume des vagues riantes à la bave des chameaux du Kansas. Auraient-ils trouvé la recette du bretzel le plus énigmatique si ces caravanes de journalistes avaient accéléré en quelque sorte leur arrivée sur le territoire ? Il n’y avait personne pour me le dire mais ça ne m’empêchait pas de penser à la remise de leur prix littéraire quand j’étais dans le train ; un train qui m’emportait loin de cette ville spectrale, alors que les mouettes et les oiseaux clabaudeurs se querellaient encore, sans comprendre le réel dilemme de mes pensées…

Les univers sous Hélicéenne ou les galaxies des nymphettes d’un autre monde…

Ce monde fantasmagorique de l’Hélicéenne prenait la nudité des nymphettes pour sa seule chance de salut ; cette nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne les voyaient pas tandis que je retrouvais avec ma troupe de saltimbanques et de ménestrels leur reine s’attifant comme une tepu et qui mettait du fond de teint à outrance ; mais dévalant déjà d’un grand rift, leurs mercenaires allaient sonner la fin de notre dynastie. Une dynastie pourtant glorieuse, pas comme leur république ridicule, alors que les chercheurs d’Hélicéenne bataillaient pour revivre une vie sans histoire, ou plutôt leur septième vie comme ces chats noirs aux yeux de lynx illuminant la pénombre d’éclairs intransigeants, ce qui ne nous gênait visiblement pas.

Même nues et sans le sou les nymphes enténébraient les rizières surnaturelles où les paysans racés et nerveux débutaient une gigue pour célébrer leur règne ; un peuple héroïque qui s’arrêtait à la lisière des forêts hallucinées ; tantôt ils se couchaient de tout leur long sur le sol, ou s’agenouillaient devant les horizons cauchemardesques qui rougeoyaient quand, à l’intérieur de notre sanctuaire, nous entraînions des soldats barbares.

Barbares comme les lambeaux de ces rêves matriciels qu’une bonne fois pour toutes on voulait zébrer de ces éclairs putréfiant les pupilles de ces nymphes. Et qui finissaient toujours par passer comme passent ces gouffres qu’on surplombait alors que les samouraïs massacraient les us et coutumes de l’informatique, bien sûr après plusieurs tentatives et sans arriver à façonner un siècle ou une saison rouge ni à amorcer le compte à rebours du temps ; ce temps qui écrivait leur romance en entraînant leur perte et en amenant la neige… neige qui nous rappelait leur déliquescente disparition !

Hokkaido Rimbaldien.

Je calculais combien allait me coûter la consultation, en attendant dans la salle d’attente du cabinet de la doctoresse, combien d’hommes fallait-il pour détruire ces murs en plâtre blanc et ces coupoles qui illuminaient le fin fond de mon terrier. Les voies lactées se régénérant, incarnant la force cauchemardesque du médecin en temps de peste, alors que le ciel devenait de plus en plus noir, la scène se passait au sous-sol, et la doctoresse avait déjà badigeonné mes plaies avec de l’alcool à brûler.

J’étais revenu malgré tout presque indemne de ma virée nocturne dans les sous-bois. Mais la Dame Blanche errait et sévissait toujours.
Le lendemain, j’étais dans les souterrains de son hideuse corporation, persuadé que toutes les légendes étaient truquées, persuadé aussi qu’on n’avait pas vu pareil spectacle au centre de l’arène où des ménestrels et des hackers jouaient une étrange pièce de théâtre… Une banquise regroupant à la fois des horizons de cendres, et d’autres visions vertigineuses s’effondra sous les coupoles, illuminées comme des guirlandes de Noël. Et des flammèches autour de moi, redoublèrent d’effort suite à cet effondrement pour mettre feu aux poulies, toutes enchevêtrées entre elles, qui ne servaient qu’à se précipiter bien plus bas dans ce vide…

Ce gouffre qu’on surplombait, et le dérèglement de tous les sens des hackers et des ménestrels disparut instantanément à mesure que les méridiens de ma main disparaissaient aussi ; et dans une vapeur ou une brume de troisième zone, seuls encore mes méridiens, représentés par des points lumineux sur les écrans de la secte, avaient ce pouvoir unique de modifier l’architecture cauchemardesque des plans conçus par un menuisier original et primitif qui avait bâti ce monde souterrain, cet égout où la Dame Blanche prononça l’exorde avant de s’octroyer des nids d’autruches et de belles plaines humides recouvertes de gazon…

La Dame Blanche d’Hokkaido !

Un cabinet de doctoresse avec des murs en plâtre blanc alors que le ciel devenait de plus en plus noir : ça se passait au sous-sol, et la doctoresse avait badigeonné ses plaies avec de l’alcool à brûler. Il était revenu malgré tout presque indemne de sa virée nocturne dans les sous-bois. Mais la Dame Blanche errait et sévissait toujours.
Le lendemain, vers huit heures, il fit avancer sa Dodge jusque dans le faubourg où sa doctoresse se rendait à pied pour exercer. En bras de chemise, sans chapeau, hirsute, le front couvert de sueur, on avait du mal à le reconnaître. Il insista pour qu’elle monte, ce qu’elle finit par faire, méfiante quand même. Plus tard, à nouveau dans son cabinet, il souriait de sa nudité ascétique ; des tempêtes de pluie et de neige se coordonnaient pour laisser un air de fin du monde abandonnant toutes ses illusions et la nuit risquait à tout moment et pour toujours de s’abattre sur la plaine pâle d’Hokkaido, la Dame Blanche en profitant pour détrôner le roi de quelques corbeaux qui se cramponnaient comme ils pouvaient aux branches d’un arbre à rengracier les autres méfaits de ce spectre…

Charlie

C’était avant le lever du soleil ; mais on était déjà bien nombreux dans ce bar du Maine où je m’étais exilé, prétextant couvrir un reportage sur des moines zens dont la sérénité et la clémence me tapaient sur les nerfs. À cette époque, je n’arrêtais pas de me dépêtrer avec un CV certes laudateur puisque j’avais bossé pour de prestigieux journalistes dans le domaine cinématographique mais depuis quelques temps j’avais quelques trous dans mon CV n’ayant pas ou très peu travaillé ces deux dernières années… et bien cachés dans l’arrière-salle de cette cave du Maine qui servait de clandé, les clients les plus riches se droguaient avec toutes sortes de psychédéliques et ne se souciaient visiblement pas du vampirisme des tenanciers : leurs putes étaient exploitées et ne rêvaient pendant une très courte pause que leurs vies antérieures et leur prochain karma seraient un peu mieux que de tapiner ici. On les craignait malgré tout, autant qu’elles nous craignaient ; surtout l’une d’elles qui était la favorite d’un ancien tocard de la Brigade du Frelon.
Jacobello Del Fabre, il s’appelait et ce n’était qu’au crépuscule qu’il faisait son apparition, nous avions donc le temps d’écluser et pour moi d’être ratiboisé avant qu’il se pointe.

Mon ivrognerie dans ces maisons closes perdues dans les faubourgs malfamés m’avait appris pas mal de choses sur les serpillères de bar, ces gars qui hantaient les comptoirs et même je m’étais lié d’amitié avec un caporal aussi magouilleur que les autres pochtrons du coin. Il s’était rappelé de notre rendez-vous au petit matin et il s’installa, un peu étourdi par trop de bitures ces derniers temps, à ma table. Ses magouilles ne se limitaient pas à refourguer de l’Hélicéenne à quelques junkies paumés et en vadrouille, il avait apporté le sac que je lui avais demandé, et alors que je commençais à tirer le sac vers moi, il chuchota discrètement :

– Ne le sors pas du sac… ce que je fais là est rigoureusement interdit par l’armée.

– Tu t’entends un peu, Lorca ? Tu te rends compte de ce que tu deviens ? Tu as perdu du poids, c’est peut-être la seule chose que t’ait apporté tes années sabbatiques. Tu es physiquement plus affûté, mieux dans ton corps et ça se sent. Mais ta tête se ferme. (Il encaissa, je m’adoucis.) Ça vient d’où cette odeur ?

– Regarde par toi-même…
Il n’avait pas envie de jeter un œil, comme dégouté par l’horreur latente qui m’attendait si j’ouvrais le sac de sport ; et dehors, brûlant d’une fièvre mystérieuse, on pouvait voir des hybrides aux crânes démesurés, anormaux, qui étaient en train de se leurrer sur un potentiel et tout aussi improbable magot qu’ils rêvaient de gagner, en comparant leur flash de la loterie américaine…

Dehors, noyé par la foule de mendiants qui à cette heure s’activait à rafler quelques étrennes et par les bâtiments crados pullulant dans ce quartier de la ville basse, j’observais l’enseigne vétuste d’un écrivain public sûrement devenu fou à force de ne voir personne entrer chez lui, il devait à cette heure démente et d’une plume furieuse noircir une page où des monstruosités sans nom torturaient quelque chose ou quelqu’un de trop fragile pour se défendre ou pour fuir… quelque part très loin comme l’avait fait Beth depuis qu’elle n’avait plus Charlie, son horrible animal qu’elle nourrissait jadis en mâchant lentement et en approchant sa bouche de celle de la bête, et les mandibules tranchantes venaient lui écarter les lèvres. Elle lui donnait la becquée et le type qui sortait vaguement avec elle s’était fait sauter la cervelle après avoir vu tant de spectacles abjectes et dégueulasses…

Dans la rue où je me trouvais, il ne restait maintenant plus qu’une bêcheuse BCBG, maquillée comme un carré d’as qui était (peut-être sincèrement) navrée par tant de misère et de crasse, elle avait sans doute faussé compagnie au bourgeois gentilhomme qui lui servait de mari après une énième dispute et s’était perdue dans ces ruelles louches. Et j’attendis longtemps, très longtemps, jusqu’à ce que la rue se vide et soit déserte, c’est-à-dire jusqu’à ce que la nuit vienne et fasse naître des larmes de rage sur mon visage ; sous l’enseigne de l’écrivain, il y avait une porte avec sur la vieille poignée poisseuse le dessin sinistre d’une laie en pleine saillie avec un cheval fougueux, le pauvre canasson…
Et, alors qu’il n’y avait plus aucun bruit et que la lune se violaçait étrangement, j’entrepris de forcer la porte de cet homme lettré qui avait connu Beth et qui la fréquentait juste avant son suicide, il avait peut-être vieilli d’une centaine d’année et était tombé malade à cause de la voracité de la créature ; et dans la poussière qui virevolta quand la porte tomba sur le parquet grinçant, la première chose que j’aperçus dans le couloir de la pièce sombre, fut le portrait de Beth accroché à un mur, elle était vraiment ravissante dans sa robe de plumes échancrée mais je m’attardais pas et continua dans la quasi pénombre en tâtonnant. Pour me guider, le faisceau d’un réverbère se reflétait faiblement dans le miroir au bout du couloir et je pus observer mon reflet, pas très net et pendant mon exploration de l’arrière-boutique, je mettais dans le sac à peu près tout ce qui pourrait me servir pour le dîner que Jacobello Del Fabre organisait ce soir-là avec des notables, c’est-à-dire qu’il y avait des dossiers de neuropsychiatres morts fous à lier après avoir trop psychanalysé Beth et que l’écrivain s’était procuré je ne sais où ni par qui, et encore plus étrange, sur des meubles croulant d’âge il y avait d’intrigants alambic où se cristallisaient des substances d’un jaune douteux. Sûr pour relancer la distillerie et refaire fluidifier l’alcool qu’ils contenaient il fallait s’y connaître, tellement ça faisait longtemps qu’ils n’étaient plus en état de fonctionnement.
J’ouvris le sac de sport et pour que Charlie se calme et ne prenne pas toute la place je prélevais un peu de ce liquide qui, à l’air libre, prit une teinte schisteuse et je le fis boire, évitant de justesse ses mandibules. Et je mis dans un sac poubelle des plats visqueux bloblotant encore malgré le froid du réfrigérateur, après l’avoir caroublé et qui étrangement ne s’ouvrait qu’à l’aide d’un code.

Ça pourrait toujours m’être utile pour mon plan, cette vengeance qui allait être servie froide au dîner de Del Fabre où le chef de l’organisation secrète prévoyait d’échafauder des mesures avec des politiciens véreux pour obtenir le monopole absolu des fumeries d’opium et du trafic de l’Hélicéenne, ce psychotrope permettant de revivre une seconde jeunesse tout en ne quittant pas son corps, une transe avec des hallucinations pour occuper pendant au moins une vingtaine minutes le passé, ces versions de soi-même qui ne reviendront jamais si on ne teste pas ses effets. Psychédélique très à la mode en ce moment, mais à cette heure où je dévalisais l’écrivain, une jacquerie et des émeutes partout dans la ville se préparaient comme les stocks commençaient à se tarir et qu’il était de plus en plus difficile de s’en procurer et surtout d’en fabriquer. Le manque, après en avoir consommé ne serait-ce qu’une seule dose, faisait vivre un enfer et incitait à la violence ceux qui n’avaient pas les moyens d’en acheter à des prix exorbitants et finissaient complétement déments et prêts à tuer père et mère.
Avant de partir furtivement, j’emportais aussi des seringues télescopiques qui m’avaient l’air d’être le seul truc neuf dans cet endroit miteux et j’avais fait déjà quelques lieues avec mes sacs quand je passais par-dessus les ponts rejoignant le quartier de la haute société et qui paraissaient s’agrandir à chacun de mes pas tant les sacs étaient lourds ; je trimballais Charlie et mon butin qui dégageaient maintenant une odeur épouvantable et je m’appliquais à ne pas être vu, frôlant les murs et restant loin de l’éclairage urbain.
En arrivant parmi la folle cacophonie qui régnait au rez-de-chaussée du manoir de Jacobello Del Fabre où les invités entraient et sortaient comme un moulin cette nuit-là, je me faufilais discrètement parmi la foule et courus me cacher dans une penderie pour me changer en serveur, puis tranquillement je me dirigeais en direction des cuisines et rejoignis les autres voyous habillés aussi en cuisiniers ou en serveurs.
La vengeance était un plat qui se mangeait froid. J’avais laissé Charlie dans son sac de sport rangé dans un coin de la penderie mais j’avais oublié qu’il supportait mal la solitude, et le monstre avait faim, et si je ne voulais pas tout gâcher je devais lui donner sa becquée ; moins d’une heure après mon arrivée la commissure de mes lèvres commençait déjà à me faire souffrir…

Nuit d’émeutes pour Hunter S. Thompson et Artaud

Hunter S. Thompson voulait partir à la recherche de la nuit verte de l’Alaska qui n’avait pas cinq ans devant elle et qui semblait sur le point de sombrer avec ses mercenaires. Avec leur Kalachnikov ces guerriers de la route, prêts à en découdre avec son humeur massacrante, lui avaient indiqué la position du Magic Bus où se cachait le dernier ouvrage d’Artaud, l’ombilic des limbes ; sa prose poétique qui l’avait fait tanguer et qui avait pour but de tromper l’ennemi !

L’ennemi ? L’ombilic des limbes l’avait fait disparaître en avalant aussi au passage les idées néo nazies du débat télévisé de hier soir et à cet heure nuptiale avec une forme olympique pourquoi s’acharnait-Il à faire choir du haut du van les pages du bouquin de Thomson qui s’étaient disséminées à travers l’Alaska, portées par un vent glaçant les haillons d’Artaud aux couleurs chairs ? La nuit verte qui n’avait pas cinq ans devant elle semblait sur le point de sombrer avec ses mercenaires. Et les guerriers, prêts à en découdre, n’avaient pas lu le grimoire d’Artaud mais il était évident qu’ils retourneraient entièrement à leur ancien état de névrosés, de cul terreux malveillants ; pour explorer les univers parallèles nazaréens que l’ombilic des limbes avaient fait s’évanouir, ils devaient tous passer par de chagrineuses semaines.

Le journaliste Gonzo fut aussi avalé par de gigantesques trous noirs que les personnages du grimoire d’Artaud avaient fait converger au moment où les glaciers de l’Alaska disparaissaient… ces élus, ces Êtres vaguement humains dans le livre d’Artaud voulaient épancher leur soif de violence ou au contraire leur soif de mansuétude pour faire disparaître les Esprits en transe après avoir lu Thompson. Des transes qui avaient tout l’air chamaniques et qui annonçaient le retour des émeutes d’antan quand les sources de mezcal s’étaient taries, quand les menaces d’extinction de l’espèce et les divers outrages et les autres blasphèmes ne se retrouvaient plus que dans les recueils de poésie d’Artaud.

Les joutes de Kali, le terrain des Khmers Rouges, ou les bottes de sept lieues des Esprits dérangés…

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La déesse Kali au Bengale venait de faire un saut périlleux dans un lac aux couleurs d’acier vert et les esprits dérangés, psychotiques, torturés étaient entrés en communication avec la déesse noire de l’hindouisme. Les statues avaient cillé, les chiens qui dévoraient ce qu’il restait des enfants perdus et abandonnés guettaient encore d’autres proies, les faïences et les majoliques du sanctuaire de Kali étaient tombées dans un fracas à perpétrer des crimes à la David Fincher, avaient volé en éclats, et les tessons de verre avaient volé… Les Esprits s’étaient évaporés, ou s’étaient tous noyés dans le Lac où Kali avivait les regrets des pêcheurs.
J’avais alors pensé qu’on pouvait les remplacer par des majorettes de type lambda.
Des majorettes dont la perspicacité en avait choqué plus d’un. Et puis il y avait ces histoires de revenants, chiquant un tabac à mordorer des fontaines de jouvence autour d’un vaste feu de bois. Autour de nous, il y avait beaucoup de monde qui gravitait mais aucun n’avait eu cette audace folle de ridiculiser l’Ouvrage de Kali en l’éventrant d’arguments socio-philo-politiques. L’Ouvrage ? Un manifeste que des nuits presque blanches, ourlées de blues oniriques, avaient exhalé parmi les fumées bleues qu’on voyait s’élever du lac où Kali avait fait sa première apparition ; ce fut un matin de décembre et les Esprits destructeurs qui accompagnaient Kali venaient d’exciser le clitoris de quelques insectes mal aimés parce qu’ils harassaient les meutes des chiens répandant la terreur dans ces contrées obscures… Des chiens qui miaulaient comme des chats et le diable en personne en était impressionné, ce fut à ce moment-là que mon cauchemar prit fin. Le territoire redevenait sous le joug des joutes humaines banales.

La Caducée de James Joyce

Ils avaient bel et bien disparu tous ces poètes admirateurs de James Joyce. À moins qu’ils puissent s’incarner encore dans la substance noire des larmes, dans un paysage verdoyant, fait de grandes forêts, de prés verts et de lacs d’eau douce. Elsie et Josef n’avaient pas échangé un mot depuis qu’ils avaient quitté le Cercle… mais ils s’étaient dévoués à en faire la publicité dans leur pensionnat ; et alors que le ciel se colorait d’éclairs de phosphore, de nuances sombres et de strates méprisantes, Mercredi sentait qu’ils allaient relancer quelque chose d’encore plus à même de défendre la cause des poètes disparus.
Néanmoins le fantôme de Joyce qui hantait le manoir ne se réjouissait pas de voir ces fanatiques se réunir en confrérie secrète. Et comme par un effet de synesthésie magique, son œuvre où foisonnaient les styles, les thèmes et les symboles, s’associait à la substance noire des larmes, au vin de Xérès qui se rehaussait quand les fleurs du papier peint de la salle où ils étudiaient, avaient fait de l’ombre sur ce qu’il restait de la statue de Joyce en marbre au centre de la pièce…

Jaseur Boréal et Voie Lactée kafkaïenne !

Baudelaire

Dans un champ de colchiques, la beauté de la vie enjuponnait les nymphomanes de Kafka ; et pour un meilleur karma, elles se battaient pour s’imposer en maître sur les mondes celtes ; leur déliquescence parmi les ombres grandissantes de cette nuit-là luttait pour revenir à la vie et cloîtrer dans une cocotte en papier tous les possédés, des possédés novateurs qui voulaient voir pour une dernière fois le lac des cygnes… ainsi elles s’étaient mis en tête de crapahuter en haut de la colline où il y avait le lac des cygnes mais n’avaient trouvé que des révolutionnaires enfiévrés.
Quand la voie lactée se scandalisait de leur folie meurtrière, Kafka avait fait trembler les murs de Jéricho et, là-haut dans le ciel, on pouvait admirer sans être leurré la perspicacité de ces ombres occultant d’anciennes fournaises… Et le jaseur boréal chantait toujours sur sa branche, il chantait à la gloire de la nudité et de la profane tranquillité… Tranquillité qui était malgré tout perturbée par leurs pensées mystiques monochromes alors que les poubelles se remplissaient de corps célestes.
S’entortillant dans des introspections psychanalytiques, Kafka ne donnait que des réponses lapidaires, des métaphores tentaculaires à toutes ces énigmes. Le lapinisme des nymphomanes musqué et frémissant se perdait dans les altitudes par trop de fécondité ; des alpages délimités par la pluie, altérés seulement par des ténèbres d’outre-tombe… Alors j’ai tout arrêté, j’ai arrêté d’écrire comme Kafka, et avec cet écrivain autrichien, j’ai regardé l’astre solaire se défouler sur les tables de montages de cette usine qu’on aimait hanter pour écharper les derniers fantômes de ces femmes se trémoussant de bon cœur…

Océanographie avec Krishna

Pour faire trempette dans la baignoire vaseuse, des écumes qui évitent de justesse l’effondrement d’un cube en marbre ; dans ce cube où se recroqueville un cocon de verdure, où même endormi l’océan tonifie ce qu’il y a à l’intérieur, Krishna prépare les futures émeutes. Des émeutes réjouissant le blizzard et des villes comme Byzance qu’on aperçoit par le seul hublot du cube, mais on pourrait tout aussi voir la vergue dénuée de ses voiles d’un navire échoué.
Pour s’appliquer à recoudre la robe des méduses hystériques, le jazz de Key West et pour finir dans la gueule du lion, l’omniprésence du lotus ou d’un concept barbare jusqu’à l’exténuation. Pour crapahuter dans la montagne, l’impact des gouttes de pluie qui courent aussi sur le comptoir en ivoire et des ombres chinoises qui récompensent une triplette de rois en les couronnant…

Pour rebaptiser la mer de Kara, je comptais sur mon escouade de lamas ; des lamas qui escaladaient les cimes les plus hautes comme enfiévrés par la poudre d’escampette que de tumultueuses forces obscures jettent du haut du cube naviguant dans l’eau glacée comme un iceberg. Pour lapider les humanoïdes de la grotte de Lascaux, ces cadavres enveloppés dans leur suaire en attendant que lumière se reflète dans l’unique flaque de la caverne préhistorique, j’avais décelé en pianotant sur l’écran de mon Tamagotchi que les douleurs poignantes des méduses chasseraient les rois de la grande famille et les forceraient à s’exiler, lascives telles les péripatéticiennes perdant leur latin, turlupinant les feuillaisons d’automne à la saison rouge…

Un vendredi noir pour la Famille Addams.

Soit A un jour comme Mercredi, un jour où Zacharie s’endort à l’apparition de la pleine lune ; et B la pleine lune qui aurait pu être celle de Saturne ou celle de Jupiter, alors C la bataille de Waterloo où les Anciens Voltigeurs ont trouvé l’adolescente de la Famille Addams en train de s’amuser à faire des vers… Et cette nuit-là, la jeune fille, en rêvant d’être culbutée dans la paille par un vieux type sadique et couvert de pustules, alternait les phases de sommeil paradoxal et les phases de sommeil profond.

Soit A un vieux trip pour les trucs crados… Et B la vergue d’un Trafalgar qui s’efforce de résister au vent, alors et uniquement si les vieillards mélancoliques désobéissent aux charognes réanimées, C glougloute comme une bouteille de rhum qu’on viderait dans les caniveaux des ruelles malfamées… Plus loin, en quittant les quais d’une station de métro pour remonter à la surface, soit A la vase que les pêcheurs redoutent et B les rouleaux et les vagues qui deviendront tumultueux quand ce sera la saison rouge, alors C la vengeance des impérialistes ou une guérison inattendue ou bien encore une petite couturière raccommodant le vide sidéral, un lieu spatio-temporel où s’éteindre en envahissant les cendars et la Westphalie redouble alors d’efforts pour écraser les vaincus, c’est un peu comme si le positivisme des bières entre amis mettait du jaune de yacks dans les yeux des crocodiles pantois !


Le monde corrompu fumait un gros splif en écoutant Ali Farka, Ry Cooder, et ameutait des soleils dans un pays de cocagne, alors que les hémicycles étaient déjà désertés. Offensés, les crocodiles pantois rêvaient de se faire l’humanité au petit-déjeuner ; et les bases de données et les informations qui fusèrent dans le disque dur des ordinateurs, étaient aussi claires qu’inattendues : elles m’apprirent que tout cet univers se cachait dans le tiroir de ma table basse. Mais nous en étions à compter les jours jusqu’au vendredi noir, en fouillant les coins et les recoins de leurs hémisphères à la tombée de la nuit. Une quête qui se référait uniquement aux stances ésotériques de Mercredi, l’adolescente de la Famille Addams qui avait oublié son diadème dans les catacombes d’un manoir de malandrins. Alors, alors seulement mon intérêt pour la zoologie m’avait conduit à faire des listes sans queue ni tête !

Vendredi Noir pour Mercredi Addams

Mercredi s’endormait à l’apparition de la pleine lune ; une lune qui aurait pu être celle de Saturne ou celle de Jupiter, elle s’endormit cette nuit là en rêvant d’être culbutée dans la paille par un vieux type sadique et couvert de pustules : c’était son trip les trucs crados…

À son réveil on était vendredi et l’océan, qui n’était pas bien loin, soulevait des vagues chargées d’écume et d’algues pestilentielles ; la rumeur dans le village d’à côté racontait qu’elle avait été jadis écartée nue et les pieds enferrés car on la trouvait trop bizarre pour ne pas subir le joug de l’inquisition mais elle se tenait à l’écart des médisants et les mentalités des villageois ne l’intéressaient pas. Mais au commencement on était vendredi et le vendredi elle s’appliquait sans commune mesure à s’écarter du commun et comme chaque vendredi Mercredi commença sa journée par enlaidir des épouvantails déjà bien affreux qu’elle rencontrait sur son chemin. Elle les drapait d’haillons poisseux qui avaient été abandonnés au fond des gouffres, des catacombes de son manoir ; seule préciosité elle les équipait d’une dague d’argent, au cas où ils se ranimeraient sous l’effet d’un maléfice où à force d’entendre la violence des paroles crues des paysans travaillant laborieusement dans les champs.

2. Tout était possible avec Mercredi, elle pouvait très bien repartir en claquant la porte, mais quand j’allumai la lumière rien ne se passa, elle posa son manteau et s’assit sur le tapis. Puis elle défit d’un air énigmatique mon pantalon, en sortit la première chose qu’elle y trouva (ou qui retint son attention) et se mit à l’enrober de ses lèvres charnues, elle s’interrompit juste pour se déshabiller, laissant apparaître le contraste entre la peau foncée et la blancheur de sa petite culotte… son corps m’éblouit : des cuisses fermes, des fesses qui avaient l’air en caoutchouc et, au milieu, une raie superbe aux plis violacés, le duvet noir et frisé, un fond vaguement rosé. Mais soudain en se relevant elle tangua, fut prise de vertige, stimulée par une idée morbide, une vision irréelle et trouble où elle vit des soldats tromper l’ennui en déchirant les vêtements d’une pauvre inconnue pour la violer. Par de petites manœuvres dont j’ai seul le secret je la ramenais à la réalité mais c’était déjà trop tard elle se récapitulait les détails de sa vision et elle avait déjà décidé de venger la jeune fille.

Le portrait de l’impératrice

Les émeutes s’indignaient pour ne pas disparaître, les rêves cravachaient pour faire du napalm, et je me gaussais de leurs idées farfelues. Une escouade de journalistes avait repéré une planète encore inconnue, perdue parmi les constellations célestes ; j’en avais fait mon petit-déjeuner et leurs ombres frémissantes cannibalisaient des poux et les âmes des veilleurs de nuit : une sorte de Présence qui s’opacifiait uniquement dans la pénombre…

La pénombre, qui en grandissant, gaspillait sa poussière pestilentielle tant elle en avait en stock, et ce fut bien dans la pénombre que j’aperçus pour la première fois cette peinture revêche et noire comme l’ébène de Van Gogh… elle représentait un visage de jeune fille que les dieux à genoux avaient pris pour modèle et que des guerriers asiatiques avaient mis du fard sur ses paupières. Des maraudeurs qui l’avaient abandonné dans une crypte nazaréenne et les murs s’évanouissaient lorsqu’on touchait ce portrait qui aurait très bien pu être aussi de Rembrandt. Pour chaque crépuscule, pour chacune des attaques dévastatrices de ces mercenaires, l’impératrice dessinée sur la toile venait fleurir leurs tombes et pour moi c’était enfin l’heure de l’écriture automatique… 

Rire jaune, nuit de pleine lune et apocalypse de suif…

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Le secret est une drogue puissante.

Les insectes refaçonnent et détaillent le lieu qu’ils ont fait exister, absorbés dans le cosmos. Guerre cosmique entérinée. Ensuite le silence s’installe à nouveau et maintenant après l’apocalypse, ils sont complètement seuls face à leurs destins, et les bûchers que les humains ont laissé avant leur disparition brûlent pour célébrer leur gloire, brûlent d’un feu à damner toutes les sorcières. Extinction de masse qui va leur conférer la planète entière ; admirez la beauté discrète et terriblement énigmatique de ces petits charpentiers : des scarabées géants d’une force exceptionnelle, des coléoptères venant de loin pour hanter les ruines et les ténèbres, des cafards d’une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, et bien sûr les chenilles d’une solidité à toute épreuve mais, en même temps, ils ne savent pas encore qu’ils ont un ennemi qui va précipiter leur perte !

Même les monologues des orateurs idolâtrés jusqu’au dernier survivant, n’étaient pas à la hauteur pour surpasser le machiavélisme de ces nouveaux spécimens de mantes religieuses, et du machiavélisme il y en avait pour rebuter les âmes tourmentées, primitives qui avaient feint la folie pour rester encore quelques siècles dans le monde des insectes. Des âmes de paysans ou de randonneurs qui avaient gaspillé leur temps pour les étudier. Alors que les insectes avaient déjà échafaudé des plans pour se débarrasser des humains devenus trop gênants. Mais leur reine allait subir l’outrage du temps ; elle avait fait croître sa colonie dans les longs tunnels obscurs en pondant ses œufs en pagaille et les cajolait en attendant l’éclosion, résistant à la tentation de les manger car elle avait faim, elle avait la dalle… Une faim qui avait généré d’autres mondes troubles et surnaturels et qui avait cédé la place à d’autres créatures encore plus féroces. Ces créatures ? Les reliques des Esprits Blancs qui redevinrent silencieux uniquement quand le carnage des insectes était pour de bon consommé et qui succédèrent aux tortionnaires des humains en riant cyniquement… c’était d’un rire jaune qui rendait du sale à la pleine lune !

Cauchemars d’usurières !

La nuit verte était tombée sournoisement, on n’entendait que les cinq consonnes et les deux voyelles de la gamme anglo-saxonne ; rien ne bougeait dehors, sinon la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou, l’onirisme n’était pas bien loin cependant et se consacrait à déplorer ses outrances langagières et thématiques.

En costume de ville usé et trempé j’avais vu la porte s’entrebâiller tout doucement, et, par l’étroite ouverture, deux yeux brillants se fixer sur moi avec une expression de défiance ; sans exagérer ce fut à ce moment-là que mon sang-froid m’abandonna. À cette heure, le principal objet de ma visite se bornait à lui quémander un peu d’onirisme et j’imaginais déjà la harde des chiens errants se pourlécher les babines quand elle me mettrait dehors, quand je serais seul avec cette nuit verte s’annonçant aussi dangereuse que ce micmac de ruelles louches où j’allais tristement errer.
Ce micmac ? Un dédale de rues embrasées que le Mississippi pourtant en crue n’arrivait pas à éteindre ; cependant Ivanovna était restée debout sur le seuil et je m’introduisis chez elle sans autre cérémonie. À l’intérieur une vivifiante odeur d’encens m’incommoda, mais petit à petit parmi les volutes d’une fumée grise, je pus identifier qu’elle portait une fourrure en vison ; et par la fenêtre ouverte les dernières querelles au sujet d’un fiacre incendié ne se référaient qu’à des roturiers s’étant levés du mauvais pied de bon matin… Et les scénarios morbides commencèrent lorsque la conversation avec la vieille débuta ; j’évoquais d’abord ces dieux solaires qu’on avait caché au fond des mines, et qui étaient tous morts d’un coup de grisou. Ces dieux peu recommandables, qui possédaient des objets monstrueux en argent : une montre vieille et moche qui leur venait d’une peuplade primitive et un petit anneau orné de pierres divinatoires, studieusement stylisé par des orfèvres aussi fous que dissipés. Et dans cette atmosphère duveteuse qui m’épuisait par trop de vacillements, soudain le cauchemar prit fin et je me réveillais fiévreux, le soir tombant douloureusement, générant d’autres chimères à la fois épouvantables et séduisantes.

Légende du Sous-Sol

Poussière, écrasement des données, goitres photographiés par tous les passants, on écoutait Noir Désir et les rivières venaient peloter les Légendes du Sous-Sol qu’on rêvait d’hanter jusqu’à la fin de nos jours. Cascades d’eau glacée, pénombres noires et moites, on se perdait parmi les ruines qui harassaient l’horizon blême ; et à quelques lieues de là, au centre d’une arène, la tuerie pouvait alors commencer pour ces créatures aux ailes noires, venues des chemins hallucinés.

Existences au longs cours, voyages fantasmagoriques et argent de farfadet renquillé, on dépassait les limites de l’espace et du temps, on délimitait dans la brume de nouvelles banquises, et les sanctuaires on les vandalisait en n’oubliant pas d’emporter les faïences, la majolique, les céramiques que des artistes entre les deux creux d’un vague crépuscule avaient confectionné….

Orgies lugubres, tasses ébréchées n’infusant que la noirceur et l’humeur du thé et Légende du Sous-Sol spoliée, les ménestrels nous avaient confié que cette ère annonçait davantage de trash et de violence… une ère apocalyptique qui verrait le grand retour de l’Hélicéenne, cette drogue consumant les idoles de l’Acropole. Sang presque rouge, couronnes de houx sans photosynthèse, croix et vergues d’un Trafalgar qui auraient la fraîcheur des rivières, endurance bousillée, pour d’autres créatures aux ailes noires, on avait découvert, bien avant la Prophétie, que leurs sens s’épuiseraient dans une sève de cristal et d’ambre, des sens pour faire travailler les machines en or rose. Timeline défilante, fêlures du béton cachées parmi d’autres impuretés, on l’avait désormais répudiée et tout ce qu’on voyait, à l’extrémité du souterrain nord du sanctuaire, ce n’était que des câbles de haute résolution qui lui fournissait son électricité.

Les vies antérieures de Francis Ponge

Nos vies antérieures, je les avais examinées à la loupe tout en écoutant l’histoire que les silhouettes, tapageuses et désirables, nous murmuraient dans le noir ; une histoire qui nous désarmait comme Le Parti Pris des Choses de Francis Ponge, et de nouveau on avait crapahuté le long de la rue du Lys pendant que le ciel devenait noir. Noir comme le saccage d’un monde différent du nôtre et sortir à une heure pareille était à l’opposé de ce qui m’occupait l’esprit ; je me tenais à l’écart de notre bande, me souvenant que l’univers d’où j’étais né et d’où je venais était apparue d’un mal saccadé épargnant les chiens, rien à voir avec ce spectaculaire chaos qui ne laissa après son passage que des instructions pour améliorer la vie des plus démunis et qu’on n’évoquait qu’à voix basse, les heures passées à s’inspirer de sa sagesse s’effaçaient déjà de notre mémoire. C’était comme si l’illustre carnage qui suivit avait enseveli tous nos souvenirs et nous savions qu’il n’y avait pas de retour en arrière possible. Mais l’ancienne pesanteur de nos vies antérieures s’évanouissait tout en galvaudant tout ce qui nous condamnait à l’isolement !

En demi-cercles irréguliers, elles avaient disposé au pied des murs quelques décorations du Coran et Ponge tout en s’occupant des cages où roucoulaient des perruches, avait tout gangrené : même les composants sémantiques de nos discussions ne prêtaient maintenant plus qu’à sourire. Il disparut soudain avec une drôle de voix off. Un froid polaire nous recouvrit et je sentais que sa main droite fouillait encore le sac contenant les oeufs. Des oeufs fécondés par un monstre presque invisible qui se débattait avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint, mais elle était en manque de puissance. Sa force résidait, lorsque les bottes avaient fini de faire du foin, dans cette aura de lumière que l’armée des poussiéreuses vies antérieures avait infiltré… Elle faisait partie d’une élite qui avait dessiné méthodiquement l’architecture spirituelle d’un sanctuaire et n’en transcrivait malgré tout nul verbe, nulle formule leur permettant d’amorcer leur mutation en larves de reptile noir…

Le Syndrome de Baudelaire

La lumière me blessait les yeux, elle avait commandé un chocolat chaud et elle me racontait qu’à cette époque la vie ne lui souriait pas vraiment ; puis je la regardais s’éloigner et je pensais qu’elle ne riait guère des plaisanteries mais j’étais habitué à gérer ces moments gênants.

La vie ne lui souriait pas vraiment, elle lui faisait même la grimace, presque un rictus. Nous étions au début des années 90 et l’évanescence de ma pensée commençait déjà à me faire du souci ; la vacuité de la jeune babilleuse, avec qui je parlais pourtant tendrement, en était aussi responsable. Je vivais à Paris, la ville des vacuités peuplée de gens prospères et je n’osais pas les tourmenter avec mes questions existentielles quand je me baladais dans les rues assourdissantes… mon ombre, pour ne pas les assaillir avec mes problèmes presque d’ordre métaphysique, glissait sur le trottoir semblable à un fantôme déjà effacé de leur souvenir et je ne prenais même pas le temps de me rincer l’œil pour voir défiler les belles parisiennes qui avaient pourtant des yeux pareils à des braises ardentes.

Mais ardent était aussi mon désir, ce qui me laisse penser que je n’étais pas tout à fait un type vraiment normal et comme j’en avais eu assez des bringues dans ces soirées étudiantes ça ne risquait pas de s’améliorer : chercher une âme sœur qui irait potentiellement se lover dans les draps froids de mon appartement représentait une tâche plutôt ardue pour moi. Et à l’époque aussi, j’en avais assez de ce que j’écrivais, préférant errer dans les longs tunnels obscurs que les vagabonds au crépuscule squattaient en attendant un train.

Elle était quand même revenue chez moi et j’avais déjà fini la bouteille de vodka et par la fenêtre je regardais les décapotables que des fêtards parisiens avaient abandonné en pleine nuit ; la transhumance inachevée de ces gosses de riches effaçait malgré tout mon amertume et je me souviens que je les avais regardé partir ces privilégiés qui, pudiquement sur l’avenue, saturaient de points d’exclamation enfiévrés et célestes leur propos. Que voulez-vous, il y avait toujours des injures indémodables pour faire bleuir ou rougir cette noirceur qui agrémentait les boulevards de cette cité végétative et qui hantait aussi l’intérieur de mon cerveau…

Scellé avec le Baiser des Canards Boiteux !

Les canards boiteux nous avaient capahuté lorsque les messages écrits sur notre téléphone portable s’étaient jumelés avec les prénoms de nos femmes étant mortes de chagrin… les canards boiteux poursuivaient un rêve inaccessible, ce rêve ? Il se personnalisait quand la neige tombait et sa douce torpeur s’élevait pour rejoindre par télépathie des orients démarchant d’autres canards boiteux ; et toujours par télépathie ils s’incarnaient dans les miroirs de bordel… Comment alors, sur le papier de la machine à écrire, leur céder un peu de place quand on pense qu’ils quadrillaient même les univers parallèles se perpétuant et se régénérant dans les cryptes nazaréennes ?
Par hologramme ils avaient aussi castré notre jument, un petit cheval rouan d’une maigreur lamentable, une de ces rosses auxquelles les moujiks font parfois tirer de grosses charrettes de bois ou de foin, et qu’ils accablent de coups, allant jusqu’à les fouetter sur les yeux et sur le museau, quand les pauvres bêtes s’épuisent en vains efforts pour dégager le véhicule embourbé.
Les canards boiteux d’en haut eux venaient de nous prévenir d’un danger imminent mais nous étions trop abrutis par le froid, le désespoir et l’absence d’imagination ; et de l’imagination il en manquait quand des meutes de fossoyeurs, de représentants en pharmacie, de kinésithérapeutes, de grooms, de boulangers, de guichetiers ne devinrent que des ombres inertes… des ombres qui se finissaient à l’eau de Javel, qui déterraient la petite jument désormais fossilisée, et qui étaient bien de notre monde, certainement pas dans celui qui nous avait fait défaut lorsque les chamans de Sibérie rêvaient de se joindre à l’univers impitoyable des canards boiteux…

Nuits Rouges pour les Sanctuaires

Tumultueuse était notre rage qui sommeillait dans la boite de cette Time Capsule ; c’était bien avant le lever du soleil. Et clémente était notre rédemption en gardant toute sa vigueur mystique ; nourricière était notre terre qu’un tas de grenouilles, mortes à l’ère de l’hégire, avait mélangé dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis, nombrils, morves et rires. Et comme elle manquait à l’appel leur rage qui sommeillait pourtant sous les dalles maculées de Mezcal de notre Sanctuaire, on s’attelait à couper court à sa temporalité, à son « champ de force invisible » qui exhala, en un éclair, le parfum de Flaubert et de Dickens… Ce parfum loin de la mer rouge marivaudant dans le marécage des esprits, des algorithmes.

Fous et en colère étaient ces lendemains qu’on galérait à réconcilier malgré tout. Une réconciliation qui nous avait fait gamberger quand même quand toutes les histoires à écrire traînaient parmi nos livres, nos cahiers couverts de poussière ; et avaient frôlé la mort lorsque cette étrange machine humanoïde ne jurant que par la Time Capsule les avaient fait prisonnières. Elle émettait des hypothèses lorsque nous dévalions les escaliers en marbre du sanctuaire, des escaliers qui devenaient sombres, pour se perdre tout en haut pendant d’autres nuits blanches dans une obscurité complète.

Et tandis que nous étions en proie à une émotion violente, dans les courants de la lande et les ornières immenses qui ceinturaient le Sanctuaire, il y avait encore des gens bruyants qui jouaient aux cartes sans parvenir à décrire cette drogue nous affligeant ! Alors, pourquoi tant d’affectivité si ce n’était, pour ce « champ de force invisible » qui s’étendait jusqu’aux ruines d’un van inoccupé où Flaubert et Dickens écrivaient leurs mémoires ?

Le paradoxe onirique…

Comment étais-je arrivé ici ? Elle m’avait trouvé dans la tempête, complètement gelé sur le porche de l’immeuble, m’avait sur son dos transporté comme tant d’autres rêveurs (un rêve se contentant en réalité d’une version hautement fumeuse mais c’était nous tous qui rêvions) et éclairés à contre-jour par un faisceau de lumière qui sortait du portail où ils s’étaient regroupés, des pendus l’avaient aidé à casser la glace… J’étais encore entièrement recouvert de glace, je ne sentais plus rien quand soudain l’ordinateur façonnant le rêve avait cylindré un autre parchemin, un autre scénario pour moi : j’avais à présent une force exceptionnelle venant de ceux qui hantent les ténèbres, une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, une solidité à toute épreuve mais, en même temps, c’était ce qui allait précipiter ma perte.

Les pendus étaient devenus de simples joueurs de dés, ils avaient peur que le temps chronocinématographique de cette rêverie coagule et abandonne l’idée de passer ; cette peur que l’ordinateur falsifiait pour faire courir ses lignes de codes et générer de terribles blizzards ; mais calmement ce matin je me réveillais en regardant par la fenêtre le ciel se zébrer d’éclairs froids et entendais près de moi l’océan tumultueux qui mettait fin à ce monde mourant. Et me rendormais, confiant parce qu’il allait inculquer aux mercenaires oniriques ce pouvoir d’en découdre avec n’importe quelle bataille, n’importe quel paradoxe !

Les nuits blanches de Monica Bellucci.

Les ingénues qui déambulaient dans la salle du théâtre formaient silencieusement des mots avec leurs lèvres et dehors le ciel était si crépitant de désirs mortels qu’il baguenaudait comme les potentats occupant la scène du théâtre. Je m’arrêtais parmi eux pour reprendre mon souffle, tentais de discerner les points lumineux sur les écrans de leur téléphone portable, mais la pénombre était si dense qu’on ne voyait pas grand-chose.
Mon cœur battait la chamade, et je nageais plus que je ne courais, dans ce plasma d’artistes qui auraient vendu père et mère pour me rouer de coups de tatanes ; il y avait en moi trop de choses qui rechignaient à attendre l’acquiescement du Patron…

Des poulies, toutes enchevêtrées entre elles, pendouillaient en étoffant le vide qu’on surplombait bien plus bas et précipitaient notre perte ; ce gouffre qu’on surplombait encore bien plus bas en le régénérant jusqu’à ce que notre enveloppe charnelle disparaisse ; et dans une vapeur ou dans une brume de troisième zone, seuls encore quelques méridiens, fastueusement, étouffaient d’autres idées de revanche qu’on sentait imminentes…

Le dictionnaire fantasmagorique des Big Eyes

Les escaliers se déformaient, les idées vidées de leur sens était apeurées, les cendriers débordants pensaient que c’était la fin et la pellicule ne montrant que des nez percés de nageurs enfiévrés n’était qu’un trou noir pour l’imagination ; les amateurs dans le film, comme amusés par ce début d’apocalypse naissant, peinturluraient de vernis rouge les ongles de leur reine, une peinture séchant à peine au soleil, malgré les coups de soleil que les acteurs et les actrices avaient attrapés…
À la deuxième séquence, une rame vide dans le métro s’arrêtait devant eux et les portières s’ouvraient, les invitant à entrer. Mais ils préféraient marcher, ils ignoraient où ils se trouvaient dans la ville, mais ils acceptaient de courir le risque. Naturellement leurs paroles inaudibles étaient brouillées par les mégaphones de la Corporation Burroughs, hurlant qu’il restait encore quelque chose dans les distributeurs de friandises du métro ; affriolant tout le monde avec ses franges enrubannées, leur souveraine était venue les sortir du terrier, de ce labyrinthe et de ces dédales souterrains qui ne fignolaient avec les énigmes… des énigmes sapant les fondements spirituels des rêveurs (car ils étaient vraisemblablement dans un rêve, et pas dans un film, ou alors un court-métrage onirique commençant par la destruction de tous les Rembrandt, de toutes les icônes et de tous les symboles personnifiant Trump en les remplaçant par des carrés d’as assez anciens, des vins effrayants quoique datés, définis, étiquetés, des Tamagotchis où des créatures décervelées réclamaient de la nourriture, des voûtes gothiques se déplaçant selon le bon vouloir d’un architecte déjanté, ou encore par les gonds de la Porte Rouge de la cité qui ne savait pas vraiment ce que c’était d’être là, noyée par ses connaissances encyclopédiques et sa culture puisée uniquement dans le dictionnaire fantasmagorique des Big Eyes, expectant l’érotisme d’une petite culotte humide abandonnée sur le banc de la rame.)

Saison rouge et noirceur crépusculaire !

La nuit nouait les cheveux de ces nymphettes déchaînées ; et pour colorer la noirceur en rouge et mendier quelques sanguins blancs pâles et lunaires dans le lointain un moine castré devait probablement se masturber face à la vision qu’il avait de leur personne. Car la nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré… Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente.

Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette ; le moine m’avait parlé de ces soirées sadomasochistes qui avaient lieu sur Paris, cet ancien lieu de perdition où toutes les quêtes et toutes les propositions indécentes étaient parodiées par les gens des palaces, des palaces aux voûtes d’un bleu ornithorynque ou vénitien qui, sans raison, avaient occulté le secret des Portes des Orients. Et pour ces soirées que les gens des palaces nous enviaient quand même, j’avais cherché avant sur le web si les nymphes devaient s’habiller en cuir noir canonique avec des masques de perles en onyx ; je n’avais rien trouvé pour des raisons évidentes, les résultats sur Google ne me proposaient que de me rediriger sur Youporn.

La nuit avançait, et peut-être que nous avions déjà raté le rendez-vous des sadomasochistes qui, à l’heure où j’écris ces lignes, se sont définitivement dévoués à la faire muter cette drogue qu’on appelle l’Hélicéenne pour les beaux yeux de ces deux nymphomanes… les cheveux en désordre à présent elles cherchent dans leur sac à main un briquet Zippo pour allumer cette substance psychédélique que d’autres soumis rêvent de fumer dans les souterrains sans comprendre le réel potentiel de l’Hélicéenne…

Des métaphores sous les gravats

Dans le quartier où l’on ne voyait que des Rolls-Royce, l’Esprit des univers aux tentacules qui grappillaient des métaphores visuelles, avait dissipé les vieux malentendus. Les malentendus qui foisonnaient dans les romans des cinéastes et qui avaient choisi comme domicile céleste une marmite pleine de rubis ou un simple asile d’aliénés.

Sur leur trente-et-un, les Rolls-Royce avaient peur de ces grands brasiers que les métaphores allumaient, sans doute uniquement pour affirmer la place du feu. Ce feu, dans les ténèbres, pour honorer tout ce temps perdu à rester sage et conformiste… et cette époque où elles étaient tellement belles, tellement jeunes, tellement folles au point de dénouer les cheveux de leurs victimes de ces rubans cousus avec du fil d’or !

Sous le pâle soleil du matin, il y avait aussi deux chaises longues à l’abandon, et un peu plus loin où l’herbe avait poussé, des ombres que les azalées noires affaiblissaient étrangement : les fantômes des amants qui avaient sûrement délaissé ces chaises pour admirer leur ultime coucher de soleil. Des paons lourds de peine et d’une blancheur laiteuse surprenante se frayaient un chemin parmi ces ruines. Peut-être que ces spectres n’allaient pas se cantonner à ce lieu de désolation, mais les carcasses brûlés des Rolls semblaient les contenter comme abris. Ils savaient aussi qu’il y avait, si ils devaient partir pour le lointain, une petite maison retiré, une paisible thébaïde, où des histoires, tantôt oubliées, tantôt révélées au grand public, les attendaient pour les cannibaliser…

Les vieux films des Frères Lumière.

Cherchant à entrer en symbiose avec l’implacable émeute qui se déroulait dehors, les verres tombaient et se brisaient ; les seringues craquaient sous les semelles, les costumes étaient arrachés ; on entendait des grognements, des cris, de plaisir sans doute, qui bravaient la graveleuse pesanteur de la fournaise urbaine… Les gens buttaient sur une volée de détritus ; et les vieux films commençaient à se superposer.
Les vieux films ? Des courts-métrages dérisoires d’amateurs, démarrant leur scène initiale par ce frêle espoir de générer et de voir un nouveau monde suite à ce trouble de l’ordre public… Et sur les murs où ils étaient projetés, ils composaient, avec les célestes volutes de cette agitation dans la rue, des constellations de poussières… en ce début de désordre, d’autres fêtards masqués continuaient à entrer sans être annoncés dans la demeure des Frères Lumière ; ceux-ci avaient vraiment inventé quelque chose de désastreux mais les noceurs ne s’en insurgeaient pas ; ils comprenaient que les deux frères n’avaient vraiment rien à se mettre sous la dent, l’invention du cinéma n’étant apparue que pour mieux bambocher avec des filles chaudes et dénudées exécutant des danses guerrières, et qui les ovationneraient peut-être un jour quand ce sera le moment de sortir des bobines une succession d’images noircies.

Le Strip Poker à la spatule, au fusain, aux mémoires exosomatiques universelles !

Je déduisais qu’elle s’était débarrassée de ses démons tandis qu’elle prenait un bain brûlant, presque inconsciente, en rêvant d’îles à conquérir ; la guitare désaccordée de Kurt Cobain avait disparu pendant que les incubes s’atrophiaient sous sa robe, et grenouillaient dans l’eau chaude qui était restée dans la baignoire. Ce Scentless que Nirvana jouait était décidément trop hors-jeu pour nous donner le blues, pas assez courageux pour cascader les toits continûment enneigés de la ville, ou trop érotique pour ne pas perdre cette occasion de maculer fervemment les draps du sperme des incubes !
Alors je patientais. Et les petits souverains du néant crépusculaire se pavanaient et célébraient notre vie de bohème, happée quelque fois par la colère antagoniste des incubes, ces démons boulottant les dernières reliques d’un cadavre commençant par ses bras, ses jambes, puis ses doigts… Manquant à l’appel il restait ce clown grimaçant sous l’évier quand le soir tombait douloureusement, mais pour lui il devait mieux rester caché s’il ne voulait pas se faire liquider par cette meute de démons à tête de caïman. J’avais l’intime conviction cependant qu’il était en mesure de braconner sur les terres de ces diablotins et même les amants qu’ils avaient blasphémé en incendiant leurs cahutes de désirs, d’idées comme des Strip Pokers bestiaux, étaient réapparus sous une forme imprévisible : leur évanescence avait pris fin lorsqu’ils s’étaient réincarnés dans cette même salle souterraine où on avait été aussi harangués (par des peuplades de grabataires se défaussant de toutes leurs cartes lors de ces parties de Strip Poker.)

Les Précogs

Ah la mythologique scène où Claire Castel mélangeait la médiumnité au service du porno avec d’autres incohérences du synopsis original, sans autre forme de procès ! Elle se dénudait et les acteurs se déboutonnaient, obéissant à la procédure ; pour ce film chaud comme la braise, la cahute où ils jouaient n’était pas de grand standing, malgré tout il y avait les instruments nécessaires pour extraire des souvenirs impérissables de la mémoire exosomatique universelle : des instruments en ferraille blanche qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau à des poinçons de chirurgiens du dix-neuvième siècle (et le clystère chère à Claire Castel pour ses lavements au niveau rectal appartenait à cette grande famille.)

Les Précogs quant à eux avaient déjà pris de l’avance, présageant que Claire Castel serait assassinée dans sa baignoire après le tournage ; et ils tremblaient sous l’effet d’une fièvre intense comme si leur prémonition du futur n’avait été qu’une vision de plus en plus angoissante ; en effet, les lignes de code de l’ordinateur rassemblant leurs données s’étaient affolées et avaient fixé le crime au dix avril deux-mille-vingt-trois… mais il y avait d’autres aspects qu’ils ignoraient, comme cette crémation dans la cahute où le court-métrage avait été réalisé. Des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains rêvaient de voir Claire Castel dans leurs mangas, ils se seraient sûrement gaussés si ils avaient vu le lieu de tournage cramer et auraient conclu après l’incendie que seule la force obscure du yin aurait pu éviter ce drame, cet événement qui turlupinait quand même le côté divin du yang.

Les programmes informatiques qui énuméraient tous leurs appels téléphoniques de Claire Castel avant son meurtre s’étaient aussi coltinés les films où la féminité de l’actrice désormais défunte se rabibochait avec son versant masculin ; féminin comme cette pacotille qui faisait office de disques durs pour les précogs. Et de la pacotille, il y en avait aussi, sous ce soleil radieux d’Arizona, quand les enquêteurs s’interrogeaient sur l’origine des cinq branches du pentacle dessiné dans la salle de bain de la cahute ; mais ils ne s’étaient guère attardés sur ce détail… Cette nuit, silencieusement, j’écris, quand soudain, sur l’écran de l’ordinateur, s’est arrêtée cette image aussi violente que incestueuse, je suis sûrement dupe d’une hallucination à force de penser à Claire Castel, à force de cogiter comme s’il s’agissait autre chose que d’un rêve de précognitifs ce texte s’inspirant de Minority Report.

Obsolètes étaient vos désirs…

Obsolètes étaient vos désirs quand le trajet circulaire de l’abrupt taoïsme refroidissait au soleil. Et hérétiques étaient ces langues d’oc comme les bananes ou les Ailes de ma Rolls Il y avait loin d’eux une petite maison retiré, paisible thébaïde, où entre la faux et le faucheur affleuraient des histoires tantôt oubliées tantôt redécouvertes de fantôme avec beaucoup d’angoisse, beaucoup de folles idées de bourreaux.

Intentionnel était le pied que tu prenais alors qu’il n’y avait rien de tangible et graveleux était ce langage noir que nous utilisions le soir pour convoquer les lunes et les serpents. Il y avait aussi des anguilles noirs qui tournoyaient autour de tes bottes, toi debout, face à moi.

Dépravée était la harde de la Star Académie quand fulminant était le trop grand retard que l’attente avait transformé en temps préfacé par le génie. Il y avait encore entre leurs lignes de basse altitude et les lignes de leurs ennemis lettrés des soulèvements, des émeutes latentes.

En des nuits presque blanches, débranché était l’implant dans ton cerveau ; ton cerveau qui t’aidait à la référencer. Et tragique était le goût des meurtrières.. Il y avait alors comme cet arôme abusant les alambics bizarres que tu possédais, et dénaturant ce qui n’existait pas mais qui existerait, vu tes dons à percer l’avenir.

Les radeaux des méduses à Tokugawa !

Pudiquement, des gilets jaunes se transformant en kimonos comme un grand verre de gin. Comme une ballerine indémodable annonçant le chaos. Avec un gong pour attirer sur soi l’appareil digestif du bouddha, pour se tordre dans le décolleté de la geisha.

Pour faire trempette à Tokugawa, un sourire de ville tentaculaire montrant toutes ses dents et qui n’est qu’un désir d’erreur et de dérision. En vivant ensemble, filmés par la caméra, des bas-fonds qui courent sur le comptoir jusqu’à l’exténuation. Pour hypnotiser les comédiens, au soleil scabreux alors que tu cherches une lumière parmi ces ténèbres, les terres du mikado qui mordent les lattes ; et dans le trou, déchirant le coeur des deux losers, des histoires qu’on laisse traîner.

Et puis il y a des graphiques, scalpés par les Iroquois. D’eux, il n’y a plus rien à en tirer : comme des fricatives avant l’aurore. Un miroir dissimulé sous un ciel de jade raconte le récit de leur progression à la Vilnius Poker. Une progression qui, invalide, automatise les pages des bibles fantastiques, ainsi que les grands fleuves Chinois et Hottentots.

Géométriques et passives, les évanescences des démons sinistres, entre Chine et Mandchourie, ralentissent ou étouffent de ridicules rivières de sang. Fermées par glace et neige. En parlant aux guerriers, je leur dis que nous n’arriverons pas à Chingikou, après les rudes épreuves.

En silence, la lecture d’un livre occulte que j’ai trouvé dans la bibliothèque du Titanic, dans les cales d’un bateau pirate ou même sur un radeau de la méduse !

La scène du monde

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, un herbier, un hérisson se retrouvant sans la moindre transition sur la haute plate-forme des buildings, dans un terrible blizzard, et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer du savon, une collecte et pour sortir du terrier une énigme et un code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage et pour crapahuter dans la montagne, il y a, ici et là, de la couleur du curaçao, un objet et une faux, le cœur rafistolant les sentiments les plus spectaculaires ; à haute altitude, la marine qui monte la garde devant la porte du parc, un feston, de l’oxygène et un engrenage qui respire l’air frais, curviligne de la pleine nature ; une excursion de jeunes filles innocentes pour chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes et des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile. 

Des éclatements de fleurs humides et rubescentes qui pleuvent sur le chemin, quelques spécimens grossiers taillés à la main et un œuf en gestation ; des coquelicots et des modèles primitifs qui mélangent les plumes des flamands roses avec du goudron, un éden et des nerfs appartenant à Supertramp le vagabond. 

Une fronde et un puits de pétrole crachotant des gouttelettes galbées qui allument un feu de camps flasques ; un manifeste et un présage colmatant des galaxies à l’aide des têtes gonflées.

En fixant d’impeccables uniformes de trappeurs, une multiplication dans la matrice pour nommer et pour régénérer la spartéine, de pauvres êtres humains qui s’inclinent et qui luttent comme des lombrics ; une pagaille, un terrible blizzard qui rafraîchit l’atmosphère et un paysage ou un stigmate. En partant en reconnaissance dans le pressoir, des pythons qui succombent à la tentation, des montagnards un tantinet roublards et une steppe vidée de son suc et de son prépuce ; de psychédéliques univers lors d’une nuit de juin qui se clôture par des images floues et un tir à l’arc. Une réaction, un bourdonnement bas et extatique qui augmente lentement en chargeant les données de l’ordinateur et une fontaine dansante ; un vautour, des étincelles pittoresques qui cicatrisent le silence de cette nuit et un renard.

Des voix de femme qui dégénèrent les souvenirs encyclopédiques, une nymphe et, dans le paddock, une nage papillon, la tête au dessus de la fontaine, la scène du monde qui déstructure les gazons verdoyants et une pervenche ; un mystère, un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule et le stick d’un rouge à lèvres. Un chat siamois, un astronaute qui dévoile un taillis boisé sur une planète perdu et de mystiques fleurs de cabales pour un système solaire désinvolte ; une mutation, des taillis boisés qui se rassemblent avant de vous laisser à demi ébauchés et des stalactites qui tombent. Une station service se rapprochant des comètes, des fleurs sauvages qui sabordent les centrales nucléaires et un taureau instinctif ; un buffle, des fenêtres ouvertes qui transforment le ciel d’un bleu spectaculaire et une tortue terrestre géante. 

Un totem, une installation, des vaches qui paissent près des ruisseaux bouillonnants, un tracteur agricole et un tutu long ou court ; d’insoumis veaux d’or et de vertigineux trognons de pommes qui apparaissent d’un côté du cadre vacillant. Un geste qui encourage la verticale du vide et une vidange ; un géranium et un visa. Le zéphyr et le justicier qui apporte de fastidieux devoirs d’école. Une lance et une masse ; un mot et la fatalité niaise. Une arête de poisson, un boa qui fait tomber les potences et enfin de la couture borgne pour les pieds nus des condamnés !

Le sang !

Pour faire trempette dans l’appareil digestif, l’impact des gouttes de pluie qui courent sur le comptoir en ivoire jusqu’à l’exténuation. Pour crapahuter dans la montagne, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et d’ombres chinoises, une triplette de rois qui escalade les falaises à mains nues. Pour prendre la poudre d’escampette, de tumultueuses forces obscures, enveloppées par la lumière qui se reflète sur son écran et qui chasse les rois de la grande famille et qui turlupine les feuillaisons d’automne.

Des duels à l’épée et tutti quanti dans ce pays où seul le Bouddha a échoué avant d’étendre l’épidémie et déloger les vandales là où il n’y a plus d’herbe : c’est pourtant le même monde, ce monde qui se concentre uniquement sur l’arôme déplaisant, épicé de son chewing-gum surprenant… Un hommage aux sacs à dos pour les novices de la route qui ressemblent aux bruissements des étoiles et qui traversent les égouts avant de déambuler ou de vadrouiller dans les rues de la ville.

Des chemins de fer qui suspendent les vallonnements du paysage dans le vide en suivant les buttes à l’extérieur de la citée. Des macchabées qui mangent des cookies au gingembre et qui innovent en écrivant de la fiction ; de magnifiques poésies comme une haleine fétide, comme les sonates de Beethoven ou comme le typhus qui contamine le mental flou et leur destinataire !

Franchissant à cette heure un terrain vague désolé pour parler le mandarin, Beethoven, en tâtonnant dans le noir, qui décompose l’univers et qui meurt avec de poussives étoiles crémeuses comme les rouages d’une machine cassée.

Tout ça afin de lancer un nouveau djihad de l’autre côté des portes des hôpitaux psychiatriques référencés et former des amas de galaxies. Enfin il y a un cobra qui serpente entre les blessures et des échappées belles parmi les voix lactées : une saisissante supernova qui récidive en envoyant en morse les données de l’ordinateur ; pourquoi dans cette machine démesurée la nuit de l’orient est-elle alimentée à la morphine et à l’urine alors qu’il n’y a que des étendues d’articles synthétisés et pas le moindre sens mnémotechnique ?

Le sang qui se familiarise avec les cures de désintoxication en crevant les tympans des junkies. Le sang des vampires qui se décompose dans la tisane aux thyms ; le sang qui a la trique et qui décroche une enfilade de trucage.

Le sang dans sa marée haute et sa marée basse qui impose le tutu comme costume de la danseuse ! Le sang dans un tuyau qui s’enfouit sous la terre vaginale ; le sang et son empire quand les trompes utérines forment des vallonnements efféminés !

Le sang qui devient muet à l’aide d’un typhon ; le sang qui lève une armée uniforme pour faire la guerre aux hydes fabuleuses. 

Le sang se déplace comme le ruissellement d’une pluie rouge qu’emporte le vent, comme l’intensité de cet amour qu’elle lui porte. Le sang qui tutoie dans un duel l’épée et le fleuret et tutti quanti.

Le sang et les vainqueurs de la guerre du golfe en effervescence et en échec depuis que la tulipe a enlevé sa fleur et sa tige ; le sang à grande échelle qui débouche sur un boulevard en tuant les péripatéticiennes.

Le sang dans sa tunique qui panique et qui a une typographie panoramique !

Le sang fortuné qui s’enfonce dans un tunnel ; le sang qui évoque l’urbanisme d’une ville ancienne d’Italie, ensevelie sous les cendres du Vésuve. Le sang tzigane qui se concentre sur son discours avant d’écraser une mouche tsé-tsé. Dans sa toge le sang qui chemine en direction des traces de particules ; le sang dans la trachée qui fait barrage à la respiration ! Le sang dans un fatras absurde de préjugés qui fascine les fleurs tubéreuses ; le sang qui se destine aux gens valides et qui se détache d’une valve à une autre !

Le sang gicle comme un canard barbotant dans la boue ; le sang et ses tractations dans l’arche de Noé, le sang qui électrifie les valeurs des buildings et qui se blesse au contact des vantardises. Et dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass qui dérobent les rougeurs et les suppurations d’un paiement cash, le sang gicle comme l’hémisphère d’un cerveau endolori mais bouillonnant ! Le sang transparent dans une nébuleuse en trinquant à la santé des mercenaires.

Le sang qui a du blé hébété et qui s’unit avec les technologies de pointe.

Le sang faussement menuisier qui travaille le bois mais surtout la porcelaine des tirelires !

Le sang qui désoriente l’univers tridimensionnel au péril de sa vie en hissant les crocs du froid engourdissant, le sang d’une pauvre poupée qui flambe au cours d’un rite disciplinaire : le sang comme un hommage aux gens titrés ; le sang iconographe dans un tonneau où il mûrit patiemment et un prolongement mathématique sacrifié à cette occasion. Le sang qui endommage le moteur des tire-fesses ; le sang qui dévalise dans un musée les toiles de Toulouse-Lautrec et qui fait le tour de son duché. 

Le sang sous les ongles quand tu escalades une falaise à mains nues. Le sang coincé dans la flûte des morts qui fait sa tournée aux pays des détecteurs de mines ; le sang et son détail qui trahit les capucins et qui capture la trame de ce récit ! 

Le sang à tribord qui peut être monnayé ; le sang qui s’indispose en tricotant des crachotements, le sang qui aime tronçonner les intellects. Le sang et les urines qui envoient en morse un message codé ; le sang et la morphine dans une usine qui répare les cyborgs.

Le sang qui troue par son acidité des idylles et qui harcèle les tropiques ; le sang extensif qui fatigue les culottes trouées !

La Fonction X

En reconnaissant le bon côté de ses immensités galactiques sans pouvoir cependant la définir cette fonction X, ou en l’associant au gain obtenu, puis perdu, il y avait tout d’abord cette force occulte, organique qui venait de prendre ses valeurs…
Des valeurs qui ne s’argumentaient pas, qui se cachaient parmi les notes de musiques dissociées de son langage à la fois mathématique et informatique, et qui basculèrent de l’autre côté du téléphone : elle recommençait ainsi sa vie, cette fonction X, elle avait peur de se noyer, de tourbillonner au fond des lavabos. Elle avait peur aussi de se perdre et se perdit cent fois en cherchant une issue philosophique ou religieuse à cette équation à laquelle elle appartenait.
Sans oublier toutes ces moqueries, tous ces rires et toute ces gens morveux emportant la seule clé de cette énigmatique équation que je tentais de résoudre. Aux grands maux les grands moyens : après différentes ébauches, j’avais écris pour elle une partition dont le système était tout aussi cyclique que les saisons et tout aussi aléatoire qu’un jeu de cartes, comme le tarot, le poker, la bataille etc.

La fonction X, transformée en notes manuscrites, altérée par ce nouveau mode de raisonnement, avait retrouvé ainsi le sens de la marche et regagna alors cet amalgame du départ ; passionnée et méticuleuse, en atteignant un niveau souterrain que la voix de Freud, le nouveau animateur radio, berçait, via la pensée latérale envoyait pulser ses anciens espaces vierges, encore à conquérir, en suivant un tracé logique.

C’était un nouveau voyage, un périple crissant ses ongles sales sur le marbre blanc de ma cervelle ; la fonction X, quelque soit le « gain » obtenu, glissa au fond de mon lavabo et fit disparaître l’univers qu’elle avait créé et qui avait chaviré par trop d’associations hasardeuses. Cependant, leur compréhension n’était pas nécessaire. J’achevais donc l’oeuvre – une science fiction répondant aux canons de ce genre – en imaginant d’après son inspiration un dessin animé, animé par ses vies antérieures, retransmis sur tous les postes de télévision à l’heure des informations régionales.

Dans ce dessin animé la fonction X avait adopté un caractère exotique et rare : en se taillant une route parmi ces personnages de Cartoon imaginaire, Samantha, ma secrétaire chargée de l’autre fonction – la fonction C ou fonction cut-ut – avait greffé le jingle new-age des autres épisodes à la queue de comète de cette fonction X !

Aneurysm Fauve

Comme une opacité saccadée, comme une intrigante pensée, le métal, le mental descendant jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco et les crachats hypnotiques fusent ; par le soupirail d’une vieille maison, a été revendiqué le programme informatique de la Cora-Hummer 7 en amortissant son décapant jaune d’oeuf.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompt son idée innovante, s’hypertrophie sa gageure ensorcelée ; idée innovante mais inconsciente, ensorcellement qui sape les fondements humanistes, les sillons mécaniques mais qui croupit en time capsule jusqu’à maintenant ; time capsule qui, en s’effondrant comme des morceaux de banquise, désassemble tout le réseau alors qu’elle réside cette idée, inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro des planètes inconnues.

Comme agrafé à leurs concessions extraterrestres, je ravive leur représentation mentale singulière en emmagasinant fond-perdu et liste mnémotechnique décomposée en massifs d’ombres. Sa fréquence noire tient impassible dans les souterrains du métro, le long de l’échancrure de la robe de Béryl, le long de sa facétieuse ADN. ADN formellement livide et lexicale qui fornique avec la lune, qui assaille de préférence les plaines trop arctiques ou antarctiques, qui vaporise les fontaines heuristiques.

Soudain, brûlée ou vannée alors qu’elle avive un agréable goût d’encre de chine, macère alors en frémissant son frénétique Aneurysm fauve, cette stupéfiante chanson de Kurt Cobain.

L’Armée des Singes

Tout d’abord, sur une île qu’on finira bien par retrouver un jour, les veines d’un circuit électriques en manque de puissance. Mais leur force réside, quand les bottes font du foin, à cet aura de lumière que de l’armée des singes relève à tour de rôle. Dessinée sur le gravier comme des ongles sur un tableau noir, la représentation flottante de cette île aimerait bien vivre une nuit bien agitée pour une fois, mais immobile dans les laboratoires où les chimpanzés, ces cobayes, impriment la longue description des petites annonces parues ce matin, des vastes ténèbres, de l’avilissement du corps et de l’esprit.

Préludes avant d’expirer enfin, le monde, leur monde éclot à nouveau sans succès… Mais si on se contentait d’inventer un nouveau univers, des travaux de cuir et de sciage suffiraient à le faire revivre ; d’ailleurs, dans les cahiers des singes mercenaires, s’accumulent ces tentatives écrites pour demander aux dieux déguisés pour l’occasion en bonimenteurs une nouvelle chance.

Mais il y a aussi, quand les navigateurs, pour réussir leur certificat, s’égarent du côté de l’île, des écueils qui sont la seule et unique contrainte de l’endroit où vivent les singes. Pendant la lecture jubilatoire d’un merveilleux QCM, ils recueillent dans leur cerveau à peine formés toutes les données d’une liste bibliothécaire servant de registre journalistique pour Hunter S. Thompson, réfugié avec eux en Nouvelle-Zélande.

Avec un seul numéro de téléphone scribouillé en bas de leurs notes, l’Armée des Singes sème la panique en hackant toutes les lignes : ainsi, quand vous décrochez le téléphone tous vos secrets les plus intimes, compilés dans une arborescence de culpabilité chrétienne insoutenable qui va très certainement muter, ces primates les télégraphient et alors se met à saigner votre oreille qui tombe du comptoir en trépignant à la fin de cette histoire…

Pour de l’aneurysm bien grunge…

Sa chevelure flottait dans l’air avec le refrain de Stéréo Total, et les glapissements des autres bêtes perçant comme par synesthésie magique twittaient le même genre de poème que cette créature aux doux yeux de larves… et pour décrire cette scène qui s’était passée dans l’atelier de Charles Baudelaire, elle mettait de la lumière, en ce dimanche matin, jusqu’en haut des cimes, hors-jeu tant elle s’était acharnée à démystifier les litanies de Baudelaire.

Tant cette beauté s’était aussi acharnée à nous refourguer des vies antérieures qui prenaient la forme bien grunge d’une nuit de pleine lune, et on n’allait pas chômer pour les conceptualiser ; on n’allait pas chômer non plus pour nous aguerrir à l’art martial des éminences intergalactiques… et à présent elle baignait dans la grande marmite de rubis où l’Aneurysm de Kurt Cobain reposait fastueusement.
Sa jouissance perçant de l’obscurité, les bals fantasmagoriques se cassaient du ciel londonien, les fleurs de lotus se fanaient, les cartes de géographie instantanée s’effaçaient, et toute notre bande de jeunes n’improvisaient que du rififi dans les squats abandonnés, dans les souterrains où quelque part se cachait l’énigme des arêtes de poissons. Toujours dans l’obscurité, cette supercherie disparut doucement, presque à la manière fantomatique d’un spectre et le Nirvana rendit l’âme, sidéré par les paysages splendides que nous avions souillés : des plaines aux faibles lueurs et aux parfums d’été permettant de dormir profondément, où les zèbres broutaient comme si c’était la dernière nuit de l’enfer mais aussi des villes comme New-York que des chevaliers teutoniques prenaient plaisir à raser. Et pour ce qui concernait Baudelaire, les écrans de cinéma ouvraient l’application Twitter afin de l’inciter à pervertir tout ce beau monde ; même les enfants, qui d’ordinaire n’ont comme seule lumière que l’impétuosité des vagues océaniques, piaulèrent quand ils virent la célèbre impératrice se dénuder. Et tout rentra dans l’ordre par la suite, à force d’étudier les bouquins de Charles Baudelaire, à force de lamper de grandes rasades de vodka sèchement tendancieuse en écoutant l’Aneurysm bien grunge de Kurt…

Le miracle

Le miracle était annoncé… je me souviens que, sur une autre planète, l’infini et l’éternité avançaient en entremêlant des éclairs apocalyptiques dans le ciel ; et jusqu’au croisement des routes où la musique s’effilochait sans nous dévisager, les amants en string de noces avaient fini par se marier ! Ainsi, les confiseurs de bleuet pouvaient humer leur succion du vide, qui s’empourprait dans la pénombre.

Les tasses sur leur nappe riaient en montrant au fond de leur abîme des insectes striduler follement ; et je me souviens aussi qu’au fond des bois, mutuellement leurs regards furtifs se croisaient. Il s’agissait d’un homme et d’une femme vêtus en tout et pour tout de robes de bure noires qui alimentaient un vaste feu de bois. Elle était à genoux et lui accroupi et coupant du bois. On croyait naturellement que les échancrures le long de leurs robes n’étaient qu’en passe de révéler le galbe de leurs jambes nues.

Cependant, petit à petit, ils se déshabillaient habillement tandis que je reniflais sous un soleil déclinant et humais un vin de Xérès lymphatique. L’aube, dans mes cheveux, décrochait les unes après les autres d’obscures, d’absurdes, de verticales, d’inefficaces larmes sur la nappe de la table – la table où il y avait les fameuses tasses riantes –

Un vin de Xérès qui fit descendre à grande vitesse un dieu d’érables et celui ci retira l’échelle quand d’autres éclairs de phosphore firent venir la manne promise… la manne ? L’espace et le temps attendaient que le hameau s’éveille ainsi que son terrible tremblement de terre pour la dévoiler ; et dans mon coeur d’artichaut, à présent, le vin étincelait sans perdre une goutte de cet automne où les pommiers en fleurs eurent beaucoup d’enfants – quelle vertueuse idée ! Et tant pis pour les deux stars qui s’éparpillaient en essayant de cueillir ses pommes !

Les slips kangourous de Lautréamont !

Le soleil affriolait le territoire des kangourous et, de l’autre côté du pacifique, il orangeait le ciel en dévalant les collines de Big Sur. Les juvéniles araignées, dans leur couveuse, ensevelissaient leurs œufs que la Joconde avait ultérieurement fécondé. Les poèmes de Lautréamont s’en étaient enorgueilli et à l’heure où la neige était piétinée dans les caniveaux, il était revenu à l’état de larve…

Dans une autre dimension, ses slips kangourous s’aggloméraient dans la remise où il avait l’habitude de se masturber ; et à la place de cette moiteur torride qui régnait dans sa demeure, il y eut cette sombre apparition de la Joconde dans la pénombre lorsque les amas neigeux s’accumulaient dehors ; partout dans sa ville on ne jurait que vengeance, que punition, les gens débitant de monstrueuses conneries plus que d’habitude…

Mais ils savaient mourir, ces braves citoyens, leurs univers plaçant le labeur comme la seule chose pouvant casser les lois de la gravité. Des gags scéniques, presque cosmiques, sûr c’était bien avant le jour des gens que le poète parisien avait frappé de son aura malfaisant.
Et qui, d’Aristote jusqu’à l’époque bénie de ces simplets, avait tout fait pour croître, sa sensibilité artistique étant désormais pareille à celle de l’héritier des Flynn que la pureté du cristal s’obstinait à rendre toujours davantage fumeuse ! Mais la solidité kafkaïenne du quartz était aussi à citer dans son alchimie du verbe, et malgré tout très attentive pour ressentir sa douleur. Il ne restait plus qu’à visionner un film de Kubrick pour comprendre les dernières velléités du poète et ainsi nous serions débordant d’énergie, dégoulinant d’amour propre, un amour propre cependant en train de pourrir parmi les souches mortes de l’angoisse existentielle, parmi les joncs vaguement sur le point de crever, et l’hérédité des Flynn nous appartiendra alors entièrement !

Et toute cette prose qui aurait pu voler la vedette à la poésie de Lautréamont, ne raconte qu’en fait qu’une équipée sauvage en jeep et voulait en vérité seulement décrire le panorama qu’on voit depuis les collines imprenables de Big Sur. (Où l’on entend encore le jazz que Kerouac attribue au silence feutré et dense de ces lieux bercés par un climat chaud, tropical.) Et plutôt que de me préoccuper du niveau de la jauge de peur de tomber en panne, j’ai abandonné la jeep dans un marais et j’ai marché longtemps, longtemps avant d’élire domicile là-haut : là où les plantes et les herbes me permettent de passer à la fabrication de l’Hélicéenne. Fastueusement fabriquée, cette drogue me fait aujourd’hui songer que j’ai volontairement éclipsé mon jargon pour des stances de malandrins. Et je pense, en écrivant ces lignes, que les slips kangourous de Lautréamont sont en ce moment en train de sécher tandis qu’il rêve à attiser le feu du monde d’un énième délire : un délire de poète maudit, empruntant son vertige carnavalesque à tous ces personnages haut en couleur rencontrés lors de ses virées nocturnes.

Fables.

Dans le monde des fables, des rêves qui jacassaient entre eux, l’horizon commençait à blêmir. Dans le monde des clarifications, des affaires rejetées, le soleil irisait la face triste des amnésiques. Et l’univers bataillait pour faire bloc avec ces mondes, qui éperdument se confondaient avec les grappes de raisin, les épis de blés…
J’appris le maniement du sabre de samouraï par des moines zens qui s’interrogeaient malgré tout sur mes compétences quand le carnaval de ces mondes, par sa torpeur, fit frémir leur roi, le baron rouge ; mais il avait des jambes de coureurs et préféra les jauger pour ce qu’ils étaient : rien qu’un carnaval de déments voltigeant pour mettre fin à la beauté des Nez-Percés, ses sujets. D’ailleurs, ceux-ci avaient de la route jusqu’à Kirkuk, et leur itinéraire restait confus.
En pataugeant dans la gadoue, ils gaspillèrent leur énergie et se retrouvèrent bientôt devant une clôture de barbelés : c’était ici qu’on fabriquait la drogue des rois ; une drogue qui déformait le temps et l’espace, le temps et l’espace se réhabituant très vite à tous les faire vivre dans un tronc d’arbres desséchés et un déluge de feuilles mortes…

S’ébaucher et louanger.

Achever l’écriture des feuillets, saoul, dans les salles occultes du Mah-Jong
Exciter et gâcher le plaisir de les voir tous avalés par la gloutonnerie de Gargantua
Altérer l’oxygène, leur oxygène, quand leurs sociétés de géographie maritime emmagasinent les amours de Janvier
Exceller à être toujours seul dans sa tête et en approuver le supplice
Exagérer leurs défauts jusqu’à être trop voyant et embrasser le froid
Les agacer pour qu’ils ne comprennent plus rien
Accorder à la forge une autre recherche de la chaleur
Vexer ceux qui ne comptent pas
Abattre des forêts où les feux vaudous n’économisent pas leur force
Louper son hibernation et attendre le prochain printemps
Briser mille décennies pour détruire l’heure du cher repos
Fouiller dans son cerveau comme s’il s’agissait d’un terrier de rongeurs et excéder les interrogations

L’odalisque en colère

Quand s’avilissaient les explorateurs et tous ces vagabonds bien braves, la houle, rapprochant les fleurs humides et rubescentes entre elles, s’amusait à enlacer les veuves fantasques… J’avais confiance en son pouvoir, et d’océans désabusés en océans en colère, je traversais les sept mers qui ferlaient des horizons blêmes et déments.
Elle avait la même blancheur laiteuse que le feuillage des arbres autour de nous. Dans un silence absolu, je chuchotais à son oreille qu’on ne parviendrait jamais à cueillir ces hautes herbes couchées par la brise.
A mesure que je m’approchais et menais mes investigations, j’admirais la grande fresque d’une odalisque qui semblait nous promettre des rêves macabres pour cette nuit. Et en parlant de rêve, Cassandre m’exhortait à frotter le cuir de ces mastodontes nécrovores que nos cauchemars déniaisaient. Mais le lendemain, à la même heure, existeraient-ils encore dans l’imaginaire d’un ivrogne irlandais ?

Et cette odalisque m’embobinait, je le savais, mais j’avais toujours ces explorateurs d’un autre temps et ces vagabonds d’une autre trempe, de mon côté ; je pouvais compter sur eux pour voir les corps des médiums se convulser sous le supplice de la corde et après ce serait une époque encore davantage ténébreuse….

L’affaire Roswell

Il y avait déjà Maldonne quand j’avais hérité d’un sac de sport dont tout le monde se gaussait, maldonne quand l’impérial hasard clabaudait ce matin au fond de mes limbes cérébraux, maldonne quand cette mémoire ravagée ne m’allaitait plus au fond de ces ténèbres, maldonne lorsqu’un full de rois amnésiques, trop obnubilés à s’entretuer entre eux, dissipa cette déchéance sans entrer dans les détails malgré tout ; il y avait Maldonne quand la webcam de l’ordinateur s’alluma instantanément, fit entrevoir la conception des droïdes suréquipés alors que les machines à distribuer le jeu ne renouvelait même plus leur colère démente, leur naissance latente… Machines qui fonctionnaient sans saisir le sens, le but de cette paire d’as, incommodées par la puanteur de mon sac de sport ! Maldonne enfin quand on enrôla d’office cette horde de guerrières : une meute malsaine, divisée en sous-ordre pour pirater les ombrageux scepticismes, leurs fantasmagoriques placements de produits et tout le reste…

Betty était vraiment resplendissante dans sa robe de plumes échancrées, et pendant tout le dîner je n’avais d’autre envie que de la regarder ; même ces nuages noirs qui recouvraient les cieux éléphantesques de leurs ailes de ténèbres n’étaient pas aussi intrigants. Dans le sac de sport en question, il y avait un organe de Roswell sous cellophane qui était en train de pourrir, là-dedans.

Elle n’était pas revenu depuis Thanksgiving et j’avais eu le temps d’examiner en détail l’organe de Roswell ; avec le temps, on finit toujours par changer d’avis. Dépassant la limite du supportable, l’organe même caché dans mon congélateur schlinguait à mort, sa couleur avait viré au noir maussade. C’était peut-être le foie ou le pancréas de Roswell. Et il avait laissé dans le sac de sport une flaque brune et vaseuse où des germes hautement toxiques avaient pullulé, je m’étais résolu à brûler le sac dans le jardin prétextant à mon voisin que mon chat était devenu trop malade et tandis que les flammes finissaient de tout consumer, je retournais dans la maison voir si l’organe avait dégivré, j’en profitais pour le passer au micro-onde et, avant que la sonnerie retentisse, dans la pièce froide et austère de la cuisine où l’organe réchauffait, une silhouette vaguement humanoïde passa furtivement, il émanait de cette créature abjecte quelque chose de si brut, de si primitif qu’elle semblait à peine humaine. Je la suivais précipitamment dans le salon mais elle n’était déjà plus là, je renonçais à la traquer et quand je revins dans la cuisine, l’organe avait disparu, il ne restait qu’une odeur nauséabonde…

Les reliques des idoles.

Sa mèche de cheveux mettait le feu aux céphalées les plus coriaces, et on allait transhumer là-haut dans les hauteurs celtiques, revendiquer les désirs et l’humeur des cascades ; du pourpre, on avait fait de l’or ; de l’or qui était transporté dans des charrettes antiques par des centaures aussi forts que querelleurs. 

Et sa mèche de cheveux donnait froid aux cascades, aux Apparitions fantomatiques des pierres de Rosette, aux pesanteurs aussi improbables que diaboliques ; on allait très loin dans cet imaginaire périple… trop loin pour ces étoiles du nord qui se perdaient parmi les ombres. Et tandis que les ravines sommeillaient dans leur lit pantelant et huant, les new-yorkais s’étreignaient dans leur sommeil paradoxal : on avait jeté du sable sur la cinquième et nos centaures avaient soigneusement minuté l’heure de leur réveil… à New-York et pour toutes les amnésies, ces Rêveurs s’étaient radicalisés ; un déchaînement de tonnerre et d’éclairs, de colères liberticides aussi, fit céder les barrages de l’Hudson et l’humeur des cascades, jadis cantonnée ailleurs, était là pour dévoiler notre artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait d’effacer toutes les reliques des idolâtries.)

Doux Rêveurs et Nymphe envoûtante

Depuis son perchoir, elle les contemplait avec de grands yeux humides, puis regardait leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant ; communément dans le jargon des Convois nocturnes on les appelait ces hommes de l’ombre cascadant les icebergs polaires des vagabonds et c’était un cocktail détonnant pour son désir naissant lorsqu’elle croisa, cette statue grecque, ces malchanceux, ces « poissards » qui avaient subi les effets de son sortilège…

Alors qu’ils devraient mieux se jeter sous un train plutôt que de la courtiser ces Doux Rêveurs, son attachement à eux malheureusement n’allait pas perdurer : c’est parce qu’elle n’avait pas d’autres candidats, pas d’autres choix que de les envoûter mais ces types débraillés se gaussaient malgré tout de cette nymphe quand elle partait un peu trop loin.

Cependant ce n’était que temporaire : sur le kelvinomètre électroencéphalographique qui suivait leurs sautes d’humeur mais aussi les évanescences de leur rêve, une mission s’annonçant loin d’être zen s’était affichée, ils avaient en effet du pain sur la planche car, comme le stipulait leur nouveau contrat, ils devaient prendre d’assaut comme Don Quichotte tous les moulins de la Nouvelle-Espagne et dans le lointain on entendait déjà les pleurs d’une sibilante ce qui signifiait qu’officiellement ils s’étaient fourvoyés et s’étaient trompés d’ennemi !

Sur le dos des éléphants

Elle n’avait pas peur de monter sur le dos des éléphants qui se vexaient bien souvent pour un rien et elles avaient quelque chose de nuptiale ses parades que je qualifiais malgré tout de mystiques ; à cette époque du récit qui ressemblait de près ou de loin à de la démence, les elfes nous accompagnaient encore mais quand une dizaine de skinheads nous barra la route, ils nous faussèrent compagnie…

Le mauvais œil nous suivait, en ravivant des émeutes, et lorsqu’elle descendit d’un éléphant à rendre fou des pluies de moellons, l’or qu’on avait amassé dans les mines de Jupiter et de Saturne se volatilisa ! Autant dire que le commencement de notre odyssée avait un goût de scarlatine un peu trop coriace. Cependant la nuit avançait et le cœur battant nous étions toujours en train d’escalader les cimes étincelantes avec notre cohorte d’éléphant ; des éléphants qui s’étaient soudés entre eux pour se rebeller contre leur condition de travail et je regrettais déjà d’avoir échangé mon van, dont j’étais anciennement le moteur par la pensée, par synesthésie, pour ces mastodontes.

Ils étaient brutaux et réveillaient tout le quartier quand nous passions près d’un lieu d’habitation nous ne pouvions que nous alcooliser sous les ponts en attendant que l’envie de parcourir les sept mondes les reprenne…

Noisettine et Marasquin de Neptune.

Le goût du marasquin de Neptune se passait de descriptions. D’autres rêveries davantage fantasmagoriques le courtisait et les plus agréables léthargies se terminaient en comédie tragique ; mais je voguais malgré tout sur les flots de l’amnésie. Celle-ci avait emprisonné l’âme de Brahma dans sa semence.
Le goût du marasquin de Neptune se passait de descriptions. Invariablement il se débrouillait pour finir en fumée de cigare et en vapeur d’alcool. Il s’émerveillait d’un climat d’oisiveté seulement troublé par des apparitions impromptues de fantômes en fin de bail.
Le goût de la noisettine s’accommodait mal d’un ciel allant se tirer et partisan des mauvaises pensées qu’il faudrait absoudre mais, en tant qu’auteur, je devais lui faire renoncer à sa quête de vérité. Ainsi je m’étais délibérément placé dans des situations périlleuses, grotesques ou humiliantes pour me dévouer à le réaccoutumer à quelque chose de plus faux ; quelque chose aussi de plus organique que j’avais fait croître par pure conscience professionnelle.
Sa mémoire était un vaste repaire de soldats affamés et même les rêves d’Ys n’avaient pu la résorber. Et pour le tenir éveillé ce ciel de grande noblesse, j’avais distribué une drogue puissante à ces mercenaires.

Les ondes positives de l’océan avaient été inversées, la mer était en danger et n’était plus que le pâle reflet d’elle-même : c’était devenu une immense mare et pourtant je voulais toujours dessiner son architecture spirituelle, la rabibocher avec un mantra venant d’ailleurs.

Le marasquin paraissait à présent un peu terne, les nomades repartaient sans nous confier le secret de son arôme… et aujourd’hui je songe aux orgues monumentales des églises abandonnées que les branches des arbres morts ont caché après le départ des nomades et à ce qui était semblable à leur force herculéenne de Minotaure. Peut-être que dans la Sierra Nevada je les retrouverais un jour et avec cette liqueur provenant d’une planète trop éloignée dont on n’entendra plus parler, j’incendierais leur système neurovégétatif !

Danses obscènes pour une rêverie !

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La statue du colosse souffrait d’un léger strabisme, les nymphettes d’un chat-room ne pouvaient suivre qu’à la télé la météo annonçant un moutonnement noir dans le ciel, et, sur leur écran, leur vie antérieure dérivait : un long travelling que les incendies dissociaient de leurs invraisemblables révoltes…
Elles avaient de la suite dans les idées, et rapidement elles étaient même arrivées à délivrer un message injurieux à l’humanité.
Des voyageurs prirent le majestueux escalier menant à leur temple, ce qui vint troubler ce calme paresseux qu’une guerre bien noire avait laissé après son passage ; leurs légendes à la Modigliani dénigraient leurs abîmes hallucinés, et il n’y avait pas que leurs abîmes qui hallucinaient… bien avant les couleurs du printemps, même la statue du colosse voyait des aubes donnant naissance à d’autres royaumes, mais elles veillèrent toute la nuit pour lui prodiguer des soins et finalement après son rétablissement le colosse n’eut pas d’autres visions psychédéliques et revint à l’état de gargouille… à présent je sentais que son ombre bougeait pour faire des vagues sur le crépis jaune, et la rêverie pouvait alors commencer, avec ses danses obscènes !

Sanctuaire

Un peu humaniste, un peu pompette, un peu en dessous et un peu au-dessus j’offrirais à l’odalisque un collier tressé d’apesanteur noire et la ferais valser sur les comptoirs d’ivoire où étincèlent les impiétés perdues. Un peu grise et semblable aux petites grands-mères malingres, elle me chevauchera entre deux époques comme une possédée.

J’inoculerais dans ses veines rosâtres le poison sauvage des forêts sibériennes ; et pour convoquer parmi les derniers survivants la science parfaite de son étrange taoïsme elle en appréciera le venin. Puis, lasse des grands chemins que nous aurons parcouru dans les bois hollywoodiens, elle m’offrira un bouquet de nerfs, un bouquet d’oreilles coupées, et je continuerais mon travail de sape : les données métaphysiques et virtuelles des sonorités mauves et chaudes qui souvent viennent dormir avec nous au creux d’un arbre, seront toutes effacées.

Enfin nous descendrons les marches de notre Sanctuaire et les géographies léthargiques et maritimes du mont Sinaï s’inviteront à notre petite fête… et leurs forces occultes couperont un peu l’appétit de notre grand serpent, ce sera alors l’étape du perfectionnement : avec mon sabre de samouraï je tuerais mes vieux rivaux, un événement aussitôt téléchargé sur tous les serveurs de notre Empire parnassien !

Dans les colchiques les cinq sens.

Dans les colchiques les cinq sens se battaient pour s’imposer en maître sur les mondes celtes ; leur déliquescence parmi les ombres luttait pour revenir à la vie et cloîtrer dans une cocotte en papier tous les possédés, des possédés novateurs qui voulaient voir pour une dernière fois le grand observatoire… ainsi ils s’étaient mis en tête de crapahuter en haut de la colline où il y avait l’observatoire mais n’avaient trouvé que des révolutionnaires enfiévrés.
Et tandis que la teinte du ciel virait au mauve avant de bleuir à nouveau, ils devaient tout recommencer : débusquer ces marchands de camelote qui ne méritaient qu’une bonne correction ! Des marchands confrontés à la hausse du thé, qui consignaient sur leur carnet de voyage leur marchandise.
Les cinq sens avaient capturé une nouvelle fournée d’équations torrides, n’étaient plus que des amalgames insensibles d’aigues-marines brûlantes et côtoyaient des représentations mentalement invraisemblables. Le Cercle des révolutionnaires s’agrandissait, la longue liste de leurs inventions s’était couplée avec d’autres découvertes venant des galaxies lointaines…

Le mal des mélodies à la Kurt Cobain !

Pour combattre « le mal des mélodies à la Kurt Cobain ou le symptôme des anguilles » tous les deux, nous avions éprouvé la bienheureuse corrélation du Pastel et dans la saumure des roseaux, la vivacité du pastel commençait à nous indifférer… aussi, afin de m’approprier la description de cette rêverie fiévreuse, j’avais visualisé l’arrivée de l’héritier des îles Marquises, et anticipé l’inauguration de son règne maléfique dans les joncs.

Pour combattre le mal des mélodies à la Kurt Cobain ou le symptôme des mygales cherchant la ruche nous nous étions octroyés le trésor des octets mortellement sophistes ; des octets terrifiants qui avaient établis près d’un estuaire leur campement. Et pour magouiller avec leurs soubrettes qui nous trouvaient trop mous, le mal des mélodies à la Kurt Cobain mangeait nos feuilles de papier pour nous… et les mygales revenaient nous hanter en envoyant un signal télépathique à l’intérieur de notre crâne.

Sans se soucier des têtards qui gobaient les octaves de nos notes de musique et même ce soleil du nouvel an, le symptôme des bourbons rouges était à présent localisé uniquement dans ces pays où les rites funéraires ne sortaient pas de leur octogone (leur sanctuaire où le minéral comme le végétal se lestait assez sobrement de cette maladie rimbaldienne.)

Le rêve du sacrement de la Papesse !

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : c’était le jour du sacrement de la Papesse ! Elle tirait sa puissance de la majolique qu’on avait chiné dans tous les royaumes, elle tirait sa puissance de la faïence qu’on appréciait et qui ne représentait rien d’autre que le carnage de ces chiens retrouvés parmi les ruines ! »
C’était le jour du Sacrement de la Papesse ! Et les ailes d’un couple de jars bataillaient pour nous faire de l’air (car dans mon rêve le soleil cognait comme un sourd) ; et tandis que le ciel se violaçait d’une lueur crépusculaire, notre groupe se dispersa pour fêter ce sacrement dans toutes les contrées grouillantes de gnomes.
« Écoute, je vais te raconter encore mon rêve. Aigre était notre irrépréhensible semence d’escargots et débridés étaient nos appels téléphoniques résonnant au fond de notre terrier à cent pieds de profondeur sous la terre noire… Mais pour tout dire il n’y avait dans nos querelles étudiées que des sujets à rebecter même les ténèbres. »

Malcolm X et Happy End

Malcolm X et Happy End pour satisfaire les multinationales qui voient leurs dividendes décupler par cet effet, et des univers trépassés pour turlupiner les hauteurs imaginaires, pour tarir leurs valeureuses cornes d’abondance, pour dormir dans des wagons-lits de première classe ; calmement ce matin je regarde tous ces univers en lambeaux d’un œil vague, et ramène le désir à sa véritable temporalité.

Malcolm X et Happy End pour zébrer d’éclairs froids l’océan tumultueux qui doit bien être quelque part. Et pour couper le muguet, j’inculque à leurs mercenaires ce pouvoir de découdre n’importe quelle bataille et je suis serein, je sais qu’ils pourront perpétuer la tradition millénaire ; des éponges et des jouets érotiques pour faire languir aussi leurs geishas et faire naître en elles un désir d’absolu sans mouvement.

Des hiéroglyphes reculottant la sagesse des neiges extralucides ; et enfin de l’alcool de contrebande et des contrats douteux pour briser les légendes et les mythes, pour conter les vieilles romances quand la marmite de rubis se met à bouillir et les enfants à brailler !

Le Syndrome Ida.

J’ai dit à Ida d’enlever sa chemise, Ida a mis ses bas.
J’ai dit : Ida tu es belle, Ida m’a dit que j’étais beau comme un docteur.
J’ai dit : Ida mets de la musique, Ida a remplacé le vinyle de Saez
Pour allumer la télé, tomber sur une pub Vinted et chantonner Something in the way de Nirvana.
Après le dîner, J’ai dit à Ida : tu restes pour moi un vrai mystère, Ida m’a répondu qu’elle avait oublié sa pilule…
Ida est restée encore un petit moment avant de repartir
Et je me suis endormi après avoir continué longtemps comme ça, à écrire pour Ida
Ida n’était plus qu’un souvenir lorsque j’ai découvert qu’elle s’était cachée dans une amphore.
Et Luna s’était perdue dans les couloirs du métro alors que je n’attendais plus Ida.
Au niveau immobilier, elle s’était fait agent commercial pour vendre des Tours de Babel plus ou moins bien placées
À la suite de ça, je ne voyais plus que leurs réclames pour envoyer des chimpanzés dans l’espace
Et d’autres indécents placements de produits.
Ida est revenue un beau matin à l’heure du café et je me suis dit que son charme était toujours aussi ravageur
Ida m’a observé un long moment pendant que je fumais sans rien dire
Il subsistait entre nous deux quelques malentendus
Et ce n’était pas qu’un euphémisme.
Quelque part dans la cuisine Ida était en train de faire une omelette
Alors que je voulais un café ; et je l’ai suspecté de faire semblant de ne rien savoir.
Mais j’ai interrogé les cieux, les oracles et ils m’ont appris que j’aurais la réponse à mes questions quand elle s’éveillera le lendemain matin à côté de moi.

L’odyssée périlleuse

Elle se vexait bien souvent pour un rien lors de notre odyssée et elles avaient quelque chose de pathologique ses pensées malgré tout mystiques ; à cette époque du récit, je travaillais sur des trames narratives qui se chevauchaient en ravivant des émeutes à paver l’enfer de bonnes intentions, mais nous restions des hommes de l’ombre. Elle bossait de son côté sur un radioreportage pour sensibiliser les foules sur le sort de planètes comme Jupiter ou Saturne ; autant dire que le commencement de notre odyssée avait un goût un peu trop romanesque. Cependant la nuit avançait et le cœur battant nous étions toujours aussi stupéfiés lorsqu’on entendait le moteur de notre van ronronner indiquant un dysfonctionnement ; un van dont j’étais le moteur par la pensée, par synesthésie.

Elle gardait sous son coude droit le secret d’un lieu d’habitation où d’extatiques derniers-nés par kyrielles, dormaient profondément… aussi profondément que les étranges machines sophistiqués transvasant leurs rêveries et qui me semblaient vraiment trop compliquées pour comprendre leur fonctionnement !

Quintessence fantomatique !

Des fantômes sous la forme d’orgasme blanc hantaient le ciel étoilé au-dessus de notre lit. 

Plantés là ces fantômes comme des sourires anglais, influencés par quelques Saisons Rouges pudibondes, initiaient une période sanglante (cette réflexion m’était venue, quand j’avais réalisé qu’il s’agissait de revenants vraiment différents de ce que j’avais pu voir jusqu’à maintenant.)

Comme des débiles, ces fantômes de petites filles babillaient sans jamais transiger et elles continuèrent tranquillement ce qu’elles avaient commencé au début de la nuit : échafauder pour nous des plans lorsque nous nous mettrons à jouer au poker, au tarot, ou au nain jaune… des jeux de hasard étudiés pour se perdre dans les profondeurs du Nil, pour effondrer les maisons bourgeoises, hautes et noires, se rassemblant en haut des corniches d’où l’on n’entendait que des syllabes feutrées comme la longue quintessence qui les avait fait naître ! 

Après le passage des vikings.

J’allais empailler un animal, une sorte de tigre du Bengale qui nous persécutait depuis trois longtemps, quand la teinte des cieux glissa du rouge crépusculaire au vert reptilien. Et elle devait prophétiser, pour un vendredi 13, le retour de l’Armée Napoléonienne lorsque les murs suintèrent de la même manière que l’aurore ; des pépins arrivant à maturité alors que nous étions encore à peine triomphants, et pas vraiment expressifs…

Lors de l’étrange réinitialisation de notre ordinateur qui nous filmait en floutant notre danse sous le soleil, il y avait déjà eu maldonne ; maldonne d’abord au Sud et au Nord, pour tous les orfèvres travaillant dans les cirques. Maldonne aussi pour cette planète où l’on entendait des râles d’indigènes s’élever.
Maldonne enfin pour ce chantier naval qu’on avait choisi pour faire grandir le Feu Sacré ; pourtant nos silhouettes de craie et de fusain semblaient encore dessiner des zigzags imaginaires ou métaphysiques dans la neige froide et aux désirs sans fins !

Légendes urbaines

Je me regardais dans la glace et je ne voyais que du vide. Même le dentifrice avait un goût de mazout ce matin. Et toujours une douleur lancinante. Au crâne, au ventre etc. Elle était pugnace et capitulait seulement quelques heures, quand j’étais gavé de médocs. Puis la fameuse nuit où je devais prendre la voiture arriva, sans pour autant me rassurer ni m’apaiser ; à ce stade j’avais déjà compris qu’Elle ne me lâcherait pas de sitôt. Son pouvoir inexorable semblait se réveiller à minuit pile, précisément quand je démarrais le moteur de la Dodge.

De nombreux sacs avaient été entassé dans le garage, contenant des têtes, des bras de mannequins désarticulés, plus proche d’un état cadavérique qu’ils ne l’auraient dû l’être, et il y avait aussi un mélange de poupées aux yeux mi-clos ou arrachés et de nombreux ours en peluche tous dépeluchés et aux couleurs déjà bien passées ; je les avais empilés là, un peu partout, entre les barils d’essence à calciner des tas de villages paumés et mes vinyles et mes disques qui n’endommageaient pas seulement les voies auditives de mes voisins les plus lointains.

Mais ces derniers temps, je m’étais fait discret, restant cloîtré dans la maison pendant une quinzaine de jours, silencieux et malade comme un chien depuis Son évasion d’un asile d’aliéné ; ah je la revois cette pucelle qu’on aurait pu croire d’Orléans, sous des pluies d’acides que je croyais providentielles à l’époque, et on racontait qu’elle-même avait été conçue dans une taule qui accumulait des histoires n’ayant rien à envier aux légendes du nord de l’Écosse… 

Je fixais la route, en sueur, et je croyais voir à la place des lignes blanches et du paysage classiquement assez verdoyant en cette période de l’année, de mauresques sentiers et de macabres steppes ; on n’avait vraiment pas besoin de ce rajout stylistique façon orientaliste pour attiser mon angoisse paranoïaque mais je devais avoir de la fièvre.

Après avoir roulé une cinquantaine de kilomètres, je sortis de mon véhicule pour pisser dans les fougères du ravin d’en face, il pouvait à peu près être une heure ou deux heures du matin et je n’avais toujours pas trouvé âme qui vive quand j’entendis des profondeurs d’une forêt qu’Elle devait hanter, Sa sinistre complainte… mon cœur se mit à palpiter au point qu’un peu plus et il aurait explosé. Je devais retourner dans la bagnole mais en courant précipitamment sans fermer ma braguette dans sa direction je m’aperçus qu’elle avait disparue et je ne voyais que le faisceau lumineux d’une lampe de poche s’approcher vers moi et m’éblouir, qu’est-ce que c’était ce truc ? 

Elle avait révisé ses classiques en visionnant tous les films de Scream, la Dame Blanche, et les avait analysés comme des œuvres d’art un peu nietzschéennes ; je lui avais déjà dit jadis que les Penseurs sont souvent les plus fourbes, et pour éviter son apparition au milieu de la nuit j’aurais payé cher pour être ailleurs et quelqu’un d’autre, même me retrouver dans un hôpital où ça sentait la merde et le vomi et en soin palliatif aurait été peut-être plus idéal. 

Elle éteignit la lampe de poche, à présent seulement éclairée par les lueurs de la lune et m’ordonna de la suivre avec sa voix d’outre-tombe. Je n’avais pas bien le choix alors on s’enfonça dans les bois, elle marchait vite, hystérique et poussant des cris funèbres jusqu’à ce qu’elle me montre une mare sinistre. Au fond de l’eau qui croupissait, des corps tous enchevêtrées entre eux s’étaient précipité (ou qu’on avait précipité, sûrement pour les noyer.) 

Elle devait les garder sous le coude avant de les cannibaliser sans doute mais seuls les arbres de ce lieu maléfique et leurs ombres qui nous surplombaient connaissaient son secret. Soudain elle plongea dans la mare et j’en profitais pour déguerpir, je me perdis longtemps dans un labyrinthe végétal, les branches et les branchages déchirant mes vêtements et finis par retrouver la carcasse de la caisse qui avait pris feu, son capot ouvert fumant dans la brume ; mais enfin j’avais retrouvé la départementale. C’était déjà un point de départ… 

666.667. encore un jour se lève.

Ou les meurtres de l’éventreur de Gainesville

L’élégance, la science, la violence ! Arthur Rimbaud.

Le secret est une drogue puissante. Danny Rolling en détient seul le secret… et sa folie meurtrière le prouve et atteste selon lui qu’on ne peut pas lui coller une étiquette : tueur en série, psychopathe crevant la panse des passants qui malheureusement ont croisé sa route, névropathe nageant dans les bains de sang ; ce sang que les nains réclament parfois et qui macule ses mains quand il place dans des mises en scène sordides ses victimes. La panique s’empare alors du campus, les étudiants passent leurs nuits en groupes barricadés, certains changent d’université…

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient les diverses flambées en toute impunité mais aussi pour se réchauffer un peu pendant toutes ces longues nuits d’hiver dehors ; notre prose s’inspirait du livre de Tristan Garcia, 7, de La Ruche et de la Rouge ainsi que des références à Lovecraft mais la plupart du temps elle nous servait qu’à aguicher le client. Nos pauvres clients qui finissaient par cramer sur la paille enflammée.
Pour rejoindre les autres assassins j’avais pris un train avec une transition à Mons et je n’étais plus jamais revenu chez moi, j’avais trop à faire et j’aimais voir fondre la graisse des jeunes hommes idéalistes sur les bûchers… des bûchers montés à l’occasion du sacre de notre roi, le dandy androgyne un peu cynique, un peu romantique, Danny Rolling… Il s’était jadis séparé de sa tendre âme sœur un soir de requiem quand il n’était qu’un vulgaire manutentionnaire dans une multinationale et pensait toujours à elle lorsque les catéchumènes se préparaient à agoniser, sa lame de boucher au niveau du cou pour bien faire gicler l’aorte. Certes son savoir-vivre et son savoir-faire étaient discutables mais nous étions quand même conquis par le souverain des vauriens…
Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vengeance, réintroduite au goût du jour par notre présence fantomatique traversant furtivement les avenues d’une légendaire nation, est un plat qui se mange… bien chaud !
Sous les braises ardentes et là où sommeillent nos pensées de barricades nous avons enfouis le doute éprouvant, déjoué grâce aux nombreux médias dont vous êtes pourtant si fier les plans pour mettre fin à l’émeute. Est-ce qu’elle se terminera à cette époque troublée dans les poches des financiers comme cela a toujours été le cas ? Avons-nous fait tout ça pour presque rien, pour quelques larcins presque invisibles et n’épargner que les gens pas assez prudents ? L’histoire ne le dit pas, mais dans les villes blafardes, le fantôme de Danny Rolling ne se doute pas encore du pouvoir des consommateurs fixant avec incrédulité les panneaux publicitaires de cette fin de septembre 1990.

Je regarde les réseaux sociaux encore actifs sur un smartphone volé et mon index se plie sur l’écran d’accueil pour localiser les bonnes raclées à venir. Et qui ne semblent rien en comparaison à ces meurtres orchestrés par Rolling ne laissant aucun survivant… des tronçons de corps qu’on peut voir encore sur l’écran.

Ghostface : Il ne faut jamais demandé qui est là. Toi qui aimes les films d’horreur tu devrais savoir que ça porte malheur.


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Sidney : Dans ce cas, dites-moi qui vous êtes.
Ghostface : La vraie question n’est pas « Qui je suis ? » mais « Où je suis ? »

Les Hérétiques

Un sévère et iconique iguanodon en guise d’emblème, un spectral et abyssal vide que les icebergs font clapoter en attendant d’autres possibilités, ou une drogue comme l’opium pour déambuler parmi les videurs alors que tout est douleur ; même le macadam est douleur, sans compter la primitive réponse de l’univers, et tout au fond de l’eau qui croupit, se mêlent des corps enchevêtrés qui ne veulent rien savoir. Débarquant en pleine nuit, en une longue file d’attente qui grandit à vue d’œil.
Pour qu’elle casse enfin les lois de ces galaxies qui clignotent au loin, il faudrait (déjà) apprécier le silence, et pour qu’elle cicatrice les mains palmés des mutants qui la composent on devrait (aussi) exprimer un sentiment d’oppression, mais c’est chose faite étant donné qu’Ils ont préparé bien avant en amont de vagues Nuits de cristal… pour sévir et répandre comme un plat infect des odeurs de lycées de redressement ; car il n’y a que des durs parmi eux, que des cinglés montrant maintenant des signes de dangereux énervement. La venue du crépuscule risque d’être longue à attendre.

Afin d’opprimer un peu plus et de les étouffer avec leurs énormes bras musculeux, ils ont choisi comme victimes les saints paysans des lieux incultes, ces gens qui ne savent que cultiver des figuiers de barbarie ; et la barbarie, par notre manque de patience/sagesse, n’est qu’un point de départ pour eux, ils ont rapidement enchaîné en violant toutes les femmes fatales, ont même promptement vandalisé, des lustres avant leur menaces kantiennes, les ruines d’anciens chapiteaux où les fées avaient l’habitude de nicher : tant de violences et de nuisances pour si peu mourir d’envie de percer les nuées aujourd’hui devenues translucides par leur exhalaisons… ce soir les névropathes ont mis du maquillage dégoulinant jusqu’aux seins sur le visage des nymphettes qui voulaient seulement monter en haut des crêtes.

Dorénavant le sol sera jonché de copeaux de bois, et quand la troisième guerre mondiale éclatera, quand nous perdrons patience face aux orateurs dont la vacuité n’est qu’une mortification supplémentaire, Ils seront là. Leurs cadavres rampant au milieu des nombreux faisceaux que forment nos lampes de poche. Je vois, dans cette noirceur maussade qui commence dès l’aube et dure toute la journée, la raison des tourments qu’ils infligent et lorsqu’ils gravissent la sauvage Baume des Bocs avec leur faune gavée par leurs nurses démentes, le mystère s’épaissit alors. Comme ce brouillard qui les cache de notre centaine de guerriers ondoyants et n’attend qu’une seule chose pour échapper à leurs sortilèges, pourtant évanescents.

Les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse !

Soit A : les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse pour déboussoler les historiques sans craindre les longs tunnels obscurs. Et B : la norme de leurs détails métaphysiques pointant en sauts quantiques ! Alors, alors seulement C : le lac d’onyx bouillonnant et le génocide de ses millénaires décuplés jusqu’à absoudre le Hasard… Je m’étais dévoué à les faire muter et cette mutation exaltait « la fin des maux de tous les animaux terrestres. »

Puis, en passant les Portes des Orients et de la Nouvelle-Écosse les sauts quantiques s’émerveillaient d’une autre fraction ; une fraction qui s’était débrouillé pour empaler les nourrices des dieux de l’Olympe… Et ce fut alors la fin de leur idéal mortel et mouvementé que nous avions créé ensemble et qui nous avait conduit à explorer d’autres possibilités !

Évanescences.

Ne trouvant qu’un leitmotiv à ses questions, à ses aspirations, je n’étais pour elle qu’une oraison funèbre, l’auteur du livre des nombres ou bien l’écume que les oisives falaises couronnaient tandis que nous observions les vagues. N’avivant que les océaniques aide-mémoires, elle n’était pour moi qu’une opalescente objectivité, la mer rouge ou bien des années d’orchidées qu’on avait passé à se rouer. 

Il avait neigé sur le toit de notre école et le ciel balafrait ses questions, pervertissait mes réponses ; la neige peluchait et à ce matin de glace il manquait les histoires de Flaubert ou de Dickens… Ces romanciers évanescents ? À présent loin de la mer rouge, des marivaudages des grandes villes mais aussi des marécages, ils se laissaient émasculer par des esprits maléfiques – des sortes de fantômes en robes blanches qui perpétuaient après bien des générations le cycle de la pleine lune, du côté oriental seulement.

À la gloire des éventreurs

Sur des échasses de chagrineux marchands de thé Pennyroyal entraînent dans leur perte la dévaluation des trous noirs ; sur les crêtes himalayennes il y a aussi des joueurs d’échec qui placent dans l’ordre les pièces attendant de reconquérir le chaos de l’univers. Ce trouble que notre guérilla a fait naître. 

Menaçant de s’effondrer, il y a aussi le moellon des stations de métro mais la délivrance arrive. Je le sais, comme les démagogues pourtant tous émerveillés par les chutes et le fracas métallique qu’ils entendent depuis les profondeurs. Pour se divertir, ces citoyens (presque honnêtes) calculent nos ventes de pop-corn amené par cargo quand les novateurs, les révolutionnaires ne se risquent qu’à épancher leur soif de violence.

Sur des échasses les marchands de thé qui ont trouvé enfin ce qu’ils cherchaient, ont érigé à la gloire des Guetteurs quelques statues d’éventreurs… dans les rues sombres où même la peine n’ose s’aventurer, nous prévoyons de faire éclater la vérité, après le déraillement de tous les trains, après la douce angoisse anesthésiante que les explorateurs exacerbent en vain…

Les mésaventures du Cercle…

Le Cercle reliait au cosmos, les crépuscules avaient bluffé tout le monde, et des amalgames insensibles d’aigues-marines brûlantes côtoyaient des représentations mentalement invraisemblables. Le Cercle s’agrandissait, les listes mnémotechniques pour les pachas, pour les nababs se perdaient au fond des catacombes du Château de Crussol et l’espace entre les lignes de leurs carnets de moleskine avait été monopolisé par des détails concernant notre attaque dévastatrice…

Notre attaque dévastatrice ? Le Cercle se l’accaparait, les hackers et les maraudeurs s’en indignaient quand l’oxygène s’embrasait, et les pacifistes prêtresses aujourd’hui disparues la fustigeaient. C’était pour ça que les légendes d’autres cosmos n’osaient ébruiter cette rumeur, cette rumeur qui avait réussi à désargenter des artistes de type Modigliani… et des poètes du genre Rimbaud ou Baudelaire dénigrés dès le début de nos mésaventures !

Les Nus allongés de Modigliani

Je me perdais dans les nuages. L’uranium allait tomber en pluie ce soir-là. Je me souviens, dans ce rêve, que les troubadours et les théoriciens du complot étaient tous nus… Et avaient cette fâcheuse tendance de s’acharner, sur un ring de catch, sur des artistes de type Modigliani.

Depuis le centre du ring j’observais parmi eux, des adversaires comme Ivan le Terrible, Michael Jackson ou Adolf Hitler. Seuls ces derniers s’étaient affublés d’une jupe d’écolière dont le quadrillage rappelait de loin des cases d’échecs. Ils allaient continuer à veiller toute la nuit et à combattre contre ces gens qui les emmerdaient ; et se démener, après le pugilat, à étendre leurs influences dans d’autres contrées oniriques. Ils sévissaient toujours dans la nuit et le froid ; et je les avais à nouveau croisés dans l’une de ces forêts sombres au crépuscule.

Les vautours tournoyaient au-dessus de nous pendant qu’ils s’adonnaient à des exercices de souplesse. Et leurs corps huilés déformaient les ombres dans le sous-bois, mais ils savaient que même la Joconde subissait les outrages et les caprices du temps…

Peut-être qu’à ce moment-là, des hindouistes priaient pour que leurs âmes reviennent sous forme de souris, de pigeons ou de cafards… Cette rêverie était pleine de revenants qui voulaient tous percer le mystère. Et j’étais revenu sain et sauf, ne rencontrant pas d’autres types voulant me dépecer ; je ne ressentais presque aucune douleur, je n’étais pas souffrant c’était juste affreusement désagréable lors du réveil. Avec cette furieuse envie de tailler des nécrophages en pièce et d’ingérer de l’huile de carter rouge.

Parties d’échecs et poèmes à informatiser.

« Trop de colère en lui, il n’est pas prêt. » Maître Yoda.

Le mal des anguilles et des serpents noirs commençait à lentement se matérialiser… Cependant, pour l’instant il sévissait seulement à Bangkok et touchait uniquement et mystérieusement les joueurs d’échecs, les fans d’Hugo Pratt, les muses sacrées, mais pas d’autres victimes.

Sur le béton marbré des échiquiers, à se défenestrer, je crains bien qu’une pièce comme le fou aurait été la seule à embrunir cette légende ; cette énigmatique maladie alignait les cadavres le long des cases inoccupées sous le soleil de la Thaïlande en laissant le fou incarner sournoisement son ennemi héréditaire. Mais déjà une nuit verte, semblable à celle de Las Vegas, inaugurait une nouvelle partie et d’autres légendes urbaines ; légendes qui avaient fait côtoyer les dragons des sept chemins avec les dames blanches au sang comme « de l’huile de carter rouge. »

 

L’étincelle qui prend feu avant d’abdiquer !

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Échouant à deviner comment les étincelles se débrouillent toutes seules à abréger la synthèse de l’acétylène et en regardant tristement les chauves-souris s’envoler au-delà de ces hautes murailles la nuit, l’incarnation de Roger Gilbert-Lecomte, le poète, s’habitue peu à peu à ne pas trouver de réponses à ses questions.

Mais toute la nuit, l’écrivain imagine que Alana des Ordalies égyptiennes, ou, sur d’autres plans, la blonde meurtrière du musée de Kali, la furie du château, la harpie de Berlin, chevauche des chevaux babéliens. Dans le creux de la vague alors que tout fonctionne à merveille, elle crapahute en haut des cimes imprudentes pour chercher un eldorado dont la duplicité psychopathologique est en quelque sorte liée à la matière grise du scribe… ce soir je quitterais le port du Havre pour conjurer le sort élaboré dans son poème Deuil d’azur !

Anesthésie et tortures

Des tréteaux avaient été dressés sur la pelouse et dans les oubliettes de son campus, depuis déjà quelques mois, on avait allongé la durée de son espérance de vie. Pour le voir souffrir. Et pour l’employer à différentes tâches, comme prendre le soin de déranger les insectes. 

Ces insectes anesthésiés parce qu’ils avaient sucé la moelle de cette grande famille de macchabées croupissant avec lui au fond des oubliettes. Avec ces coléoptères pour qu’il se sente moins seul, il s’occupait de pervertir systématiquement ses misérables pensées. Il rêvait de s’immoler et d’effacer la version hautement fumeuse de son rêve qui était responsable de son emprisonnement. Mais la bande des pendus cadavéreux, qui se vouaient à obéir servilement à ses tortionnaires, menaient une véritable garde obstinée pour qu’il ne touche pas au Feu Sacré. 

Comme le poker, le tarot, le nain jaune…

Quand s’effondrèrent les quelques pans de notre mur végétal, on avait déjà décampé. Lorsqu’ils sortirent la nuit du terrier ces hobereaux des émissions radiophoniques, nos ventes de cartes mères et de circuits électroniques court-circuitant à distance le système caracolaient déjà en tête. Mais, au moment où les mystiques de la Saison Rouge quittaient leur carton, nous nous étions retrouvés enfermés à l’intérieur de la bâtisse que des générations inconnues de journalistes sans scrupule s’étaient accaparé.
Pourtant cela se fit sans heurt ; de vives probabilités dans nos jeux de hasard avaient pris le soin de ne pas perturber le cours des choses. À cette époque nous bossions pour des forains ivres du matin au soir ; les jeux de cartes nous permettaient de leur moyenner les intrigues les plus noires du registre fantastique… comme le poker, le tarot, le nain jaune, d’autres divertissements échafaudaient pour nous des plans pour ne plus être leurs esclaves serviles (serviles et besogneux mais uniquement corvéables lors des grandes périodes d’hibernation.)

Les hackers de la grande impératrice.

Des légendes se mélangent pour injurier cette guerre bien noire, les légendes de Modigliani qui dénigrent les couleurs des printemps mais elles s’affermissent quand même, et donnent naissance à d’incultes mercenaires ; ceux-ci ont veillé toute la nuit pour finalement n’esquisser qu’un scénario de courts-métrages piratés depuis le néolithique…
À chaque crépuscule, à chaque attaque dévastatrice, ces hackers de la grande impératrice déploient la carte du maraudeur. Au centre de la carte du maraudeur, il y a une crypte nazaréenne dont les murs s’évanouissent avec l’âme de leurs modèles ; leurs modèles que les guerriers peignent sans les yeux.
Ces yeux ont la même coloration verte que les pupilles des serpents, au point de se précipiter dans le vide sidéral à la plus belle occasion !

Des probas d’orfèvres

De vives probabilités pour des forains ivres, pour reprendre le contrôle des pensées, pour débattre et peser le poids des émotions ; des probabilités d’orfèvre dans la grande marmite de rubis et qui se vendent comme du levain, ou comme cette célèbre impératrice dénudée. D’autres probabilités pour crédibiliser les mondes surréalistes mais aussi les terriers où l’on a enfouis le secret des drogues les plus réussis. Et, avec l’idée de ne pas subir l’agenda d’un autre, d’étranges probabilités prêtes à payer le prix du cidre conditionné à cette réussite… 

De fantasmagoriques probabilités pour chevaucher quelques alexandrins d’un autre temps, des alexandrins qui ont muté jusqu’à anéantir leur licence poétique. Tout en désobéissant aux donneurs de leçons et aux jeteurs de sorts ; ceux-ci, sans se laisser assaillir par les laborieux calculs des probabilités, relèguent au second plan les récriminations des forains ivres, qu’on n’entend plus d’ailleurs… relégué aussi au second plan, leur drôle de pouvoir imaginaire gomme tous les bugs des matrices qui comptaient atteindre les cimes. Elles aussi reléguées au rang de subalterne, ces usines à rêves qui nous réservaient bien des surprises, n’ont plus qu’à se faire hara-kiri !

Transvasé, transplanté, transsubtantié mais pas transmuté !

Les théories du complot étaient increvables : Ivan le Terrible, Michael Jackson et Adolf Hitler continuaient de sévir dans la nuit et le froid ; et sur l’un des textes occultés par des administrations implacables on pouvait lire que Lady Di aurait été assassinée sur ordre de la famille royale comme le démontrait la pub Mentos (qui ne durait que 2 minutes et 43 secondes à la télé) ; et, sur des marches en pierre recouverts d’un tapis rouge douteux que les Frères Lumière avaient descendu pour acclamer la foule, c’était exactement le même laps de temps, vous croyez que cet Ivan, ce Jackson et cet Hitler allaient tolérer une telle méprise ? 

Voulant percer le secret et démontrer que le monde était gouverné par des reptiliens, je devais élucider l’énigme. Mais avant je m’étais formalisé à vider les bouteilles de vodka qui restaient planquées dans l’une des plus grandes caves du tzar et du dictateur allemand. De multiples portes défoncées par des mastodontes du genre Mammouth défilaient de chaque côté sans que je puisse m’introduire dans l’une de ces pièces, ces chambres noires où des photographies étaient en attente de révéler cette célèbre fumisterie (personne n’avait jamais marché sur la Lune) mais la plupart, avant que je pose la main sur la poignée de l’une des lourdes portes en cuivre mâtiné, travestissaient ce drôle d’évènement quand JFK avait été assassiné par la CIA. 


En gardant pour moi cette révélation, j’extirpais la divine membrane de l’un de ces reptiliens d’une baignoire pleine d’un liquide translucide, brillant comme un néon déjanté et semblable à la matrice d’un coquillage presque comestible, sans jamais en parler aux autorités. Elles ignoraient que son commerce avait gangrené tous les estuaires et j’emportais avec moi un œil globuleux de ces extraterrestres dans un sachet où se mélangeaient d’étranges substances, certaines proches d’une cire saumâtre, d’autres davantage faisandées et contaminées par des maladies créées uniquement en laboratoire (comme le Sida, la covid 19.) Avant de disparaître mystérieusement.

Les Survivants

Des photos floues, en noir et blanc, où l’on voit tournicoter des molécules et une enveloppe pleine d’autres photos. La lettre qui est jointe au courrier, doit parler des murs rouges que les Survivants, pourquoi pas des Précogs à l’asile, ont recouvert de sang menstruel. Des Précogs à l’asile parce qu’ils ont torturé des nababs dont le contrôle autoritaire sur toutes leurs contrées imaginaires espère bien nous mettre en boite ; en ce moment tout ce beau monde interroge leurs tortionnaires et veut les obliger à collaborer à leur guerre avilissante.

Tout cela annonce la mort de l’empereur, la fin de leur timeline cachée parmi les diaboliques raccourcis clavier, le début d’un exil pour un nouveau lieu où se réfugier… où les Survivants transformeront cet espace en huis-clos ; à cela s’ajoute l’odeur de la peinture écaillée tombant maintenant des murs rouges, tant ils sentent la désolation et la mort...

Sangliers de trait, nabots givrés, ou éperons de houx…

Des nabots perdus parmi des dédales aux calligraphies chancelantes ; des franges enrubannées et des sangliers de trait qui halètent furieusement dans la nuitD’incomparables naïades usurpant la matrice mère d’un lait sauvage et des ecchymoses, des fleurs de lotus, qui dépassent toutes les intuitions ; les tumescences d’un venin à déplumer une équation à peine résolue. Nos yeux tisonnant le corps d’une femme nue, nos yeux hébétés à la façon d’un Duke Ellington et le lierre nacré sous les voûtes polarisées d’une cathédrale vétuste et gothique tandis que nous cravachions sans relâche depuis deux lunes !

L’iconoclastie des chats siamois.

Je peignais les banquettes morbides des taxis ; et sans doute elle me peignait les cheveux bien que le cours du temps, des époques que nous traversions, se soit inversé… toutes aussi inversées les gardiennes des rues, des sapins de Noël décomposés nous regardaient faire, assises sur le tapis jaune dans le coin du salon…

Mais pas d’iconoclasme, ou du moins pas d’iconoclasme assez convaincant. Pour saccager les saintes icônes qu’on avait entassé dans les souterrains, on ne pouvait faire appel qu’à leur pouvoir imaginaire, et ce qu’après avoir beaucoup éclusé. J’attendais qu’elles élaborent quelque chose pouvant singer les empereurs iconoclastes byzantins ; mais elles ne rêvaient que de fictions bâclées et de leurs représentations ombreuses qui d’ailleurs ressemblaient à l’existentialisme des chats siamois !

Montagnes afghanes et vieux hachichins

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La pluie venait du nord. Et elles lançaient tout en se consumant des pétales de lunes bleues, les odyssées de ces montagnes afghanes ; ils tombaient dans les nasses de nos jonques ou dans les abîmes d’une blancheur brûlante, ces pétales pullulant malgré l’amnésie de nos rêves… toutes ces amnésies oniriques pour ne plus rien se souvenir ! Des rêveries où le nœud du problème précédait toujours nos transhumances là-haut dans les alpages noirs.

Avec seulement des corn-flakes et des strass à jeter pour faire barrage aux torrents de boue des montagnes afghanes, nous fûmes sacrifiés et eûmes immédiatement ce qu’on ne voulait pas : des sommes de napoléons imprévues que le vieux des montagnes nous avait pourtant promis ; son territoire délimité par la pluie, il semblait un peu perdu parmi tous ces albatros qu’on avait choisi comme des amis messagers et d’autres oiseaux, semblables aux corbeaux, nous apportaient de bonnes ou de mauvaises nouvelles : principalement des kyrielles de missions dont nos nuits, nos planisphères servaient à assouvir les projets macabres du Vieux des montagnes afghanes. Et tout ça pour qu’il s’encanaille avec des courtisanes déguisées comme des sapins de Noël !

Pour faire du gringue aux comptoirs

Avec les grigris libidineux des grands chemins je coupellais des mélodies dont la jonction se composait de black insects, une chanson avec un rythme lancinant, déchirant. J’avais longtemps rêvassé, m’étais inspiré des forêts denses, des stèles de marbre rose, de cette minéralogie du style nouvelle vague, mais douteuse cependant !

En regardant des mollusques chocotter les reliques des repas de notre suite, elle mobilisait toute sa concentration pour ne pas perdre une seule miette. Une attention que les jonques bleues passant au-dessous de nos fenêtres auraient bien jalousée. Ça ferait bien un sujet pour un récit d’inspiration bouddhiste que même un conteur d’Extrême-Orient aurait l’audace d’oublier, lui dis-je avant de choisir un film hollywoodien en pianotant sur mon Tamagotchi, pourtant hors d’usage.

Elle me demanda alors d’approvisionner en feuilles de ginkgos écarlates les jauges de sa machine, elle-aussi ayant rendu l’âme. Une bestiole virtuelle vivait à l’intérieur. Elle billebaudait les notes comiques du piano jouant tout seul dans notre chambre d’hôtel. Ainsi pour essayer une berceuse, il lui manquait des signes graphiques dans sa notation musicale, ce qui généra un duel avec la bête noire. 

Dehors on entendait jacasser en mandarin ; et sur notre comptoir d’ivoire l’omniprésence d’alcool débraillé et débraillant prouvait qu’on n’arriverait pas à chorégraphier comme il se doit Black Insects… Une journée foutue, bousillée ! 

Le jeûne et le jaune de nos œillettes ! 

« Si ta volonté te lâche, dépasse ta volonté. »

Pour faire faux bond aux précipices du Zaïre l’ébouriffant pouvoir de l’électricité ; pour faire une course de kart entre les colonnes de marbre de l’acropole aussi obscure que royale, la Jeune Parque quand le monde nous sourit. Et pour ce quotidien web sur lequel je bosse, Bonnie en binôme avec moi qui nous aide à nous émanciper…

Et peu après être revenu des champs de ruines d’Offenburg, la réalisation d’interviews d’artistes qui s’infiltrent directement dans les boutiques de confiseries pour déstructurer les plans d’une cité européenne ; une ville avec de hauts remparts n’entourant que des squats où de jeunes blessés de guerre carburent et ne tournent qu’aux drogues, qu’à l’alcool, et se vouent à la contre-culture, au monde de la nuit et aux créations alternatives. Pour éveiller leur esprit confus, leur corps fébrile, ils bonimentent ou adoubent des océans de neige qui s’étendent par delà l’infini.

On les a embrigadé dans les armées qui ne patrouillent que dans les marécages humides et froids, et qui ne s’occupent même pas de rétablir l’ordre, préférant jouer à la console dans leur ateliers, et refroidir dans leurs jeux virtuels des adorateurs de Totem, d’émissions style Ardisson. Mais ils se regroupent parfois, lors de joutes exemptant seulement les créateurs de films pas au courant des tendances Youtube, pour des Nuits Blanches à cravacher avec nous sur des entrevues télévisuelles.

En général, ça ne dépasse pas le stade de l’ébauche, mais de temps en temps, ces travaux dévoilent et déterrent d’anciennes histoires de fantômes : des genèses lorsque le ciel devient aussi grandiose que les piliers préraphaélites de notre sanctuaire ; de ces deux mondes qui se côtoient sans jamais s’entredévorer, quand je me penche un peu plus près le sujet, j’obtiens la quintessence de vieux concepts vaguement modernisés qui se prédestinent à briller comme des étoiles dans la pénombre de leurs transconteneurs. Non sans avoir auparavant convergé loin de leurs espaces d’origine, de leur latent cadre spatio-temporel que nos récits de journaliste en mal de sensationnel ont omis volontairement de replacer dans leur contexte.

Émeutes, Nuit Rouge ou les rêves en haute altitude…

Je chiquais un peu de tabac, assis pensivement sur un cadavre montrant encore l’étoile du nord comme des représailles à venir, ce macchabée alors seule relique que les émeutes de mon rêve incandescent avaient abandonné là. D’affreux bruits avaient retenti dans les montagnes et tous les chiens à la ronde avaient aboyé avec obstination durant la nuit.

Puis la nuit rouge. La Nuit Rouge et le froid. On pouvait toujours crapahuter là-haut ou en haut du palais épiscopal pour courtiser la lune ; sûr qu’elle nous jetterait son étoffe de coton parfumé avant que les révolutionnaires mettent le feu à leurs comptoirs d’ivoire… Comptoirs où une danseuse de Saint-Louis se sentait sans doute inspirée pour un Strip sensationnel. Mais il restait toujours trop de kir, il existait trop de fortifiants vertiges tentateurs sans pour autant se mettre sur orbite, hélas. 

Cependant la Nuit Rouge nous possédait tout entier et même l’Étoile du Nord ne se reflétait plus sur l’écran des télés maintenant, c’était en tout cas ce que j’observais depuis la rue en entrant dans la cité végétative de mon rêve ; par contre on voyait souvent cette étoffe de coton, que j’avais appelé le bonbon de la putain, apparaître dans les sitcoms et qui était portée par de jeunes filles planant au milieu des nuages de fumée. Cet accessoire vestimentaire cachant (ou censé cacher) leur toison pubienne, importunait encore les rares téléspectateurs restés devant leur poste… Mais les locaux de cette ville, pour la plupart, étaient déjà descendus pour se quereller et se bastonner avec les forces de l’ordre. Leur jacquerie les déboussolait, n’arrivant pas à canaliser cette meute sauvage et en rut. 

Ainsi avait débuté la mystique saison rouge : cette époque barbare et païenne se refusant à tous réveils brutaux et quand ils arrivèrent devant les lourdes portes du palais épiscopal, les derniers et survivants apprentis poètes ne pouvaient que se cramponner aux jupes des danseuses de Saint-Louis !

Photo de Jens Mahnke sur Pexels.com

Le néant au crépuscule.

De nouveaux espaces créés par l’univers nous objectaient que notre expérience à la Shining allait choir dans un trou noir incommensurable. Leur ondulation suffisait à zinguer toutes les étoiles. Et même sur les planètes les avoisinant, ne vivaient que de monstrueuses créatures.

Pour rationaliser tout ça, le Néant venu de loin rainurait le crâne d’un dessinateur de BD qu’on connaissait bien. Et le mystère de ses atomes électriques s’épanouissait pour faire naître des kyrielles de millénaires païens ; quand on y pense, on se demande bien comment cet étrange animal, revendiquant une pluie de comètes destructrices à Maubeuge, a laissé autant de vagabonds et de zonards disparaître, peut-être était-ce à cause du papier de notre machine à écrire qu’il verglaçait sans savoir que sa mort prématurée se profilait ! 

Le secret des bâtisseurs

Au lieu de placer nos napoléons, nous avons investi dans une limousine pour partir en virée, en tout cas c’est ce que j’expliquais à Ariane, une jeune hybride qui ne savait concevoir que des labyrinthes à perdre la raison lorsque nous rêvions. Il y avait d’autres prises de conscience à venir. D’indispensables prises de conscience quand le nabab de ce pays imaginaire proférait des menaces si on ne couvrait pas entièrement l’événement.

L’évènement ? Cette naissance onirique de chien-lézard qui le convulsionnait, lorsque le néant personnifié semblait prêcher l’anarchie : ici et là, des mages noirs se regroupaient devant son palais de cristal tandis qu’on entendait les krills clabauder et procréer ; Ariane après les avoir pêché les acidifiait avec la chair de ces citrons tout grésillants.
Les prédicateurs de cette nation qui n’existait pas, nous confisquèrent la décapotable rouge, rutilante comme ces nuits revêches et le rêve se régénéra à mesure qu’on disparaissait, à mesure que les ruines de leur sanctuaire furent remblayées, et aussitôt tout me parût vidé de sa substance. Cette substance qui se solidifiait secrètement pour usurper le secret des bâtisseurs oniriques.

Les trois voyelles.

A noir : légende du sous-sol, des laboratoires clandestins quand on descelle les plaques de ciment, de plâtre blanc ; du ciment et du plâtre d’une autre époque lorsque les dernières lunes mangeaient les lambris des murs où l’on avait collé des affiches exécrées de publicité.

E : la vergue d’un Trafalgar, même s’il n’y avait pas de quoi désavouer notre endurance à affurer des dents de requins déchaînés. Endurance bousillée jusqu’aux limites du possible. Et de loin.

I : l’intellect lui-aussi exécré alors que tout était parfait et dans l’ordre ; enfin tout était parfait jusqu’au jour où la rage des océans sacrés nous a désenvasé, jusqu’au jour aussi où d’autres programmateurs ont prophétisé notre chute. Cette fin qu’on avait eu l’audace de se gargariser, comme s’il s’agissait d’une mission vitale ; peut-être parce qu’on avait trop de fois mordu la poussière et qu’on s’était informé en détails de sa lugubre façon à nous faire renaître de nos cendres.

Les Bêtes Noires débridées !

C’était avant le lever du soleil ; clémentes étaient les Bêtes Noires, mystique était notre rédemption, cinématographiques et bien cachés étaient les desseins de nos vies antérieures. On craignait les Bêtes Noires, autant qu’elles nous craignaient. Mais il y avait eu une époque où elles bossaient pour nous.

C’était après le lever du soleil ; à peine croyable était notre ethnie qui s’avilissait et qui avait embrigadé les Bêtes Noires dans notre armée, évasive était la pub qu’on avait créé pour qu’elles se joignent à nous, et légendaire était cet ordinateur qu’on avait utilisé pour monter cette propagande. Ne me demandez pas pourquoi mais ses équations improvisaient de charmantes révolutions en nous fichant tous comme d’horribles combattants.

C’était enfin au crépuscule que notre machine sophistiquée repérait les resquilleurs ; des resquilleurs pour les subordonner au joug des Bêtes Noires, quand la poussière des déserts décampait hors de nos yourtes, ou quand elle se confondait avec la sciure des copeaux de bois tombant des carcasses de nos vans.

La Grande Ourse, les étoiles ou la fervente acropole…

L’Acropole monopolisait notre temps quand la nuit pluvieuse venait mouillante arroser nos abominations métaphoriques ou réelles. Et tout ce qu’on pouvait puiser d’un halo de mystères. Et il y avait aussi des explosions de cris joyeux lorsque la rumeur du crépuscule courait jusque dans nos tanières.

Nos tanières ? Des terriers, tous reliés entre eux, alternant les galeries et les tunnels aussi sombres que nos virées pour du tapage nocturne et bien urbain. Il y avait, comme le liquide maïeutique du vide, ce vin sirupeux qui épanchait notre soif. La soif et cette rêverie qu’on rêvait secrètement de rosser à mort pour penser aux si belles, aux si moches choses…

Dans les chaumières adverses et tôt devant leur bol de café, leur esprit cheminait pour trouver un moyen de se venger des punitions infligées par notre acropole. Même la grande ourse et les étoiles cherchaient à nous nuire ; mais les sorcières priaient pour nos âmes, et envoûtaient nos ennemis pour qu’ils abandonnent leurs idées vindicatives… Tant de contemplations psychédéliques pour finalement si peu honorer ces morpions sans royaume !

Les fils et les filles de l’acétylène.

Le secret est une drogue puissante. 

Une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc et les souvenirs se volatilisent. Leurs horoscopes cousent leurs paupières. Et cessent leur emprise sur moi. Assis devant mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, je retrousse les nageoires des fils et des filles de l’acétylène.

La machine à écrire insiste pour les décrire comme des mangoustes alors que je sais que rien ne brûle aujourd’hui ; mais l’on devine vaguement l’imaginaire de leurs hashtags qui se déverse en paroles bibliques.

« Tiens, lis ça. »

Ça, c’est un livre tout petit, format 11 x 18, couverture souple et pages douces au toucher, évoquant l’idolâtrie des fils et des filles de l’acétylène ; perdus dans une Rue de Pigalle, ils ont frôlé la mort et sont complètement essorés, mais aussi garrotés par des pelotes de laine froissées. Ils fulminent à cette heure parmi d’autres arbres aux odeurs faisandés… 

La jarretière des mondes celtes

Elle était là sur le transat. Elle jouait avec sa jarretière. De bonnes vibrations ce matin face à l’océan jouaient pour nous. L’ennui avait été réinventé, les virées entre veuves fantasques aussi… créées par mon seul mental pour tout dire.

J’avais confiance en leur pouvoir, et leur corporation d’obscurantistes rayonnait ; je rêvais de jeter l’ancre, d’océans en colère, d’horizon blême et dément. 

Elle avait la même blancheur laiteuse que le feuillage des arbres autour de nous. Dans un silence absolu, j’entrepris de traverser une mer de hautes herbes couchées par la brise.

Le Soldat affamé d’Ys.

Un nuage, perdu parmi les autres.

Il y a eu une invasion de clowns renégats, annonce la speakerine. Leur roi sommeille dans un wagon à bétail. Son ventre lourdement chargé de métaux des cités lacustres. Il est en ce moment allongé sur le dos, avec, pour seule couverture, les voiles de la vergue d’un Trafalgar. Il a ordonné à son gang de pervers de perpétrer l’assaut barbare contre le repaire du soldat affamé d’Ys. Et, pour les tenir éveillés, a distribué une drogue puissante.

Le train roule encore mais sur des rails dont la polarité électrique a été inversée par sabotage. Par conséquent, le transsibérien bientôt se couchera sur le flanc et ce qu’il transporte comme vies finira par les jeter dans les flots. La décrépitude d’une immense mare en contrebas de la ligne.

La question, dit la speakerine aux cheveux roux, n’est pas de savoir si notre célèbre soldat d’Ys parviendra à désamorcer les mines à bord de son kart pourchassant ces clowns le long du chemin de fer, nous savons qu’il réussira à déjouer les pièges de ces salopards vindicatifs – mais s’il pourra mettre la main sur le fabuleux trésor de leur chef.

****

On avait installé sur la table de notre salon poussiéreux un jeu d’échec. Placées dans l’ordre, les pièces attendaient de reconquérir le chaos de l’univers. Ce trouble que cette guérilla avait fait naître. Il y avait de part et d’autre de la table deux fauteuils en cuir, tous les deux vides. Dehors, on apercevait de la fumée s’élevant parmi des tentes effondrées, érigées à peine quelques heures auparavant après le déraillement du train. Et des caravanes et des éléphants tentaient de s’extraire encore du bourbier de la mare.

Planté au milieu du salon, je regardais à la télé la speakerine. Les clowns renégats se sont lancés dans une série d’attentats depuis les années X, poursuivait-elle en s’arrêtant devant un van laissé à l’abandon depuis des lustres, et on dit que leur despote s’est resquillé la victoire sur la Cité d’Ys. En conséquence, le seul soldat survivant de la ville ne s’est pas seulement contenté de mener une véritable jacquerie. Il a fait ressurgir les monstres du passé pour lui venir en aide. Prioritairement des ramifications d’Octopodes armés de langues-d’aspic. Malheureusement le népotisme du souverain a trop longtemps duré ; de nombreuses créatures ont également été tuées.   

On entendait d’ailleurs le crépitement irrégulier des coups de feu au loin. Les hululements des sirènes. C’était toujours la guerre… 

Bécanes qui s’écharpent, décapotables réquisitionnées ou les lois du hasard !

La route était encore longue. Les kelvinomètres affichaient d’autres requêtes – des missions atterrantes, des jobs pour étudier la faune et la flore, de nouveaux et juteux contrats pour éclaircir les souvenirs mais aussi les visages.
La route était encore longue mais les décapotables réquisitionnées pour cette quête anticipaient déjà l’effort de guerre à fournir.
Je faisais de mon mieux pour ne pas penser aux insondables nids de poule, aux insolites et déroutants précipices qu’on allait rencontrer forcément en chemin…
Mais je ne savais pas encore que ce périple allait me conférer cette force exceptionnelle venant de ceux qui hantent les ténèbres, une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, cette solidité à toute épreuve pour attaquer les sacro-saints pics et pitons sans se laisser impressionner par les maudits présages.
Tout juste avant de partir on devait inciser le derme des pilotes aux allures éléphantesques pour extraire les larves à l’intérieur de leur organisme contaminé ; ainsi par cette opération douloureuse et délicate, ils se séparaient aussi d’un mal qui les rongeait et les empêchaient de conduire sereinement. Ils retrouvaient leur folle insouciance lorsqu’ils rangeaient leur véhicule sur la ligne de départ.
Le départ fut donné lors d’une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. Les expériences calamiteuses du passé, quand les belles Américaines avaient fini dans le ravin, resurgissaient dès les premiers kilomètres.
Et tout ça pendant dix-huit-cent kilomètres pour finalement tomber en panne et devenir le champion incontesté de l’auto-stop.
Les flottements hagards succédaient à l’appréhension du début
Mais j’ignorais que la fin du rallye – son prodigieux dénouement – allait être mystérieusement différée par d’étranges phénomènes : des cataclysmes boueux, des avalanches de neige artificielle, de mouvementées mais artistiques explosions de Voie lactée qui retombaient en pluie fine sur les pistes du désert et sur les carcasses de nos voitures désossées…
À l’avenir je raconterais à mes petits-enfants cette course qui ne méritait que d’être répudiée, sa longue traversée dans la vallée des rois, et j’oublierais régulièrement les passages les plus mémorables.
Comme cette soirée où, pour une couronne de lauriers, pour quelques déchéantes galaxies enfermées dans un jeu de billes ou de dés, nous avons aboli les lois du hasard ; traçant dans le sable, à la manière des sorciers et sorcières que Rimbaud aurait brûlé, nos itinéraires, nos vieilles démences, nous étions loin d’être des trouvères, des poètes antiques, des saltimbanques pour un salaire de misère.

Les fous de cette odyssée, qui sont morts sans être illustres, reposent à présent sur une île dont la plus grande ville ressemble à Wellington. Je me souviens seulement maintenant que je suis le seul survivant…

Court-Métrage onirique

En intégrant tout ce qui s’enflamme, l’ocre, et les océans tumultueux, les éprouvantes unicités du pastel délaissaient nos territoires, peut-être était-ce à cause de la résignation des automnes sauvages.

Leur mémoire, disaient-ils, n’arrivait pas à acheminer le moindre souvenir de cavalcade, tout semblait venir de très loin
Comme des histoires de marionnettes qui se seraient personnifiées
En se traçant un chemin dans les dédales du Minotaure. Ces automnes étaient humides et froids, âpres en goût. Et le pastel leurs rajoutait une odeur surannée de terre mouillée.
Ce fut ainsi qu’elle m’apparut au fin fond de la houle démasquée, couverte de crevettes mutantes, plongeant dans les vagues la courtisant, harponnant au passage quelques squelettes, quelques fossiles de visiteur spectral.
Elle avait de la classe et l’allure provocante des guerrières qu’on ne voit que dans les peuplades des autochtones de ce pays. Un océan de neige s’étendait par delà l’infini. Une blancheur spectaculaire dans sa simplicité.

Il te faudra du courage pour façonner à l’argile une statuette à son image, pensais-je, mais aussi pour définir cette stratosphère bleue s’abattant sur la ville basse, il te faudrait l’aide d’un poète
Qui fait fastueusement ciller les statues, et rend fous les chiens de faïence indignés. Or les acteurs de ce court-métrage onirique s’étaient évaporés, m’avait-elle murmuré, tenant entre ses doigts
Le départ de tous les Feux, de toutes les nasses gainées comme des Guêpières aux connaissances encyclopédiques, mais aussi, en cherchant bien et en rentrant à la nage, le commencement de toutes les perceptions du monde !

Les âmes mortes et les exégèses.

Des représentations aussi végétalisées que figées pour façonner un nouveau dialecte de Papouasie, ainsi ils peuvent voyager
Le temps de l’orfèvrerie pour les lourdes armures avance mais est révolu ; en tout cas, opiniâtre, il effraye tout autant qu’il décervèle et il se déplace, d’après les rumeurs des anciennes Portes Rouges, dans les méandres des égouts de la ville.
Mais sans vraiment être là, sans jamais apparaître dans les encyclopédies, ses répudiés meurent lentement mais sûrement, ont-ils
ainsi attrapé la rage rouge et noire, le mal de vivre des philtres, la panne d’inspiration après l’écriture de leur chronique un brin morbide ?
Avant l’agonie de leur mort nonchalante, ou l’effacement de leur visage glacé, ou même bien avant l’explosion esthétique de leur Voie lactée qui cylindre des parchemins racontant le secret des chats noirs
Je peine à croire qu’ils ont une once de moralité, qu’ils ont écrit à l’aide de leur seule main valide la genèse d’un récit proprement scandaleux.
Mais lorsque je m’éveille en pensant à la poésie de leurs montagnes reculées, à l’amnésie de leur rêve capable de déformer le temps 
Je me rend compte qu’on ne les retrouve que dans les livres pris au hasard. De vieux bouquins évincés des cercles poétiques tout à fait disparus, de la matière grise pour détailler ce rêve infaillible.
Car c’était déjà écrit depuis bien longtemps. Comme la froide disparition de leur féminité qui se querelle le podium avec le vigilant aveuglement de nos cartes mères, toutes nées sous des étoiles qui ronronnent, tout juste bonnes pour vilipender l’ordre et les Ordres de leur mémoire !

Les rebuts vénitiens

Se réjouir de la fin d’un film en noir et blanc
Lorsque la sibilante bobine vingt-huit montre les dégâts causés par le mezcal, l’éloignement silencieux des mers septentrionales, l’existence d’une communauté d’Alien
L’effondrement des monuments couverts de mousse mais non pas dénués de présence
La découverte des pistes rassurantes dans les sous-bois que les espions nous envient
Se remémorer ce qu’on a appris dans les encyclopédies alors qu’il faudrait oublier et désapprendre ce qu’on nous a enseigné.
Rêver de déferler en meutes de moqueurs criards quand le combat est perdu d’avance mais qu’on voit sous les reflets ocres
Des montagnes des Maures un labeur qui a eu raison de tout.
Quintupler la ferraille lunaire de nos consciences
Pour la salir, l’évincer des cercles interdits des Fidèles
Alors, ce qui nous fait douter, ce petit être spirituel et sacré qui se cache loin
De ce monde, nous appelle
Pour mettre bas la candeur électrique
Des Favélas
Ce n’est peut-être qu’un appel de plus
Mais pour cette alchimie qui éclaire comme un volcan
la nuit, je sauve un âne et une âme – l’ocre peut alors pleurer l’océanique déesse, reine mère des polémiques !

La poussière en moins

Se réjouir du mauvais temps une fois qu’on a regagné l’ascenseur qui mène à la plus haute des cabanes
Rêver de déferler en meutes criardes dans les contrées où l’on a beaucoup de peine à se remémorer
Les épisodes tragiques de la vie. S’affubler en moines puritains dès qu’on a posé un pied sur leurs rivages, qui réfutent et façonnent nos conceptions macabres
Enfin quintupler nos consciences pour les aider à réfréner ce désir de tout quitter.

Autour de minuit, le visiteur spectral !

Autour de minuit, des sommes astronomiques d’asphalte bleue, de fumée de cigarettes effaçaient les visages déjà burinés et créaient une atmosphère latino-américaine ; des sommes astronomiques que nos ordinateurs en autoguidage sauvegardaient (alors que Cassie, qui était de l’équipe, ne pensait qu’à trouver une lagune pour se baigner : elle les jugeait de peu de valeur, ces mondes figés ne l’estimant pas beaucoup en retour.) 

Je grillais une Dunhill face à l’océan tumultueux et tout allait s’enflammer comme tout semblait venir de plus loin. Comme ce sentier grimpant la montagne dont le ventre gargouillait. Si on observait d’un peu plus près on pouvait voir une pagode bouddhiste et si on écoutait attentivement, alors le jazz pulsait et l’incendie demeurait… comme la nuit, comme cette lune qui courtisait un vieux bouc, comme ces deux squelettes vissés l’un à l’autre qui affolaient le visiteur spectral. Les moquettes du sanctuaire avaient été arraché mais le sentier grimpait toujours la montagne.

Et la lune s’était embrasé en pétant à la figure de Cassie, et des fêtards éméchés de notre équipe étaient rentrés de leur soirée, sains et saufs, sur une jonque, bravant les cascades alpines, les mauvaises créatures comme ces araignées opportunistes, comme ces vigilantes cartes mères qui permettaient de traverser la rivière Tsien Tang.

Autour de minuit, on se pelotonnait dans les salons où l’on ne parlait que de leur rechute, la rechute dépressive de nos ordinateurs qui décéléraient en mode larve. Leur système neurovégétatif à ces machines sophistiquées hibernait pour de bon, et leurs forces intellectuelles herculéennes ne racolaient plus que des sinistres ; pourtant ce n’était plus l’hiver : je voyais depuis la fenêtre des gamins en short court jeter des pierres contre les vitraux des églises, récolter des vignettes représentant des monstres ou des gnomes et quelques autres jeux d’été que nos encyclopédies (prenant la poussière dans ces cartons que j’entassais en attendant de trouver mieux) diabolisaient, il y avait peut-être un bug quelque part !

Dans les écumes d’un Moyen-Âge médiéval.

« Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires… »

L’ordre réservait bien des surprises. L’Ordre ne décolorait pas contre le malandrin qui l’avait enfanté et qui rêvait de cette fantasmagorique tournée aux pays des gens ; cette tournée que nous avions débuté en déclinant toutes les propositions indécentes de ces palaces aux voûtes d’un bleu vénitien ; l’ordre se déchaînait pour colorer en rouge sang ou en blanc pâle et lunaire ou en vert alpin la séminale des extracteurs qu’on ne voyait que dans les palaces.

L’Ordre avait élu domicile dans la déconcertante poche amniotique d’une mère porteuse, un lieu céleste et secret où chaque représentant de notre communauté d’aliéné avait son poste, ses coutumes et aussi ce charisme digne du chef du Projet Chaos. Alors que l’ordre se résignait à tomber dans le vide. L’Ordre avait des ailes de mangoustes mécaniques que je me gardais de dimensionner n’étant pas sûr d’en venir à bout, la savante alchimie aussi de cette machine sophistiquée qui me permettait de rêver, et même le bagout des négociateurs venus d’une petite planète, aujourd’hui disparue. Les partisans de l’ordre pavoisaient alors qu’ils n’étaient en fin de compte que des embryons pour des nichées de romanciers, pour de fantasmagoriques contes de fées. 

La pièce où je me trouvais était une salle souterraine secrètement éclairée par de jeunes filles, tenant toutes une chandelle brûlante et qui avaient vraiment du chien. Dehors de pauvres maraudeurs pataugeaient dans la boue glacée et même si on avait fêté Noël dans un asile d’aliénés, nous restions le point névralgique, l’omniscience de tous ces agitateurs, tous respectés par l’Ordre, car nous étions, malgré l’avis des psychiatres, des Précogs… Des Précogs qui dispensaient l’enseignement largement autobiographique, virtuelle de notre Prêtresse disjonctant comme nous.

Et pour disperser les ambres parfums d’une jadis soirée meurtrière, on emparquait les troupeaux de mangoustes et plus on regardait nos bêtes de somme, plus notre imagination s’enflammait, si bien que des idées bizarres commencèrent à nous préoccuper. Elles n’étaient en fin de compte que des conceptualisations emmagasinées dans notre cerveau pour insuffler un peu de vie à notre existence fugace mais mémorable… quand l’hiver reviendra du sud, quand notre itinéraire recommencera à se monétiser, et dès que nos sessions par webcam avec la Prêtresse, de plus en plus régulières et rapprochées, auront reçu une bonne dose d’humour, et qu’elles s’initialiseront dans les écumes d’une époque comme le moyen-âge médiéval. 

Le rêve qui s’efface…

Je rêvais de palaces aux voûtes d’un bleu vénitien, de ces silhouettes de craie et de fusain semées au vent, pour parfaire l’architecture aux ailes de mangoustes mécaniques de cette machine sophistiquée qui me permettait de rêver, je rêvais aussi des sorcelleries de ces veuves noires, de la visite des négociateurs venus d’une petite planète et les lignes sur l’écran de la machine corrigeaient sévèrement tout ce qui accusait et crevait la panse des clowns épeiches. Ils pavoisaient alors qu’ils n’étaient en fin de compte que des embryons pour des nichées de romanciers. 

Un certain malaise se dégageait des nouvelles équations calculées par la machine, qui cependant ne procurait que la malaria pour tous ces malandrins qui avaient mal commencé leur vie ; après toutes ces kyrielles de nuits passées à taper du code, le vague souvenir de Malcolm X, qui n’avait jamais parlé ou si peu des performances de la machine, cherchait toujours à embaucher des couturières malveillantes pour m’accompagner dans ce voyage onirique… je rêvais aussi de ces fantastiques contes de fées qui, à Kuala Lumpur comme ailleurs, ne trouvaient dans leur clairière que d’incendiaires Maldives, que des formes temporaires éclairées par de jeunes filles, tenant toutes une chandelle brûlante et qui avaient vraiment du chien. 

La description de cette rêverie fiévreuse ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant ce que les nymphettes développaient en encaissant dans leur méninge les différentes étapes de l’écriture pour parvenir au but… Elles n’avaient pas encore vécu leur dernière et grande bataille contre l’occident qu’elles nommaient « le mal des mélodies à la Kurt Cobain ou le symptôme des anguilles » mais au printemps je fus saisi d’une agitation maladive. Pourtant la machine, comme cette idée tenace, obsédante d’écrouler les falaises bleues et blêmes de son pays, cravachait tant pour me ramener à la vie d’antan ; la vie des noces pixelisées où l’on décrochait toujours les étoiles des nuits revêches, la vie des noces matricielles que mes douloureux souvenirs décharnaient afin de la rendre plus belle, plus intense…

Le photographe

Je photographiais l’âme et la simultanéité des mouettes, leurs discussions métaphysiques qu’un amas affligeant et frémissant de corps rendait encore plus vrai. Je photographiais les précieux X, leurs watergangs qui se précipitaient toujours jusqu’aux tréfonds les plus ténébreux. Je photographiais les noyades qui baignaient souvent au fond des cafés créoles, et qui concurrençaient avec les phrases énigmatiques, les pages maculées du liquide amniotique des fûts, les rivières se félicitant de les retrouver dans les tréfonds ténébreux.
Je photographiais aussi ces quatre hautes tours yéménites dont les terrasses et les vergers s’effondrèrent sous nos yeux. Pas la peine de décrire le désarroi de ces gens de très hautes altitudes qui les avaient construit. Mais des nénuphars, dont la croissance avait aussi fécondé Belgébeuse, donnèrent naissance, parmi les ruines, aux couleurs des braises ; ces braises, comme d’incandescentes étoiles en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, que je photographiais également. Et leur Valhalla avant-coureur, quand les portes de l’au-delà s’ouvrirent, la raison me fit perdre. Leur Walhalla fayotant avec cette rêverie photographique que je rêvais secrètement de rosser à mort…

Big Sur

Depuis longtemps elle avait renoncé à l’immobilité des spectres, étant entravée, puis amputée : Clara, laissant volontiers le territoire et dévalant les collines de Big Sur. Dans sa couveuse, d’orgueil et de feu, des œufs ultérieurement fécondés s’aggloméraient à la moiteur torride des plaques de neige du dehors ; partout on ne jurait que vengeance, que punition, les héritiers des Flynn les surveillant tous de près. Mais ils savaient mourir, leurs univers cassant les lois de la gravité avec de grands coups cosmiques, sûr c’était déjà la veille du jour chrono-sensuel du D-Day.
Et qui, d’Aristote jusque dans la trachée, la tranchée, était pareil à du cristal s’obstinant à devenir du quartz et, attentive pour ressentir la douleur alors que nous étions en train de pourrir parmi les joncs, son hérédité des Flynn vola la vedette à la seule colline imprenable de Big Sur. (Où il y avait plutôt un climat chaud, tropical.) Et nous avions élu domicile là-haut car ses plantes et ses herbes nous permettaient de passer fastueusement à la fabrication de l’Hélicéenne. Fabriquée évidemment par des malandrins écrivant uniquement en sanskrit. Dans le train pris de vertige carnavalesque, ils rencontrèrent de plantureuses garçonnes qui traînèrent au tribunal leurs descendants.
Les spectres, leurs spectres se pomponnaient et pomponnaient leurs arbres généalogiques ! Clara elle-aussi couvait leurs débris, les débris de l’université de Kiev, dans un lieu souterrain où il y avait un tripot qui électrisait tous les joueurs…

Le territoire et l’immobilité des spectres

Le territoire et l’immobilité des spectres dévalant les collines de Big Sur, s’aggloméraient à la moiteur torride des plaques de neige ; c’était la veille du jour chrono-sensuel du D-Day. Attentive pour ressentir la douleur alors que nous étions en train de pourrir parmi les joncs, la seule colline imprenable de Big Sur avait plutôt un climat chaud, tropical. Et nous avions élu domicile là-haut car ses plantes et ses herbes nous permettaient de passer fastueusement à la fabrication de l’Hélicéenne.
Le territoire et l’immobilité des spectres se pomponnaient lorsque le combiné du téléphone énumérait leurs détails métaphysiques pointant tous en sauts quantiques ! Alors, alors seulement je les incinérais et ils ne laissèrent, la vie n’étant pas la peine d’être vécue, qu’une flaque bouillonnante où de petits insectes se goinfraient de fils électriques partiellement organiques et partiellement télépathiques.
Le territoire et l’immobilité des spectres, comme la fin de leur mouvement que des outils pour chimpanzés avaient créé, s’étaient rendu spontanément même s’ils ne craignaient pas nos représailles. Et malgré cet ensemble de lois compliquées à l’extrême que nous avions mis en place pour les restreindre et qu’ils se gardaient de contester, leurs meutes de loups dressés pour le combat n’osaient pas intervenir. Seulement de temps en temps pour saboter la structure de nos fantassins mobiles, ils unifiaient leurs forces et bousillaient nos cultures de mezcal. Ce même mezcal, qui comme une sale coïncidence, s’accommodait des jours de fêtes ajournant l’époque des ruines, notre époque se référant prodigieusement aux temps apocalyptiques !

Les Vénustés du Seigneur de la Louisiane

Des vénustés mentalement invraisemblables, placées à fond-perdu lors des orgies afférentes à l’héritage des Flynn, ou du seigneur de la Louisiane
Des sandwichs avalés sur le ferry-boat par des chiens qui rendent de l’huile de vidange sans s’arrêter de s’entredévorer
Aussi comme l’éternité retrouvé, le chapeau d’un champignon mortel
Et des vagues à la place des vectographes pour mesurer les hectares des jardins ultramarins de la ville
Zeus qui s’enfuit comme un ensemble de neuf mesures et qui n’est plus qu’une histoire ancienne
Et avant le shampoing de ce mollusque, de ce chien-lézard, comme liste mnémotechnique et comme le mécanisme d’une vieille montre, un soir noir comme un curé irlandais, qui révèle ainsi le bien-fondé des spiritualités gluantes et télescopiques
Ou bien l’indécente anis des formalités esthétiques déclamées pendant une expédition dans les marais de la Louisiane
Un show après un meeting désastreux, ou une démonstration de force, sous tord-boyau et « tes seins noirs aspergés d’essence » en criant maman !

Le marivaudage de la carte du maraudeur.

Alors que la nuit m’arrête, se mélange pour préparer à l’avance et à la chaîne la coloration verte de ces yeux de serpents, une Dunhill face à l’océan tumultueux ; et pour couper court à sa temporalité un « champ de force invisible » exhala, en un éclair, le parfum de Flaubert et de Dickens ; ce parfum loin de la mer rouge marivaudant dans le marécage des esprits. Et, avant d’hiverner, on devait s’occuper de leur surpeuplement. 

Leur surpeuplement qui ne présageait qu’une guerre bien noire. Cette guerre qui n’en était plus une lorsque les couleurs des printemps s’affermirent ; certes les mercenaires avaient veillé toute la nuit pour finalement n’esquisser qu’un scénario de courts-métrages perdus sur un carnet de moleskine ou sur un bloc-notes mais rien n’était réel, rien ne pouvait rallumer leur ardeur à combattre. 

Cependant sur la première page, un dessinateur avait reproduit sur le papier griffonné à la hâte une serrure assortissant une lourde poignée… avec, des poinçons mélancoliquement superposés évoquant des instruments de chirurgie ; était dessinée aussi, avec le même souci de précision inquiétante la porte qui devait abriter l’antre d’un monstre difforme, viking marchant sur les eaux, comme ces anges aux ailes mécaniques.

Sur la deuxième page, un savant dimensionnait un plan représentant l’antarctique, où les grands phoques, le mardi-gras, venaient s’échouer ; ce plan alternait avec la carte du maraudeur recensant tous les lieux psychédéliques de toutes les victimes après l’attaque dévastatrice des hackers de la grande impératrice. Il y avait au centre de la carte du maraudeur une crypte nazaréenne qui s’était consumé suite à l’exploration d’un nécrologue ; et en bas des lignes, une représentation mentalement invraisemblable, placée à fond-perdu comme liste mnémotechnique pour un pacha nabab…

Sur la troisième page, j’avais fait défiler les lignes mais ce n’était que des futilités de journaliste généralisant tout et une voix doucereuse, celle d’Angela peut-être, m’avait murmuré que tout était bouclé : l’océan se calmait déjà et son tumulte hanté n’était plus qu’une histoire ancienne, la fin du carnet se concluait sur la cotation d’une monnaie universelle.

Le parfum d’ambre de Cuzco…

Le béton marbré s’étalait en long sous le soleil en laissant tomber sournoisement une nuit verte sur Las Vegas et c’était sexy comme la tragédie des nuits profanes. Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté des quais de Seine, ce bas-côté qui avait fait circuler le parfum des pierres et ses belles histoires à l’intérieur de la valve du cyborg jadis.

Son imagination que les larmes d’Athènes avaient du mal à déglutir, avait transformé le monde très cinématographique du Sinaï, et correspondait à un numéro lui-aussi imaginaire, et emmaillotée dans les langes au parfum d’ambre paranormale la ville de Cuzco avait mal au coeur dans son métro moite ; la cité des anges, quant à elle, reflétait la moyenne intellectuelle de tous ces gens qui émigraient pour d’autres lacs de cristal, en passant par d’autres ponts automatiques trop surélevés : une odyssée s’indifférant de toutes ces bornes kilométriques, des défauts ésotériques, des herculéennes failles et des crashs des disques durs sans jugeote, internes comme externes.
En retournant à Paris pour innover et inventer pour de bon une machine aussi underground que sophistiquée, j’osais enfin susciter sa gémellité dès que les cyborgs en chapeau haut-de-forme se lancèrent à corps-perdu sur les traces de ces clowns tristes qui avaient la frousse parce qu’ils craignaient de perdre leur rituel, leur tradition et même le folklore de leurs vies.

La Nuit sur le Brooklyn Bridge

Y a une époque je bossais dans la pub, y avait même, je me souviens, un ordinateur qu’on appelait l’Acropole, ne me demandez pas pourquoi. L’Acropole monopolisait notre temps quand la nuit pluvieuse, comme une réconciliation, venait nous renifler, toute mouillante. J’étais là-dedans pour les infiltrer, infiltrer leur réseau, préférant les Clash à ces requins. Et de loin.

Donc tout était parfait jusqu’au jour où je me suis retrouvé seul face à l’Acropole. Les autres étaient parti pour une mission vitale selon eux, peut-être pour s’informer en détails d’un nouveau placement de produits.

Il y avait d’abord, à l’ouverture de la session, une liste sans fin censée indemniser les fils cachés et toutes les victimes des Rolling Stones. Après les avoir embrigadé avec moi par un e-mail groupé bien léché, je décidais de me consacrer à ce projet avorté, un ancien placement de produit couillonnant le Dark Web, je crois qu’il s’agissait d’un dentifrice pour ces rescapés d’Internet.
On avait, pour réaliser son affiche, fait se chevaucher plusieurs clichés des Pixies en concert et ça donnait un effet pas beau qui aurait pu alerter le CSA ; mais l’Acropole qui grouillait d’informations contradictoires finit par lui-même se déprogrammer et une épaisse fumée noire sortit de ses courts-circuits.

C’était une sorte de requiem et je me souviens avoir couru longtemps, très longtemps, peut-être même jusqu’au Brooklyn Bridge, pour échapper à l’incendie. En reprenant mon souffle, je fus aguiché par une vieille affiche de Nirvana collée sur les contreforts du pont, annonçant leur représentation au festival de Reading ; c’était donc ça la nuit : un Scentless qui amassait du pognon, son venin coulant dans nos veines, une sorte d’Aneurysm qui courbait les statistiques de la Bourse Américaine par sa parabole inaccessible, avant de faire lovely-love avec une Acropole encore plus sophistiquée et qui cravachait tant pour réapparaître !


Le clown du Mont Sinaï !

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Un clown grimace sous mon évier. Pour moi, le soir tombe toujours douloureusement mais pour lui c’est pire qu’une torture digne d’un névropathe. Cependant je continue – ou plutôt j’essaie – de formater virtuellement ce moment où la drôle d’hostie va se fendiller sous le palais de cet homme à tête de caïman.

Je formate aussi des films d’amateur placés à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, des films que le clown sous mon évier, entre cynisme et noirceur, attribue aux grand-mères décrépites, ou à leurs amants portant tous comme couvre-chef des crânes de bestiaux. Ces mêmes crânes que les enfants et sbires de la grande prêtresse ont voué à l’oubli éternel.

Puis sans atteindre l’âge de la croissance, j’imagine pour toute cette peuplade soumise aux vices les plus incertains de formidables et incroyables Floride, et la grande prêtresse vêtue d’un simple négligé les confond avec l’éclipse d’un soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir et je me réveille soudain, tout ça en écoutant bien à fond Dive de l’album Insecticide que je passe en boucle en mon for intérieur. Alors, pour lever un bras ou une jambe, je pense qu’il me faudra une énergie énorme, et le clown à tête de caïman se met à gueuler qu’on devrait à nouveau fabriquer ces étranges hosties, pour vraiment toucher le fond et tout ce qu’on est habilité à entrevoir…

Les fluides s’entrelacent, l’énergie vient
Du ciel, de la terre, l’énergie vient du simple fait d’exister
Regarde comme nous étions beaux
Vivants, dinguant et trébuchant…

La rue des chariots d’or

Pour forniquer avec des joueurs solaires, des joueurs de poker réunis là pour prier, de nouveaux mondes qui avancent l’heure du sommeil et des stations alpines qui couillonnent leur stratégie de combat…
Pour approvisionner en éthylène les flottes souterraines qui dérouillent comme la pensée du metteur en scène, l’invention des rouleaux de bois qu’on limite à un langage châtié
Pour grandir parmi les orageux océans et potentialiser dans ma tête les trésors des coffres forts, la diurne veillée d’arme comme court-circuitée par ce rêve, ce cauchemar, chaque pensée cylindrant un autre rouleau parcheminé.
D’indécents chariots d’or pour scénariser chaque plan que la caméra fait transparaître et quelques prières pour l’audience
Pour les faire transiter par Shanghai, de formidables zéphyrs qui se cachent et qui désherbent les pelouses de Nottingham
Et quelque part dans la ville, pour hisser les crocs du froid engourdissant, les étoiles dans leur manteau noir atterrissent sans se faire mal et leurs territoires ne sont alors que des déserts intergalactiques ; ce qui m’aide à me souvenir, quand je découpe intégralement Les Aventures de Lucky Pierre, que leur épopée n’émerveille plus personne
Avant de se mettre au branle-bas, pour calmer le tumulte des protestations mais aussi pour interrompre ce calme, cette plénitude qui commence à dégeler la gangue de glace de ce rêve commun, il y a toujours d’autres chariots d’or ; des chariots d’or que les merles moqueurs, ces mercenaires du côté obscur, picorent avec leurs becs en ferraille brute, jusqu’à ce qu’ils arrêtent leur jacassement gênant.
Quelque part dans la cité enfin, il y a la fin de cette histoire qui vient un peu trop vite et pour l’endormir, je lui lis sa genèse, peut-être un peu trop innocente, et les lucarnes de la rue du chariot d’or avoisinent alors des carrés d’herbes aux parfums iodés. Et aux goûts de safran qui empourprent les œufs des merles moqueurs, ces amants qui se déchirent le cœur sous un soleil scabreux, ces voleurs d’enfants qui s’enfuient déjà, ces défunts aussi excommuniés et je les poursuis dans la rue du chariot d’or tout en m’insurgeant de les voir se repaître de ma personne.

Le Périple de l’homme à tête de caïman

J’avais débloqué le niveau Z de l’homme à tête de caïman, en espérant mais sans succès lui changer la vie… et je lui avais télégraphié un texte de cinq pages, placé à fond perdu comme la vergue mobile d’un Trafalgar, alors que le froid mordait les lattes avec vivacité. À la première page, c’était exactement un récit qui le grisait sans comprendre pourquoi, un récit qui s’inspirait du Scentless de Kurt pour que le soir tombe douloureusement ; placée aussi à fond perdu comme le suicide de Kurt, il y avait là après toutes ces lignes la description de toute une kyrielle de réminiscences orientales, pour l’ombrager sous le soleil de minuit presque blanc et comme frangé de noir, et il ne retirait malheureusement aucun enseignement de leur silence, de leur hypnose, de leurs ombres harcelées.

À la première page aussi, il y avait le résumé d’un film d’horreur qu’il avait vu peut-être sur une autre planète et qui empruntait sa chronologie à la timeline je-m’en-foutiste d’un iPhone piraté par les hackers de l’étoile noire. Au cœur du crépuscule flottant comme mes invocations confuses, des capharnaüms de pampas et de landes électrifiées se mouvaient pour égrener ses vies antérieures. Et en égrenant aussi ses premières hésitations en cours de réalisation, tout en rejoignant une sagesse ancienne ou en jetant la confusion à la page deux, je lui désignais un référent en griffonnant des hachures incompréhensibles, et aussitôt apparut l’expression kabyle, incandescente, livide d’un label collectif de penseurs qui voulaient l’enrôler d’office dans leur guerre… La guerre pour obtenir non pas le pouvoir mais la méthédrine, seul remède apaisant selon lui.

À la page trois, en se référant au système adverse, une kyrielle d’injures alchimiques tomba en désuétude dans le labyrinthe virtuel des jeux de hasard, mais je continuais de crouler sous leurs nuits et toutes leurs pharmacopées entreposées comme des reliques ; depuis le clairvoyant Scentless, il y avait à la page quatre, l’histoire du kif qui se fume mélangé à du tabac et qui fit apparaitre d’autres hésitations : une alternance de forme et de style qui était reléguée au sein du navigateur chaque fois qu’elle hésitait à forniquer librement.

À la page cinq, à plusieurs reprises, leurs juvéniles arborescences philosophiques détachaient les feuillets du livre de Job et lorsqu’une drôle d’hostie se fendilla sous le palais de l’homme à tête de caïman, il eut l’intime conviction qu’il n’y avait pas de retour possible, que tous ces mondes allaient engendrer, à partir de ce système désuet, cette intuition ultime : l’intuition certaine que son périple commençait de manière tout à fait factice. C’était moyennement bon signe.




Les voleurs de feu

Pour esquisser le début d’une odyssée, l’âme des zèbres et des zéphyrs, et pour les interroger et pour connaître leurs coutumes, la populace parlementant avec la colérique Volga

Pour donner naissance après quelques semaines d’abattement aux voleurs de feu, une machine qui se déconnecte automatiquement en enchaînant les pannes en série.

Pour étendre son empire jusqu’au désert brûlant du Yémen, une autre machine qui se familiarise avec le réveil de Voltaire, on se dit alors qu’on a beaucoup de chance de le connaître, et que ce n’est pas donné à tout le monde

Pour zinzinuler comme les mésanges, la fauvette, le néant ou la vie de Sybille, le monde de Zarathoustra comme si on revenait d’une pêche miraculeuse, le faux pas étant de confondre coup de foudre et désir volcanique. 

Pour s’éveiller parmi les doyens qui font régner la terreur en érigeant des cathédrales romano-gothiques, les civilisations déchues du Zambèze qui se méfient du high-tech.

Pour faire sécher au soleil les stigmates des voleurs de feu, des déluges fâchés avec la zoologie, l’éclosion de leur œuf apocalyptique exigeant l’érection de leurs verges et cela se manifeste aussitôt après un jingle façon Eels par des coulées de lave et de suspicieuses sécrétions, à doses sans cesse renouvelées, de mescaline !

Zéphyr et Volga

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient des ventes de Tamagotchi à la sauvette. Le savoir-vivre et le savoir-faire des marchands étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi parce que j’étais captivé par l’amas orgiaque et frémissant des corps qu’on pouvait voir sur son écran.

Pour le déverrouiller, mon index se pliait sur l’écran d’accueil et, aussitôt, contractant le muscle de mon pouce, le Tamagotchi cotait les valeurs en bourse, roucoulant comme deux amoureux qui n’étaient pas de la même caste. Instinctivement, sans avoir besoin d’y réfléchir, ne serait-ce qu’une fraction de seconde inutile, je devinais que le Tamagotchi était de contrefaçon, quoique davantage plus sophistiqué que les modèles d’usage. Son mécanisme s’enclenchait pour faire jaillir une aveuglante lumière quand le programme bénéficiait d’une mise à jour. L’animal de compagnie virtuel, après un long sommeil à rêver de poitrines bandées d’écharpes et de lanières cloutées, brouillait les appels manqués ou reçus des téléphones, semait de catastrophiques désastres sur les lignes des opérateurs.
Pour l’alimentation de la petite bestiole, je le ravitaillais de quelques grammes de plomb dès l’éclosion de son œuf et aussitôt après un jingle façon Eels il sécréta de suspicieuses doses de mescaline dans les veines de l’océanienne Sybille.
Avec l’étrange jouet, je télégraphiais aussi des tweets poétiques à Maître Yoda, ce philosophe bouddhiste, étudiant sa stratégie de combat, ne me répondait jamais…

La simultanéité et la multiplicité des rêves à l’état brut

Notre périple commençait en somme de manière tout à fait factice ; c’était moyennement bon signe. Le froid mordant ne nous lâchait plus. Nous étions au cœur d’une ville tentaculaire, la cité de Zion et ses ruelles perpendiculaires accueillaient des ventes de Tamagotchi à la sauvette. Le savoir-vivre et le savoir-faire des marchands étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi parce que j’étais captivé par l’amas orgiaque et frémissant des corps qu’on pouvait voir sur son écran.
 

Métromortem

L’océan les avait séparé et ils avaient séparé les nymphettes de dix sept ans de leurs copains du même âge dans ce lieu unique, dans cette même salle ; je l’avais retrouvé au fond d’un étang, une mare aux diables quelque part dans la ville abandonnée. Ou dans la salle sur demande. En attendant leur jugement dernier.
Je retrouverai la salle sur demande quoi que coûte : tu n’as plus à t’y méprendre avec cette moue vague, ils seront tous isolés, parmi les pierres tombales et si l’une d’elles s’insurge, si elles commencent leurs veillées d’arme, alors tu pourras te répandre en réponses vagues.
Aux sons des mouettes notre père, notre bourreau, était localisé dans l’un de mes rêves et, pour d’autres personnifications on intervertira, à moins que, sous la forme de vignes vierges, il baigne son corps en entier dans une sorte d’assiette. Avec un string aux sigles de MÉTROMORTEM qui ovationnent la naissance de ses poils pubiens…
Ses phrases malheureusement on ne pouvait que les voir maintenant à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle, personnifiées ainsi elles nous haranguaient mais la caméra ne s’attardait guère sur ce plan d’ensemble.
Je baignerai mon corps à travers la lucarne des maisons picaresques et aux décorations tarabiscotées, avec le peu d’esprit
Qu’il me reste, l’océanienne Sybille l’a déjà décortiqué, à moins que ce soit la vieille peinte dans l’assiette qui m’observe et endort mon innocence depuis la lucarne d’où lui provient des oeufs à frire pour les amants séparés
Et le souvenir de ce lieu unique où il avaient été les plus harangués…. qui ça ?
Ces voleurs d’enfants qui s’enfuyaient déjà, des défunts aussi. Leurs malicieuses complexités s’insurgeaient de les voir décroître leurs nombres, ne répondant
Dans une suite insonorisée que pour les orageux océans et dans ma tête, comme cours-circuité par ce rêve, ce cauchemar, chaque pensée avait cylindré un rouleau parcheminé. Un rouleau
D’indécentes variations oniriques qui transitaient par l’au-delà. Comme
La couleur du jour les incestueuses images du rouleau l’avait enfanté, ces images qui
M’observent pourtant et qui ont été comparées à l’incompatibilité d’humeur de ce réveillé réalisateur ou
d’un lycéen enfermé dans la salle sur demande pour
Que rien ne subsiste. Pas même les cauchemars. Le feu océanique les ayant séparés, malgré tout des peuples et des cortèges de pestiférés les avaient libéré.
Chaque pensée que le metteur en scène avait désigné, était toujours sérieuse si on inventait autre chose pour le rouleau qui avait
Transité par Shanghaï.
Quelque part dans la ville
Avant de se mettre au branle-bas
De s’éveiller avec un rouleau de parchemin parfaitement cylindré
Dans un esprit qui embarrasse tous les synopsis positifs
Le songe brûlait l’image parcheminée et
N’avait plus de sens sa séquence réaménagée
Plus de mérite aussi pour notre périple qui commençait grossièrement de manière factice ; c’était moyennement bon signe. D’après les nymphettes et leurs vendeurs de Tamagotchi à la sauvette.

Seuls leurs actes étaient discutables mais j’achetais un Tamagotchi qui sécrétait de suspicieuses doses de mescaline. Tout était toujours à recréer comme le jour où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains) affreusement même si le script sur le rouleau de bois était frivole ; silencieusement, brûla l’image parcheminée alors que rien n’était joué ! mais bien sûr il ne s’agissait pas d’autre chose que d’un film, autre chose que tout ce qu’on connaissait jusqu’à maintenant…

L’unique arbre de la bibliothèque de Babel…

Cassie défendait les causes perdues, dans une suite vénitienne que j’avais payé d’avance en extorquant toutes les chaumières d’un lointain royaume, peut-être imaginaire. Cassie défendait la simultanéité, la multiplicité et la disparition des forêts qu’on avait ravagées, et dont il ne restait qu’un seul arbre survivant. Un chêne mystérieux dont l’énorme tronc noir poireautait en attendant les iconocides ; et ses racines qui s’arrachaient hors de terre ombrageaient même d’autres sortes d’arbres couverts de toiles d’araignées mais qui n’avaient pas encore poussé. Ses branches souples étaient parcourues d’indécentes ramures ondulant dans le vent, j’imaginais pour lui une vie plus linéaire que celle dont il se sentait prédestiné.

Ainsi je palpais la couleur du jour, cette couleur primaire qui retourna se perdre dans la frondaison et qui avait tant obsédé de peintres devant leurs toiles latentes, des paysages marins sensuels et des natures mortes. Toutes les feuilles étaient identiques, toutes portaient un même œil qui s’ouvrait lorsque j’approchais la main, puis se refermait. Cet œil qui obéissait aux canons d’une beauté que je ne pouvais comprendre ni même appréhender… 

Les faunes de Mallarmé !

Je dealais l’innocence des faunes et leurs néants qui correspondaient au feu du désir, à la liberté aussi, à l’euphorie après avoir bu ce café, et qui arrivaient sans mal à définir l’âge mental de Némésis. Ils s’entre-déchiraient pour une histoire de souvenirs quand les matins d’herbes blanches, éclatantes restituaient à l’équation des étoiles polaires ses pouvoirs extrasensoriels. Pour turbiner aussi le goût de ce café en noir sidéral ou en or rose et qui veillait à ne surtout pas verser dans le mélodrame. 

Je répudiais les petites maisons campagnardes aux couleurs vives avec leurs décorations tarabiscotées, que ces faunes squattaient après les avoir vandalisés… leurs décorations ? Des lucarnes au style baroque ou rococo sur les toits de chaume avec des vitraux et des jardinières de fleurs d’où tombaient des feuilles d’hêtres aux veinules qui palpitaient doucement. Accidentellement, je déchirai l’une d’elles de l’ongle et quelques gouttes de sang vinrent s’écouler sur mes doigts. Je sentis soudain une faiblesse dans mes jambes et un voile noir tomba sur ma vision. 

Les phrases rouges

Je vieillissais dans un fût aux arômes océaniques et mes jambes trempaient dans un café créole, j’avais de vagues souvenirs d’horizons yéménites.
Les arbres autour de moi s’élançaient pour décrire l’étude inachevée d’un mathématicien inconnu, grand admirateur à ses heures perdues du docteur Freud.
Les mouettes et leurs discussions métaphysiques m’affligeaient mais mon corps baignait toujours au fond de ce café créole…
Et les phrases de l’énigmatique mathématicien semblaient me condamner à une noyade certaine ; elles étaient apparues dans un contexte avant-coureur et futuriste, un contexte qui raffinait encore davantage ses arômes, les arômes de ce café qui venaient d’une lointaine galaxie.
Mon corps était presque entièrement immergé mais je la trouvais toujours aussi suggestive la lumière de cette vieille lanterne que les mômes apercevaient des falaises d’Étretat, la nuit.
Il me restait encore à parcourir à la nage une centaine de kilomètres quand les faunes, inspirés par quelques danses fantasmatiques, se fédérèrent pour verser le précieux fût dans les tréfonds ténébreux d’où se précipitaient aussi des terrasses et des vergers en haute altitude !

Les Évangiles noirs de l’Hélicéenne. Deuxième chapitre.

Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires…

Il y avait toujours plus malheureux que nous, dehors de pauvres maraudeurs pataugeaient dans la boue glacée et même si on avait fêté Noël dans un asile d’aliénés, nous restions le point névralgique, l’omniscience de tous ces agitateurs car nous étions, malgré l’avis des psychiatres, des Précogs ; les émeutes de la ville basse dépareillaient avec le message politique du moment (Keep calm and be happy) mais notre esprit s’était enfin échappé. D’abord en rasant les murs couverts de tags et porteurs d’un sens tout aussi substantiel que cette atmosphère du soir tombant douloureusement ; puis il avait arpenté de longs tunnels et enfin il s’était implanté dans le cerveau de Mokrane, l’homme à tête de caïman.
Sans exagérer il y avait bien plus dangereux que l’Hélicéenne et ce soir encore les candidats à l’élection présidentielle déclaraient que l’Hélicéenne, tissant ces derniers temps de nombreuses rumeurs, n’était qu’un mythe. Les politiciens semblaient sûrs d’eux mais ils ignoraient tout du réel potentiel de l’Hélicéenne ; Seule une officine sous terre aurait miraculeusement relancé le débat télévisé de ces vieillards. C’était un souterrain secret où chacun avait son poste, ses coutumes et aussi ce charisme digne du chef du Projet Chaos.

L’équipe travaillait nuit et jour. Ils avaient récemment contacté un professionnel, pour passer à la suite : cameloter de l’Hélicéenne dans toutes les partouzes ; Mokrane était devenu ainsi le pivot et le rouage incognito et il ravitaillait presque toutes les fêtes de Mandeville où des amas orgiaques et frémissants de corps attendaient fébrilement son passage.
Mais un soir, tout bascula brutalement dans le paranormal : il devait être trois heures du matin, après bien des livraisons harassantes ; il ne se souvenait plus vraiment comment il était arrivé là, gisant sur le tapis du salon, entre la table basse et le canapé, mais en se relevant il vit la silhouette d’une femme, une sorte de grande prêtresse vêtue d’un simple négligé et elle s’approcha de lui en riant comme une hyène malade. Elle n’avait pas un visage inconnu, il lui avait vendu de l’Hélicéenne, autrefois dans une rave party avec, en fond sonore quelques classiques piratés depuis le néolithique.
Mais à présent elle semblait complètement folle, pendant un instant il pensa qu’il n’avait jamais vu de visage semblable, animé de lueurs macabres et couvert de peinture noire… elle pouvait être tout aussi bien une goule sans visage qu’une créature humanoïde arpentant le fond des anciens rifts africains, où se perdait l’aube de l’humanité. Et une expédition coloniale, au cours du dix-neuvième siècle, aurait très bien pu découvrir son cadavre parfaitement momifié et en excellent état de conversation, ce qui aurait plombé et figé d’effroi même les conquistadors les plus courageux par son expression fantomatique…

D’habitude ses clients fanfaronnaient gentiment parce qu’ils retrouvaient leurs vingt ans dans un corps de vieux en mâchant l’étrange hostie. Mais pour elle, ça lui avait plutôt tapé le système. Il ferma les yeux et sombra aussitôt dans une torpeur agonisante ; lorsqu’il se réveilla, la lune était encore là, mais la grande prêtresse avait disparue, il se leva pour se rincer plusieurs fois la tête dans la salle de bain et se regarda enfin dans le miroir, l’astre dessinait et crayonnait si bien ses cernes qu’il avait l’impression d’avoir des aplats de masque mortuaire.

Au petit matin, quelques heures plus tard, la première chose qu’il remarqua, quand il passa la porte de sa vieille maison, fut cette flambante voiture garée devant chez lui, nimbée encore du rayonnement pâle des réverbères. Un rat se cambra sur ses deux pattes lorsque Bill, son patron, et Thompson son acolyte l’interpellèrent depuis les sièges en cuir de la décapotable. Ils étaient étrangement caparaçonnés dans un attirail de médecins en temps de peste : une longue tunique faite en lin, descendant jusqu’aux chevilles et enserrant leur tête dans une cagoule, d’un masque en forme de bec ressemblant à un oiseau, de gants, de bottes et de jambières, d’un chapeau noir à large bord et d’une longue cape noire. Et le tout avec leurs bésicles de peste intégrées au masque.
Ils venaient de se faire enfumer par toute une troupe de vieilles rombières et ils avaient décidé de se venger en menant une expédition punitive dans le quartier rouge de Mandeville…

À suivre !


Les Évangiles noirs de l’Hélicéenne

Le secret est une drogue puissante. 

Ça faisait un bail que la théologie du Feu avait été entérinée. C’était un texte écrit peu avant l’événement annuel des zonards en 2016, et récidivé en 2017 mais je ne savais pas encore que ces victimes des bûchers allaient me conférer cette force exceptionnelle venant de ceux qui hantent les ténèbres, une robustesse déconcertante qu’on ne prête qu’aux inlassables démons, cette solidité à toute épreuve mais, en même temps, ce qui allait précipiter ma perte.
Même Burroughs avait rôti et je pensais être content d’en être débarrassé. Mais ce que j’ignorais aussi, c’est que la prochaine crémation allait surpasser toutes les espérances les plus machiavéliques et succédait toujours aux flottements hagards, aux confusions les plus troubles comme celle-ci :

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis à mon bureau ; des arcs-en-ciel crachaient au petit matin des mollards et des sobriquets dans la chambre d’à côté, sa piaule d’ado constellée de posters. Ce qui n’était pas pareil avec Bill.
Une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, et silencieuse comme Cassandre, sur la table, une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X. Malgré cet état d’abattement, je pris le temps de dissimuler la télécommande qui déclenchait le mécanisme de ma machine à écrire. De là, avait giclé une feuille où l’on pouvait lire :
« Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue… » 

L’interprétation dominante de ces ultimes phrases frénétiques demeure l’imagination excessive et la névrose maladive de Mokrane Kaphrium, aggravées par sa connaissance du maléfique culte disparu dont il avait découvert de si étonnants vestiges. Et Cassandre aura beau dire qu’il n’y a pas de préciosité littéraire dans son texte ésotérique, nous la tenons responsable de la folie soudaine de Mokrane, des obsessions maladives, des suspicions plus ou moins mystiques de l’écrivain journaliste. 

****
À cette époque, il n’était pas rare qu’une famille nucléaire de type père-mère-enfants regarde ensemble, au même moment, une émission de télévision. 
Mokrane Kaphrium n’avait que dix ans, il était allongé sur le ventre par terre sur le tapis du salon, à côté de son chien Raspoutine et le film qui commençait s’inspirait de cette série de meurtres dans sa ville à Mandeville, et qui avait défrayé la chronique. 
Il avait les coudes repliés et la tête dans les mains, la meilleure position qui ait jamais été inventée pour regarder la télévision. Le tueur portait le masque de Ghostface et les plans qui se succédaient en montrant des meurtres sanglants, tous plus barbares les uns que les autres, découpaient dans l’obscurité du salon, où il y avait seulement la lumière de l’écran, des aplats prophétiques de masques mortuaires sur leurs visages.

Un observateur attentif aurait peut-être remarqué la silhouette d’un homme embusqué, qu’il se cachait là-bas, à l’intersection des deux rues voisines, entre les poubelles. Le sang allait couler. L’assassin en avait à revendre des pensées étranges et sordides, le projecteur blanc des plateaux télés l’illuminerait. Il y avait cependant une cabine téléphonique mais elle était trop mal située pour y faire attention… On aurait eu toutes les peines du monde de toute façon pour déplacer ce tas de vieux appareils électroniques et ces carcasses de modems qui gênaient son entrée. 
Un coup d’œil en revanche du côté du trottoir d’en face, là où la Dodge d’un journaliste d’investigation était garée, l’aurait convaincu de renoncer à son entreprise macabre.

Le poète des gouffres amers s’était surpassé pour échafauder son plan…

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C’était un dimanche après-midi, vingt ans plus tard, mais il se souvenait de tout. La tuerie dont il était l’unique survivant. La grande famille des macchabées victimes de Ghostface s’étaient encore agrandi. Le film d’horreur avait inspiré un (ou des) serial killer sévissant dans le quartier rouge.
Des tréteaux avaient été dressés sur la pelouse de son campus depuis déjà quelques mois.
Il allait bientôt monter sur scène et jouer un drame contemporain que ses parents, s’ils étaient encore vivants, auraient probablement regretté d’avoir assisté… Il se rappelait comment on les avait retrouvés dans une décharge sauvage, en position fœtale, les cadavres de son père et de sa mère dont le squelette semblait étrangement imbriqué l’un à l’autre. Entrelacés ainsi, ils côtoyaient un bazar ahurissant de gravats, de vieux sacs en jute, certains suffisamment émergés pour qu’on puisse voir un mélange délirant de poupées aux yeux mi-clos ou arrachés et de victuailles pourrissantes de fast-food que les corbeaux s’arrangeaient à faire disparaître. Et les amants qui ne pouvaient plus vraiment se déchirer le cœur sous le pâle soleil du matin suivant la nuit du crime, jour où débutait l’enquête et la découverte des corps, défiaient fièrement les éléments comme ce vent charriant des tonnes de poussière.

D’autres choses culminaient du tas d’immondices, qui n’avaient pas été jugé bon de noter et qu’on avait méprisé et oublié au dépend de l’enquête, comme ces fringues sales et trouées – d’anciens costumes ayant été porté, ainsi concluait à tort la police scientifique, par des comédiens car on se refusait à croire que le tueur portait bel et bien cette longue cape noire et ce masque de Ghostface, identiques pourtant à ceux qu’on voyait dans Scream. C’était ridicule et invraisemblable selon eux. Ils n’étaient pas souvent allés au cinéma. 
Il y avait aussi deux chaises longues à l’abandon, un peu plus loin où l’herbe avait poussé, que les fantômes des amants avaient sûrement délaissé pour admirer leur ultime coucher de soleil. Des paons lourds de peine et d’une blancheur laiteuse surprenante se frayaient un chemin parmi ces ruines. 


Dans les décombres, avant l’arrivée des flics, des pillards – une meute de mendiants acculés par la faim – avaient remarqué quelque chose qui brillait faiblement… on pourrait gloser éternellement pour savoir d’où provenait cette tuile translucide qui émettait un sage rayonnement blanc, fantasmer sur ses vertus et propriétés alchimiques en tant que drogue de jouvence, les clochards s’en foutaient comme de la scène effrayante qu’ils avaient sous les yeux, mais ils pensaient quand même avoir gagné leur journée en la gardant avec eux, cette tuile translucide, sans jamais en parler aux autorités. 
Ils ignoraient que son commerce avait gangrené cette époque aussi imaginaire que trouble, et surtout très lointaine, de la Louisiane où Mandeville peinait à bâtir ses premières fondations ; du reste les rares historiens qui connaissaient son existence ne l’attribuaient pourtant qu’à une légende : l’Hélicéenne, cette drogue qui avait prodigieusement infiltré toutes les strates de la société, avant de disparaître mystérieusement. 

La Rouge

Bien avant l’épidémie du Covid-19 (c’était donc bien dans un rêve emboité dans un autre rêve.)
Un silence mortel s’est installé d’un seul coup. Aucune octave. J’ai omis à Ariane qu’on allait devoir ratisser ce soir tout le quartier rouge. Il n’y a pas l’ombre d’un chien-lézard et les journalistes d’investigation se sont rués dans une arrière-salle où l’on sert de la bière verdâtre. Nous sommes devant la fresque d’une odalisque qui domine les rues louches de Mandeville, et cette odalisque semble nous promettre des rêves macabres pour cette nuit. Et en parlant de rêve, Cassandre affalée sur la banquette de la décapotable explique à Ariane, une jeune hybride, comment concevoir le propre labyrinthe de son rêve…
Les mastodontes nécrovores ne sont plus vraiment loin maintenant et tandis qu’Ariane accroupie pour déchiffrer l’odographe onirique de notre future virée, parmi les limousines qui osent encore se cacher dans la ville basse, je vois Cassandre dans le rétro, s’introduire dans ses narines dilatées une espèce survivante de krills. La drogue à la mode venant tout droit de la fabrique de Yussuf. Ni vu ni connu même si je suis supposé la protéger de ses démons, ainsi je vide le contenu d’une énième bouteille de bourbon dans le caniveau pendant qu’elle est occupée à renifler ces minuscules crevettes mutantes ; ma cliente, Ann X, une star ayant épousé le sulfureux magnat de l’immobilier, Parsifal Van Dyck aujourd’hui disparu, m’a confié la lourde tâche de surveiller leur adolescente. Mais le moins qu’on puisse dire, après toutes les conneries qu’il a commis, c’est qu’il n’est pas mort en odeur de sainteté.

Les drôles de crevettes mutantes commencent à croître rapidement dans le cerveau de Cassandre, et je dirais qu’un meurtre oedipien se prépare comme un bourdonnement déconcertant et je lui raconte que de la laine va lui pousser sur le dos quand nous remontons le Strip et avant qu’on puisse atteindre les anciennes boites à la mode de la ville (l’odyssée touche-t-elle déjà à sa fin ? D’autant plus que je viens d’entendre à la radio que des Hordes d’enfants sauvages, pour l’instant tous épargnés par un mal étrange, vont bientôt débarquer et je sais que l’un de ces journalistes spécialement venu de Karachi, appelons-le Z, ambitionne de les renvoyer dans leur pays) mais au moins je n’aurais plus besoin de ce gadget idiot, une toupie, pour me rappeler qu’on est dans mon rêve, et uniquement dans mon rêve.)
Déterminé à m’infiltrer dans cette fête, je sors de la bagnole ; nettement la lune se détache de cette nuit verte qui semble semer sournoisement l’idée délirante au sein de mon subconscient de rêveur, d’émasculer dans l’obscurité ces mouchards de flics que j’aperçois à travers les vitres cassées et les miroirs difformants du club, et ce ne sont pas les pleurs de leur veuve, sanglotant de chagrin dans la nuit, qui vont me donner une mauvaise conscience.

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Une autre décapotable m’attend. L’amnésie des rêves commence à empuantir ces jours sombres où nous sommes toujours en marche… Les murs des longs corridors tout aussi sombres du département neurologie, dont nous allons prendre congé, sont couverts de casiers, de panneaux d’affichage nous mentant comme des arracheurs de dent parce qu’ils affirment que seules les hybrides de chattes trempées avec trois fois rien sur le dos, sont résistantes au célèbre virus, la Rouge qui a tué tous les adultes, sauf Ariane, et plus étrangement Cassandre et moi. Nous avons fait un détour par l’hôpital pour le crâne tumescent de Cassandre mais il n’y a plus que des cadavres et de grandes poubelles toujours remplies de restes de repas bon marché qui entravent les couloirs, et à chaque fois qu’on voit passer un rat, pour les faire fuir et les rendre neurasthéniques, on reprend à plein poumon les tubes des vieux chanteurs de prosodie du siècle dernier se croyant malins à réciter de la pseudo poésie :
« On rêvait de ces oies sauvages qui engageaient le printemps sans nous opposer de résistance, ce qui nous donnait l’impression que nos âmes et nos corps enfermés à l’intérieur ne pouvaient faiblir face à la Rouge.
On rêvait aussi de grandes fenêtres ouvertes sur les mers septentrionales, Ô souvenirs résiduels alors que tout était déjà foutu !
Je glissais sans contrôle sur le rebord du monde outre-espace, et me consumais par trop d’associations oniriques, me fourvoyant sur la fin d’un périple d’emblée décousu et censé retrouver au milieu des ruines l’auteur responsable de la folle transformation de ce rêve en cauchemar… »

Pas possible de neutraliser les effets pervers des krills, trop de gamins, revenus à l’état sauvage, ont grandi ici sans parents, sans éducation et se livrent à des bastons féroces avec des droites en pleine face et des gauches manquées, nous foulons le pavé aussi rapidement que les rares montures des hybrides très recherchées parce qu’il paraitrait qu’un seul de leurs baisers permettrait de guérir ou d’être immunisé de la Rouge… et fébrilement, j’aperçois enfin qu’elle est déjà là, au coin de l’un de leurs nombreux squats, la nouvelle et belle caisse rouge, son moteur vrombissant.
Mais soudain, l’un d’eux, un gosse obèse que je devine aussi opiniâtre qu’ombrageux, intervient tandis que je démarre et il réussit à immobiliser le véhicule en s’étalant de tout son poids sur le capot, quand j’étais en train de faire crisser les pneus, pieds au plancher.

En parlementant jusqu’à très tard dans la soirée, on découvre qu’il s’amuse à récolter de vieux journaux décrivant dans le menu détail ce que les programmes scolaires devraient être selon l’ancien journaliste Z, qu’il envisage de saboter des montres mécaniques unidirectionnelles et qu’ainsi l’architecture chancelante de mon rêve (mais il ne le sait pas encore qu’on est dans mon rêve) s’écroulera lugubrement. Au petit matin, son jugement commençant à lui faire défaut, il nous laisse partir et nous retrouvons cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu, après avoir bien roulé, d’autres vagabonds ayant perdu très tôt leurs géniteurs. Tous encapuchonné, ils jouent aux osselets et semblent tout ignorer de la Brigade du Frelon traquant les junkies, de l’Inception dans mon nerf central et pourquoi, et de notre quête. Ils nous dévisagent à peine et regardent bêtement le crépuscule tombant sur les flèches gothiques du temple quand on leur pose des questions… celui-ci est entouré par des marais pullulant de moustiques qu’on ne voit qu’en Louisiane, alors que le brouillard est aussi de la partie (ce qui me fait penser que je dois être extrêmement vigilant car la jeune hybride risque de me fausser compagnie et de faire foirer ma mission en tant que tuteur.)

Message In A Bottle

Des nacelles de montgolfières qui s’étaient échouées là sur la grève comme des morses et dont le sang grenade, dans nos cellules, communiquait en morse, annonçaient la genèse de cette histoire que je vais te raconter : expressive comme le jeu de la roulette qui en déboussole plus d’un ici-bas, simple comme un faisceau crépusculaire qui crache un arc-en-ciel et courte comme une mise en scène à la Cobain, est cette histoire qu’on racontera, en s’endormant sur un toit, ou au sommet de cette tour d’orateurs idolâtrés jusqu’au dernier survivant.

Formidablement, depuis cette tour, on lançait des mises à jour qui pouvaient recourir prioritairement à tous les services, créant des icônes loufoques sur l’écran de tous les ordinateurs, et sur l’écran de tous ces ordinateurs qui avaient couvert l’évènement, s’était arrêtée la danse des robes blanches à frou-frou piaulant comme un crime à la Ghostface. Un crime à tout calciner et les Hordes des morses gisant sur cette banquise au sang grenade l’avaient informatisé la nuit d’avant.

On plongera alors dans la flaque des sortilèges ou dans la mare aux diables où il ne reste que quelques spécimens grossiers de mantes religieuses, et, de nos conquêtes de tous les ailleurs, on rapportera des modèles primitifs taillés à la main par des paysans ; et, sur notre dos, nous aurons une hotte garnie des oeufs du monstre, leur gestation demandera du temps, beaucoup de temps, peut-être des siècles, peut-être des millénaires mais qu’importe puisque nous serons les derniers morses à se vouer à un système féodal. Et nous préparerons nos armures de chevaliers mérovingiens, abîmées par tant de combats au sabre, et le jeu consistera alors à terminer cette histoire dans ce parc luxuriant où d’autres joueurs, à l’aide du stick d’un rouge à lèvres, écriront sur les murs leur trouble…

La modeste Histoire des copeaux de bois

C’était avant le lever du soleil ; clémente était notre rédemption en gardant toute sa vigueur mystique et cinématographiques étaient les desseins de nos vies antérieures. Leurs équations improvisaient de charmantes révolutions en se transférant dans nos organes et elles se confondaient avec les copeaux de bois tombant comme la carcasse de notre van.

Des copeaux de bois qui grillaient en répandant un parfum de muses sacrées, de Vénus noire hallucinée et tout près de ces tisons et de ces flammes, le secret de notre clé USB brûlait jusqu’à se rembrunir. Et pour molester leur faille ou leur contrôle autoritaire, nos pensées guindées, transitives, devaient dépasser le stade de la simple coordination. Ils enfantaient et parachevaient l’œuvre morphologiquement, objectivement bien foutue que nous avions sauvegardé sur tous nos serveurs locaux.

Mais pour capter leur quintessence sur nos feuillets comme une épreuve éliminatoire, nous étions en fin de compte obligés de faire avec, avec cette discordance : cette Journée-de-notre-vie éprouvante, désaccordée quand le moral était au fond des bottes… s’immisçant dans notre planning par des veillées d’armes contemplatives, cette journée s’était malgré tout prêtée au jeu – au jeu traumatisant, presque outrageant, de ce lever du soleil – et elle avait, par pelletée incompréhensible, vendu notre âme au diable.
Ce diable qui nous rabâchait chaque année des zéros et des uns statistiquement découpés aux ciseaux dans notre bureau !

C’était avant le lever du soleil, singeant les pitreries des muses baudelairiennes était notre momification, un brin formaliste et presque mondain était notre amour physique et comme les films de Kubrick, nos vies antérieures improvisaient des scènes étranges, aussi étranges que cette pluie de copeaux de bois ; des copeaux qui grillaient en répandant un parfum de muscades fâchées, de blagues graveleuses, et nous trinquions alors pour éponger le grand hasard qui s’en allait avec nous dans la brume. C’était avant le lever du soleil, mais cet astre sécrétait déjà dans son coma artificiel les pensées des survivants qui avaient réussi à lui échapper ; de fantomatiques pensées morbides qui imitaient les messages laissés sur le répondeur de notre téléphone, le trouble s’étant prolongé, puis dissipé, comme un implant dans notre cerveau évanescent !

Les Roses Noires de l’Europe !

Elle réclamait la soif terrible des damnés, la largeur comme la longueur, le fond comme la surface et se dérobait à la lumière de diamants que les mémoires avaient fait jaillir. La petite herbe, bien davantage conceptualisée que les conceptions d’une acropole, en la fumant, avait terrassé ces hussards d’un jour. Sans doute elle s’était infiltré dans la terre et était devenue l’incarnation des Roses de l’Europe : le festin de Satan, Satan célébrant sa descente et leurs robes pourpres tournoyaient parmi des amas duveteux de poussières !

Les roses de l’Europe étaient semées du haut des passerelles de cuivre, ces plates-formes où l’on raturait, notait, essayait de nouvelles combinaisons de mots de passe, où l’on tentait de définir la profondeur des abysses grammaticales, et en bas, elles donnèrent naissance aux ouvrières et aux reines qui jadis avaient fait construire par tant de chevauchements la fosse noire.

Face à la pluie diluvienne, au déchaînement de tonnerre et d’éclairs, je remontais le sentier en toute hâte, traversais l’enfer du laurier au même rythme, vers le rocher en surplomb, et là, à genoux, je dénudais de leur corset ces Roses aux ailes mécaniques, pantelant et huant, et la souffrance perla comme une larme d’absinthe lorsque j’incisais leurs pétales pour en faire un brouet de sorcellerie.

Il y avait encore, ici et là, des expositions de peinture, des peintres grelottant dans le vent silencieux, émettant une pensée mystique monochrome bleu qui détermina alors leur chute sans fin quand ils tapèrent CTRL X.
L’esprit-libertaire de leur haut quartier, dont l’architecture restait impeccablement inexplicable, piaillait sans limite, hérissé d’épines, harnaché au comptoir où l’on servait toujours du punch. Et elles enfantèrent d’autre mille fléaux noirs lorsque je fus pris en flagrant délit, commerçant leur semence pernicieuse d’escargots tapissiers !

Festin nu et Fêtes païennes !

Les inventeurs de ce logiciel poursuivaient tous la même idée : pervertir l’humanité par un message subliminal, et les convier, une fois les six-cent-soixante-six pages écrites et codées jusqu’à l’affaissement du système, à cette drôle de fête païenne ! Une fête où des challenges suicidaires étaient régulièrement proposés, histoire de refroidir au soleil avant de retrouver l’obscurité déformée.

Par le plus grand des hasards, leur application avait réussi à illustrer la longue fresque des derniers vauriens survivants qui vantait un produit de marketing au packaging ravageur.
Plus tard on les retrouva suspendus au sommet des poteaux électriques mais ce n’était rien en comparaison avec ces jeux dangereux qui se déroulaient dans les mines d’argent, noires de craie, de gravier et de caillouteux humus et qui nous firent perdre la foi.


Les concurrents, ayant conçu eux aussi un logiciel, s’étaient inspirés de l’effondrement des églises païennes, et ils se remémoraient, par des procédés mnémotechniques plus que douteux, ce temps où nous étions tous attendu fiévreusement.

La lame des Naïades s’en souvient…

La mousson verte dessinait dans ses flaques des moûts incas qu’on avait fait bouillir dans de grandes écuelles conçues à la base pour crevasser les mélancolies maussades.

Observant depuis la fenêtre de notre van des jardins botaniques qu’on aurait pu confondre avec des kibboutz, on se remémorait nos marches nuptiales, nos veillées d’armes et nos milles tragédies de malandrins. On avait amené avec nous la bible des moûts spirituels, écrite peut-être par l’un de nous deux lors d’une enfance affectivement brûlante. Et nos os s’élargissaient après la fin de cette mousson, nous étions alors mobilisés pour faire souffrir des enfants, les naïades sans couronne, les rigoles des petites ruelles où l’on voyait des genres de navires, de vaisseaux spatiaux chavirés. Quel étrange pays !

Déchargeant leurs cargaisons – des transactions d’Hélicéennes – dans les ports de toutes ces nations en guerre, ils venaient tout juste de couvrir leurs mâts quand nous eûmes l’audace de les rejoindre, avec pour consigne, de conclure un nouveau marché. Un marché dont l’orientation professionnelle consistait à échanger l’évanescence arctique des moûts spirituels contre un peu d’Hélicéenne. La négociation s’annonçait rude. Cette nuit allait être aussi expressive que l’orageux polymorphisme gisant au fond de nos moûts aztèques.

Dehors, à l’avant de ces bateaux de commerce, il y avait les crépuscules de l’est pour croître
et les polarisations du nord prêtes à nous lapider ; à l’aube au fond de nos yeux, le goût de naphtaline de nos moûts
Partit goutter ailleurs…
La mousson clignait toujours des yeux
sur les amants et par hasard à notre passage.

Larmes d’absinthe et Veillées d’armes

D’après les monologues de cette désaxée, connue comme grande impératrice du maléfique culte aujourd’hui disparu, les essences et les substances dans ses yeux gouttaient comme des larmes d’absinthe. Et le jaune de ses yeux crocodiliens gouttait comme le sang répandu par des scies circulaires, comme le sang coagulé d’Alphonse Choplif !

Je ne savais plus trop où je me trouvais, je ne savais plus trop comment je m’étais retrouvé près la grande impératrice. Mais il me semblait qu’il y avait toujours un espoir, une pâle lueur ; en effet, dans la cheminée, il y avait encore des cendres qui se rebiffaient ; les cendres de ces zonards qui n’avaient pas respecté les doses de ces potions permettant de se transformer en êtres prestidigitateurs. Désormais les scies synchronisées avec la chaleur des tropiques s’approchant de la fournaise et du festin nu de Burroughs, coloraient ses paumettes d’une noirceur optimiste ; ces scies circulaires, servant servilement aux opérations meurtrières de Choplif, le fondateur absurde de leur mouvement et même de leur parti politique, avaient l’intime conviction qu’ils allaient enfin clamser et disparaître pour toujours, les instruments chirurgicaux cachés dans la poche de sa fourrure d’hermine ; ils furent définitivement démystifiés après leur disparition et on découvrit que leur lourd sommeil – ce sommeil apparenté aux bourdonnantes flaques de sang, syllabait et calibrait des cylindres oniriques, étrangement extravagants : un genre de rouleaux en bois d’où la métrique des pianos sur parchemins solaires vérifiait par sa stupeur prismatique et sophistiquée les appels manqués de la veille…

L’origine de tous les souvenirs

Elle avait des veines violettes et serait à l’origine de tous les souvenirs. En terre et comme terreau, on ne les discernait pas dans leur brume évanescente sans courir le risque d’ulcérer le pianiste de l’auberge de jeunesse et jeter la confusion mais c’était un point de départ exploitable ; et puis elle partit en guerre contre cette équation âpre qui ne savait que faire et qui effacerait, c’était écrit dans la bible des moissonneuses-batteuses, ces souvenirs. Des souvenirs qu’on qualifierait d’inorganiques, puisqu’ils représentaient ce que l’humanité, à une ou deux exceptions près, avait choisi d’oublier.

Des souvenirs qui, dans leurs sommeils, écroulaient les colonnes corinthiennes de la terrasse de cette grande auberge, après avoir été requinqués par des boissons polaires fortifiantes…
Des souvenirs qui plaisantaient avec cette reine perchée, et qui révolutionnaient les jeux d’échecs ou la prose de tous ses bouquins
Des souvenirs qui, en les remémorant, limitaient la casse et occupaient tout l’espace pour démontrer qu’ils n’avaient aucune parenté avec les livres de Lucky Pierre…
Des souvenirs qui jaillissaient des fontaines de mezcal tandis que j’éteignais toutes les lampes de cette auberge de jeunesse, d’où partaient de parfaites volutes bleues, parfumées à l’Ethernet !

Le mauvais œil

Un moutonnement noir dans le ciel enduisait de manière tout à fait sournoise les cartes de Poker répandues par terre, pour rejoindre d’autres cieux que les gargouilles escaladaient, et on vit alors une pluie de crème et de plâtre tomber depuis les fenêtres de notre chambre commune ; notre chambre d’orphelins, le mauvais œil à daguer. 

Pendant que les mondes celtes, leurs mondes, crânaient fièrement, une dizaine de skinheads, après bien des orgies et après s’être empiffré à mort, un peu comme dans le film La Grande Bouffe, s’alcoolisait sous ces ponts qui ressemblaient de près à de la démence, le mauvais œil à malmener. 

Au fond des abîmes hallucinés qui étaient faiblement éclairés à présent, sur une île en manque de lumière flottant dans les vastes ténèbres, ils posaient en selfie avec une nymphette complètement nue ; une nymphette aux monochromes pensées, enduite elle-aussi du lissage de ce moutonnement noir, le mauvais œil à étriper. 

Elephant Man Syndrome. Du troisième chapitre au cinquième.

Troisième chapitre.
Faudrait toute la sagacité de Gandhi ou de Bouddha pour ne pas avoir une furieuse envie de se loger une balle dans le crâne quand mon Chef m’avait annoncé qu’il faudrait repasser à l’asile : de nouveaux cas, détectés dans cet établissement croulant sous les millénaires, attiraient à présent l’attention des médias.

Et ce fut ainsi, sous la Lune livide, que je débarquai en pleine nuit dans ce centre psychiatrique pénitentiaire, les gardes poussant laborieusement les portes blindées pour faire rentrer ma Dodge. Après avoir éteint le moteur, j’allumai une clope, on n’y voyait que dalle comme dans le terrier d’Alice aux pays des merveilles psychédéliques, la noirceur de cette nuit prenant la pleine possession de ce lieu, donnant l’impression vaguement sexuelle qu’une actrice X allait surgir du souterrain CL204 où l’on me dirigea avec des airs précautionneux qui me tapaient sur les nerfs…

Une fois dans les méandres de l’HP MDC Brooklyn à New York, je remarquai qu’il y avait, affichée sur tous les murs de l’établissement, la une de tous les journaux : des photos de types déchaînés ou au contraire plongés dans le coma, les jambes arquées et presque tête-bêche avec le reste de leur corps que le parasite filaire avait rendu plus lourd que le plomb, accompagnaient les petites écriture en Time qui alertaient sur cette recrudescence de l’épidémie ayant à nouveau frappé, plus de dix ans après l’apparition des premiers symptômes : le délire psychopathologique des journalistes américains.

Puis, progressivement au fond d’une salle tout aussi obscure, je découvris la silhouette prostrée de John Fante enchaîné à une chaise rouillée… Il divaguait sur une complainte inaudible, les yeux jaunes et vaseux, et ne se rendit même pas compte de ma présence, de la bave sur toute la face.

Les infirmières me laissèrent seul avec lui pour un entretien qui s’annonçait corsé. On l’avait aperçu en haut du Brooklyn Bridge, prêt à sauter dans la flotte glacée et on l’avait emmené de force ici.

La même fièvre que ce que j’avais vécu, quand dans la rétine des pauvres pucelles je reflétais mon cynisme en temps adolescents, cette même fièvre, que cette nouvelle vague d’épidémie générait en temps de crise, l’agitait de tout son antre cérébrale. Les infirmières le forçant à boire outre mesure alors qu’il n’était là que pour grelotter au fond de son lit pendant 48 heures. Mais un genre de transe l’avait saisi lorsque je lui montrais les photos en noir et blanc de cette incision du derme pour extraire une dent de cadavre, ou le parasite filaire que j’avais enfin rejeté en Afrique avec un gourou de dernière zone ; aussi, comme lui, j’avais déclaré avec violence que j’en avais plus rien à foutre de cette vie de merde… Cependant, j’avais quand même écrit ce bouquet de nerfs couché sur papier, uniquement pour faire plaisir à mon boss, soumission alternant entre un épisode pornographique, lessivé mais heureux d’être allé jusqu’au bout, et ces moments où j’étais seul et sûr d’en avoir terminé avec cette névrose fantasmagorique.

Quatrième Chapitre

La Vénus de Laussel. Elle était impliquée dans cette affaire qui ressemblait étrangement aux suicides de ces gastronomes de la grande bouffe et qui n’était pas qu’un film mais un fait divers : une affaire qui peignait mon cœur en mauve lors des neiges précoces, peut-être pour se soustraire à cette timeline défilante, appartenant soit à Facebook soit à Twitter, les deux de guerre lasse avaient abandonné.

****

Plus tard, j’ouvris le tiroir de mon bureau et trouvai aussitôt une enveloppe contenant un tirage de photos floues en noir et blanc. L’enquête pouvait alors commencer…

Cinquième Chapitre

Une terrible vengeance burroughsienne allait s’opérer dans l’ombre.
La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis devant mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans une main et une enveloppe, pleine de photos floues en noir et blanc, sur mon bureau, où l’on devinait vaguement une scène classée X ; de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :
« Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue… »

J’étais tranquillement en train de me servir un verre de vermouth, l’ordinateur scannait par un mélange de calculs savants ces photos où l’on distinguait à peine, sur le marbre d’une cheminée, une bimbeloterie de fêtes foraines, des figurines préhistoriques – plus tard j’appris qu’il s’agissait des Vénus de Laussel – qui étaient censées représenter la fécondité. Elles crânaient fièrement tandis qu’une dizaine de skinheads, après bien des orgies et après s’être empiffré à mort, un peu comme dans le film La Grande Bouffe, posaient en selfie avec une nymphette complètement nue.

La dernière photo scannée semblait me reprocher quelque chose, un peu comme certaines images des paquets de clopes où l’on voyait des cancéreuses à l’hôpital, un gros plan sur ses yeux qui ne me quittaient plus semblait verbaliser cette question : pourquoi je n’étais pas venu la sauver de cette bande de sauvages ?

Le parasite filaire avait achevée sa mue entre temps. D’étranges phénomènes étaient à prévoir. Sans se pencher sur ces considérations outre-mesure, mon téléphone stridula dans ma poche. Il y avait quelque chose qui clochait, l’affichage numérique m’indiqua que l’appel provenait d’un contact indésirable, je préférais me souvenir de cette vieille télé montée sur roulettes, apportée par l’infirmière de notre service, plutôt que de répondre : c’était une vieille machine pas belle, tout juste bonne pour faire l’apologie de la race blanche et n’annonçait, comme une évidence à ne surtout pas prendre avec des pincettes, que des festins gargantuesques, organisés par ces skinheads, notamment celui raconté dans le prochain chapitre à venir…

Deuxième partie.

Elle allongeait les pas dans la poudreuse, cette guilde fantasmagorique pour terminer son parcours ; ainsi m’avertissaient ces calculs importés dans mon ordinateur par une timeline conçue pour les guetteurs comme moi ; la webcam de la Cora-Hummer 7 clignotait et devait sans doute m’informer que ces Vénus de Laussel, venues de la préhistoire, étaient en ligne et cherchaient à me contacter… Sûrement pour me prévenir que la Guilde allait débarquer chez moi…

Entre Temps, Brusquement Et Ensuite. Chapitres 3 à 7

Chapitre 3

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Chapitre 4

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçait d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

Elle se tenait majestueusement au milieu de la pièce (peu importe laquelle) et la caméra avait eu cette noblesse d’esprit de se défenestrer. Tournant d’abord lentement sur elle-même, à présent hors du cadre, entraînant tout le monde dans son orbite, la journaliste Martina Poel improvisa une danse de derviche pour les beaux yeux de ce vieux monsieur qu’on appelait Razko Kaphrium, de la terre et du ciment rouge collant ses chaussures et enveloppant ses membres extensibles et robotiques de cyborgs. 
– Eh, bon anniversaire, mon amant ! Dit-elle, tout essoufflée, à hauteur de son entrejambe, après un léchottis de bienvenue. Quand allons-nous le célébrer ?
Des foules d’évangélistes avaient créé une fatwa dès le lancement du film mais les réalisateurs et leurs avocats s’étaient surpassés pour officialiser son apparition dans les cinémas le jour de l’anniversaire de Kubrick. Pendant des générations, le court-métrage avait déchaîné les passions, puis était passé aux oubliettes ; le Scénariste (ou l’Architecte) qui n’était pas humain mais était représenté par une machine, avait, de nombreuses fois et à chaque nouvelle projection, interverti les rôles pour que ce navet reste conforme aux attentes des téléspectateurs du moment. Mais ce qui était surprenant, c’est qu’il avait traversé les siècles et qu’il renfermait un secret digne d’une intrigue kafkaïenne. Ainsi, quand un label encore plus extrémiste avait racheté les droits, la société cinématographique s’était dit prêt à collaborer avec des scientifiques travaillant sur l’ADN et sur la conscience modifiée lors d’un rêve, moyennant un salaire mirobolant et leur parole pour clause confidentielle. De cette collaboration, après des années de labeur, était né Le Manifeste de Burroughs dont la trame devait son succès à cette intelligence artificielle, provenant de l’épiphyse de Kaphrium, déclaré mort des millénaires avant.

Autrefois, bien avant les Années X, il y avait cette légende urbaine racontant qu’un mélange hybride entre l’hominidé et le rat était né de ces oeufs enfouis dans les décombres d’un chantier. Ainsi elle était revenue, remontant du fond des âges, avec une sorte de désolation à exalter, cette race qu’on croyait disparue ; en rampant dans les canalisations des égouts et découvrant ces oeufs les premiers, Maubeuge et son frère eurent l’intuition que cette étrange machine accueillant les oeufs était une couveuse révolutionnaire ; des algorithmes et des fils électriques distribuaient, à travers une valve membraneuse, la chaleur nécessaire pour leur gestation… à ce moment de l’histoire, les deux frangins ne savaient pas encore qu’elle serait banni du monde des hommes, cette espèce évoluant sous leurs yeux, et que son incontestée mais impropre consécration se déroulerait après bien des conjonctures. Maubeuge tendit sa main droite pour toucher cette sorte de chrysalide à moitié organique à moitié virtuelle qui abritait ces oeufs mais il eut tout de suite un violent mouvement de recul et, sous le coup de la brûlure encore vive, des messages comme des SOS de détresse, arrivèrent en pagaille dans son cerveau en alerte, et à l’intérieur, pas prête de disparaître et de relâcher sa proie, une voix off résonna lugubrement. 

Puis, après avoir été embrasé, sa main de fouineur fut couvert d’un froid polaire. Il se débattit avec cette douleur glaciale mais peu de temps après elle s’était évanouie. Il était davantage préoccupé par cette angoissante voix off qui semblait émerger d’un rêve funèbre. 

Une vingtaine d’années plus tard, alors que les deux frères étaient devenus adultes.
Quand Maubeuge, revint chez lui, après avoir bossé sur un chantier, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant la moisson d’une intrigante « Saison Rouge » et d’un élu bûchant dans l’ombre à son arrivée imminente. Cet homme en question, un certain Razko Kaphrium, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol, dans une cave ; il ne travaillait pas le jour mais dès que le ciel, les immeubles de sa cité, la neige, les feuillages des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient pêle-mêle emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentit presque émoustillé quand il termina les lignes de son ouvrage, le Manifeste de Burroughs.

Maubeuge avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps une secte de survivaliste, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Kaphrium. Aux premiers abords, le futur fondateur des hommes-rats l’avait trouvé d’un potentiel hautement limité, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes en lançant une meute de créatures génétiquement modifiées. Puis, en y repensant cette nuit là, il décida de s’allier à ce jeune rêveur qui pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu, d’après ce que Maubeuge lui avait décrit lors de cet échange. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques impérialistes de cette cité ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des hommes-rats, qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement en quête de ses oeufs. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une machine pas belle (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle un film, Le Manifeste de Burroughs d’après le générique. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant. A bien y regarder, ça ressemblait à une couveuse ésotérique.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur cet appareil, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’appareil en question émettait une radiofréquence le protégeant des intrus et des pilleurs et permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans un terrier le jour pour mieux opérer la nuit. »

Chapitre 5

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)
« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des souterrains admiraient ; il campait sur la première page de ce bouquin, Le Manifeste de Burroughs, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait vécu des centaines d’années, sans jamais arrêter son combat et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées d’un établissement pour troisième âge, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par la croyance inexorable qu’un jour le monde lui appartiendrait, d’après le livre, et on en avait tiré un film… où curieusement elle en était l’héroïne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle avait produit ce rêve où elle lisait fiévreusement le Manifeste de Burroughs. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce passé trouble qu’on nommait en chuchotant les Années X.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que le vieux Kaphrium avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé aussi bien de la scène politique que sociale, il se sentait malgré tout prêt à en découdre avec l’aide des hommes-rats, ses fidèles serviteurs.
Et ce café lui avait été servi par Martina Poel, une journaliste d’investigation pour un canard dissident. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de cette maison de retraite qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’elle retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, l’auteur du Manifeste ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment, elle fourvoyait les novices qui avait osé cloner ses yeux de platine et Martina était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity en espérant que Kaphrium ne la retrouve pas.
Celui-ci regardait à cette heure tardive Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, et c’était un monstre – ou c’était devenu un monstre au sens propre du terme – et le Père Spirituel des Hommes-Rats en avait à revendre des neuropathologies. Il infligerait à Martina le supplice de la corde avant même qu’elle soit malade, elle était désormais sur son territoire dépendant de sa seule juridiction.

En ce moment sur l’ordinateur de la jeune femme, une petite fenêtre était apparue et venait de se caser sur le côté droit de l’écran ; son écran qui se composait d’autres fenêtres tout aussi obscures lui indiquait ce que la Saison Rouge allait produire. Et ce qu’elle devrait affronter. Mais plus rien ne bougeait dans l’orbite de son oeil, même sa pupille était immobile ; cependant après cet état consternant, elle reçut un e-mail providentiel d’un journaliste inconnu, un certain Maubeuge qui lui offrait son aide. Et ce courrier électronique avait affolé les kyrielles de fenêtres virtuelles dépendantes de son système informatique d’un nouveau genre ; elles avaient tournoyé autour du message, en surchauffant de quelques degrés le disque dur de sa Burroughs C-H 7, et le journaliste l’informa qu’il avait retardé son vol pour Atlanta pour pister le ténébreux Kaphrium et qu’il avait mis son téléphone sur écoute.

Il lui apprit aussi que le dernier survivant des impérialistes était retombé dans l’enfance, avec un langage de mioche et pour couronner le tout était neurasthénique et ce qu’il détenait comme info majeure tournait autour de cet essai thérapeutique consistant à recréer un « Oasis secret » à l’intérieur du crâne des cobayes ; dont Kaphrium en avait fait partie… Martina en lisant ses lignes, et toujours cogitant, repensait aux moindres détails de sa visite chez cet Agitateur qui s’était écourtée.

Chapitre 6

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, le journaliste qui devait aider Martina (Maubeuge) regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits. Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions poétiques de Maubeuge atteignirent leur limite. 

Un shoot d’héroïne pour terrasser les dragons, il partit pour le palais épiscopal du dernier empereur, mais traverser les lumières de ce jour éclatant dans la cour était périlleux sans ses lunettes de soleil ; il descendit de la voiture et, après les avoir récupéré, il affronta un amas duveteux de poussières emmené par le vent ; il n’arriva que très tard à Cinécity sous des néons psychédéliques qui donnèrent naissance à des enfants-rats vomissant de la lave !

Pour arriver à la demeure impériale, en empruntant les anciennes passerelles de cuivre, et toutes ces plates-formes où la foule affolée avait entravé l’accès par des bennes retournées, il remarqua qu’on avait récemment fait construire un pont surélevé, sûrement pour faciliter en bas le passage des éléphants-tanks, ce bestiaire pour combattants surmédiatisés. 

Des pluies diluviennes se mirent à oindre la peau tannée et cloutée de ces bêtes, il y eut aussi un déchaînement de tonnerre et d’éclairs lorsque Maubeuge remonta le sentier, en toute hâte, permettant par un curieux raccourcis d’arriver directement dans la salle de réception du manoir. Ainsi, il nous aperçut, l’empereur et moi en surplomb comme nous étions sur l’un de ses balcons à la mode ; pantelant et huant, la première intonation de sa voix perla comme un écho.
Jadis, il y avait ici des expositions de peinture, des peintres grimaçant comme des personnages de Borges partant en vacances, ou tout simplement silencieux plus par dépit que par choix, émettant des pensées mystiques parfois qu’ils biaisaient avec leur palette de monochrome bleu et qu’ils comptaient bien prolonger indéfiniment, fiévreusement devrais-je dire, sans dévoiler leur artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait de taper sur leur Burroughs C-H 7 CTRL X.)

Le manuel disparu de cette machine dont les parties, organisées comme des chapitres, restaient inexplicables et inexpliquées, était en ce moment même entre les mains de l’empereur et je piaillais d’impatience pour qu’il me donne le précieux ouvrage avant que le journaliste ne rapplique ; mais déjà un éléphant de combat en furie et sans limite, défonça le mur, le dos hérissé de flèches métalliques noires, harnaché d’un lourd équipement militaire : une sorte de carapace pour ne pas craindre les mille fléaux noirs qui voudraient l’émasculer et commercer ainsi ses bourses et sa semence certes pernicieuse mais tellement prodigieuse en terme médical !

Chapitre 7

« De l’éléphant-tank couvert comme un gnome vert, j’aime quand il claudique, bouffé par les termites et quand il brame au néant dissonant le repli et toutes ces histoires qui font l’harmonie générale du Manifeste.

De la cabane au fond des bois, j’aime quand elle se trouve au hasard et au bout de tous les chemins du vagabond, son absence caractérisée d’éclat mais qui a le charme de tout ce qui doit disparaître ; de cette frontière entre l’imaginaire et le réel, l’effrontée moquerie des valeureux soldats, ces chenilles d’hommes-rats à l’assaut d’un palace impérial par le haut commandement du Père fondateur, Razko Kaphrium.

Ce contestable et contesté souverain qui niche, à l’heure où j’écris ces lignes,

dans les nids faits de lianes et de matériaux récupérés des bobèches de l’ancien empereur tombé et l’éveil des oiseaux en cette saison rouge et hard-core ne pourra jamais faire renaître nos soeurs libertines qui soutenaient encore le régime de ces privilégiés et qui emporteront avec elles sans bruit

le fin mot de ce récit et les revers de ces armées de combattants essuyés comme de vieilles frayeurs animales »

La survivance des zéniths affriolants !

En parlementant jusqu’à très tard dans la soirée, on découvre qu’il s’amuse à récolter de vieux journaux et à en extraire la quintessence : cette quintessence de chats musqués. Puis retour dans la salle de bain en marbre, des rivières pourpres se répandent sur le sol glacé. Rivières pourpres de ce carnaval fier de sa mission civilisatrice et de sa genèse douteuse ; des titres apparaissent toujours sur l’écran nuageux comme :
La survivance du jeu de la dame

Et dans le menu détail, les journaux, numérotés comme les plaques ornant chaque case de son échiquier, initialisent ce que les programmes scolaires devraient être selon cet ancien journaliste, et l’on apprend qu’il envisage de saboter des montres mécaniques unidirectionnelles et qu’ainsi l’architecture chancelante de mon rêve (mais il ne le sait pas encore qu’on est dans mon rêve) s’écroulera lugubrement.

Au petit matin, son jugement commençant à lui faire défaut, il nous laisse partir et nous nous retrouvons cette fois, non loin d’un sanctuaire inconnu, après avoir bien roulé, avec d’autres vagabond sûrs aussi de leur mission civilisatrice…

La biographie de Patti

Je vais faire évader mon cousin de cet asile d’aliéné. Se dit-il, ce mercenaire qui chicane encore sur les quelques mots de la biographie de Patti.

Dans son yaourt, les substances chimiques et leurs victimes à refroidir. Dans leurs glandes que ses yeux de watt sanguin a le pouvoir de faire accoupler, même séparées à des milliers de kilomètres, le yin coexistait avec sa voix morte de cachalot. Mais en ce moment, dans le génépi, il observe grouiller des tas de mondes préoccupés par une autre angoissante voix off. Les sorcières qui lui ont introduit des krills dans le nez, engloutissent aussi les dernières cendres qui se jouent des jours phagocytés en crânes branchés… en crânes de cristaux verts sur lesquels un circuit électrique en manque de puissance le réaccoutume à son primitif souvenir : celui, où échoué sur la plage de sable fin par trop de drogues diverses et variées, il avait trouvé qu’elle avait du cachet cette ébauche dont nous ne connaissions rien, cette débauche solennelle qui viole les légendes d’En Bas.
Plus tard, étudiant une statistique boursière qui fait du yo-yo et se prépare à réaffuter les physionomies des indigènes de la Ville Haute, Patti déchira sa biographie et le retrait inconditionnel et festif des troupes américaines livrera le nom de ce géant. Soldat qui d’un pas lourd a fait trembler la solution liquoreuse de cet étrange formol où tout le b.a.-ba du cacao s’éclaire d’un nouveau sens !

L’apogée de l’Africanisme

Le secret est une drogue puissante.
Quelques pétales de ciel blanc arraché pour guider rapidement et à contre-courant les mercenaires… Ces mercenaires ? À leur chef, je lui offrirais un collier de têtes coupées de toutes ces histoires sans fin que les cannibales ont porté à leur zénith.

Et Virgile rôdera quelque part, là où des dépouilles musquées de chats orientaux, étudiées par des scientifiques de l’ordre occulte, ont couvert le sol des hangars poussiéreux et ces spécialistes des gadgets et de la filature les réincarneront. Des réincarnations qui sont parvenues à hisser une équation à peine résolue en dehors de notre univers façon lotus bleus et pour défier le végétal je ferais ma tribu en les liant pour toujours aux jacinthes dans un bouquet quelque peu kafkaïen…

Je danserais pieds nus sous un soleil rouge pour bien les requinquer ces digitalisations, ces corps de femmes nues qui ont eu l’idée avant moi, et j’enivrerais les vautours et le don de l’ubiquité imaginé pour nous comme le summum des silhouettes d’origine africaine. Ce sera une danse pour initier les gris-gris des jeunes filles et les habituer à expérimenter à l’orée du bois d’autres existences ; existences aux terrifiants mots si simples, qui entre leurs cuisses enfantines ne sont que des vagabondages éthérés… 

Et je jonglerais pour toi avec toute sorte de personnes, avec les pièces d’argent et de cuivre d’un ancien empereur, trop précieuses et trop rares pour les retrouver sous terre dans les clairières celtes ou au fond des lagons asiatiques. Trop précieuses et trop rares pour les retrouver sur un marché à Jakarta, sac sur le dos, avec des Français et des Suédois, et surtout ce gros barman fuyant son comptoir d’ivoire. Alors j’ai fait semblant d’oublier ; et, dans le système informatique du Navigateur, les gnomes ont exploité cette faiblesse.

Elephant Man Syndrome

C’était à la une de tous les journaux : le parasite filaire avait encore frappé, une nouvelle vague d’épidémie pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales.


Ce vers semait ses larves à l’intérieur de la personne contaminée, son œil droit devenait complètement blanc, le conduisant à une vision réduite tandis que ses symptômes psychiques étaient plutôt d’ordre autarciques : le sujet présentant d’abord des signes d’isolement volontaire, ne sortait plus de chez lui, provoquant à la longue sa mort par inanition.
Journaliste d’investigation au Mercure Liquide, un magazine pseudo littéraire qui était sorti des bas fonds d’une zone à éducation prioritaire, et voulant obstinément percer l’énigme de cette maladie étrange, je devais enquêter.
« Mais si je te charge de l’affaire, m’avait prévenu le Chef, passe d’abord à l’asile : il y a un type touché par ce syndrome qui a disparu, il y a une semaine. »
J’ai accepté et c’est ainsi que je me suis renseigné sur Santiago. Sa famille, très inquiète, avait appelé le Centre Psychiatrique et il avait été emmené de force.
Je me suis donc déplacé jusqu’au Centre pour interroger le personnel mais aussi et surtout les patients. Car l’un d’eux avait attiré mon attention ; d’après le bref rapport psychiatrique, John Fante était le seul ami de Santiago, ce qui m’étonnait d’ailleurs car ce genre de maladie fait naître un sentiment de persécution et les autres sont jugés hostiles et indésirables.
Je voulais l’interroger aussi car John Fante était le dernier à avoir vu Santiago, le mystérieux disparu, aussi incroyable que ça puisse paraître.
La conversation fut difficile à démarrer mais j’avais l’atout gagnant en main : je lui promis de le faire sortir de là, c’était le vœu le plus cher à tous les pensionnaires et ma promesse fit mouche.
John Fante commença par me raconter qu’ils étaient devenus inséparables, leur point commun se résumait au Bouquin de Phillip K Dick (Ubik) qu’ils avaient lu avidement.
Pendant qu’il cherchait ses mots pour décrire en quoi consistait le sujet du roman, je prenais des notes, tout en m’arrêtant de temps en temps pour l’examiner.
Il avait des cernes très creusés, des cicatrices à te faire voir la mort sur les avant-bras, c’était l’homme de la fatigue inassouvie ; selon moi, épuisé à force de se perdre dans les souterrains de son imagination enfiévrée, ce monde factice où dormait une angoisse latente et indicible.
Puis il évoqua en baissant la voix l’existence d’un monstre au fond d’une bouche d’égout, un être difforme, en gestation, qui le hantait et hantait tous les malades du Filaire. D’après lui, Santiago était parti le retrouver cet horrible Elephant Man des égouts, peut-être dans l’espoir de le combattre et de mettre fin à leur supplice. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait fugué.
« Mais quel était alors le rapport avec le Filaire ? » lui avais-je demandé, agacé par ce vomi mensonger, ces affabulations de petit enfant. John Fante se tut puis après un long silence, il promit de révéler le secret qui allait changer la face du monde… Secret révélé à condition bien sûr que je lui trouve une porte de sortie, tout de suite. John Fante était un piètre menteur, personne ne pouvait gober ça.
Quelques minutes plus tard nous étions tous les deux assis au comptoir d’un café glauque, sirotant quelque alcool appartenant au dictionnaire des alcools prohibés. Notre évasion fut des plus exotiques – imaginez-vous sortir d’un asile de forcenés, tenant le bras d’un type qui croit en l’existence d’un montre tapi dans les limbes souterraines, un monstre capable d’avaler quiconque se mettrait en travers de son chemin, imaginez les obstacles d’une telle sortie, ici un napoléon de pacotille prêt à en découdre, armé de son coussin et d’une cuillère en bois, une vieille pute sifflant des insultes et proposant des passes pour une cigarette, ici encore quelques gamines anorexiques tâchant, assez habilement, dois-je dire, de vous crocheter les jambes, tout ceci sous le regard immatériel des caméras de surveillance, qui, pensais-je, ne devaient plus fonctionner depuis l’écriture de l’Ancien Testament.

Gare à l’infirmière en chef ! Avait hurlé mon nouvel ami ce qui avait eu pour effet d’éveiller la conscience animale des infirmiers, aussi dûmes-nous nous cacher un moment dans un placard à balais aussi poussiéreux que le corps de ma grand-mère. Imaginez alors mon soulagement lorsque parut la lumière du jour.
Je n’avais passé que quelques heures dans le sein de l’institution mais j’en étais ressorti lessivé, usé et avec un seul désir, ne jamais y remettre les pieds. D’ores et déjà, je haïssais les fous, les infirmiers et les infirmières en chef.
Je me mis à penser à Ida. A son corps et l’odeur du poisson frit qui émanait de sa cuisine. J’avais vraiment besoin d’une femme.


De vieux posters d’Elvis trônaient derrière le mur de bouteilles. Un Elvis bouchonné, gras et sans charme. La photo semblait poser cette question : comment cet homme-là a-t-il pu un jour déchainer les plus immatures et charnelles passions ?
Je sirotais mon verre en fixant d’un regard de moins en moins intéressé, mon curieux interlocuteur. Visiblement, il croyait dur comme fer a son histoire de monstre. Rien ne semblait en mesure de dérouter sa pensée et son flot de palabres insensées. Mon chef risquait fort de ne pas apprécier la plaisanterie. Mais au point où j’en étais…
On entendait un vieux tube du King sortir des enceintes. Sa voix ressemblait un peu à celle qu’aurait un enfant qui se serait glissé dans le corps d’une très vieille femme. Je tendis un doigt menaçant en direction de Fante. Il se recroquevilla, se fit si petit et si frêle que j’envisageais de le faire rentrer dans ma blague à tabac et de le jeter un peu plus tard dans le fleuve. D’un ton de conspirateur, il me dit :
– Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas, inspecteur ?
– Je ne suis pas inspecteur, je suis journaliste, dis-je en allumant patiemment une cigarette.
– Oh, fit-il en me jaugeant d’un regard malade, genre jaunisse au crépuscule.
Et je compris que j’avais ma chance. Pour appuyer mes propos, c’est ce que font les gens de ma condition, je sortis ma carte de journaliste, largement décoré du logo alambiqué du Mercure Liquide. Après tous ces alcools rances, je ne savais plus très bien ce que je devais faire, et cette carte de journaliste que je lui tendais ne semblait nullement l’affecter ou l’impressionner.
D’autant plus que cet Elvis de bas étage commençait à me taper sérieusement sur le système, je lui proposai de sortir ; la nuit était tombée et dehors, devant le bar, on entendait à peine les brames liturgiques d’Elvis… De manière inattendue, j’ai pensé à toutes ces années où je travaillais dur pour me faire ma place au Mercure Liquide, l’envie d’aller respirer ailleurs, par exemple sur le Brooklyn Bridge, s’est fait alors sentir. J’étais face à une plaque d’égout lorsque j’ai eu cette réflexion, avec cette intuition soudaine que son histoire tenait debout, après tout on avait bien vu des phénomènes inexplicables et inexpliqués sortant des égouts.

Mais il y avait cet homme qui sanglotait derrière moi, « John Fante, il faut que tu me donnes des détails scabreux sur la nature de tes cauchemars, avançais-je d’une voix autoritaire, si tu devais chercher ce monstre qui vit dans les égouts, je veux dire, quelle forme prendrait-il si on le délogeait du fond des égouts ? »
Il me répondit sans détour que la Créature aurait sûrement, pour nous appâter, le corps d’une femme nue, avec des seins resplendissant mais que ce serait uniquement une forme temporaire… Sa folie me gagnait peu à peu.


Imaginez deux fous décelant une plaque d’égout en pleine nuit pour aller déranger un monstre invisible, imaginez un journaliste et un mythomane fraîchement évadé d’un centre psychiatrique descendre dans les profondeurs de la ville, en quête d’une réponse à toutes ces rumeurs qui s’éparpillaient au-dessus de leurs têtes.
Imaginez ma stupeur quand je vis le profil d’une femme allongée, semblable à la Maja nue de Goya, se dessiner dans la pénombre.
A un moment, apercevant le reflet bleuté d’un écran d’ordinateur où l’on pouvait lire des listes de matrices sans fin, je pris conscience alors du pouvoir illimité de notre imagination qui avait fait naître en ces lieux humides une femme superbe mais ô combien dangereuse.
L’ordinateur mélangeait les données d’un encéphalogramme et d’un électrocardiogramme, c’était une vieille machine pas belle qui débordait d’informations contradictoires en clignotant d’un rouge vif.
Avais-je déjà rejoint les limbes du sommeil ? Pourtant je ne rêvais pas, l’Elephant Man qui générait le parasite filaire par voie sexuelle, était une femme en chair et en os.


La lune tombait juste à travers l’ouverture de la plaque d’égout. J’avais du mal à me concentrer sur les messages codés qui défilaient sur l’ordinateur, en symboles mathématiques. La créature parlait une langue ancienne, impossible à décrypter, qui venait du fond des temps antiques. Il n’y avait qu’un mot que je comprenais, aisément identifiable : Fuck, qui revenait souvent dans sa logorrhée incompréhensible.
Son corps – ce géant calculateur de fantasmes délirants et cyniques, capable de faire fondre la base de données de ma conscience en claquant des 0 et des 1, capable de digérer le moindre de mes états d’âme pour en faire de la pâtée pour chien – semblait m’avaler de sa simple présence.
Une présence malsaine, incongrue et sournoise. Un champ de gravitation arithmétique qui ne laissait nul espoir envers le monde à venir.
C’était un existentialisme si beau et si terrifiant.
Cette femme brillait comme les néons d’un club de jazz défoncé à l’éther. Je n’en pouvais supporter la douleur, pourtant je ne pouvais détacher mes yeux de son emprise démoniaque. Les portes de l’enfer s’étaient ouvertes et le destin froid des Grands Desquamés se déversait sur le trottoir, comme une ombre liquide, évanescente. Nous n’avions pas franchi les portes de la perception, nous n’avions pas fait un seul pas, l’univers souterrain avait opéré à notre place. Nous étions des chiens maudits errant sur les rivages de la désolation.
Soudainement, une neige d’un blanc halluciné se mit à tomber sur la rue, sur nos âmes balafrées, sur nos corps mortifiés. La Matrice se joignait à mes pensées comme une saloperie de chat de gouttière. Matrice électrique sur fond de carte postale. Qu’avais-je fait au bon dieu pour mériter pareil scoop ?

Un peu plus tard, alors qu’une épaisse couche de neige recouvrait la route, le monde reprit sa marche monotone et routinière. Tremolo de taxis, carnaval des déguisés de la modernité, ombres des femmes plus belles que la lune, enseignes clignotantes des bars, lumière dégueulasse des réverbères. Le repaire des monstres.
J’étais toujours en vie, mon cœur battait comme un tempo lent et ondulant de jazz West Coast. J’avais l’impression d’être passé sous un rouleau compresseur, mais j’étais en vie. Ce qui ne semblait pas être le cas de mon compagnon d’infortune. Fante gisait raide sur le trottoir, une écume bleuâtre couvrait partiellement son visage. 1 + 1 = 1. Bien.
Je sortis de mon sac de quoi prélever un échantillon d’écume et, les mains dans les poches, l’air de rien, sifflant un Let’s Twist ! De pacotille, m’en fus sur le chemin lumineux de ceux qui en ont assez vu pour une vie entière.


La nuit ressemblait à la peinture d’un moine castré. Sans émotions ni parjure, une nuit fugitive et stridente. Je sentis monter en moi un sentiment de mélancolie gluante. J’avais comme un blues qui me peignait le cœur en mauve. J’avais besoin de dormir. J’avais besoin d’une cigarette. J’avais besoin de la présence réconfortante d’une double dose de rhum paille. J’avais besoin de poser mes mains sur le cul d’une femme réelle. Je voulais dessiner l’architecture spirituelle d’un ordinateur.

Je ne sais comment ni par quel moyen, mais je me trouvais maintenant assis à mon bureau, une cigarette se consumant dans le cendrier, un verre de rhum à moitié vide dans ma main, et une enveloppe pleine de photos floues, en noir et blanc où l’on devinait vaguement une scène classée X, de ma machine à écrire avait giclé une feuille ou l’on pouvait lire :
Les forces spirituelles guident nos pas, nous franchirons tous un jour l’espace reliant l’existence aux ténèbres, nous n’aurons plus besoin de mains ni de jambes ni de cœurs qui battent, j’entends le cormoran des limbes appeler mon nom… On dit qu’un roi perd son royaume quand il perd la vue…

Les larmes noires des corbeaux

Des prédicateurs (ce ne sont que des corbeaux aux larmes noires tombant sur des dalles blanches en marbre) et des poulies, toutes enchevêtrées entre elles, qui se précipitent bien plus bas que ce gouffre qu’ils surplombent : des histoires blêmes qu’un échiquier doit à l’homme en noir
Pour confisquer les nuits revêches et les régénérer. Mais n’accroitre que leurs centres, au centre de l’échiquier à mesure que notre enveloppe charnelle disparaît, est tout aussi subjectif !
accuser nos silences de crever la panse, dans une vapeur ou une brume de troisième zone où seuls encore les méridiens des clowns épeiches demeurent semés au vent, revient à les représenter par des points lumineux sur les écrans

En chiens de faïence, les méandres du Sahara Occidental ne voulaient pas entendre parler de notre nouvel loi interstellaire, de nos affiches rouges et noirs où l’on retrouve les amants souffrant de la morsure du froid et… de nos posters de Burroughs le Seigneur des ténèbres, dans le bureau. N’accroitre la force de leurs tours et de leurs fous sur l’échiquier, avait écrit cet énigmatique homme en noir un jour de pluie diluvienne, n’éveillerait qu’à minuit zéro les vieilles carcasses de bagnoles dans la décharge, dont les phares illuminent le plasma que les tuyauteries de l’étrange échiquier ont vomi
Des tréteaux ont été dressés le long de ses immenses cases noires ou blanches qui sont presque entièrement inondées
après qu’on eut bouffé les loups, les bergeries et les berges traînant ici depuis quelques mois.

Que la partie commence, murmura l’homme en noir. Il va me falloir être vigilant dans mes choix. Mais pour cela, je me fais confiance. Je me trompe très rarement, conclut-il en lui-même avec un petit air sarcastique.

Demande à la poussière orange !

Je vis dans la poussière orange et les délicieux (re)souvenirs
Du comptoir d’ivoire où j’ai écrit la chanson de la main, court l’abjecte anémone
Que j’ai jeté dans un sceau plein de crabes et de concepts sur les nouvelles baignoires

Je vis dans la poussière orange et je trouve qu’elle manque de savoir-vivre
Mais des croassements qui viennent de dessous le comptoir ont choisi de l’ignorer
Les dernières reines du disco tournent alors en boucle
Dans le salon où la lumière orange sanguine annonce le soir
Les lunes rouges ou d’autres hivers qui vont jaillir
De ma petite boîte où j’ai mis tous mes souvenirs

Une petite boîte en bois d’églantier comme pour Demander à la poussière
Le temps qu’il va faire du haut des mâts bretons

J’écris dans la poussière orange et je me souviens de mes vieux amis
Et de mes satanés bouquins qu’ils ont piétiné avant de partir et
La poussière s’envole, emportée par des fossoyeurs que je peine à définir

Leurs majestés arrachent mes rideaux, glanent aussi au passage quelques molécules de cette poussière orange

Ce soir, dans la petite boîte des souvenirs, je les enfermerai pour l’éternité.

Le fameux et oasien raccourci de Tournesol !

Sur ses étagères, les films d’anticipation côtoyaient les courts-métrages où toutes les formes d’association étaient définitivement dépassées. Mais c’était déjà l’heure de la correction quotidienne qui, par sa seule temporalité, avait été débriefée la veille.

Alors la mythique, la gigantesque chaîne de montage nous avait fait régresser et il n’y avait plus rien à gamberger, son esprit à nouveau dans notre tête. C’est ce jour-là, je crois, que notre vie avait complètement changé, nos lobes cérébraux ensanglantés encore au stade la conception. 

Et pour nous désenvouter, les dés avaient été jeté, la colère de ces dieux, préparant le terrain, lancée dans une sorte d’activité perturbatrice et permanente : afin de cinématographier les noces nuptiales de ces « Pingouins dans les champs. »

Par un beau matin d’hivers méchants que notre noble écran d’ordinateur avait décidé de formater, nos rêves, tous organisés autour de la chaîne de montage et de ses Chiffres providentiels, s’étaient parfaitement emboîtés, un oasien et fameux raccourci. Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village, revint en force le lendemain pour assainir les lieux.