La saleté de la vie

Un jour, j’en ai eu assez. Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi. Assez des gens peu drôles. Assez de ce que j’écrivais aussi. Alors, j’ai tout arrêté. J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit. Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires…

En arcade biographique, ce kil de rouge !

Ce kil de rouge, du plus loin qu’il s’en souvienne, avait quand même fini par passer la caisse enregistreuse mais déjà tôt ce matin il y avait ces cieux immenses et ces usines pleines de blagues de comptoir, qui enlaidissaient tout ; le sol était étrangement jonché de copeaux de bois, et il n’en avait que faire, trônant sur une bite d’amarrage au bout de la jetée, avec sa bouteille qu’il buvait au goulot et à grandes lampées. Pour quelles raisons occultes avait-il déjà envisagé sa mort par pendaison ? Il n’en savait rien mais il rêvait souvent à toutes formes de noeuds : des noeuds de chaise pour un arbre dans un square en plein centre-ville, ou des noeuds plats pour se pendre dans le hall d’accueil de son ancienne entreprise, des noeuds en huit dans un parc davantage en périphérie… Bref il se demandait à quel moment et dans quel lieu opportun il pourrait passer les arches de l’au-delà, qu’il imaginait entièrement recouvertes de varechs d’un blanc étincelant.

Les prodigieuses monnaies des farfadets

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Quand je tourne ma tête de trois quart gauche, je pense à Amandine ; et quand elle dévie de trois quart droite je pense à Virginie. Quand je regarde en face, des rouleaux de bois structurent génétiquement Sébastopol et quand il neige, pour soutirer de l’argent de farfadet à une entreprise locale, le royaume des grattes-ciels essaie d’échapper à la violence de la scie.

Quand le lait maternel sort de sa torpeur, de sa folie meurtrière aussi, elle cloue mon coeur sur la porte des cabanes et les pages de son livre utilisent les messages des messies pour réinventer un langage cinglant et quand le monde de la magie, par ses stratégies imparfaites à simplifier les courts-métrages projetés par les marionnettistes, est enveloppé de brumes télépathiques, au-dessus de la bûche, les stations alpines fondent ; la bûche qui joint à la violence de la scie l’élascticité des cerveaux criminels, les brumes qui tombent dans le panneau : un tracé tout en ligne droite permet de singulariser leur idée directrice et leur pigmentation, et découpe les trois nuances du sucre des plantes qui les ont produit. Tout cela va bientôt tomber en désuétude, avant de tremper à nouveau dans la mare aux diables, de s’étourdir avec ces enfants de putain et de s’évanouir, sans avoir eu le temps de courtiser les trolls ivres !

Les cathédrales de Messine

Les vies antérieures comme le pouvoir de l’imagination de l’iPhone avaient le moral bouillant au fond des bottes. Des faisceaux crépusculaires en altéraient, par les moult voies et par les moult chemins de ses fichiers corrompus, leur occidentale lettre romaine ou grecque ; celle-ci, afin de sublimer de génération en génération ses chaotiques pensées, contenait un élément extravagant (le bois) et sur les pontons, essentiellement constitués de moignons, elle cherchait l’onomatopée encore vierge, leur descente vertigineuse. Aux multiples fanions de goudron et aux kyrielles de plates-formes visitant la cathédrale de Messine ; et ainsi, je pouvais avancer que toutes ces antiquités et toutes ces vies antérieures, leurs derniers vestiges, allaient bientôt mordre la poussière dans cette ville d’Italie.

Et elles s’écroulaient de fatigue à leurs suites. Il y avait aussi, comme décor dans cette cité mystérieuse, les longues pattes et les rageuses mâchoires d’une araignée dans le ciel ; ce ciel momifié par le néon titulaire hésitant et, entre ses interstices d’éveillé rêveur, on se mit en tête de défaire les tentes canadiennes, appréciées pour leurs veillées d’armes, leur puissance presque illogique aussi… et qui n’était autre qu’une série séparatiste de langue imparfaite !

Et de ce rêve qui semblait aimanté par le vide sidéral et chaotique de l’iPhone, des nuits bien agitées compromettaient ses heures de supplices qu’on s’était pourtant arrangé à placer dans son planning d’orateur en mal de reconnaissance… et qui s’octroyait le mérite de ce qu’on pensait ne jamais se terminer : ces inlassables tentatives pour décrire les séquelles irréversibles, quoique virtuelles, de cet appareil réduit à sa plus simple expression !

Le doute en toute impunité !

Je te retournerais tes lettres et les chevaux fous dans la nuit danseront un dernier tango
Comme des silences ordonnés, architecturés pour combattre la noirceur d’un soir d’hiver

Puis ce sera le calme plat, le retour des neigeuses années annonçant télépathiquement des nuits de sabbat, des nuits prêtant leur attrait de pleine lune et de baigneuses ensanglantées aux machines à écrire qui les ont produit : un état de grâce pour frapper fort, pour que leurs brouillons racontant l’histoire des opprimés parviennent jusqu’aux types les plus géniaux.
Puis ce sera l’émeute, les cordes des pluies diluviennes balançant le feston et l’ivraie des pitres
Puis ce sera peut-être, perdu jusqu’au moindre recoin d’une épiphanie bouleversante, l’ivoirien moment chevauchant les louves et les chiens
Ou ce sera les come back des idées jouant les Aliens et détruisant les chiffres de la matrice qu’on retrouvera sans vie au premier étage d’un bâtiment désinfecté
Ce sera l’arrivée des épidémies placées à fond perdu et aux regards de diamant vidant les grenades des combles, les fleurs des greniers de leur suc surréaliste
Ce sera par pelletée l’été nettoyé de ses œufs blancs, ennemis du genre masculin ou féminin et virant aux robes rouges fantasmagoriques des plus grands vins
Ce sera un dernier hommage aux visages tuméfiés, aux gamins qui grandissent, librement inspirés du passage électronique et du libre arbitre des SMS.

Ce sera enfin la greffe des hélices, des photophores fossilisés, sur des crânes éclatés comme si il s’agissait d’une énigme imprégnant, par sa féminité de poires pochées au vin, le yin et le yang ; peut-être avec l’aide de l’œil unique du Cyclope, insensible et visionnant des vidéos de surveillance où l’on peut admirer de kafkaïens châteaux corinthiens s’effondrer : le doute en toute impunité !

Photo de Jonathan Petersson sur Pexels.com

Virée aux pays des Tamagotchis

Moteur à l’arrêt, ses pieds nus au-dessus de la boite à gant, Nausicaa contemplait la pluie s’abattre sur la carcasse de la voiture. Parvenant aussi de la boite à gant et jusqu’à s’interrompre lors de nos jeux comme le nain jaune, on n’entendait presque pas le ronronnement pré-enregistré du Tamagotchi de la sœur d’Angela… Et toujours au-dessus de la boite à gant, des papiers, des manuscrits comprenant des zéros et des uns, afin d’incarner le point de non-perception de ses pieds nus, de ses bestioles virtuelles aux museaux qu’on ne voyait que dans les cirques, veillaient par une douce chaleur à jalonner nos silences lactescents, ces vides immenses qui semblaient harmoniser le lieu…

Cette baraque à frites ne devait plus être très loin, on démystifiait déjà sa légende… Légende qui se dessinait dans les tisons d’un feu : une sensation de brûlures acides mais comiques. En me compromettant jusqu’à très tard sur les arêtes des chapiteaux de tous ces cirques où il s’était échappé, ce bestiaire fantasmagorique, j’imaginais, maintenant libre de toute interprétation, que les bûchers léchaient par leurs lacs de flammes naissantes les pieds de tout ce monde repartant à la chasse et véhiculant, tout en brûlant, les plus belles crémations ou les plus prudentes combustions de ce moteur à l’arrêt.

Et, cette ruine avec son moteur fabriquée par la Main Noire (c’est à dire un groupuscule occulte, en fait) émettait donc, branchée en Bluetooth au Tamagotchi de Nausicaa, des sons parvenant des cirques muséographiques, des échos interrompus par la rumeur incessante des enregistrements de ces pluies diluviennes, ou même les silences entre deux messages que les bêtes étranges aux museaux cherchant à l’avance les parfums de muscade ou de lavande, rendaient fous, aliénés, partant en vadrouille : un manque de jugeote qui les condamnerait aux champs de maïs des jacobins, les rendrait vierge de toute contamination microbienne ; ce qui d’une part les réveillerait de leur sommeil de lave éternelle et d’autre part les définissait, depuis trop longtemps, comme ladres et indignes à la reproduction d’organismes génétiquement modifiés…

L’imaginaire Saison Rouge

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »
Elle se tenait majestueusement au milieu de la pièce (peu importe laquelle) et la caméra avait eu cette noblesse d’esprit de se défenestrer. Tournant d’abord lentement sur elle-même, à présent hors du cadre, entraînant tout le monde dans son orbite, la journaliste Martina Poel improvisa une danse de derviche pour les beaux yeux de ce vieux monsieur qu’on appelait Razko Kaphrium, de la terre et du ciment rouge collant ses chaussures et enveloppant ses membres extensibles et robotiques de cyborgs.

– Eh, bon anniversaire, mon amant ! Dit-elle, tout essoufflée, à hauteur de son entrejambe, après un léchottis de bienvenue. Quand allons-nous le célébrer ?
Des foules d’évangélistes avaient créé une fatwa dès le lancement du film mais les réalisateurs et leurs avocats s’étaient surpassés pour officialiser son apparition dans les cinémas le jour de l’anniversaire de Kubrick. Pendant des générations, le court-métrage avait déchaîné les passions, puis était passé aux oubliettes ; le Scénariste (ou l’Architecte) qui n’était pas humain mais était représenté par une machine, avait, de nombreuses fois et à chaque nouvelle projection, interverti les rôles pour que ce navet reste conforme aux attentes des téléspectateurs du moment. Mais ce qui était surprenant, c’est qu’il avait traversé les siècles et qu’il renfermait un secret digne d’une intrigue kafkaïenne. Ainsi, quand un label encore plus extrémiste avait racheté les droits, la société cinématographique s’était dit prêt à collaborer avec des scientifiques travaillant sur l’ADN et sur la conscience modifiée lors d’un rêve, moyennant un salaire mirobolant et leur parole pour clause confidentielle. De cette collaboration, après des années de labeur, était né Le Manifeste de Burroughs dont la trame devait son succès à cette intelligence artificielle, provenant de l’épiphyse de Kaphrium, déclaré mort des millénaires avant.

Autrefois, bien avant les Années X, il y avait cette légende urbaine racontant qu’un mélange hybride entre l’hominidé et le rat était né de ces oeufs enfouis dans les décombres d’un chantier. Ainsi elle était revenue, remontant du fond des âges, avec une sorte de désolation à exalter, cette race qu’on croyait disparue ; en rampant dans les canalisations des égouts et découvrant ces oeufs les premiers, Maubeuge et son frère eurent l’intuition que cette étrange machine accueillant les oeufs était une couveuse révolutionnaire ; des algorithmes et des fils électriques distribuaient, à travers une valve membraneuse, la chaleur nécessaire pour leur gestation… à ce moment de l’histoire, les deux frangins ne savaient pas encore qu’elle serait banni du monde des hommes, cette espèce évoluant sous leurs yeux, et que son incontestée mais impropre consécration se déroulerait après bien des conjonctures. Maubeuge tendit sa main droite pour toucher cette sorte de chrysalide à moitié organique à moitié virtuelle qui abritait ces oeufs mais il eut tout de suite un violent mouvement de recul et, sous le coup de la brûlure encore vive, des messages comme des SOS de détresse, arrivèrent en pagaille dans son cerveau en alerte, et à l’intérieur de son crâne, pas prête de disparaître et de relâcher sa proie, une voix off résonna lugubrement.

Puis, après avoir été embrasé, sa main de fouineur fut couvert d’un froid polaire. Il se débattit avec cette douleur glaciale mais peu de temps après elle s’était évanouie. Il était davantage préoccupé par cette angoissante voix off qui semblait émerger d’un rêve funèbre.

Une vingtaine d’années plus tard, alors que les deux frères étaient devenus adultes.
Quand Maubeuge, revint chez lui, après avoir bossé sur un chantier, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant la moisson d’une intrigante « Saison Rouge » et d’un élu bûchant dans l’ombre à son arrivée imminente. Cet homme en question, un certain Razko Kaphrium, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol, dans une cave ; il ne travaillait pas le jour mais dès que le ciel, les immeubles de sa cité, la neige, les feuillages des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient pêle-mêle emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentit presque émoustillé quand il termina les lignes de son ouvrage, le Manifeste de Burroughs.

Maubeuge avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps une secte de survivaliste, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Kaphrium. Aux premiers abords, le futur fondateur des hommes-rats l’avait trouvé d’un potentiel hautement limité, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes en lançant une meute de créatures génétiquement modifiées. Puis, en y repensant cette nuit là, il décida de s’allier à ce jeune rêveur qui pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu, d’après ce que Maubeuge lui avait décrit lors de cet échange. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques impérialistes de cette cité ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des hommes-rats, qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement en quête de ses oeufs. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une machine pas belle (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle un film, Le Manifeste de Burroughs d’après le générique. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant. A bien y regarder, ça ressemblait à une couveuse ésotérique.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur cet appareil, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’appareil en question émettait une radiofréquence le protégeant des intrus et des pilleurs et permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans un terrier le jour pour mieux opérer la nuit. »

Deuxième partie.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.
Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Troisième partie.

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)
« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des souterrains admiraient ; il campait sur la première page de ce bouquin, Le Manifeste de Burroughs, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait vécu des centaines d’années, sans jamais arrêter son combat et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées d’un établissement pour troisième âge, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par la croyance inexorable qu’un jour le monde lui appartiendrait, d’après le livre, et on en avait tiré un film… où curieusement elle en était l’héroïne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle avait produit ce rêve où elle lisait fiévreusement le Manifeste de Burroughs. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce passé trouble qu’on nommait en chuchotant les Années X.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que le vieux Kaphrium avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé aussi bien de la scène politique que sociale, il se sentait malgré tout prêt à en découdre avec l’aide des hommes-rats, ses fidèles serviteurs.
Et ce café lui avait été servi par Martina Poel, une journaliste d’investigation pour un canard dissident. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de cette maison de retraite qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’elle retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, l’auteur du Manifeste ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment, elle fourvoyait les novices qui avait osé cloner ses yeux de platine et Martina était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity en espérant que Kaphrium ne la retrouve pas.
Celui-ci regardait à la télé, à cette heure tardive, Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, et c’était un monstre – ou c’était devenu un monstre au sens propre du terme – et le Père Spirituel des Hommes-Rats en avait à revendre des neuropathologies. Il infligerait à Martina le supplice de la corde avant même qu’elle soit malade, elle était désormais sur son territoire dépendant de sa seule juridiction.

En ce moment sur l’ordinateur de la jeune femme, une petite fenêtre était apparue et venait de se caser sur le côté droit de l’écran ; son écran qui se composait d’autres fenêtres tout aussi obscures lui indiquait ce que la Saison Rouge allait produire. Et ce qu’elle devrait affronter. Mais plus rien ne bougeait dans l’orbite de son oeil, même sa pupille était immobile ; cependant après cet état consternant, elle reçut un e-mail providentiel d’un journaliste inconnu, un certain Maubeuge qui lui offrait son aide. Et ce courrier électronique avait affolé les kyrielles de fenêtres virtuelles dépendantes de son système informatique d’un nouveau genre ; elles avaient tournoyé autour du message, en surchauffant de quelques degrés le disque dur de son Mac, et le journaliste l’informa qu’il avait retardé son vol pour Atlanta pour pister le ténébreux Kaphrium et avait mis son téléphone sur écoute.

Il lui apprit aussi que le dernier survivant des impérialistes était retombé dans l’enfance, avec un langage de mioche et pour couronner le tout était neurasthénique et ce qu’il détenait comme info majeure tournait autour de cet essai thérapeutique consistant à recréer un « Oasis secret » à l’intérieur du crâne des cobayes ; dont Kaphrium en avait fait partie… Martina en lisant ses lignes, et toujours cogitant, repensait aux moindres détails de sa visite chez cet Agitateur qui s’était écourtée.

Quatrième partie.

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, le journaliste qui devait aider Martina (Hendrix) regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits. Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions poétiques de Hendrix atteignirent leur limite.

Un shoot d’héroïne pour terrasser les dragons, il partit pour le palais épiscopal du dernier empereur, mais traverser les lumières de ce jour éclatant dans la cour était périlleux sans ses lunettes de soleil ; il descendit de la voiture et, après les avoir récupéré, il affronta un amas duveteux de poussières emmené par le vent ; il n’arriva que très tard à Cinécity sous des néons psychédéliques qui donnèrent naissance à des enfants-rats vomissant de la lave !

Pour arriver à la demeure impériale, en empruntant les anciennes passerelles de cuivre, et toutes ces plates-formes où la foule affolé avait entravé l’accès par des bennes retournées, il remarqua qu’on avait récemment fait construire un pont surélevé, sûrement pour faciliter le passage des éléphants-tanks, ce bestiaire pour combattants surmédiatisés.

Des pluies diluviennes se mirent à oindre la peau tannée et cloutée de ces bêtes, il y eut aussi un déchaînement de tonnerre et d’éclairs lorsque Hendrix remonta le sentier, en toute hâte, permettant par un curieux raccourcis d’arriver directement dans la salle de réception du manoir. Ainsi, il nous aperçut, l’empereur et moi en surplomb comme nous étions sur l’un de ses balcons à la mode ; pantelant et huant, la première intonation de sa voix perla comme un écho.
Jadis, il y avait ici, des expositions de peinture, des peintres grimaçant comme des personnages de Borges partant en vacances, ou tout simplement silencieux plus par dépit que par choix, émettant des pensées mystiques parfois qu’ils biaisaient avec leur palette de monochrome bleu et qu’ils comptaient bien prolonger indéfiniment, fiévreusement devrais-je dire, sans dévoiler leur artisanal secret. (Alors que pour le connaître, il suffisait de taper sur leur Burroughs C-H 7 CTRL X.)
Le manuel disparu de cette machine dont les parties, organisées comme des chapitres, restaient inexplicables et inexpliquées, était en ce moment même entre les mains de l’empereur et je piaillais d’impatience pour qu’il me donne le précieux ouvrage avant que le journaliste ne rapplique ; mais déjà un éléphant de combat en furie et sans limite, défonça le mur, le dos hérissé de flèches métalliques noires, harnaché d’un lourd équipement militaire : une sorte de carapace pour ne pas craindre les mille fléaux noirs qui voudraient l’émasculer et commercer ainsi ses bourses et sa semence certes pernicieuse mais tellement prodigieuse en terme médical !

Livres occultes, premier rayonnage !

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché cette journaliste fouineuse, dans ce souterrain qui menait à l’étrange famille des Cora-Hummers, et les sirènes mugissaient. Après bien des siècles à me terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.
Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen…

Dans une pièce du palais épiscopal du dernier empereur, donnant sur une pelouse bien verte qui avait servi à accueillir de nombreuses réceptions et étant largement mentionnée dans mon Manifeste, des lampions avaient été accrochés au plafond et j’attendais d’être seul avec Sa Majesté, en les observant clignoter.

Bien plus loin, dans une contrée lointaine, étreignant sa cravate qu’il s’empressa de nouer autour de son cou, Max Jacob regarda ensuite la largeur comme la longueur de sa feuille blanche où il devait écrire ; dehors le ciel avait fait des noeuds avec les nuages et le soleil de jade retombait comme ce tissu de soie dans le fond illuminé d’un puits.

Et à la surface de l’eau vaseuse une vibration grunge enjôla sa mémoire, ici les conceptions de Max Jacob, où à Londres ou à Rio de Janeiro, avaient soustrait de la vastitude des phosphorescentes matières grises le sceau de leurs Voyelles que le poète symboliste, Arthur Rimbaud, avait nommé par leurs couleurs méditerranéennes : A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu…

Printemps poétique

Il n’y avait plus de printemps poétique dans ce monde commercialisé jusqu’au fond des terres et menant au soleil vert, ni davantage de voyages morphéiques, plus de musique rimbaldienne et, foin de ces brouettées de spleen baudelairien, ni assez de théories haussmanniennes pour arrêter cette telle infortune !

Et pourquoi alors un tel désastre ? La première de cette question trempait avec les toasts des entrepreneurs, dans leur café, qui ne voulait pas s’avouer vaincu et qui dessinait la séduisante composition spirituelle du monde amphibien d’Aristote…

La deuxième réponse manquait à l’appel, mais, si on retraçait l’histoire privée des divagations cosmiques ou épicuriennes d’Arthur Rimbaud, dans la hutte, on avait alors ce sentiment si simple, si proche de la folie que les multinationales de l’automobile, leurs milliards de dollars récupérés par un immortel et petit ordinateur noir appartenant à l’un de ses fervents partisans, contenaient par leur essence spirituelle, aussi secrète qu’une centaine de dédicaces de Johnny Hallyday, le dieu des bistrots comme le PMU de vos quartiers populaires, des failles permettant d’ouvrir sur un nouveau monde.

Cet endroit transpirant la mélancolie les accueillait par sa force psychique : c’était un lieu sûr, formulé par des dédicaces scannées de tous les chanteurs défunts, où, moyennant finance par PayPal, les mères de famille, surtout des ménagères de cinquante à soixante ans, obtenaient une idée claire des objectifs punk-alternatifs de cet être en gestation (le lieu même.)

La possibilité Burroughs, les particules Big Sur, extensions du domaine Time Capsule

L’est, l’ouest, le sud et le nord, évoluaient dans le plasma onirique
Des modèles instinctifs récoltées depuis le fond sans fond de l’esprit pour finir en beauté mais avec de mauvaises intentions
L’ouest comme une opacité saccadée, l’est comme une intrigante pensée, ils suggéraient du haut de leurs aéroports de métal la chaleur des nuits californiennes, l’anamorphose du mental quand ces poètes inconnus descendaient en plein minuit jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco ; et leurs crachats hypnotiques fusaient et par delà le soupirail d’une vieille maison en haut de la côte, surplombant Big Sur, avait été revendiqué le programme informatique de leur Cora-Hummer 7 en amortissant son décapant jaune d’oeuf.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompît son idée innovante, s’hypertrophiait sa gageure ensorcelée ; quelle idée innovante mais inconsciente, ou quel ensorcellement pouvait bien saper les fondements humanistes, les sillons mécaniques de leur time capsule ?
Ce qui jusqu’à maintenant souriait à leur time capsule s’effondrait comme des morceaux de banquise, désassemblait tout le réseau alors qu’elle résidait leur idée d’un autre monde, d’une écriture inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro de ces planètes inconnues.

Comme surmené par les travaux qu’elles me donnaient en pâture, je ravivais leur représentation mentale singulière en emmagasinant à fond-perdu et en liste mnémotechnique décomposée tous ces massifs d’ombres qui restaient une entrave à leur time capsule. Sa fréquence noire tenait un discours impassible dans les souterrains du métro, le long de l’échancrure de sa robe virtuelle, le long de sa facétieuse ADN. Chaîne de chromosomes formellement livides et lexicaux qui forniquait avec la semence convoitée par la lune, comment pouvait-il en être autrement quand leur assaillants vaporiseraient de préférence les plaines trop arctiques ou antarctiques, les fontaines heuristiques.

Soudain, brûlée ou vannée dans la bagarre alors qu’elle avivait un agréable goût d’encre de chine, leur Time Capsule songeait à battre en retraite ! Nous étions arrivé avec nos alligators enchaînés devant la porte donnant sur les étages phénoménaux de l’Acropole quand nous apprîmes la nouvelle, mais à une époque de l’Acropole où elle se noyait dans le chagrin, qui pourrait-la sauver de cet noyade sinon ce sanctuaire ?
L’Acropole n’avait-il pas été conçu uniquement pour ça ? L’enquêteur qui s’était posé cette question partaient dans des délires incommunicables quand il arrachait sur les murs de l’Acropole des tas d’affiches : des représentations inexorables de peinture écaillée, de démon des Vosges, de démons des collines… Ou de pensées répétitives façon spirale qui commençaient à affoler les autres times capsules restées dans le sanctuaire où l’on s’était réuni pour prier. Et, par leur incontrôlable utopie à réaliser l’apocalypse ou par un simple dérèglement, elles avançaient l’heure du sommeil des mémoires informatiques.

Et plus loin, où les rivières viennent peloter des cotons d’eau sur le tas organique, chimique, en tout cas pollué des carapaces de voitures cramées, il y avait la Burroughs C-H 7, par ses respirateurs vivifiants et par des lignes de code pour faire voguer sur les écumes les derniers résistants de Daesh libre, par d’autres Mondes aussi configurés dans sa carte mère ; et il existait un bug, un crash assez occulte, découvert lorsque les Californiens dans leurs yeux se reflétait un monde si étrange d’aspirations Ascensionnelles !

La tasse de thé couleur Gulf Stream

Dans la tasse de thé, un nuage de lait roucoulait de toute sa noblesse qu’une enveloppe pleine de photos en noir et blanc affirmait qu’elle était de la lignée du Gulf Stream.
L’humeur du thé noir avait fait jaillir des fumées douces aux mouvements semblables à cette demoiselle qui me tendit une tasse et ainsi son arôme rapidement récupéré par la couleur des guerres sensuelles, générées par des vols de silex, s’autosuggestionnait et autosuggestionnait nos discussions ; des internautes planqués dans les chat-rooms vantaient la qualité de sa théine, suspectible de nous réanimer, un tissu de flanelle sur nos lèvres au bout du petit matin !

La version polaire ou russe de ce thé anglais ? Sa lignée, toujours de haut rang, avait permis de croiser le machisme des grands aristocrates russes et des planisphères soviétiques, avec la mésomorphose des esquimaux assortissant toutes les jumeaux et toutes les jumelles des déesses ultra-sophistiquées ! Et la cérémonie du thé pouvait ainsi commencer, et comme le libre arbitre des cueilleurs robotiques des plantations de thé, au coeur du crépuscule flottant, ou comme un blues d’automne froid ou comme une longue nage indienne, il y avait à chaque gorgée, je m’en souviens, le silence prométhéen et cette optimisation du goût qui, crescendo, espaçait et épongeait les anomalies qu’une infusion aurait pu égréner soit en rejoignant une sagesse ancienne soit en jetant la confusion.

Le cafarnaüm du poisson solitaire

En demi-cercles irréguliers tout d’abord des cages où roucoulent des perruches avec leurs sacerdoces de cloîtres qui ont été façonné selon un crack assez occulte, les composants sémantiques de leur discussion sont alors totalement et méthodiquement remanié pour l’Élite. Une élite qui a dessiné méthodiquement l’architecture d’une boîte mail et par des arrivées saccadés d’e-mail la mutation des internautes en larves de reptile noir semble indispensable.

Pour lister le nombre de ces sachets de saccharine qui avaient le chic d’inspirer des pieds phénoménaux, des représailles avaient été annoncés ; dans la vase d’un étang échancré par des serveurs informatiques, celles-ci égrainaient ces listes avant de les évaporer par pure magie, comme désorientées… mais il y a avait aussi des champs pour s’ébaudir avec cette femme, la seule survivante et rescapée, dans la neige tout en matant ses accrocs : résultats de ses longues odyssées à travers les forêts de sapins longeant la route qui ressemblait à une équation à une seule inconnue… et plus loin on entendit les crépitements des flammes et pareil à un morceau de chewing-gum mâchonné que l’on conserve plus tard, il y avait aussi la mésomorphose des cages de l’unique perruche en vie qui emmagasinait dans sa mémoire de gigantesques chaîne de montagne comme moyens d’existences caillouteuse.

Enfin il y avait des chalets de montagne au milieu d’un champ de fleurs aux cépages perturbants, des univers Kleenex aux neiges inversées se préparant à l’atterrissage, les histoires élaguées des cabines téléphoniques et les fils électriques parcourant leur moteur diesel ; évoluant dans le napalm tombant des bidonvilles, l’euphorisant poisson solitaire, dans le bec de la perruche, se lança dans des invocations confuses, en reprenant son souffle entre deux capharnaüms : les capharnaüms des pampas et des landes électrifiées qui avaient fini par barrer l’accès au grand nord.

Les dissociés des âges d’or !

C’était bel et bien un étrange ordinateur.
Laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe – un raisin de Corinthe sifflé comme la racine radicale, amazonienne de notre conscience politique et historique – la toile virtuelle avait été cartographiée par d’étranges agitateurs puis vandalisée de fond en comble avant de connaître le retour de tout aussi étranges phénomènes !
Des hackers qui l’avaient laissée aussi sèche qu’un raisin de Corinthe, dis-je, sans que la perspective anesthésiante des Guetteurs ne puisse se poursuivre… Sans que les opiomanes et les morphinomanes ne puissent déterminer leur inexorable avance technologique, et sans même les inviter à se défiler, leurs consciences, beurrées entre les cuisses des vendeuses excitées de paquet de pop-corn, ne pouvaient que s’égarer dans des considérations qu’on jugera poétiques !

Alors sous la pleine lune, du côté orientale, pour brouiller toutes les adresses IP récalcitrantes mais aussi favoriser l’émergence de cette mise à jour révolutionnaire, ils en avaient mélangé d’autres consciences de plâtre et de diesel alchimique à leur ineffable mystère… leur mystère ? Définis comme aussi fantasmagorique que le rubis de Sade, seule la sérénité du bouddha savait l’apprécier à sa juste valeur. Et toujours sous la pleine lune, dans un lieu précis comme un souterrain dont on ne connaissait plus le nom, la cartographie de ce nouveau web en affichait des pôles glacés par des flammes irréelles ou par des lignes de code apparement saturées d’un trop-plein de parfums, des parfums kitschs de musc et de jasmin.

Les fêtes païennes des êtres occultes

De tes deux yeux morts par un authentique travail d’orfèvrerie, j’avais semé les aiguilles d’or de l’esprit occidental, cet esprit qui pour un poison ambré piégeait la logique qu’il meurtrissait… Et qu’il interrogeait en la soumettant à un astucieux QCM. Ce QCM ? Irréel quand ses limites spirituelles partageaient les lacunes de ces êtres en question et les invitaient à se faire petits, il en avait logé des saboteurs apaisés entre ses lignes et qui sévissaient surtout à Noël. Mais plombés à en faire chanter d’autres fêtes nocturnes qu’on voyait à peu près partout, ces êtres occultes ne ménageaient pas cette logique européenne : patiemment et avantageusement pour eux, ils l’allégeaient de sa ferveur toute en sève de sapins de Noël, et qu’ils massacraient ensuite, un sacro-saint carnage dirigé par les serveurs et les bots qui calculaient aussi la direction de leurs fiacres ! En cela, on pouvait les estimer de singuliers. Avec le fiel sage mais inachevé des sacrements à protéger, on les encouragea alors à remettre au goût du jour leur travail d’orfèvreries que tu exigeais de ces créatures, par peur du désespoir ou de je ne sais quelle angoisse existentielle !

C’était à la une de tous les journaux : leurs saboteurs avaient encore frappé et ils devaient trouver ça drôle comme ils étaient planqués sous des ponts neurasthéniques sans avoir eu le temps malgré tout de déterminer la nouvelle forme que prendrait leur poison épidémique. Ce poison ne se limitait pas à suppurer le côté gauche des visages, et la terreur de leurs fêtes nocturnes n’inspirait pas seulement les états larvaires, ils étaient déterminés aussi à féconder d’autres logiques venues de tous les continents ; mais ils avaient négligé un aspect fondamental : dans les bénitiers des esthètes évasifs, ils n’avaient pas réussi à réfléter le rictus des gargouilles et tandis que je couvrai un reportage sur leur mode de vie presque sain, j’appris leur défaite et leur condamnation à mort. Cette mort que tu leur offris, avec tes visions de taré et tes curieux feuillets à la Nostradamus !

Le temps du sabbat des sorcières…

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus. Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Entre Temps, Brusquement, Et Ensuite.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Des fragments de papier déchiqueté tombent comme de la neige, et Mokrane Kaphrium avec ses jambes de coureurs parcourent ces rues gelées tandis que des scories, les débris d’un feuilleton, voltigent dans l’air. Des objectifs de caméra font scintiller ces amas blancs qui échouent dans le caniveau, le long de la route jusqu’à Kirkuk. Reflétant aussi la lumière des enseignes et des devantures. Le vent lui hurle que son itinéraire est confus, s’engouffrant dans les brèches et les gouffres de la ville, et le journaliste d’investigation ne peut s’en échapper qu’à grande peine… Il lui semble que ces rafales orchestrent les grommellements des moteurs, le fracas des Klaxons et des accidents de voitures ; ses bloc-notes encombrent la gadoue et ne sont finalement que des prétextes pour écrire cet article réclamé par son boss que bien plus tard. Alors que leur encre se transforme en taches dénuées de sens, il aperçoit des bobines de bandes audio déborder des corbeilles métalliques ainsi que des sachets de Séminale vides qui l’ont mis dans cet état.

Quelques heures auparavant.

– Nous sommes rassemblés ce soir, comme vous le savez tous, afin de célébrer la première mondiale de l’extraordinaire performance qu’à accomplie notre soeur virtuose du reportage de terrain, et afin de rendre hommage à un homme qui n’est pas seulement un brillant interprète et une image vivante en soi, mais qui est également la vie et l’âme mêmes de la ville, la racine radicale de notre conscience politique et historique, le ressort principal de notre politique municipale. D’ailleurs, on pourrait dire, sur un plan plus élevé, que c’est lui le maître, et nous, à la Mairie, qui sommes ses servantes.

Joseph Merrick se tourne vers Martina Poel à la langue d’argent, comme pour s’intéresser à toutes ces balivernes politiques, et se retrouve en face d’un écran récapitulant les grands axes de cette keynote ; puis on voit des jonques flottant sur une eau sombre et que des pêcheurs s’efforcent de vider. Elles semblent perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’ont d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.

Ce massacre que le monde d’en bas, le monde des égouts, prépare minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pense, alors que peu à peu sur cet écran apparait une image, tout d’abord floue et indistincte, puis plus nette : un homme qui marche sur le parapet perché d’un immeuble, visiblement victime de la même fièvre que lui des années auparavant, ce qu’il a déjà vécu douloureusement… Mais peut-être ne marche-t-il pas ; le bâtiment est en mouvement mais l’homme, figé et solitaire, ne bouge pas.

Les cracks de la bourse américaine

Des atouts de longue haleine, comme ces arrières-goûts de paiement cash, de fermentations dans les crânes, comme cette épine douloureuse enlevée du doigt de pied. Ou de la monnaie verte et verdoyante pour des jours de paies qui font onduler les statistiques les plus élevées de la bourse américaine et se couvrir de pagnes les femmes avec leur nudité dolente…

Prenant place dans les contreforts sibériens, un vendredi 13, les cracks de la Bourse américaine n’ont aucun remord et parcourant les âges pour rejoindre les formes les plus élémentaires de la vie ils évoluent dans un plasma où flotte une dernière représentation cosmique de leur conscience : un éther infiniment sombre peuplé d’étoiles microscopiques. Et de cette pénombre qui se délite, et de leur être qui se retranche dans les cales de l’armée des ombres asiatiques, ils se doivent de nouer leur esprit vilipendé sur une branche d’un arbre qui périodiquement respire, avec une volonté surhumaine d’annihilation sans fin.

Leur conscience du monde sensible se laisse sereinement glisser vers le néant. Ils se laissent aller à la bienheureuse sensation d’apaisement et de liberté qui, de loin, mériterait bien de se faire rosser, quand leurs spéculations, superposées pour imiter le vacarme du cosmos, n’engendrent que ce lent effondrement de la dictature…

La bible des évasions providentielles

Ici et là on s’empressait de réinitialiser la machine à écrire qui les avait produit : un état de grâce pour frapper fort, pour que ses brouillons racontant l’histoire des opprimés parviennent jusqu’aux types les plus géniaux. Peut-être jusqu’aux deux intersections d’une rue perpendiculaire que les portes vers l’Orient définissaient comme inaltérables…

Parmi leurs jaillissements classés selon les impuretés alchimiques de ces écrits, ou chronologiquement à la manière d’une Timeline, pour désigner un Référent, apparaissait aussi, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, l’expression spéculative d’une évasion hautement providentielle, mainte fois décrite par la machine à écrire et j’avais pris avec moi cette vieille bible des évasions providentielles, elle avait été conçu dans une taule qui accumulait des histoires qu’on pouvait à peu près relier et attribuer aux Nietzschéens Penseurs de cet Orient, ou à leur système adverse.

Les hectowatts ou les Volts parcourant cette curieuse machine à écrire, quand cette énergie se cognait aux vides instrumentalisés des espaces spatio-temporels, s’immisçaient sous les ongles des opprimés qui bien sûr n’avaient rien à gagner, rien à perdre.
Même l’hélium s’échappant en s’engouffrant par les portes de cet Orient s’empêtrait sur les toits de notre observatoire sans parvenir à sortir de la glaise, de la boue qui s’accrochait à nos chaussures ; sans parvenir à sortir des épineux dilemmes aussi, et cette bible désuète des évasions providentielles, en l’entraînant dans notre gouffre, arrosait de ses larmes matricielles les désinvoltes fleurs de Sainte Hélène.

A rebours l’Orient et l’Occident d’une falaise escaladée à mains nues…

À rebours les orients ! À rebours aussi la houle d’un potentiel de un volt, au dépens d’un style fleuri, qui de tréteaux en tréteaux est guidée par des forces spirituelles qu’elle ne risque pas de connaître ! À rebours encore sa vessie de boeuf m’étreignant, à rebours enfin les occidents qui, pour chaque Penseur, viennent se greffer aux pieds des pyramides comme les hélices sur nos crânes de chimpanzé !

Chimpanzé des Annonciations puritaines qui font tourner au vinaigre cet amoncèlement d’oursins désagrégés : le fond perdu du répondeur cachant malgré tout cette fanfare d’acteurs exultants aux yeux en amande ; les chevronnés, les maléfiques et fins d’esprit, les languissants et les épiphaniques regards de ces Penseurs qui se tournent alors du côté des seuls conquérants !
Ainsi tombant comme des tresses que les archéologues de cette Pierre de Rosette, pour se distinguer du lot, coupent avec le suc d’une nuit verte qui tombe sournoisement sur Mandeville, cette troupe de jeunes filles tondues et d’acteurs trentenaires explorent leurs consciences tristes avec un treuil exécutant des tours de yo-yo tibétain qu’un brouillard dense fait circuler parmi le parfum des pierres à l’intérieur de leur valve !

Et que l’un d’eux prévoit de réparer avec l’ardeur et la débauche des ascensions métaphysiques ; toutes deux mêlées à l’essence tourbillonnant dans cette valve, l’ardeur et la débauche, entreprennent de rosser l’Orient et l’Occident d’une falaise escaladée à main nue, et qu’un autre comédien, ou une autre comédienne mettra aussitôt sur ces chevalets d’ombre et de lumières que les rosses du diable avalent en les transformant en néons jaunes et bleus ; préludes aveuglants et menaçants qui feront plonger dans le gouffre toute cette parade de troubadours !

Le Tamagotchi de la gargouille

La lumière tremblotante sortit délicatement sa garde obstinée hors du cadre et j’en avais mal aux yeux comme cette averse d’aiguilles de pin qui ruisselait de la place centrale jusqu’à cette trouée, ou jusqu’à ce monde en silicone noir ! Une putain de songerie où le chant de la pluie peuplé d’oies désaxées se perdait au loin.
Et bien après des bornes extensibles et bien après toutes ces correspondances approximatives, l’espace, parmi les dunes jetées aux oubliettes, où l’on pouvait s’ébattre, était âpre ; âpre comme cette blonde à la taille de guêpe et à la peau toute en écorce frénétique.
L’espace ? Des lacunes d’icebergs ou des jeux de lagunes où par de délicieux hasards on devait aiguiller des kyrielles de prodiges sur des avenues aux ailes de diesel safran.
Et cette blonde, comme une vente de Tamagotchi à la sauvette, à la jouissance inaltérable avait fait toute la différence quand ces envahisseurs avaient enfin clôturées leurs tours de passe-passe idéologique, ne représentant pour moi qu’un système astucieux !

Au réveil, la lumière tremblotante, suivant le sillon et la pente d’une obscurité distillée, s’en alla découper aux ciseaux distinctement les règles de ce jeu de l’oie désaxé ! Et mordre l’éternité des gargouilles qui en avaient de l’engrais sous la semelle.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite. Les trois premiers chapitres…

Entre temps, Brusquement Et Ensuite. Premier chapitre.

I.
Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie.
Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.
Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.
Prochainement, allait sonner le glas des Années X.

II.
Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?
J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existées, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.
Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.
Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.
A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.
Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.

IV.
Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salades inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.
Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.
Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eue l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sorti, alors que j’étais aux rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.
Pire ! Le facteur qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandi : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.
J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.
J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !

VI.
Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désoeuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le coeur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait recéler tellement de secrets !
Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, au bout, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avions appelé par la suite Les Cora-Hummers.
Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :
« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »
A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.
Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.
Il fut exactement vingt-trois heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on avait poursuivi la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueilli ?
Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler, voilà tout !
On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été.

Entre temps, Brusquement Et Ensuite – Chapitre 2

Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud dans leur terrier, drogués en permanence pour architecturer le Projet Kaphrium, travaillant nuit et jour.

Installés dans les recoins épiphaniques de leur cocon souterrain, les deux frères avaient prévu de finir en beauté : le Jugement Dernier informatique pour toutes les civilisations humaines.

Ils avaient enfin trouvé ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retourner dans cet établissement pour légumes du troisième âge où croupissait Kaphrium, le fondateur des hommes-rats.
En regagnant la surface, ils étaient, en cette fin d’après-midi, dissimulés sous un ciel de jade avec, en bruits de fond, le vague pépiement de ces oiseaux très mal-aimés dans le voisinage. Entre eux, les gens d’ici parlaient volontier et d’un air emprunté d’euthanasie ; ils en avaient tous ras-le-bol de vivre mais, dans la plupart des cas, le suicide était rarement envisagé.
Le maire, pour pallier ce problème, organisait gratuitement des cours d’éducation sexuelle dans la salle de la commune, espérant ainsi générer dans tous les foyers des histoires d’orgasmes en série. En parallèle, des nébuleuses sectaires avaient ouvert des ateliers de spiritisme. Les gens préféraient se tourner vers ce genre de pratiques occultes qui les aidaient, disaient-ils, à mieux vieillir, à mieux appréhender l’au-delà…


Pour recueillir le sang qui allait gicler comme une pluie rouge le jour de l’apocalypse numérique et le faire vieillir en fût afin de le boire et de rajeunir par la suite, les hommes-rats en avaient fait succéder des rangées de voyageurs aux costumes trempés et usés dans ces stations de métro sous leur contrôle.
Jadis une équipe de tournage avait tenté de résoudre l’énigme de cette station qui donnait directement et étrangement sur la chambre médicalisée de Kaphrium. Peine perdue ! Ils avaient tout effacé dans les archives, renvoyant les enquêteurs dans les catacombes gothiques où était née la civilisation des hommes-rats.
Mais, là-bas, il n’y avait plus aucun indice qu’ils pouvaient étudier. Ils étaient comme entravés par leurs propres raisonnements sans queue ni tête.

Depuis sa chambre, Kaphrium hululait à tue-tête et l’on entendait même ses cabrioles sur le plancher malgré le fracas des rames se perpétuant à l’infini. Dans une autre chambre donnant également sur une autre station de métro, Angela espérait toujours que quelqu’un allait lui donner un coup de main pour résoudre son problème de mutisme avec les autres.
De leur côté, le plus jeune des frangins, en s’arrêtant là pour faire une pause, l’avait repéré parmi la foule qui se pressait dans des va-et-vient incessants. Après avoir parlementé de longues heures avec la jeune fille allongée sur son lit au milieu du quai, isolée du reste du monde, dans le noir absolu, ça ne le dérangeait pas de doigter cette pauvre dévotchka devant tous ces banlieusards indifférents allant au travail.
Pendant ce temps là, l’aîné était parti s’alcooliser sans se morfondre sur cette histoire trop romantique à son goût qui s’éternisait. Il crapahutait à présent sur le siège d’une grue de caméra, sa bouteille de vodka brillant dans l’obscurité. Il réalisait que le lugubre plain-chant, cette lamentation de la ville veuve, n’était qu’une sentence de plus pour les humains, à prendre très au sérieux.


Au-dessus de l’innovant système de rames, avait été conçu la ville selon un modèle subtropical ou équatoriale rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Ils avaient rajouté au rugissement fracassant de la rame les grognements porcins provenant des clubs échangistes, disséminés un peu partout au-dessus et au-dessous de la surface. À cette époque – ces années X si énigmatiques – s’était greffée la communauté des hommes-taupes génétiquement modifiés à ces hominidés colonialistes qu’ils détestaient. Dès le début de leur cohabitation, un ghetto s’était formé : les impérialistes les avait obligé à vivre dans des structures étroites comme des cages à poules ; leurs journées aussi lentes et tristes que les gammes mineures s’échappant des pianos de ces privilégiés se ressemblaient toutes ; rien n’avait bougé pendant des siècles sinon leur mutation en hommes-rats jusqu’à la disparition de la caste supérieure. À ce moment là de l’histoire, leur domicile avait changé pour les souterrains et les égouts de la ville. Émergeant du nid humide et sale de ces créatures hantées par un désir de vengeance, de revanche ultime hissée des profondeurs, l’idée de foutre le bordel parmi les nouveaux dictateurs avait alors germé.

Entre Temps, Brusquement Et Ensuite. Chapitre 3.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.
Kaphrium avait des jambes de coureurs mais il préférait voltiger, il avait de la route jusqu’à Kirkuk, cependant son itinéraire restait confus et ne lui inspirait qu’à grande peine des motifs confondants, des prétextes pour n’écrire le Manifeste de Burroughs que bien plus tard. Alors que Là-Dessous ça s’agitait, il avait tout renié, même les nouveaux mécanismes perturbateurs qui l’avaient mis dans cet état : en ce moment, il regardait des jonques flottant sur une eau sombre et que leurs propriétaires s’efforçaient de vider. Elles semblaient perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’avaient d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.
Ce massacre que le monde d’en bas préparait minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pensait, avant de voir choir d’un immeuble, jadis explosé par ces mutants des souterrains et reconstruit à l’identique, cet étrange animal, ce Léon de Maubeuge, un authentique laissé-pour-compte dans cette guerre confrontant les puissances des profondeurs et la « civilisation » du dessus. Car au-dessus de l’innovant système de rames, la ville avait été conçu selon un modèle subtropical ou équatorial, rapporté par d’étranges impérialistes aujourd’hui disparus. Si on voulait enquêter sur cette énigmatique disparition, on devait se rapprocher du Palais Impérial, et plus précisément sur ses statues de marbre qu’il abritait : des jeunes filles prenant visiblement leur pied. Cela aurait pu faire sourire n’importe quel visiteur mais les impérialistes avaient été les pionniers dans le domaine de la jouissance libertine et notamment à cause de ça, ils s’étaient annihilés dans cette quête effrénée des sens et des désirs charnels sans fin, mais leurs protégées, leurs courtisanes favorites avaient gardé la tête froide, avaient su gérer la crise en les pleurant et en les oubliant vite après leur mort prématurée et s’étaient ainsi retrouvées au pouvoir.

Mais le chamboulement n’avait pas été très long à venir ; se remettant mal d’un dégel douloureux, cette société privilégiée n’avait que très vaguement rassemblé ses troupes sous l’assaut des hommes-taupes puis des hommes-rats, ceux-ci par contre avaient tous rejoint les rangs de leur armée secrète à l’appel de Kaphrium. Mais le fondateur avait été dépassé par sa propre mouvance et n’était plus qu’un pauvre type qui autrefois avait imaginé et couché sur papier à l’aide de la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, tout ce qu’il fallait synthétiser pour mener à bien une guérilla urbaine.

Neurasthéniques, obligés de vivre dans des structures en forme de cages à poules au début de leur oppression, les hommes-rats avaient désormais repris le dessus et Kaphrium se rappelait, quand il y avait eu le Grand Incendie du Temple et toutes ces victimes civiles piégées au cœur du vaste brasier, de cette action ridicule qu’une Oracle s’était chargé en désespoir de cause : elle avait rempli d’eau bénite une minuscule patène, d’habitude destinée à recevoir l’hostie, et le dos courbé par l’épaisse fumée noire et âcre, l’avait jeté sur les flammes, ce qui évidement n’était pas suffisant pour les éteindre ; alors partout comme des démons, des rires moqueurs et sarcastiques s’étaient élevés et elle avait brûlé comme les autres. Cette nuit-là, des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – depuis toujours disséminés dans les tréfonds d’où cette horde avait jailli, avaient été distribué aux valeureux guerriers pour fêter leur victoire, convaincus qu’il ne pouvait plus rien se tramer dans les ruines de cette cité à feu et à sang.

Il y avait cependant face à Kaphrium une kabbale de journalistes et de caméramans qu’un éléphant-tank hérissé d’armes tranchantes transportait sur son dos (le rêve qu’il était en train de vivre ne pouvant se contenter de cette précédente version hautement fumeuse, avait promu Hunter S. Thompson à la tête de ce qu’il restait de ces médias) ; une poignée certes mais acharnés et zélés pour couvrir « le reportage du siècle. »
Au rugissement angoissant des derniers hommes-rats, qui s’en allaient se coucher au petit matin après cette nuit éprouvante, s’ajoutait le pas lourd et incertain de l’éléphant de combat. Puis, vacillant, la bête s’immobilisa à seulement quelques mètres du Père Spirituel qui était à l’origine de toute cette pagaille. Une chèvre sodomisée, au loin, bêla. Kaphrium remarqua qu’il était filmé par la caméra d’un acolyte de Thompson, certainement provenant d’une usine de robots ; des cyborgs à l’âge d’or de l’informatique, assurés dès le début de leur mise en route de faire évoluer leur carrière aux postes les plus prestigieux.
Sans pour autant savoir qu’ils baignaient comme les autres dans la matrice onirique que Kaphrium avait produit en rêvant. Entre temps les variations enregistrées dans son encéphalogramme cylindrèrent deux rouleaux de parchemins que les chercheurs, bien loin de tout ça, récupérèrent précautionneusement. Il y eut aussi dans leur laboratoire d’autres événements, sans doute issus de l’activité cérébrale du patient, qui firent clignoter les ampoules de toutes les Burroughs C-H 7, et même la diode rouge ornant le poste de radio d’où s’échappait une mélodie grunge qu’on croyait trop navrante ou trop marginale pour être à nouveau émise sur les ondes.

Quel était le rapport entre ces scientifiques qui à la hâte avaient exfiltré leur cobaye de ce milieu hostile et ces hommes-rats qui s’étaient, suite à une trop grande consommation de drogues, ingénié à squatter le crâne de Kaphrium, leur créateur ? La plupart des réponses existantes et soumises à l’intelligence virtuelle des meilleurs ordinateurs m’avaient persuadé que tout ça provenait de cet essai thérapeutique ayant foiré des années auparavant…

Inception à Mandeville !

Perdues parmi des albatros qui avaient fait choir des arbres faisandés des idées de souterrain, il y avait ces jeunes filles prenant leur pied en haut d’une falaise ; avec la grâce d’une dizaine de coups de main, avec le chamboulement d’un dégel douloureux, je leur tenais la chandelle, et imaginais pour ces nymphettes toute l’ergonomie d’un herbier que la Burroughs C-H 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, synthétisait.

Neurasthéniques, nous étions piégés au cœur d’un rêve qu’un hérisson transportait sur son dos (un rêve se contentant en réalité d’une version hautement fumeuse mais Hunter S. Thompson, l’avait produit par effet superposé et ce fut ainsi que ses variations firent clignoter les ampoules, la diode rouge à l’intérieur du poste de commandement) ; partout naissaient des rires décantés, et des sachets de Séminales – drogues vertigineuses – disséminés dans le parc aux couleurs chairs, nous avaient convaincu que nous étions bien à Mandeville…

Suite à une trop grande consommation de ces produits, nous étions assurés d’évoluer dans le plasma onirique des préservatifs éventrés.
Pour Hunter qui était bien trop lessivé pour penser, cette champignonnière n’avait d’autres avantages que de nous hanter et même les pensées les plus folles ne pouvaient suivre ce qu’elle avait jadis inventé avec la Corporation Burroughs : configurée par quelques distributeurs de friandises, cette meute de lesbiennes, pour sortir du terrier, claironnait comme un jour de nef basse…

Le long du chemin de fer antique, elles découvrirent un labyrinthe et persévérant dans un tunnel sans fin pour s’apercevoir qu’au milieu de cet ensemble il n’y avait que des tessons jonchant cette route, la horde se débarrassa de son leader spirituel qui résumait à lui seul le retour des meurtrières chiffré à l’excès ; ces féeries écrites par l’intermédiaire d’autres énigmes, livraient à la merci des vandales leurs feuilles d’argiles d’argile rouge, utilisées comme protection menstruelle !

Et elles en dévalaient des pentes par la porte de Chine, leurs allées de terre jaune : un jeu qui mélangeait les pénombres, les tentatives avortées, les bavures extrêmes ; les embruns de leurs cheveux parcouraient en imagination les rizières, les fouillis de prières de ces bigots qu’elles retouchaient en coquillages marin. Coquillages détenus par des malandrins, malheureusement sans leur code d’accès, leur développement aussi bien photographique que cinématographique, et qui égaraient les micro-organismes par leurs spéculations nourricières.
Et qu’il avait rapidement, pour nous deux, restauré ce maître des enzymes… la plus haute fenêtre de son squat donnant sur des travaux de cuir et de sciage, physiquement perçus comme un labeur sans fin pour sa plus haute caste, certes brisée par ses impératifs mais confortablement expansive sur son territoire ; ces travaux étaient payés par des récoltes de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans ; leur haleur, à tous ces propriétaires terriens, en distillait bien des mystères taoïstes par cette transaction… ces mystères que j’idolâtrais pour ces amazones. Comme ce maître des enzymes, arraché à sa terre natale pour une mission que les meurtrières lui avaient confié : il devait charpenter avec de l’écorce prise entre deux guerres la carte et les territoires que ce mystérieux secret ravigotait !

Le complot des déclinaisons latines.

Des albatros qui font choir des arbres faisandés des dizaines de coups de main, un dégel douloureux qui prend la chandelle, un herbier que la Burroughs Cora-Hummer 7, cette machine à écrire ultra sophistiquée, synthétise, un hérisson qui sur son dos transporte des rêveurs (un rêve se contentant en réalité d’une version hautement fumeuse mais c’est nous tous qui rêvons) et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs qui font évoluer dans le plasma onirique des préservatifs éventrés.
Pour inventer du savon, il y a aussi cette collecte illuminée, lancée par la Corporation Burroughs, configurée par quelques distributeurs de friandises ; et pour sortir du terrier, un labyrinthe qui se débarrasse de ses énigmes et un code d’accès, au développement aussi bien photographique que cinématographique, qui égare les micro-organismes.

Pour rejoindre la plage il y a, ici et là, de misérables pensées qui, à haute altitude, retournent à leur garde obstinée. Devant la porte du parc, il y a un feston sacrifié pour maintenir l’oxygène à son état pacifique et un engrenage pour purger le département jouets. Il y a encore des excursions de jeunes filles innocentes qui se greffent à la requête des pendus cadavéreux et leurs fantômes grelottent autour d’un feu de camp.

Il y a, coincés entre les portes de l’ascenseur, des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile, attribué aux sottises des pendus.

Quelques spécimens grossiers, taillés à la main, remplissent des statistiques et un œuf en gestation sécrète la température de cette kyrielle de presse-papiers encombrants tandis que des modèles primitifs troublent la quiétude de l’éden. Des nerfs tortueux laissent le feu mourir et la plupart des clients n’arrive pas à quitter des yeux sa timeline surréaliste, ses cartographies, ses élucubrations de petit enfant gâté, ou ses traitements de textes limités à un langage châtié, et d’autres logiciels incompréhensibles… et Supertramp le Vagabond fait valdinguer le pont qui se termine par une fronde.

Comme le scintillement étoilé sur le plafond d’un vieux cinéma désert, l’hélix de son oreille se risque au fond des puits de pétrole, en crachotant des gouttelettes galbées ; il y a aussi un manifeste qui se repose sur l’intensité haletante de son regard et qui sape les fondements du taoïsme et de ses présages tropicaux.

Enfin, il y a une application qui transmet le passé effacé des matrices pour nommer Popeye, le balayeur, contrôleur des mystérieux tampons imbibés de vodka et pour régénérer le ballon d’eau chaude, la spartéine et les déclinaisons latines, en complotant dans les chiottes de l’établissement scolaire, renverse l’intrigant mystère de son ascension.

Pagan Peak. Les trois premiers chapitres.

Pagan Peak. Premier chapitre.

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

En rampant sous les lasers de surveillance d’un grand building, il eut l’intuition qu’il était en mouvement et même son cerveau était en alerte, puisqu’il lui envoyait des messages comme des SOS, certes contradictoires mais d’autres avaient le mérite de disparaître avec la voix off. Un froid polaire couvrit sa main droite qui fouillait le sac contenant les oeufs. Il se débattit avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint en l’incommodant et exigea de lui toutes ses ressources vitales. Un laser passa, il était à quelques centimètres de lui mais il réussit à reprendre ses esprits et en roulant parvint à son objectif : éteindre le système de protection.
Bien que ce bâtiment se situait en Allemagne, il appartenait à un roi de Jordanie qui aimait bien exhiber sa fortune. Hendrix n’était pas venu pour voler, simplement pour cacher dans un lieu sûr les oeufs du monstre, un endroit où on ne les trouverait pas. Après ? Après il pensait que les créatures sorties de leur matrice s’attaqueraient d’abord aux gens qui seraient présents ce jour là, et c’était ça son projet.

Hendrix avait aussi appris que les substances chimiques de leurs glandes avaient le pouvoir de les accoupler même séparées à des milliers de kilomètres. Mais en ce moment il était plutôt préoccupé par cette angoissante voix off qui lui avait introduit des krills dans le nez, ou plutôt qui lui avait obligé à faire cette chose. C’était une espèce de crevette survivante et mutante, et désormais à l’intérieur de son crâne, Dieu seul savait ce qui pouvait advenir de ce triste individu, et ça n’avait rien de funky. Par moment, tout vacillait. Mais il se souvenait des paroles de l’Ancien, un gars en blouson de cuir qu’il avait rencontré à l’origine où le Mouvement se formait : « Au début, on a terriblement mal mais dans deux à trois mois il ne reste plus qu’un orgelet sur ton oeil droit, c’est tout ce qu’il reste de ces saloperies. Il faut le chauffer doucement avec un coton brûlant, par petites pressions, et il finit par se nécroser de lui-même… Mais avant, si tu ne contrôles pas ton esprit, les krills vont essayer de féconder toutes tes bactéries, ou pire tes virus latents. Mais tu n’échoueras pas, leur force décline au bout d’un certain temps et elle se rassit au point que même la voix off n’a plus d’emprise sur toi. Question de temps et de contrôle. »

Quand Hendrix revint chez lui, après avoir planqué les oeufs à l’abri des regards, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant toute l’inimité que lui et ses frères de la forêt nourrissaient à l’encontre de la modernité. C’était la saison rouge et il allait tous les affronter. Et les abattre froidement. Aussi bien virtuellement en étouffant leur domination par du piratage informatique, que dans la vie réelle en leur montrant ce qu’ils ne voulaient pas voir.

La moisson de cette saison rouge, et il ne le savait pas encore, se raccordait aussi aux ambitions d’un autre tueur, peut-être plus intelligent que lui. L’homme en question, un certain Whalid, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol de sa cabane ; il travaillait le jour pour préserver la nature comme garde-forestier. Mais dès que le ciel, le paysage des montagnes, de la neige, des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentait presque émoustillé quand il vit le labyrinthe des forêts l’environnant s’embrumer de manière mystique.

Whalid avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps la secte, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Hendrix. Aux premiers abords, le futur homme de la forêt l’avait trouvé d’un potentiel hautement vulnérable, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes. Puis, en y repensant cette nuit là, il avait eu la folle idée de s’allier à lui, du moins sans que Hendrix consciemment puisse s’en rendre compte. Ce jeune rêveur pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques pucelles sacrifiées au clair de lune ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compensera un peu l’ardeur meurtrière des dieux de la forêts, pédés comme des phoques et qui n’accepteront jamais ce genre d’offrandes… »

Le nouveau président avait raflé tous les suffrages de cet électorat d’extrême-droite qu’il devinait outré par les immigrations, son crédo nauséeux et pendant qu’on les voyait à la télé se saluer, le nouveau et l’ancien chef du gouvernement, des lambeaux de peau de Enrica sous les coups de fouet de Hendrix se détachaient : elle l’avait déçu, abusé de sa confiance, de ces oeufs étranges qu’elle lui avait vendu, rien n’avait percé et les rêves de l’exterminateur s’étaient écroulés.
Si on se risquait assez près de cette scène de torture, un observateur attentif aurait remarqué qu’il y avait un autre homme avec eux mais il avait un masque affreux et se lovait entièrement dans la pénombre : Whalid était uniquement vêtu de noir et, dès que Hendrix acheva sa victime, il eut un rire guttural, celui d’un fou complètement tordu. Et quand Enrica bascula entièrement dans les ténèbres, tous deux s’écrièrent que les individus lambdas comme elle ne parvenaient jamais à appréhender l’au-delà. Que c’était même leur langage consensuel qui les en empêchait. Et leurs élucubrations toute la nuit se prolongèrent, tous deux philosophant de plus belle, avec d’autres concepts censés démontrés l’inculture et l’hérésie de ces esprits inférieurs… Mais qui avaient eu le mérite de faire s’évanouir la voix off.
La moraine des glaciers s’effondra au loin, lasse de les entendre pérorer.

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une étrange machine (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle une vidéo d’une YouTubeuse beauté. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Il eut une forte envie de se moucher, il attrapa un mouchoir, il éternua et il vit avec horreur que le mouchoir était maculé de crevettes sanguinolentes. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur sa surface métallique, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’instrument en question émettait une radiofréquence permettant de faire naître cette voix dématiéralisée.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans des terriers le jour pour mieux opérer la nuit. »

Pagan Peak. Deuxième chapitre

« Nous fûmes une vingtaine d’enfants de fermiers à être frappés par des maux redoutables du jour au lendemain : d’intrigants vertiges suivis de pernicieuses et insoutenables céphalées, prémices d’une neurasthénie généralisée totalement inexplicable, nous qui étions si joviaux et pleins de vie. »
(…)

« Je ne croisai que trois ou quatre véhicules en chemin. Les conducteurs, des locaux, semblaient gagnés par la neurasthénie. »

C’était un survivant d’une grande noblesse que les gens des champs admiraient ; il campait sur une page de ce carnet de moleskine, dessiné à l’encre de chine. Le narrateur racontait qu’il avait couvert des centaines de kilomètres, sans s’arrêter et était revenu se reposer sagement sous les voûtes ombragées de son hacienda, après avoir combattu pour la Saison Rouge. Mais ce qui était étrange c’est qu’il était possédé par quelques esprits païens, d’après le carnet, et pendant son voyage, il avait surpris et mutilé une bande de noceurs qui roucoulaient innocemment après une soirée, perdus dans la campagne.
La journaliste Martina Poel venait de se réveiller, elle venait de produire ce rêve où elle lisait fiévreusement ce carnet énigmatique. Existait-il vraiment ? Avait-il été l’amorce de ce livre dont tout le monde parlait actuellement ? Depuis son lit, elle en avait vu passer des mascarades et des carnavals de médecins extravagants dont la réputation courait jusqu’à l’arrière-pays bavarois. Le luxe ultime pour cette lettrée, que les plus fortunés redoutaient, était de les snober, ce qu’elle faisait avec panache. Malgré sa mystérieuse maladie, elle continuait d’écrire. Un journal dissident, underground.

De riches personnalités seraient bientôt jeté aux oubliettes pour leur complicité avec cette usine rejetant dans la rivière, entre l’Allemagne et l’Autriche, des déchets rendant la population neurasthénique. Martina se disait n’appartenir à aucun groupuscule, secte ou parti et personne ne l’empêcherait de dévoiler la vérité sur ce mal hantant les forêts et les montagnes de son pays… même pas son boss qui était plutôt du genre Marquis de Sade excentrique.

Il en avait des arrières-goût de Robespierre en verve ce café que Whalid avait pris pour se revigorer tandis qu’il regardait le khôl de la jeune fille couler dans la pénombre. Un café qui vous gardait loin des lâches, de ces lâches dépravés de la modernité ; car en ces temps troublés où il s’était exilé dans la forêt, le roi païen n’avait pas totalement vaincu ses ennemis… Et tandis que les gamins pataugeaient à cette heure dans la vase contaminée des terres quasi inondées, ces flics et ces politiciens espéraient encore secrètement le voir sous les barreaux. Et ce café lui avait été servi par Thaïs, une YouTubeuse beauté. Elle ajusta sa robe et démêla ses cheveux avec un peigne qui traînait là dans la chambre, une des plus belles de l’hacienda qui donnait sur un paysage neigeux. Mais ce qu’il retenait de leur conversation, c’est qu’elle avait très peu aimé son opinion révolutionnaire, exalté. Mais en tant que professionnel du crime, il ne s’était pas dévoilé. Pas encore. Il était resté dans le flou, en choisissant bien ses mots.

Plus tard, toujours pendant cette nuit glaciale, Thaïs s’était introduit en cachette dans son bureau et, en fouillant un peu partout sans se faire remarquer, avait découvert un carnet avec plein de noms propres se terminant par des chiffres. La plupart venait de la langue grecque ancienne et après avoir fait rapidement une recherche sur le net, il s’agissait de noms relevant de la mythologie. L’un d’eux retint son attention car c’était le seul, sur cette liste, qui avait un hashtag : #Pausanias. Ce nom voulait dire « la fin des maux », et cette nourrice des dieux de l’Olympe et ses deux autres soeurs, les Thries, avaient peut-être pour mission d’extraire les hommes de leurs basses conditions, mais piégée dans ce huis-clos, elle n’avait pas le temps de réfléchir. Elle prit en hâte des notes, puis se dirigea dehors où les voitures étaient garées, et, sans être vu ni entendu, partit précipitamment après avoir fait vrombir le moteur de sa Dodge.

Ce serait une lapalissade si j’affirmais que la nuit précède le jour, pourtant cette nuit semblait se prolonger indéfiniment : Thaïs était planquée dans une chambre d’hôtel à Cinécity, et venait de communiquer par téléphone ce qu’elle détenait comme info à cette journaliste avec qui elle travaillait, une certaine Martina Poel, et toujours cogitant, elle repensait aux moindres détails de sa visite qui s’était écourtée. Dans une pièce de la maison de Whalid qui devait servir de réception, on avait affligé les murs de dessins économisant au sens le plus strict tout ce que pouvait jaillir d’un esprit doué ; c’était avant tout des portraits d’hommes (ou de bêtes sauvages) coiffés de masques affreux et on devinait que leur fougue meurtrière et leur ardeur sexuelle à peine masquée les avaient banni du commun des mortels mais qu’ils avaient été récupéré pour le compte de ce petit bourgeois aux idées transgressives. En ce moment, le chien de Whalid le regardait avec indifférence charger l’attelage de ses sangliers de trait et s’équiper en munitions et en armes en quête de cette pimbêche qui avait trahi sa confiance, mais sa nervosité le trahissait, le rendait ridicule…

Quant à Thaïs dans son costume de Madame Morticia, la mère au teint blafard de la famille Addams, elle se sentait presque avilie d’avoir fait du pied à ce type déjanté en vue de lui soutirer des preuves accablantes, ne souhaitant que mettre la pagaille dans la fourmilière mais son cerveau abritait des plans machiavéliques pour le couillonner si il la retrouvait.

Lubr-X, autrefois.
Quand ce village n’hébergeait que des ravitailleurs mensongers et immoraux de vodka, il y avait eu, de la part d’un inconnu accoudé au comptoir, cette prédiction qu’un jour les médecins, les diététiciens, et toutes leurs cliques auraient le chic de verser dans l’ésotérisme et le surnaturel, histoire d’élargir leur ratio de gens célèbres, se croyant malades ; il avait rajouté qu’ils « devraient faire des offrandes stupides, se vêtir d’un boubou obligatoire et très cher, se prosterner devant des autels inconcevables, posséder une odalisque si ils avaient un harem et d’autres trucs pour les femmes » ces confidences avinés s’appuyaient pourtant sur le bon sens et l’inspecteur chargé de l’affaire et perdu dans ses pensées approuvait ce que l’ivrogne avait formulé un siècle auparavant…

Parmi la foule qui attendait dans la rue ce politicien d’extrême droite pour l’instant en visite dans une auberge de Cinécity, il y avait un homme de la police criminelle qu’on avait envoyé, celui-ci était posté à côté de la seule et unique entrée par où s’étaient engouffrés les gens de la conférence de presse. Le flic soupçonnait Hendrix autant que Whalid, dans leur lutte acharnée à purifier l’humanité, d’agir cette nuit et il devait se ressaisir mais l’enquêteur avait pris un sérieux coup de vieux, accablé par sa propre grossièreté, son surpoids et d’être mêlé à de sombres affaires car il n’était pas tout à fait net.

Ce fut ainsi qu’il renonça, avant de partir sur le terrain, de parler de cette vieille rumeur à son équipe, il passait plus de temps à décortiquer son projet suicidaire plutôt que de s’occuper des faits divers qu’on lui avait confié : l’accablement qui le prenait aux tripes chaque dimanche soir et son usage immodéré de drogues pour tenir lui insufflaient l’ordre de mettre fin à tout ce merdier.

Dans les locaux de la police, on racontait que le seul moyen de le retrouver (c’est à dire l’auteur de cette folie meurtrière et païenne qui s’abattait sur l’Allemagne et l’Autriche et même des zones qu’on ne pouvait imaginer comme Cinécity) c’était de faire appel aux vieux textes du monde zonard… sans savoir qu’ils avaient déjà prédit l’imminence de la Saison Rouge…

Pagan Peak. Troisième chapitre.

« Mon esprit est-il vraiment dérangé ? A-t-il réellement inventé toute cette histoire ? »
Cette nuit j’entendais le métro gronder sous terre. J’avais attaché, dans ce souterrain, mes sangliers de trait et les sirènes mugissaient. Après la flambée de Flax, et après bien des siècles à se terrer, j’avais décidé d’échouer dans les méandres de Cinécity.

Ce n’était pas un hasard si j’avais choisi Cinécity. Quand j’étais arrivé aux portes de la ville, deux squelettes affligeaient les murs de la vaste entrée d’obscénités bien choisies ; tel un visiteur spectral, j’avais continué mon chemin. Et j’avais fini par retrouver, après avoir longtemps traversé un brouillard dense, ce repaire kafkaïen ; dès mon arrivée, des gens qui descendaient l’escalier repoussaient la voluptueuse Katia. Le monde sauvage de Cinécity. Mais quelque chose qui n’était pas ordinaire dans cette ville colorait malgré tout ma soirée d’un ostensible feu de joie intérieure : elle vint me rejoindre à mon comptoir alors qu’on ne se parlait plus depuis des années.

– Une rue de Karachi qui disparait, ce n’est rien, commença-t-elle. Enfin c’est ce que je me disais avant de t’avoir vu jaillir des ruines… D’abord, il y a eu Flax, puis cette ville du Pakistan, l’Allemagne et l’Autriche et maintenant je suppose que c’est le tour de Cinécity…

Observant depuis le fond de la taverne un couple à tête de corbeau de grande noblesse roucouler, je lui fis remarquer que je ne risquais rien, que mes crimes resteraient impunis, et que de toute façon il n’y avait jamais de témoin, puis je lui demandais ce qu’elle était venu faire dans cette auberge à moitié maison close.

– Faire le tapin pour des clients influents, dit-elle d’un air songeur, mais ce magnat de la politique ne veut pas entendre parler de prostitution, ce sont ses hommes qui m’ont rembarré ; il est en train de faire son speech justement là-haut, il paraît qu’il veut mettre fin au plus vieux métier du monde. Au début, je croyais qu’il était venu là pour quelques filles…

Des gnomes aux multiples visages

Le côté obscur de la Force d’Hugo Pratt ? Il en décrivait des arrières-goûts d’esquimaux givrés dans la mémoire ultra-sophistiquée des hypothétiques éthers qu’on risquait au goulot ; atteignant le lac qui sépare le Malawi de la Tanzanie par des bras fins, il y avait aussi, paumées parmi les univers de Corto qui grappillaient le temps perdu, ses hérétiques narrations racontant que le chagrin ne se risquerait plus du côté des montages novateurs… et même délaisserait ces tréteaux que cette fanfare de comédiens un vendredi noir pour une étrange communauté avait installé !

Une étrange communauté d’hachichins se composant d’adolescents boueux qui, sans dérision, auraient payé cher pour voir pendu le dessinateur : l’accusant d’avoir déséquilibré le flux et le reflux de la Force qui n’avait de toute façon d’intérêt que de disparaître dans les remous, les méandres, les courts-circuits, les interfaces des ordinateurs qu’on ne méritait pas de commercialiser, ils s’en allaient s’acheter une bonne conscience en préparant une virée meurtrière dans sa contrée grouillante de gnomes… des gnomes aux multiples visages.

Assistés par d’étranges machines à écrire que ces jeunes hommes en noir utilisaient pour répandre la Rumeur, ils donnaient une certaine idée de leur marginalité qui avait été remplacé, après avoir lu toutes ces bandes dessinées de leur victime, pour embaucher une troupe d’acteurs, le diable jouant leur avocat par maintes prophéties féeriques…

Cette rumeur qui, sur des pierres de Rosette, elles-aussi féeriques, clôturait la représentation d’une becquée par leurs animaux de combat, obsédés par de graves dépressions à venir ; et ainsi cette tenace envie d’écrire leur noirceur, malgré tout tout aussi féerique et qu’on pouvait trouver aussi sur le chevalet d’Henri Bernardin de Saint-Pierre, alignait ces assassins d’un nouveau genre avec leurs idéaux, des idéaux qui, par maintes mortifications sous l’influence du LSD, en fait n’existaient pas.

Les Mots-Sources

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

La pierre où le ciel montait – la perpendiculaire des montagnes farfouillant dans nos oreilles un interlude post-romantique
La perpendiculaire de l’astre aussi – dans le salon de l’auberge, à la tuyauterie actionnée par ses cordes frappées…

Comme un coup de soleil attrapé pour verdir nos quelques paroles inaudibles, brimées par l’histoire
à cent lieues de s’imaginer repartir en digressions aléatoires, comme ces sciences
Exactes, donnant sur les cimes à conquérir et les promontoires nés de la Terre-Paradoxe

La pierre où le ciel mourait, quand le bleu vénitien venu des confidences
était saturé de tyroliens points d’exclamation enfiévrés et de liberté, accumulateurs païens qu’on enivrait à la source.
Le Tzar toujours à la une des journaux comme rubrique mortuaire s’était noyé parmi les racines ténébreuses des ondoiements écervelés.
Ingérant des narcotiques sanguins, la pierre où montait l’aube, rameutait à grande peine des Mots-Sources espacés et surchauffés d’excitation

Peut-être était-ce des étoiles, des étoiles tombant au fond des tasses de thé aromatisé au carbone, à la lisière du naufrage !

A cette époque, troublée donc favorable, de gouailleurs, le récit,
Inépuisable, le récit de la source remontait le moral des ruines océaniques que le typhon avait dévasté…

Les Batailles d’humeurs photographiques.

Sous le poids atroce d’une illusoire culpabilité, le plafond au-dessus de nous s’est brusquement fendu, un long zigzag qui a fait pleuvoir du plâtre sur nos cheveux. Les Cavaliers déferlaient à la surface comme les vagues d’un océan sans fin, créant ce séisme encore inégalé.
La peinture, en prenant des teintes organiques et représentant les principales images de notre idéologie, a commencé à peler et à se décoller des murs.

La peinture ? Evoquant les grands chemins, des délires rocailleux léchés par des flammes voltigeantes, et, notre idéologie les rassemblait spirituellement, comme les seules ombres délimitées par la pluie, et comptait bien graviter autour de leurs orbites éblouis : peut-être à cause des glapissements des Cavaliers tandis que nous observions depuis notre souterrain s’effondrer les murs et les poutres…

Il y avait, parmi ces zouaves de cavaliers, dans leurs cerveaux, des idées de bûchers dirigés par de talentueux prestidigitateurs et qui ralentissaient, en léchant précédemment par leurs flammes nostalgiques, leurs silhouettes de craie et de fusain, les pieds de notre monde : un univers qui dévisageait d’autres mondes surréalistes, follement inspirés par l’architecture de nos terriers où se succédaient nos humeurs photographiques. Et à l’ouest de cette forêt d’où nous étions originaires, nous savions que le Pacte avait été brisé…

Je me souviens qu’à l’époque où tous ces Parasites avaient massacré la plupart des individus de notre communauté sans même sonner le tocsin, sans même nous déclarer la guerre directement, nous étions encore doué d’une perception extra-sensorielle qui aurait pu nous prévenir de ces ravages, mais on s’était laissé endormir, persuadé que les menaces ne pouvaient venir que de l’extérieur…

J’irai dormir dans les plantations de café

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, c’était pourtant un très bon café ; et alors que j’écrivais et que la pluie ne tombait pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne, le café arpentait de haut en bas les icebergs et les banquises par ma plante des pieds… et je fumais toujours religieusement mes Craven A sans me soucier des anciens d’Algérie qui empiétaient sur le bureau.
Le café éveillait en moi des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier. Dans la vase à plasma, ce café avait placé la famille au complet dans mon bureau où je m’étais isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec le café pour plonger dans sa noirceur et des années lumières pour guérir !

A chaque gorgée je marchais sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prenais pour des serpents. Rêveusement j’affichais toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine de pythons noirs déborda en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.
J’écrivais pour la zone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.
Et de la divinité, il y en avait dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’était la mécanique des vents du sud qui m’avait poussé là, à décrire l’arôme du café pour Oscar Wilde et son odieux portrait. Il y avait aussi, immergé dans mon café, des planétariums chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabrais aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploita au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle. Et il en avait aussi des arrières-goûts de Craven A ce papier que je fumai, le kif, ce mélange de tabac blond et de marijuana et il en avait aussi des arrières-goûts d’âmes grises ce café détonant que, nous le savons tous, Mistigri dans ce bureau détient la recette. Une recette pour faire planer le marais poitevin comme le savant remix de Smells Like Teen Spirit trouvé un jour de pleine lune dans les bas-fonds… et tout cela avait du chien.

Et du chien, ils en avaient les chiens tournant autour de nous quand nous eûmes enfin planté d’autres pousses de café ; ce café qui avait outrepassé son but, à boire jusqu’à l’overdose.

Le sommeil des planètes grasses !

Dans sa robe de plumes échancrées, ses ailes de ténèbres datant des temps préhistoriques interféraient dans la base de donnée de cette vacillante histoire
passant plus de temps à dissuader la couleur de l’espace de ne pas sombrer

sous le terrible et farfelu auvent de cinéma deux chevaux babéliens 
Deux tubes de peinture ocre rouge dans le creux des vagues centrifuges
avaient ouvert un trou dans le mur, marées après marées, comme on tangue clonant ici ou là du corail
on ne distinguait plus leurs ombres sourdement coupées avec le cadran solaire la minuscule porte secrète du cinéma
des ombres qui, par leur ouïe, participaient à notre déconstruction.

Enroulé dans un drap, j’avançais une vague idée pour materner le sommeil des planètes
distant de tout, proche de… De la bouillie difficile à faire passer
 à chaque frontière, à chaque obstacle, dans une grande confusion de gestes obscènes, l’idéal serait de perdre tout en fait

des gueules d’ivoire référencées dans une catégorie équatoriale nous indiquaient la place de son cul brûlant !
Assigné à un album de Led Zeppelin ou de David Bowie, le soleil des nuits permanentes
du haut de l’atout où l’univers gratiné par un bleu de méthylène, dans sa manche
revient océaniquement harasser nos rêves éveillés ! Resserrer cet étau qui le soir sur les quais où je traine, je flâne, confie aux rythmes lents où les rues glaciales accomplissent leur mission évanescente, qu’il ne se mêlera plus des pauvres êtres humains

Scène filmée en super-huit…

Côtoyant toute forme d’association par sa seule temporalité, la mythique, l’ensanglantée opération du dé avait déclenché la colère des dieux : des « Pingouins dans les champs, des hivers méchants » que la noblesse de ses Chiffres avait prédit par de fameux raccourcis. Ces colosses avec leurs têtes d’enterrement définitivement liquoreuses comme du sirop, en jetant mes scénarios pas très folichons à la corbeille, provoquèrent la séparation du ciel et de la terre. Séparation délimitée par la table de la cuisine que les dieux firent éclater avec leur hache parallèle.


Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village, revint en force le lendemain pour assainir les lieux. Je vis aussi des spectres prendre le départ pour un rallye qui devait se terminer au fond de l’évier. L’évier délivrant un message de vie éternelle, il y avait aussi, parmi leurs semi-huttes de palmes, leur marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, quelques êtres qui cherchaient maladroitement à se faire aimer de leurs semblables en lançant d’autres prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village.

Il y eut enfin comme filmée en super-huit cette expression vaguement mélancolique qui fila aussi rapidement qu’une comète. Comme perdue à travers les ténébreuses absences du flux et du reflux de son harangue onirique (probablement à cause de cette ingestion d’étranges pilules quelques heures plus tôt.)

DayZ

« Tu crois que des groupes d’hommes survivant et luttant pour leur survie vont vendre/fabriquer/consommer de la drogue ? »
A 3 h 30 du matin, la nuit du 5 juin 1992, la saturation ; Chinaski, en s’efforçant de recoller pour la énième fois une page déchirée couverte de caractères noirs, sature bruyamment. Aussitôt l’organisme plié, révulsé de douleur, vide ce qu’il reste des tripes ; le Cerveau des Ordres de la Nuit cuve sa soirée Grunge ; douleur.


Anastasia. Anastasia, dans son rêve continuel, essuie sa morve en blablatant et Buk, encore sur le déclin, en profite pour piocher, à discrétion, une hallucinante quantité de sachets sous son matelas. Anastasia, revenue fraîchement du goulag, est à elle-seule une orchidée de ballons multicolores, bien que ses formes soient tristes, goulues ; dans le conte de la folie ordinaire de Hank, comme le tremblotement d’une lumière au fond d’un tunnel, elle brille. Sa figure disparait du fond d’écran tandis que des bandes de papier se déploient, jonchées de lettres et de chiffres, elles débordent parfois jusque sur le parquet… Pénuries de neurones.
Anastasia grogne d’une voix ensommeillée qu’elle a besoin elle-aussi de drogues pour favoriser ses visions.
De ces Ordres de la Nuit, ils ne veulent pas en démordre. Sous leurs yeux, le Livre s’ouvre : des hommes dans la trentaine, chauves aux quatre cinquième et à la chemise blanche sont décris dans ce récit ; le vieux dégueulasse mémorise leurs visages en tapant au hasard sur les touches de son étrange ordinateur. Quelques heures auparavant, il a placé dans la chambre de hautes et solides étagères dans lesquelles il a entrepris de ranger selon un ordre réfléchi les antiques Tomes pourrissants des Ordres de la Nuit.
Il a aussi rangé la vaisselle dans des cartons et couvert les meubles de housses blanches et fantomatiques. Car cette nuit, cette nuit les personnages des Ordres de la Nuit vont débarquer.

Tout avait commencé ainsi : il vérifiait la dilatation de ses pupilles dans le rétroviseur ; elles paraissaient de la même taille que les zombies de DayZ et en position debout il n’avait guère d’aplomb mais il roulait quand même sur cette route de campagne crénelée comme la mâchoire d’une vieille et arriva sans dommage à Lubr-X ; ville d’émeutes, de grabuges zonards suite à la guérilla urbaine, menée par des hommes à moitié zombies, hybrides.
Il était minuit passé et les usines, fabriquant le Virus, tournaient encore à plein régime, hoquetant et éructant dans l’air frigorifié, rejetant leurs fumées puantes, frelatées et déversant leurs effluents acides dans le fleuve. Leurs faisceaux de lumières étincelantes, qui les faisaient ressembler à des vaisseaux spatiaux, attisaient la légende, cette rumeur selon laquelle on préparait une nouvelle drogue, du genre Crocodile.

Le sang

Le sang giclait comme une pluie rouge qu’emportait le vent.

Jefferson Airplane faisait trempette dans le sang et la valve des cyborgs hitlériens s’emportait, éclatant de colère, de rage sataniste tout en ravitaillant le tonnage barbare de l’ordinateur de bord de la famille Malefoy.

Le sang giclait comme un canard barbotant dans la boue, suite à cet attentat surréaliste ; je perçais la valve des cyborgs à l’aide d’un stylo Bic : un attentat qui ressemblait à un mauvais thriller. Et, dans ma tête, en lançant des corn-flakes et des strass psychédéliques, le sang giclait en réclamant sa dose de vodka à volonté, comme si le paiement cash de mon téléphone mobile, en triant les valseuses de White Rabbit, n’était qu’un baragouin de plus, incompréhensible à décrypter pour les cyborgs, dans leur valve d’opium.

Le sang giclait comme l’hémisphère d’un cerveau endolori tournant aux régimes de pâtes al Dante, le sang giclait en envoyant des uppercuts, précieux par leurs races de rottweillers électriques ou leurs races de sultanes en harem, dans les baraquements façon western du quatrième Reich.

Pagan Peak. Premier chapitre.

« Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens. »

En rampant sous les lasers de surveillance d’un grand building, il eut l’intuition qu’il était en mouvement et même son cerveau était en alerte, puisqu’il lui envoyait des messages comme des SOS, certes contradictoires mais d’autres avaient le mérite de disparaître avec la voix off. Un froid polaire couvrit sa main droite qui fouillait le sac contenant les oeufs. Il se débattit avec cette douleur glaciale, et quelque instant après avoir sorti sa main du sac, la voix off revint en l’incommodant et exigea de lui toutes ses ressources vitales. Un laser passa, il était à quelques centimètres de lui mais il réussit à reprendre ses esprits et en roulant parvint à son objectif : éteindre le système de protection.
Bien que ce bâtiment se situait en Allemagne, il appartenait à un roi de Jordanie qui aimait bien exhiber sa fortune. Hendrix n’était pas venu pour voler, simplement pour cacher dans un lieu sûr les oeufs du monstre, un endroit où on ne les trouverait pas. Après ? Après il pensait que les créatures sorties de leur matrice s’attaqueraient d’abord aux gens qui seraient présents ce jour là, et c’était ça son projet.

Hendrix avait aussi appris que les substances chimiques de leurs glandes avaient le pouvoir de les accoupler même à des milliers de kilomètres. Mais en ce moment il était plutôt préoccupé par cette angoissante voix off qui lui avait introduire des krills dans le nez, ou plutôt qui lui avait obligé à faire cette chose. C’était une espèce de crevette survivante et mutante, et désormais à l’intérieur de son crâne, Dieu seul savait ce qui pouvait advenir de ce triste individu, et ça n’avait rien de funky. Par moment, tout vacillait. Mais il se souvenait des paroles de l’Ancien, un gars en blouson de cuir qu’il avait rencontré à l’origine où le Mouvement se formait : « Au début, on a terriblement mal mais dans deux à trois mois il ne reste plus qu’un orgelet sur ton oeil droit, c’est tout ce qu’il reste de ces saloperies. Il faut le chauffer doucement avec un coton brûlant, par petites pressions, et il finit par se nécroser de lui-même… Mais avant, si tu ne contrôles pas ton esprit, les krills vont essayer de féconder toutes tes bactéries, ou pire tes virus latents. Mais tu n’échoueras pas, leur force décline au bout d’un certain temps et elle se rassit au point que même la voix off n’a plus d’emprise sur toi. Question de temps et de contrôle. »

Quand Hendrix revint chez lui, après avoir planqué les oeufs à l’abri des regards, il lança sur son blog un nouveau chapitre évoquant toute l’inimité que lui et ses frères de la forêt nourrissaient à l’encontre de la modernité. C’était la saison rouge et il allait tous les affronter. Et les abattre froidement. Aussi bien virtuellement en étouffant leur domination par du piratage informatique, que dans la vie réelle en leur montrant ce qu’ils ne voulaient pas voir.

La moisson de cette saison rouge, et il ne le savait pas encore, se raccordait aussi aux ambitions d’un autre tueur, peut-être plus intelligent que lui. L’homme en question, un certain Whalid, se tenait à cette heure devant son ordinateur, au sous-sol de sa cabane ; il travaillait le jour pour préserver la nature comme garde-forestier. Mais dès que le ciel, le paysage des montagnes, de la neige, des arbres et les violentes bourrasques se retrouvaient emmêlés dans la noirceur des nuits d’hiver, il bûchait sur son projet. La lampe de son sous-sol ne s’éteignait qu’au petit matin. Et ce soir là, bien davantage que d’autres fois, il se sentait presque émoustillé quand il vit le labyrinthe des forêts l’environnant s’embrumer de manière mystique.

Whalid avait eu la discrète bizarrerie de fréquenter très peu de temps la secte, il n’avait laissé de son passage aucune trace, mais il avait eu le temps de faire connaissance avec Hendrix. Aux premiers abords, le futur homme de la forêt l’avait trouvé d’un potentiel hautement vulnérable, incapable de mener une guerre héroïque contre les barbares modernes. Puis, en y repensant cette nuit là, il avait eu la folle idée de s’allier à lui, du moins sans que Hendrix consciemment puisse s’en rendre compte. Ce jeune rêveur pouvait servir sa cause puisqu’il entendait la Voix ; maintenant il en était convaincu. En redécouvrant son blog des années après, il fut surpris d’être aspiré par ses mots. Ses phrases s’enchaînaient logiquement bien qu’elles dérogeaient à toute logique. Comme celle-ci : « Les lubriques pucelles sacrifiées au clair de lune ne pourront jamais ressusciter, ni même quelqu’un ne pourra les ranimer, ce qui compenserait un peu l’ardeur meurtrière des dieux de la forêts, pédés comme des phoques et qui n’accepteraient jamais ce genre d’offrandes… »

Le nouveau président avait raflé tous les suffrages de cet électorat d’extrême-droite qu’il devinait outré par les immigrations, son crédo nauséeux et pendant qu’on les voyait à la télé se saluer, le nouveau et l’ancien chef du gouvernement, des lambeaux de peau de Enrica sous les coups de fouet de Hendrix se détachaient : elle l’avait déçu, abusé de sa confiance, de ces oeufs étranges qu’elle lui avait vendu, rien n’avait percé et les rêves de l’exterminateur s’était écroulés.
Si on se risquait assez près de cette scène de torture, un observateur attentif aurait remarqué qu’il y avait un autre homme avec eux mais il avait un masque affreux et se lovait entièrement dans la pénombre : Whalid était uniquement vêtu de noir et, dès que Hendrix acheva sa victime, il eut un rire guttural, celui d’un fou complètement tordu. Et quand Enrica bascula entièrement dans les ténèbres, tous deux s’écrièrent que les individus lambdas comme elle ne parvenaient jamais à appréhender l’au-delà. Que c’était même leur langage consensuel qui les en empêchait. Et leurs élucubrations toute la nuit se prolongèrent, tous deux philosophant de plus belle, avec d’autres concepts censés démontrés l’inculture et l’hérésie de ces esprits inférieurs… Mais qui avaient eu le mérite de faire s’évanouir la voix off.
La moraine des glaciers s’effondra au loin, lasse de les entendre pérorer.

« Je vais te confier un secret : un beau jour, alors que le commun des mortels le dédaignait, voire le méprisait, un triste hère partit pour une contrée obscure qu’on disait rayée de la carte par la destruction d’un monstre. Il marcha, il marcha, il marcha longuement. Jusqu’à ce qu’il arrive aux abords d’une cahute au milieu des bois qui avait l’air abandonné. Il jeta un coup d’oeil à la fenêtre et il ne vit pas grand chose, sinon que l’endroit avait l’air sale et que les meubles et les affaires du propriétaire avaient été retourné dans tous les sens. Intrigué, il décida d’entrer et après avoir fait le tour de la maison, il s’aperçut qu’il y avait une trappe qui menait au sous-sol ; il descendit laborieusement, se cognant un peu partout dans l’obscurité mais arrivé en bas, des bribes de conversation parvinrent à son oreille, ça venait d’une étrange machine (il ne savait si il pouvait la qualifier d’ordinateur) qui passait en boucle une vidéo d’une YouTubeuse beauté. Et dans un coin des objets insolites rouillaient. L’un d’eux retint soudain son attention, il décida de l’emmener dans ses bagages. Beaucoup plus tard, après plusieurs heures de marche, il arriva à court de provision et il semblait harassé, il lui semblait que sa tête gonflait. Il eut une forte envie de se moucher, il attrapa un mouchoir, il éternua et il vit avec horreur que le mouchoir était maculé de crevettes sanguinolentes. Pour compléter le tout, des émanations pestilentielles, provenant sans doute de l’humus de ces forêts maudites où il s’était perdu, lui retournaient le coeur. Il pensa alors pour ne pas vomir à cette relique d’un autre âge qu’il avait pris dans cette cahute glauque quelques jours auparavant.
Plus il l’approchait de lui et dès qu’il posait la main sur sa surface métallique, il entendait une voix off résonner non pas à l’extérieur mais à l’intérieur de lui… finalement il comprit après l’avoir analysé sous toutes les coutures que l’instrument en question émettait une radiofréquence permettant de faire naître cette voix dématiéralisées.
Il était trop tard pour s’en débarrasser, il devint fou rapidement et de manière fulgurante sa radicalité meurtrière le poussa à commettre des crimes dont il ne fut jamais soupçonné de retour au bercail, se terrant dans des terriers le jour pour mieux opérer la nuit. »

Parmi la foule qui attendait en bas ce politicien, il y avait un homme de la police criminelle qu’on avait envoyé, celui-ci était posté à côté de la seule et unique entrée par où s’était engouffré tout ce peuple. Ses yeux d’un vert doré, quoiqu’on aurait pu les qualifier de reptiliens, balayaient tantôt l’élu qui descendait tranquillement les cent-cinquante-huit marches de son nouveau palais, et d’autres fois un type goitreux avec une fourrure de vair, l’air crade.

Dans les locaux de la police, on racontait que le seul moyen de le retrouver (c’est à dire l’auteur de cette folie meurtrière et païenne qui s’abattait sur l’Allemagne et l’Autriche) c’était de faire appel aux calligraphies des mondes celtes, de l’au-delà… sans savoir qu’ils avaient déjà prédit l’imminence de la Saison Rouge…

Crimes et Châtiments !

Eperdument, afin de lui soulever gravement mon chapeau, j’ai suivi dans ce tunnel obscur Marmeladov (le fonctionnaire ivre qui interpelle Raskolnikov, le personnage central dans le roman de Dostoïevski : Crime et Châtiment) ; la déchéance de ce personnage, en vérité, n’est qu’apparente : une pure fiction émotionnelle.
Une pure fiction qui se fabrique, à force de labeur, par associations d’idées jusqu’à ce que la conscience me ronge : cette volonté de tout détruire, d’aller au fond de l’impasse ; mais j’ai continué de le suivre, Marmeladov ou plutôt ce qu’il représente, en rageant contre moi-même.

As-tu deviné lecteur où je voulais en venir ? Cette folie ultime d’aller jusqu’au non-sens.
Je vois tout cet argent que j’ai détourné pour mon projet, cet argent que j’ai volé même à ceux qui m’étaient chers jadis, je vois aussi ses innombrables lieux où l’argent, en passant de mains en mains, a disparu ; toutes ces nuits blanches à trimer, à chercher comment mettre mon plan à exécution, à le faire perdurer sans que personne ne remarque mes agissements ; je me souviens enfin de Katia, la pauvresse qui s’agitait dans la pénombre de la chambre d’Angela, effarée, elle-aussi perdue dans une impasse ; tout, à présent, me revient…
A un point donné, le monde que je connaissais avait disparu, ou bien s’était retiré, remplacé par un autre ; la dépression qui me menaçait m’avait déjà évincé avant même de passer à l’assaut.
La liberté ne signifiait rien pour moi, ce n’était qu’un violent tremblement de coeur.
J’avais peur. J’avais peur qu’on exhume mon Secret -le secret qui nous liait tous mais aussi qui me couvrait de honte et d’opprobres ; le monde d’avant s’était effondré comme des morceaux de banquise. La dépression, aux tentures noires, s’abattait elle-aussi… La fusée de Jumbo avait décollé, me laissant seul dans la chambre d’Angela avec Katia sur une planète presque entièrement dévastée par ma faute : et si cette mauvaise fortune parvenait finalement à me rendre insensible, une vraie brute en puissance qui un jour funeste d’ivrognerie avait roué de coups son flanc gonflé où vivait déjà un embryon d’homme ?
Des nuages noirs avaient exaucé mes désirs les plus morbides : la pluie tombait à présent sans cesse sur la planète OS X.
Nos voix étaient lasses dans la nuit. Quelques secondes d’intervalles suffisaient à les effacer ; Et le silence régnait alors en emportant notre conversation, archivée malgré tout par notre cyborgs-serviteur.
Elle avait eu son diplôme de psychiatre à l’occasion de ses vingt-deux ans : faute d’être sur le terrain, elle avait délaissé l’archéologie, ses premières études qu’elles portait avec un intérêt certain, pour la psychanalyse : mais cette science ne sert pas à grand chose quand la désolation vous entoure, tant d’énergie gaspillée en vain ! Cependant le programme que je suivais et qu’elle enseignait tentait de me réconcilier avec la vie. C’était une méthode de libre association.
Et comme chaque soir, j’associais les mots qui me venaient à l’esprit, avant de fumer au balcon d’Angela : je préférais largement ces moments silencieux, j’inspirais longuement la fumée en observant les voies lactées, toutes enchevêtrées entre elles, jusqu’à ce qu’elles se vident de leur utilité.
Initié par leur force cauchemardesque je désespérais : trop d’espace, et bien trop isolé parmi ces ténèbres, je ne voyais toujours pas d’issue ; et le moment où il faudrait révéler le secret, je pouvais toujours le reporter : il s’approchait… comment allais-je survivre à un tel déshonneur ? »
Peut-être parce que j’étais déjà voué au culte du démon, comme en réponse à toutes les questions.

Il ne restait maintenant qu’à analyser le traumatisme qui était à l’origine de toute cette histoire…

Les Châtelains

Nadir est un Esprit qui vit quelque part enfermé dans le château où il a vécu, il a cherché d’abord à entrer en communication avec les propriétaires actuelles mais, peine perdue, il essaie maintenant de les manipuler en s’engouffrant par télépathie dans leur cerveau.


Les visions de Nadir -ses visions de Projet Blair Witch- en fondu enchaîné fabriqués maison étaient d’une richesse mortelle. De son vivant, il s’était battu pour prendre sa place, ici au château, mais il y avait trop d’obstacles. A présent, en quinconce avec un autre malade du cerveau, son Esprit dormait dans une boite de très longues allumettes et défiait les systèmes de la logique cérébrale, recevant par télépathie des informations importantes sur Laurel et Martin.
Il était malade mais il connaissait des moments d’extralucidité. Nadir devait compter sur leurs têtes bien nourries pour s’échapper. Quand il ne dormait pas, difficile de le localiser, il était quelque part… un lieu sans doute humide où il se réfugiait, où il hurlait d’angoisse sans réveiller personne… Un lieu qui n’avait pas été visité depuis des lustres et dont il était le moteur par la pensée, un effet de synesthésie le reliait à ce couple de châtelain qui prenait possession de la demeure, uniquement l’été, comme résidence secondaire.
Ah Laurel ! L’épouse de Martin, quand elle rêvait, un halo semblait se former autour de son bonnet de nuit. Dans ses rêves, elle abandonnait sa pudeur et son côté coincé, et Nadir s’immisçait pour la pénétrer : une série boueuse et tourmentée d’orgasmes où elle était bousculée, renversée dans tous les sens… Lorsque les premières semences ruisselaient en elle telles les flammèches traînantes d’un feu d’artifice, sa bouche s’ouvrait, ses yeux se révulsaient, ses membres se mettaient à frémir et à se tordre. Nadir la pénétrait violemment ; du sang gargouillait enfin dans la bouche de Laurel et s’écoulait, sombre, sur ses joues et son bonnet en dentelle. Au réveil, elle paniquait ; elle ne se souvenait plus du rêve, mais le sang qu’elle avait rejeté l’angoissait : elle se croyait malade, avait reçu de nombreuses fois la visite du docteur qui la rassurait maintes fois : elle était pourtant en parfaite santé !
Martin, lui, semblait subir une mutation plus lente : tout d’abord, ses érections étaient de plus en plus rares, il avait à peine la trentaine et, au bout d’un mois au domaine, il n’avait quasiment plus de désir, même les vidéos pornographiques qu’il avait sauvegardé sur un serveur n’avaient plus aucun intérêt.
Dans leur propriété, le temps s’écoulait lentement, trop lentement ; Martin regardait de longues heures son thé infuser. Une poignée de feuilles flottait au gré des courants chauds et obscurs ; le reste restait prisonnier de la passoire.
Laurel passait son temps à regarder cette boite d’allumettes posée sur l’abat-jour de la chambre, elle se recroquevillait sur son fauteuil ; parfois elle prenait des notes quand elle voyait un détail qu’elle n’avait pas remarqué précédemment. Elle ne savait pas qu’elle progressait à l’aveugle : elle se heurtait au début aux limites de la raison, mais elle avait fini par adopter secrètement l’idée qu’il fallait tout brûler : ce château isolé dans la campagne mâconnaise, la bagnole de Martin, et même Martin qui l’avait emprisonné dans cette vie de couple. Elle ne pouvait se défaire de cette idée.

Le rêve sur les ailes d’un jars !

Écoute, je vais te raconter mon rêve : nous volions sur les ailes d’un couple de jars, le ciel se violaçaient d’une lueur crépusculaire, sûrement le résultat de leurs péchés. Nous avions en notre possession les oeufs du monstre dans nos sacs. Ces œufs qui avaient tant sommeillé jusqu’à fermenter et patiemment nous attendions la funeste Éclosion qui donnerait naissance à la morbide Saison Rouge. Comme les deux seules personnes qui savaient que ça devait finir par ça, que même le début n’avait été créé que dans ce sens.

Comme une opacité saccadée, ou comme une intrigante pensée, ce couple de jars avait des ailes immenses : des ailes de métal en vue d’un possible thriller, des ailes que le mental avait fait descendre jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco et les crachats hypnotiques fusaient ; par le soupirail d’une vieille maison, avait été revendiqué le programme informatique de notre Cora-Hummer 7 en amortissant notre atterrissage et le décapant jaune d’oeuf du monstre en question le confortait tant dans ses prises de position qu’il parvint au point de non-retour !

Mais aussi ce programme conçu pour alimenter son monstre à la Saison Rouge parvint au point de non-perception et je rêvais toujours : je rêvais d’illuminer ces percées informatiques sublimées de génération en génération qu’il étendait en secouant sa crinière incendiaire.

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompît son idée innovante, s’hypertrophia sa gageure ensorcelée ; idée innovante mais inconsciente, ensorcellement qui sapait les fondements humanistes, les sillons mécaniques mais qui finit par croupir en time capsule ; time capsule qui, en s’effondrant comme des morceaux de banquise, désassembla tout le réseau alors qu’elle résidait, cette idée, inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro des planètes inconnues.

Au commencement, la Pansée

Au commencement la nuit avait ravivé cette Pansée singulière que notre grand gourou appelait plus communément le château. Cette Pansée ou ce château ? Tout droit sorti de l’imaginaire mais véridique univers zonard qui se rapiéçait à mesure que les textes étaient publiés par la Corporation, qui régénérait aussi toutes les enveloppes charnelles de nos animaux nocturnes.
Des animaux nocturnes kamikazes qu’on avait dressé secrètement pour le combat mais qu’on ne pouvait en réalité dompter. Dans les joncs, leur sang se perdait… ou parmi les calligraphies à l’encre chancelante qu’on vendait à moitié prix…

Il y avait aussi ces seins noirs qui me dégoûtaient et Duke Ellington qui avalait une lumière crépusculaire et nos yeux hébétés qui bénissaient les sommets ensanglantés mais entre ces seins avait expiré le love buzz grunge que l’animatrice et l’animateur télé avaient fait traîner à leurs suites comme les serpentins de leurs braies et cottes de mailles en lambeaux… enfin entre ses cuisses, jetant des pincées, des poignées de soleil vert, entre les ombres mettant des années lumières pour raser fugitivement les murs il y avait aussi ce sexe qui enfantait des univers avalant des univers eux même avalés par des univers.

L’équation.

Il n’y avait aucune solution contre les pensées morbides…
j’ai tenté de fuir de cet espace clos… en vain… le tissu plaqué sur mon visage, seul dans l’obscurité, j’ai inventé un logiciel permettant de générer d’autres pensées morbides : tout a commencé avec une simple équation à double inconnue, et par une déduction mécanique, j’ai avancé dans mes recherches ; les calculs ont mûri en quelques heures… Je me suis aussi servi, comme énergie intarissable, des cocons colonisateurs qui peuplaient ma prison, m’extorquaient mon eau et ma nourriture.
Alors, s’épanouissant, le Projet Macabre, a pris ce qu’il restait de mon obole – Projet que je nourrissais de combustibles funèbres – ou plutôt laissais faire… s’épanouissant davantage, comme pour enrichir son imagination, il a changé mon mode d’existence, -un mode d’existence qui était routinier avant tout- et en m’associant aux relents d’humidité et de crasse de la pièce, le logiciel a continué de débiter davantage de pensées morbides, mais sans moi, comme si il était lancé en mode pilote automatique.
Ce logiciel, progressivement, a lancé dans tous les azimuts des tweets qui n’étaient autre que des louanges aux terroristes ; à ce moment de l’histoire, je pouvais encore intervenir, mais j’ai préféré fermer les yeux… La perspective de me retrouver face à face avec mon état initial m’angoissait, m’évoquait un cauchemar que je ne voulais pas revivre, et puis de toute façon, je n’avais même plus la force de vomir.
Mais le logiciel a accéléré le rythme, il est inutile de préciser toutes les exactions et les incitations à la haine que je voyais défiler sur mon écran, le visage pâle et les veines déjà gonflées de toute cette propagande.
Pourtant, comme je l’ai dit, tout a commencé à partir d’une équation à double inconnue, je n’avais que faire des algorithmes codant selon les lois du système en place et cicatrisant même les anciennes aigreurs des plus grands hackers ; à la place j’avais conçu cette équation pour démonter toute la grande chaîne moléculaire des bases de données, et ça ne m’avait pas coûté beaucoup d’efforts : je venais à peine de conclure et déjà apparaissait la timeline rouge du logiciel.
Le secret d’un tel succès ? Je ne savais pas vraiment d’où il provenait ; mais je me doutais qu’à l’intérieur des cocons ça travaillait frénétiquement : ils avaient pris la couleur du feu, une sorte de mutation incandescente où les braises nouvellement s’exerçaient à imploser l’organisme hébergeur.

La noirceur des enfants et leur Joker

Des enfants fouillaient les poubelles, alors venait en détails se décrire la couleur pastel du joker que le peintre Rembrandt, en usant et en transformant les ombres de cette Ronde de Nuit, avait caché de la vue de ces prestidigitateurs… à la recherche d’une potentielle survie avec le joker ils partageaient le même cerveau et surtout ce qui avait rouillé au fond.

Il passait en boucle en son for intérieur, un désir violent d’émeutes, de perditions sans faim ni fin… et les enfants restaient assis en tailleur comme des demeurés, ils avaient été humilié par l’un de ces privilégiés blancs, occidentaux, cultivés et soumis à l’heure où la nuit est la plus froide, et ça ne leur faisait ni chaud ni froid.

Leur noirceur était tombée en désuétude après bien des mises à jour de littératures russes, de niveaux de conscience huppée et privilégiée mais ça ne servait à rien de dénoncer tout le cynisme de leurs discours, ça ne servait à rien ces tonnes d’insecticides de se distiller en poésies, des poèmes en veux-tu en voilà pour apprendre à les éduquer, ces gros porcs bourgeois qui n’avaient qu’une calculatrice à la place du cœur, leur néant…. leur noirceur intime les discernant entre tous, parmi ses tatouages de salamandres et le résultat de leur folie meurtrière : la conspiration de ce monde en silicone noir que quiconque aurait rêvé de posséder ! Et, alors qu’ils étaient en contemplation devant les corps pendus au-dessus du vide qu’ils avaient eux même créé en exploitant les autres : ce système avec ses vis et ces séries de vis pour enfermer quoi ? Seul leur dictateur le savait, comme au temps où il était harnaché sur ce vide, cet as de la vacuité, du cynisme le plus pur, le plus dégueulasse qu’on pouvait voir à la télé, avec ses milliards d’incultes, de beuh et de bœufs surannés que j’entendais mugir…

Leur déchéance la plus propre, sans aucune prétention scientifique, sociale, ou économique pour ce monde déjà mort, tout ça en écoutant bien à fond Dive de l’album Insecticide que même les six-cent-soixante-six scarifications sur son corps ne paraissaient pas apaiser, comme les reliques d’un temps à la fois outragé mais aussi sanctifié dans les coulisses de ses stand-up ; car pendant ses stand-up il y avait toujours au fond de la salle les yeux verts et dorés, reptiliens de ce pendu avec ses pulsions mécaniques qu’on lui avait greffé, pissant sa dose de houblon sur les crânes des chimpanzés extraterrestres, les autres cobayes enfermés avec moi ; il continuait malgré tout à me toiser de haut, fier de ses diplômes et de la petite vie de merde qu’il avait créé, ce macchabée qui n’était autre que la représentation de ce système implacable, générant automatiquement son cynisme de son propre cynisme, mais il parait que ça vaut la peine de se battre.
« Se battre dans ses couloirs labyrinthiques et tête-bêche avec les gouffres revient à fêter l’avénement du vide » lui avais-je répondu lorsqu’il m’avait demandé comment je trouvais la mienne de vie. J’étais passé à tabac la nuit d’avant près du canal, les éboueurs m’avaient récupéré et je m’étais retrouvé ici, dans ce marasme dont les usages semblaient occultes.

Usages occultes qui en avaient fait saigner bien des saisons maudites sans spectateurs à l’intérieur de sa boite crânienne.

Santa Claus ou le Père Noël qui était bien plus qu’une ordure !

Dans ce lieu unique, dans cette même salle où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’enfants perdus et soumis aux vices les plus incertains) on n’entendait que le bourdonnement des disques durs qui avaient fait naître de vieux films en accéléré ; de vieux films en accéléré qu’on devinait être monté pour la fabrication secrète de la résine de cannabis, pour la création de textes vantant des attentats aussi débiles que novateurs… novateurs afin de plaire aux marchés flottants des capsules interstellaires qui vinrent cette nuit s’écraser dans la neige boueuse, effondrant les murailles de ce lieu unique où les gamins remixaient des clips, aussi complexes que cinématographiques, issus de la guerre du Kippour ; et qui s’affichèrent sur la seule télé réglementaire avant l’épais crachat fait de feu et d’ivoire que leurs capsules interstellaires laissaient traîner dans le ciel en réponse à ce désastre.

Une situation ambigüe et un capharnaüm corrompu, humide et froid, âpre en goût. Une odeur de terre mouillée s’en dégageait, réactivant l’écran de l’ordinateur céleste qui s’était arrêté, abandonnant, pour un plan serré dans la pénombre, la vision de ces gosses vêtus en tout et pour tout de robes noires ; et noirs étaient aussi leurs projets d’édifier une légendaire nation démocratique… un pays qui aurait été bien incapable de faire émigrer virtuellement leurs sortilèges à la Santa Claus loin des panneaux publicitaires.

Alimentant un vaste feu de bois, on les retrouvait plus tard au coeur d’une clairière, ils comparaient les flammes à l’acidité de ce jus d’orange sanguine qui tournoyait à s’y méprendre pour emporter l’emplacement secret de leurs domiciles célestes et, sous la forme de volutes brûlant leurs dernières vignettes, un observateur attentif les avait étiqueté comme la définition des grands vins ; définition qui au lieu de faire naître des fins atroces et des larmes tièdes, avait enfanté à quelques mètres autour du feu ces cinq grands cierges noirs qui étaient disposés à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle… mais leur caméra ne s’attardait guère sur le plan d’ensemble, lequel soulignait en revanche la rondeur d’une lune blanche, l’épaisseur des feuillages à l’arrière-plan et la hauteur des arbres alentour.

Réaliser ses rêves poétiques ?

Les acteurs se déboutonnent et sortent leurs instruments pédagogiques, et la jeune fille les regarde avec de grands yeux humides, puis regarde leurs visages avec une innocence troublée et un désir naissant.

Puis la caméra s’éloigne, quittant la plage de Nice, se perd un plus loin, avec du sable dans ses chaussures pour le caméraman enveloppé dans son manteau Zadig et Voltaire. La vapeur de toutes ces transpirations de tous les participants, avec, parmi elle, Claire Castel, la scandaleuse libertine, qui brûle d’impatience et de ferveur, traque son esprit jusque dans ses replis les plus intimes, jusque dans ses fantasmes les plus malsains.

Elle apporte enfin la guérison du corps et de l’esprit. Les perversités d’un film pornographique aussi, dès l’aube levée. Les courbes de ces femmes qui jouent comme actrices dans ce film classé X, sillonnées d’orgueil et d’arrangement las, ouvrent la voie : la traversée des ténèbres que toutes les actrices présentées ici dans ce film (gangbang pour garce) ont connu comme les longues séances de photographies couvertes de sperme ; à Claire Castel on lui a promis un selfie mémorable après l’instant crucial, avec beaucoup d’argent à gagner et avec tout le confort qu’on réserve à une actrice connue, mais cela ne l’intéresse pas pour le moment : elle veut prendre le large, faire une virée clandestine en train et arriver dans cette ville où le monde est hostile.

Puis elle quittera les sentiers battus pour se diriger en pleine nature, plonger une tête dans un lac de la couleur du curaçao ou d’un bleu foncé et, ensuite en se séchant au soleil, respirer l’air libre et serein d’une randonnée au Château de Crussol, affublée de vêtements de luxe qui préfèrent fastueusement la persuasion, la participation des communautés poétiques.

Comme ce Roger Gilbert-Lecomte, le poète au centre de toutes les cabales et cavales, et qui évoque dans son poème Deuil d’azur, un « masque de perles. » Mais ce masque si on le porte et dont il parle mystérieusement, ce masque qui a malgré tout perdu son éclat est réservé aux condamné à mort, au chant des mouches, aux enseignements surnaturels des sorciers en dernier cycle. Avec ce masque, la starlette doit apprendre à découper la viande des caribous fraîchement tués et prendre le risque de les désorienter, ces programmateurs de chaîne coquine pour adultes.

Quant à moi, je suis parti avec le caméraman et maintenant tout ce que je vois, ressens, foisonne de détails synonymes de trémolos lyriques ; même lorsque je regarde un film X où Claire Castel, sous un masque de perles, passe de la succion du vide à la sodomie « obscure absurde et verticale » résonne en moi une envie de délaisser tout ça.

Parmi les autres poèmes retrouvés dans le coffre du poète, j’ai pu remarquer, à la lecture, qu’il n’y a aucun danger de contagion, aucune source de panne à lire sa prose poétique, peut-être devient-elle aussi abjecte que l’informe pseudo-poète ; mais Claire Castel ne rejoindra plus les studios de cinéma, dorénavant six pieds sous terre, pour baiser la forme tant des crinières déhanchantes que de l’air raréfié des cryptes souterraines.

Écrire, et s’enterrer peu à peu sous une existence monacale parce que l’on se fait trop vieux, ici, dans cette vie, voilà ce que le poète veut et il prendra la mesure de chaque chose, nagera à contre-courant des hommes singuliers quittant le monde des illusions, la vérité des montagnes anxiogènes, les pathologie comme le travail du deuil ou de la dépression… Alors pourquoi ne pas écrire sur Roger Gilbert-Lecomte, sur sa « contagion bestiale » qui rêve sous le soleil des chemins menant aux cités d’or, aux perceptions nomades, à Dieu et à sa résurrection comme l’interminable fleuve des initiations dans les bas-fonds de la lumière.

Ainsi, la mémoire de son ordinateur est saturée de fichiers inutiles, plus tard il décidera alors d’utiliser tout ce champ lexical qui a macéré pour écrire un nouveau texte sacré. Par dépit, avant de le jeter dans la poubelle, il se dirige vers la cuisine, et dans un recueillement d’église plein de voix chuchotantes, il mange un yogourt et il songe malgré tout à cet étrange rituel du thé, qui clôt toute malchance et ainsi recrache alors quelque chose de sordide.

Complétement anéanti depuis le départ de Claire, depuis bientôt six grands mois, il patiente, n’utilise pas l’extraordinaire découverte qu’il a inventé lors d’une nuit blanche et s’attarde sur la photo de son fils naturel sur l’écran de son ordinateur.

Il ignore tout des procédés d’un hacker qui lui cache la vérité, ce pirate ayant remplacé l’image de son enfant quand il allume son PC et alors il laisse tomber sur l’appareil un verre de houblon, cette pisse dont l’invention est disputée par tout un tas de patries, aussi inconséquentes que cette action, quand il aperçoit les chiffres indéchiffrables de la matrice mère.

Après cet accident, il retrouve pour les raisons qu’il avait pressenties en laissant l’actrice porno partir de son appartement, le médiocre résultat qu’il y aurait à tirer à écrire un poème à sa dulcinée ; il imagine, tout en haut de la maison, dans une pièce, ou plutôt une cellule solitaire, séparée des autres appartements par une galerie et un escalier, se nicher son atelier d’artiste où il travaille sur ses créations immondes. A force de trop écrire, on devient abject.

A force de tremper ces kilomètres de proses poétiques dans un vin de Xérès qui fait de grandes taches rouge sur la nappe de la table, de l’autre côté de la planète, un autre poète prend en vidéo-selfie Harry Potter avalant l’antidote magique pour se transformer en actrice nue prenant sa fessée sous un ciel verdi par le gaz, reprenant fastueusement tout ses sens après la correction.

Les lignes auparavant écrites comme des hiéroglyphes quand les deux poètes éloignés de plusieurs kilomètres s’aventurent du côté de La Zone, le site de littérature dissidente, forment un titre qu’ils espèrent accrocheur, mais, tellement surpris par leurs vieilles habitudes de scribes pervers qui reviennent au galop, ils ne peuvent jouer qu’à l’écrivain, ils écoulent leur stock de mots « aux éclairs de phosphore » et le « vaisseau vide immergé » de leur récit sombre « sous les larges baies rondes, encadrées d’or. »

Une cicatrice barre leur lèvre supérieure, attirant le regard sur leurs dents noircies. Leur ouvrage brocante l’émotive narration, usurpe la qualité des textes hindouistes et asexués, et là l’horreur absolue : la webcam s’allume et ainsi fait apparaitre une jeune fille, et son sonnet lesbien à Louise, deux vers entrelacés de manque vaginal et de larmes indolentes au creux des rochers universels d’une plage des Seychelles.

La scène du monde

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, un herbier, un hérisson se retrouvant sans la moindre transition sur la haute plate-forme des buildings, dans un terrible blizzard, et des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer du savon, une collecte et pour sortir du terrier une énigme et un code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage et pour crapahuter dans la montagne, il y a, ici et là, de la couleur du curaçao, un objet et une faux, le cœur rafistolant les sentiments les plus spectaculaires ; à haute altitude, la marine qui monte la garde devant la porte du parc, un feston, de l’oxygène et un engrenage qui respire l’air frais, curviligne de la pleine nature ; une excursion de jeunes filles innocentes pour chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes et des crimes de petits insectes continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile. 

Des éclatements de fleurs humides et rubescentes qui pleuvent sur le chemin, quelques spécimens grossiers taillés à la main et un œuf en gestation ; des coquelicots et des modèles primitifs qui mélangent les plumes des flamands roses avec du goudron, un éden et des nerfs appartenant à Supertramp le vagabond. 

Une fronde et un puits de pétrole crachotant des gouttelettes galbées qui allument un feu de camps flasques ; un manifeste et un présage colmatant des galaxies à l’aide des têtes gonflées.

En fixant d’impeccables uniformes de trappeurs, une multiplication dans la matrice pour nommer et pour régénérer la spartéine, de pauvres êtres humains qui s’inclinent et qui luttent comme des lombrics ; une pagaille, un terrible blizzard qui rafraîchit l’atmosphère et un paysage ou un stigmate. En partant en reconnaissance dans le pressoir, des pythons qui succombent à la tentation, des montagnards un tantinet roublards et une steppe vidée de son suc et de son prépuce ; de psychédéliques univers lors d’une nuit de juin qui se clôture par des images floues et un tir à l’arc. Une réaction, un bourdonnement bas et extatique qui augmente lentement en chargeant les données de l’ordinateur et une fontaine dansante ; un vautour, des étincelles pittoresques qui cicatrisent le silence de cette nuit et un renard.

Des voix de femme qui dégénèrent les souvenirs encyclopédiques, une nymphe et, dans le paddock, une nage papillon, la tête au dessus de la fontaine, la scène du monde qui déstructure les gazons verdoyants et une pervenche ; un mystère, un panoramique cahotant avec caméra à l’épaule et le stick d’un rouge à lèvres. Un chat siamois, un astronaute qui dévoile un taillis boisé sur une planète perdu et de mystiques fleurs de cabales pour un système solaire désinvolte ; une mutation, des taillis boisés qui se rassemblent avant de vous laisser à demi ébauchés et des stalactites qui tombent. Une station service se rapprochant des comètes, des fleurs sauvages qui sabordent les centrales nucléaires et un taureau instinctif ; un buffle, des fenêtres ouvertes qui transforment le ciel d’un bleu spectaculaire et une tortue terrestre géante. 

Un totem, une installation, des vaches qui paissent près des ruisseaux bouillonnants, un tracteur agricole et un tutu long ou court ; d’insoumis veaux d’or et de vertigineux trognons de pommes qui apparaissent d’un côté du cadre vacillant. Un geste qui encourage la verticale du vide et une vidange ; un géranium et un visa. Le zéphyr et le justicier qui apporte de fastidieux devoirs d’école. Une lance et une masse ; un mot et la fatalité niaise. Une arête de poisson, un boa qui fait tomber les potences et enfin de la couture borgne pour les pieds nus des condamnés !

Le parfum des pierres !

Une nuit verte qui tombe sournoisement sur Mandeville et un yo-yo tibétain qui fait circuler le parfum des pierres à l’intérieur de la valve ; un brouillard dense qui avale les néons jaunes et bleus de la ville basse et des halos épâtés dans l’atmosphère, aveuglants et menaçants, qui plongent dans le gouffre.

La cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou qui quitte les sentiers battus et une oreille contre le goudron de la rue qui s’épuise à entendre une mélodie étouffée. L’eau bleue des égouts qui s’élance dans les cascades et des boites de lait qui choient de l’arbre cure-dents et des chaussures et des conserves qui apparaissent au grand jour ; des cartons en dissolution qui rechignent à disparaître et la mélodie étouffée qui serpente et devient progressivement plus audible et plus claire à chaque kilomètre en suivant le courant.

Un long voyage sur l’eau javellisante qui remplace l’odyssée d’Ulysse et une source qui soulève l’indignation ; un égout qui fait un coude et qui est conçu selon un modèle impérialiste et un large renfoncement où se trouve du matériel d’entretien dans des casiers en fer ; des bougies qui s’étouffent et qui sont disposées en cercle autour d’un monceau de déchets et de détritus grand d’au moins un mètre.

Un trône en décomposition qui glisse du côté obscur de la force et un homme à tête de corbeau, en costume de ville usé et trempé, qui s’incline et qui est littéralement assis dans les ordures ; un pied contre une enceinte d’amplificateur de guitare-basse qui imagine la fameuse mélodie.

Enfin, un whisky bas de gamme à même le goulot dans la pénombre étrange de l’endroit et quelques paroles inaudibles !

Star Wars

Les pensées répétitives commençaient à s’affoler dans le sanctuaire où l’on s’était réuni pour prier. Et, par leur incontrôlable utopie à réaliser, elles avançaient l’heure du sommeil en variant toutefois l’espace de notre mental qui n’était point encore distrait par l’arrivée de Yoda et Vador.
L’intervention du rêve infaillible, sans obstacle, avec, dans le voisinage, déjà des animaux nocturnes.
Il y avait dans ce monde onirique, parmi les slogans scandés par les manifestants dans la rue, le coup de téléphone de Cora pour une énième tentative perdu, pourtant porteur d’un message stratégique.

La rue ? Le tumulte des protestations pour interrompre le calme, la plénitude de ce rêve commun jusqu’à ce que ces hommes arrêtent leur jacassement gênant.
Un tumulte qui entraînait même la chute du plâtre de notre plafond et engendrait l’émiettement de la voûte au-dessus de nous.
Comme chaque matin leurs essaims obscurantistes se consacraient à gueuler aux mégaphone leur mécontentement ; un marasme qu’on ne pouvait mettre à bout sans pacifier la zone.

Puis, de guerre lasse, ils laissèrent place aux odes du silence, à l’obscurité aussi qui était enfin le seul moment métaphysique pour persécuter nos victimes.
Des corps roués, des sacrifices peu expressifs mais avec tant de déchirement de tambour qu’on entendait depuis la vallée et jusqu’au refuge alpestre de Cora des hurlements terrifiants.

Cora, qui n’était autre qu’une courtisane, se déshabillait de ses dessous affriolants en libérant un souffle à l’eucalyptus dans sa cavité humide et verdâtre. D’autres plantes grimpantes se matérialisaient aussi suite à ses pratiques occultes ; au loin la sinuosité des vagues de la mer venait broyer les vaisseaux de commerce et se joindre aux forces éternelles de sa jeunesse à vendre.
Il y avait, parmi ses clients, des soldats qui venaient de la sentinelle des anciennes seigneuries mais aussi des classes scolaires qui, le jour, apprenaient les termes techniques de la philosophie. Et la nuit leur formalité spirituelle avec Cora.

Et, comme sépulture, leur finitude resterait dans la fange ou dans les représentations d’un dessin sinistre d’enfant.

Le comptoir en ivoire

En traînant sur le comptoir en ivoire comme la photosynthèse d’un jaune d’or très pâli fouillant une anémone de mer, le thé au jasmin qui s’infuse, qui pénètre les narines, qui ressemble à la peine ou à une phobie quelconque. Puis le café du Kenya qui laisse perplexe, qui déborde, ou qui engage une conversation avec Dieu.

Il y a toujours ce vent qui balaye la pluie sur l’herbe jaune des nazis et toujours cette anémone de mer qui, à la manière d’une araignée, fait sa toile au plafond ; traînant aussi sur le comptoir en ivoire, des pâtisseries lactées pour vieillir pessimiste, pour faire monter l’arôme de ces gouttes de pluie sans tain, pour se frayer un chemin parmi les vieilles lanternes qui se réchauffent comme elles peuvent, qui s’allument le soir. La fragilité de l’existence tient dans leurs larves jaunâtres.

Les histoires et leurs souffles

Tout d’abord, entraîné à la dérive, langage dehors, n’être qu’un désir d’erreur et de perdition : filmées par la caméra, des histoires qui -goutte à goutte- se glissent comme seules fricatives avant l’aurore, se glissent dans notre intestin grêle et s’aventurent aussi du côté de l’antique sagesse et de l’austère maîtrise de soi-même.

Leurs souffles, lentes géométries aérées et passives, m’entraînent dans leur danse et ces ridicules rivières de sang ralentissent les raccords de nos dérélictions ; après de rudes épreuves en silence, la solitude : des chaînes de givre, des tableaux de famille que la foule refuse de regarder, des questionnements édulcorés à l’arithmétique qui embaument les lèvres de la Déesse de Cythère. Alors dissoudre, dissoudre la couleur somptueuse de l’invraisemblable à chaque pluie diluvienne.
Dissoudre aussi le petit rire qui fait tomber ta jupe mandarine : romanesque excès… à moins que le vide et l’ennui ne te surprennent à contre-courant des carnavaliers…

S’empare de toi alors l’immobile, le lovely-love buzz.

Les Penseurs pleurent comme des fontaines Wallace !

Parmi les jaillissements classés selon leurs impuretés alchimiques ou chronologiquement à la manière d’une Timeline, pour désigner un Référent, apparait aussi, incandescente, livide à l’heure la plus froide de la nuit et jusqu’à s’interrompre lors des jeux de hasard, l’expression spéculative d’une évasion hautement providentielle : après les jours de crêpe, en tombant en cataractes et en se reliant entre eux, les Penseurs utilisent pour chaque flambée les archétypes pour le meilleur des mondes en se référant au système adverse.

À rebours les orients ! À rebours aussi la houle d’un potentiel de un volt au dépens d’un style fleuri ! À rebours encore sa vessie de boeuf m’étreignant, à rebours enfin les pavillons qui viennent se greffer aux pieds des pyramides comme les hélices sur nos crânes de chimpanzé !

Pour chaque Penseur : des forces spirituelles qui guident leurs pas ; et pour chercher sous cet amoncèlement d’oursins désagrégés le fond perdu du répondeur : les chevronnés, les maléfiques et fins d’esprit, les languissants et les épiphaniques regards des Penseurs qui se tournent alors du côté des seuls conquérants !

Ces conquérants, justement, ils perdent la vue et la raison – leur conscience se clôturant sur une image qui ressemble à une tâche de purée produisant un tas d’onomatopées merdeux ou honteux – ils perdent la vue et la raison quand ils fument les herbes médicinales de ces Penseurs !

Il y a aussi, quelque chose qui reste de ces vestiges spirituels ; quelque chose née de leur raisonnement comme un cheminement souterrain : là, quelque part – au-delà de quelque part, au cœur d’une nuit synthétique par exemple – quelques ailleurs chapardeurs qui passent leur temps à laper leurs cerveaux quand ils regardent les fontaines Wallace pleurer comme des filles de bonne ou de mauvaise réputation…

Les fantômes

Des fantômes sous la forme d’orgasme blanc hantaient le ciel étoilé au-dessus de notre lit. 

Plantés là ces fantômes comme des sourires anglais, comme branchés à des appareils à raclettes, comme des petites filles qui n’osent l’avouer, leur bêtise, ces fantômes ralentissaient la mélodie du piano et firent soupirer le violon magnifié par les éclats de nos deux photosynthèse.

Comme des débiles, ces fantômes qui respiraient une sagesse étrange, associaient les combinaisons successives de leurs tables de montage spectrale avec des syllabes aussi feutrés que le long de notre rue en pente, étroite, bordée de maisons lourdes, hautes et noires.

Hautes et noires les maisons avec leurs composants pas vraiment raisonnables, étudiés pour se perdre dans les profondeurs du Nil, ces maisons bourgeoises ressemblaient à des corniches rapprochées ; avant de remonter notre rue, les fantômes continuèrent ce qu’ils avaient commencé : nous surprendre avec un calme verticalement transparent, nous surprendre, leurs têtes levées au-dessus de notre lit, laissant place à une petite partie de la mer méditérannée, déesse de la matière ô combien vivante !

Des projets de Chandeleur pour les Alligators !

Tombant en pluie sur sa tête échauffée, dans la hutte, les émissions radiophoniques graveleuses dessinaient la séduisante composition spirituelle du monde amibien d’Aristote, assouplissaient aussi des rames d’alligators en folie.
En s’acoquinant à plusieurs centaines de mètres sous terre dans l’obscurité doucement, torturés par leur égarement et gangrenant tous les bas-fonds des moulins à vent, stratifiés horizontalement et enflés comme des palmes sur deux ou trois étages, ces alligators tourmentaient ce vieux Aristote.
En se limitant au chaos de tous les Esprits, ces émissions radiophoniques commençaient toutes par un hommage aux fricatives et aux gazouillis de l’orgue électrique de Cassandre, se nourrissant du sang froid, avide de cette femme indienne.
Dans ce contexte, tombant dans l’escarcelle des bottes de sept lieues déchues de leurs fonctions, en essayant une séquence de bouts amovibles, baroques d’indications occultes, Aristote dactylographiait des Projets de Chandeleur pour ses alligators. Sans jamais restreindre leur rêve sans borne, fumé au sapin vert, cahotant de nouveaux chambardements, de sa machine à écrire avait giclé une feuille où l’on pouvait lire :
« Au point d’impact, croassant comme ces forces spirituelles qui se renforcent carnage après carnage, gargouillant efficacement dans ma hutte, ces émissions radiophoniques m’ont ôté une épine douloureuse du doigt de pied. »

Mais une nuit les vautours vinrent débarrasser la carcasse d’Aristote et les alligators semblaient alors dardés de cercles immenses.

Correspondances approximatives

La lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir, après des bornes extensibles et toutes ces correspondances approximatives, était âpre ; âpre comme cette blonde à la taille de guêpe et à la peau toute en écorce frénétique.
L’espace : un iceberg ou un bocal, un jeu de l’oie désaxé ! Espace jetée aux oubliettes, où l’on pouvait s’ébattre et aiguiller des kyrielles de prodiges sur des avenues aux ailes de diesel safran.
Et cette blonde, comme un verre d’eau inaltérable ou une incarnation mensongère, avait fait toute la différence. Ah ! Quelle jouissance !

D’une virée au clair de lune jusqu’à une réconciliation

Une complainte pour cette virée obscure, tardive, au clair de lune ? « Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse, j’étais un fil qui chantait des informations contradictoires et sans m’arrêter je parcourais la distance entre deux poteaux télégraphiques. J’étais un fil et je ne devais surtout pas me distendre. » Comme ces domiciles célestes, comme ces plantes héliotropes pour s’imprégner de l’ambiance, comme ces pendules dépravant à perpétuité les barbes fauves, comme ces perchistes qui récupéraient l’infortune de sa sombre puissance. Cependant, on devinait aisément que cette complainte revigorante devait amener ses combattants à mieux appréhender l’immaculée conception.

Alors, du mal le plus occulte jusqu’au massif baignant parmi les roseaux, il y avait quelque chose d’autre qui exigeait bien plus de cet univers que cette complainte découvrirait plus tard, quelque chose qui demandait bien plus d »un enseignement que cette virée en territoire ennemie cherchaît à maîtriser, quelque chose inventée dans les entrailles de ces sept sorcières pendues ce matin lors de notre virée tandis que le monde connaissait une recrudescence d’attentats ; des choses peut-être même inventées au début du siècle par le même réalisateur qui a conçu le Projet Blair Witch ?

En tout cas, ce qui avait été inventée, puis, après sa naissance, ce qui avait grandi parmi les plus grands novateurs pour plaire aux marchés flottants, était d’origine extraterrestre… marchés flottants que les combattants avaient délaissé pour les spirales infernales plongeant en colimaçon jusqu’à la Bibliothèque, cet endroit où les textes permettaient d’expliciter ce qu’on était en droit d’attendre de leur résultat, ce lieu où l’on préparait l’ascenscion d’une légendaire nation démocratique, portant comme étendard l’immaculé drapeau noir des pirates… Alors tout fut enflammé, ne laissant étendre au-delà de l’imaginable que ces marchés flottants réunis en une seule communauté sous la protection de hautes murailles que les guerriers protégeaient ; face à ce fort une étrange capsule interstellaire vint s’écraser dans la neige boueuse et son représentant excita la curiosité de la contrée par son franc-parler, aussi bien complexe que cinématographique.

Plus tard, un océan de capsules ravagèrent le pays, arrivant d’abord sur la plaine qui avait toujours été d’une blancheur spectaculaire et qui fut réduit ensuite en visions apocalyptique ; mais sans jamais se satisfaire de sa simplicité divine, seul le ciel était aussi grandiose, en parfait parallélisme avec la plaine, et ces deux mondes, après les représailles, avait finalement créé une symbiose entre les peuplades, et je repartis, empli de sérénité, ma mission diplomatique avait réussi. Une montagne trônait, dans le lointain, au point de convergence des deux espaces. C’était certainement ma destination.

La salle sur demande

Ils avaient séparé les nymphettes de dix sept ans de leurs copains du même âge dans ce lieu unique, dans cette même salle où ils avaient été harangués (des peuples et des peuplades d’adolescents perdus et soumis aux vices les plus incertains) ils étaient tous isolés, attendant dans la salle leur jugement. Pour l’un d’eux, cela avait commencé dès le matin : le jus de l’orange sanguine de son petit déjeuner tournoyait à s’y méprendre jusqu’à se répandre sur la chemise de son père, son bourreau et, pour d’autres, sous la forme de vignes vierges, une sorte de poils pubiens avait poussé affreusement et on pouvait les voir maintenant à l’extrémité des cinq branches d’un pentacle mais la caméra ne s’attardait guère sur ce plan d’ensemble ; silencieusement, le réalisateur veillait à leur santé et à leur hygiène et à cette question qui embarrassait tous les synopsis positifs : sur l’écran de son ordinateur, s’était arrêtée cette image aussi violente que incestueuse, devait-il interdire l’image parcheminée alors qu’il s’agissait autre chose que d’un film, autre chose que tout ce qu’on connaissait jusqu’à maintenant…

Mais Hendrix Volodoï était intrigué et souhaitait que son visionnage puisse se poursuivre tranquillement, sans la censure omniprésente, il entendit alors une jeune fille lire le récit de ce navigateur qui avait débarqué sur une terre hostile pour l’enfanter, et toujours sur l’écran, un plan serré dans la pénombre commençait à décrocher, peut-être par à cause de la magnifique complexité de sa beauté et de son commerce de l’esprit…

L’argent généré par le box-office américain ou européen finissait toujours, à cette époque troublée, dans les poches des quartiers de la finance… les lycéens et les lycéennes enfermés, puis libérés sans être dédommagé, connurent tous une fin atroce et même les bonnes raclées, les complots qu’ils avaient vécu dans la salle sur demande ne semblaient rien en comparaison à ces meurtres orchestrés qui ne laissèrent aucun survivant, tout ça pour quelques pièces d’argent et de bronze qu’ils se disputaient lorsqu’ils étaient encore vierges. La vengeance, réintroduite au goût du jour par leur présence fantomatique mais qu’une légendaire nation démocratique avait chassé virtuellement par l’invention de kyrielles d’applications, fut déjoué grâce aux nombreux commentaires les invitant à la prudence… alors ils erraient dans les villes blafardes, ces fantômes qui ne se doutaient pas de ce que cachaient les panneaux publicitaires.

L’ébouriffant pouvoir de l’électricité…

L’ébouriffant pouvoir de cette électricité, aussi obscur que royal ? « Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse, j’étais un fil qui chantait des informations contradictoires et sans m’arrêter je parcourais la distance entre deux poteaux télégraphiques. J’étais un fil et je ne devais surtout pas me distendre. » Comme ces domiciles célestes, comme ces plantes héliotropes qui vantaient des mortifications à l’air insalubre pour s’imprégner de l’ambiance, comme ces pendules condamnées à perpétuité pour avoir accéléré l’arrivée de Guillaume le Conquérant, comme ces perchistes qui récupéraient l’infortune de sa sombre puissance.

Puisé dans la tête d’un dessinateur de BD, le mystère de ces atomes électriques s’épanouissait lorsque la drogue insalubre, qu’on devinait appartenir à cette nouvelle vague d’aventuriers venant des tréfonds du moyen-âge, commença à lui insuffler de la vie : à Bangkok on se demandait si ce mystère qui chamboulait tout était à l’origine de ces illustrations grouillantes de gnomes qu’il portait au dos (un dos taché de ces lunules électriques qu’on voyait s’abattre sur le marché flottant de Bangkok) et ce côté un peu enfantin de dessiner cette sorte d’esquisses prônait maintes mortifications qui n’étaient pas sans rappeler le lieu maléfique où elles étaient nées. Un endroit idéal à visiter qui n’existait et ne s’affirmait que dans l’imagination d’un authentique travail de sape kafkaïen…

Et kafkaïennne était aussi cette desciption que l’ébouriffant pouvoir de l’électricité avait fait sauter comme une coiffe en fourrure, qui jadis flottait sur le crâne luisant de Guillaume le Conquérant. Cette mystérieuse force que le roi puisait dans les sources de ces coteaux les plus bizarroïdes ? Un nouveau style de vie thaïlandais, entretenu par Hugo Pratt et entreprenant, dans l’espoir de découvrir cette sorte de mélodie révolutionnaire, l’ardeur inhumaine de se coucher entre les lignes de toutes les pages des manuscrits : n’était-ce qu’un prétexte ou une lubbie sous l’influence du LSD ?

Ne trouvant qu’un leitmotiv reliant cette question à sa réponse qui en fait n’existait pas, j’enflammai les draps de Corto Maltese en noir sidéral ou en or rose pour en faire des vignettes, ou pour récolter dans les encyclopédies tout ce qui alors se transformait en phlébites phénoménales.

De time capsule en hashtag hasardeux, la piste Scoff…

Sur l’écran : des listes de fantasmes fermement liées chevilles aux corps subdivisant mon cerveau en divers bafouillages. Et que la piste Scoff annônait en latin. Par quels prodigieux phénomènes tout cela avait-il commencé ? On ne savait pas vraiment ; ce qui était sûr c’était l’entrain impérial que la piste Scoff, sans jamais tomber dans l’évanescence, apportait à cet ordinateur ultra-sophistiqué… Peut-être trop sophistiqué d’ailleurs.


Ensuite, toujours sur l’écran : le chemin de tous les fichiers, polluant les irréalisables projets de ces listes de fantasmes, était baigné dans une solution amniotique ; solution qui, par d’autres stratagèmes, réanimait le chanteur de la piste Scoff sous une lumière tamisée. Et de parallélogrammes désagrégés en trombes d’eau s’abattant soudain sur la poésie éclatante des sillons permettant de lire cette chanson grunge, les disques durs tournaient, croisaient les contenus des presses-papiers à mesure qu’ils s’évanouissaient et avaient fait succéder à la manière d’un kaléidoscope d’abord les rageuses imaginations de la rock star puis les scènes cendreuses et désolées de ses concerts… au train où ça allait, tout ce tintouin – Nirvana étant le rythme, la palpitation, les pieds actionnant un orgue ou l’hélice soufflant interminablement un vent hivernal – la piste Scoff perdait par moment sa réputation presque syllabique pour d’autres interprétations qui remontaient à contre-courant du fond des âges.

Ainsi, entourée d’anguilles noires et luisantes, puis découpée et balayée par le faisceau de nos lampes de poche, sciemment, la piste Scoff synthétisait dans l’obscurité la guitare désaccordée de Kurt Cobain. Sa coloration singulière abattait à la fois négativement et positivement nos lourdes pensées. L’affaire était à suivre…

Les sept vies de l’araignée

L’appartement était en train de se fissurer de plus belle et les moisissures mangeaient les insectes. Une aubaine pour l’araignée ; cependant, dans ce petit livre noir, virulent parce qu’il avait été écrit par Satan en personne, il y avait des incantations ténébreuses qui lui avaient ôté sa force.

Sa force ? La somme de toutes les allures provocantes que je comptabilisais, enfermé dans ce studio qui s’agrandissait jusqu’à devenir un palace parisien… Et ce petit ouvrage diabolique ne s’arrêtait pas là : jusqu’à présent entravé par la magie blanche des carnets d’un sorcier oeuvrant pour le bien, son contenu, par les divers expériences qu’il rapportait, avait retrouvé une une logique propre, aussi diffuse que les sept vies obscures de l’araignée.

Et aussi factice que cette combustion perdant toutes ses plumes quand elle avait piégé les habitants de l’immeuble en incendiant tous les étages…  mais, survivante de cette tragédie, l’araignée avait niché parmi les ruines, en vivant de lichens et pour lui apprendre à agrandir sa toile, issue des hauteurs respectables, l’obscurité des nuits sans fin l’avait aidé à se cacher des humains… Etait-ce une leçon immorale qu’on pouvait retenir de cette résilience ?
Mais peut-être n’était-ce que les épaisses fumées, les vapeurs de cette Flambée brûlant à vif les corps qui lui avaient enseigné quelque chose manquant à son humanité ?

Et cette résilience, arrivant à l’automne comme les feuilles mortes, n’était qu’un sacré pudding de nerfs à présent calmes et tranquilles ! On aurait juré qu’elle aurait pu tout emporter, les sept vies de l’araignée, le précieux bouquin de Lucifer se rachetant avec une plus-value exorbitante, les signaux télépathiques aussi des déesses protégeant l’araignée et cette chose mystérieuse que leur genèse avait décanté par une succession de silences dilatés sous tous les angles pour annuler les effets maléfiques du malin !

Pour jeter des corn-flakes sur la conversation téléphonique de la chandeleur

Pour contredire mon jargon littéraire à la chandeleur dans les cavernes humides, je me régénérais des fines rayures blanches de leur capharnaüm ; et ainsi se désorganisait le règlement de la bibliothèque qui m’avait frappé de bannissement, et tout le long de l’encaissement de la vallée je fus aggloméré à ce capharnaüm.

Ce capharnaüm qui, en berçant dans ces nids de malandrins chaque discussion téléphonique, dévalua le prix du combiné de mon téléphone et énuméra ensuite ses détails en prenant le versant le plus méridional de cette vallée.

Des détails s’attachant à se repaître des édifices vivants de la montagne en face, que son lambris jumelait avec d’olfactives victoires à la Artaud !

Elle n’en finissait pas de s’élever cette montagne aux tentures téléphoniques qui tombaient de leur plafond mathématique !

C’était la fin de notre aventure, la fin de tout mouvement, comme un ensemble de lois compliquées à l’extrême. Notre aventure entre mercenaires apaisés qui, en s’aventurant du côté de l’immobilité cyclique et lumineuse, revenaient de la guerre ; un mouvement assumé ou un retour dans le passé : l’immobilité étant entravée puis arrachée comme cette affiche du Projet Blair Witch et, à la fois solaire et consécutive comme des atomes de watt canoniques, elle riait d’un rire presque sucré… médiévale et presque à l’état critique était ainsi la conscience de ces atomes qu’on fit frire par un trop plein de pétrole, comme quelque chose d’exotique !

Enfin, la brume descendait, avec une force glaciale, sur la ville, on the way et notre ivresse livresque s’atténua dans le brouillard jusqu’alors lié aux univers des phénoménologies…

L’odyssée des êtres occultes.

On attendait pour de bon leur retour sur terre : mais sous les ondes hertziennes de leurs mondes surnaturels, il y avait encore d’autres mondes !
Majorant, pour la lame d’un rasoir, le prix de la liberté pour ces êtres occultes, il y avait encore quelques uns qui traînaient sur les avenues, comment allaient-ils honorer leurs défunts si ils ne pouvaient rester sur place ?

Avec le goût acidifiant, grandiloquent de ces évanescences que les sapins de Noël dérobaient sans pour autant mettre le feu à leurs fiacres, on pouvait les estimer de singuliers. Du désespoir et des pensées de leur fou, l’esprit occidental, par une machine ultra sophistiquée, les avait dénigré… tout ça ensuite avait été jetée aux oubliettes…

Leur chagrin d’écriture comme leur perspicacité, malgré leur volonté de réinventer un autre univers fleurissant, n’avait substitué que les tours de passe-passe de leur Sibylle aussi veules que industrielles ; et veule, en vêlant dans le crâne des ichtyosaures, était aussi leur bande-son funèbre, déterminée à engager une conversation avec Dieu malgré tout… À Noël, on les voyait réapparaître un peu partout, tantôt sous la forme d’une chandelle perdue au fond des oubliettes, parfois sous l’apparence d’un sous-sol caché, dont le sol était jonché de copeaux de bois…

Harassante odyssée ! Débonnaire réapparition que les arbres des pendus, quand ils avaient 666 ans, réarrangeaient spirituellement pour qu’on puisse retrouver l’essentiel contenu entre les lignes de leur grand Projet littéraire !

Les gargouilles des fils d’Artaud !

Je réinventais l’ennui, les virées entre veuves aussi… créées par mon seul mental pour tout dire ; j’avais confiance en leur pouvoir, à leur ecchymose d’éther en attendant qu’elles s’immiscent dans ces matrices binaires filant à l’anglaise sans être débusqué…

Et à mesure que j’avançais en tournant les pages de leurs recueils, au sortir de la nuit, elles m’accordaient leur impropriété rapiéçant tantôt l’une d’elle d’autres fois imprégnant par leur parfum le vide générant C ou son équivalent : des kyrielles de cordes perdues sous les racines des baobabs ou de cet instant cambré.

Il me fallait en ces temps occultes jouir de la froide féminité du maître des passerelles qui avaient planqué dans un silo de stockage les quintessences de leurs précieux ouvrages… c’était à la une de tous les journaux : les inhalant sans cesse dans leurs vases d’exhalaisons, elles avaient dépecé le cœur des gargouilles des fils d’Artaud, à l’heure du grand départ, mais c’était toujours mieux que le lamentable spleen de leur précieux précis (précisément parce que leur froide féminité générait en écriture cyrillique le projet chaos du maître des passerelles)

Whalid

Il ne l’a jamais croisé avec cette coupe de cheveux, ni cette couleur, ni ces lentilles, mais c’est elle. Elle se dirige en direction du parc des pendus et il la suit d’un pas pressé tandis qu’un codeur par des manipulations habiles et virtuelles introduit le numéro de téléphone de son futur hôtel restaurant dans les contacts de cet homme.

Quand elle arrive près de la porte aux soupiraux grillagés, le dessin de ses lèvres perverties par une idée qu’elle a en tête, forme une grimace. Il attend de voir si elle connaît le code d’accès mais bientôt un judas s’ouvre et on la laisse entrer. Il reste là, dehors, comme un con. Puis, après quelques minutes de réflexions, il retourne chez lui, s’enferme dans son bureau où des piles formées par les livres et les blocs-notes l’exhortent à travailler sur son premier roman.

Le lendemain, à la même heure, il la retrouve ; cette fois elle est beaucoup plus vieille et elle arbore une dégaine et une marche sorties tout droit de l’imaginaire d’un ivrogne irlandais, ce qui dépareille avec le reste des gens dans la rue… ces gueux qui n’ont jamais lu Kerouac. Il embraye à mi chemin de son parcours et il remarque, quand elle ne le distance plus que de vingt mètres, qu’un curieux appareil scientifique dépasse de sa poche…
Il s’agit d’un œuf de Berthelot, utilisé pour réaliser la synthèse de l’acétylène en associant le carbone et l’hydrogène.

Échouant à deviner comment elle se débrouille pour passer une fois de plus le portique, il revient dans son appartement, désappointé et on entend alors planqué dans une cabine téléphonique non loin de là un type murmurer dans le combiné que tout fonctionne à merveille, que l’eldorado n’est pas menacé.
Mais toute la nuit, l’écrivain imagine ce que Alana des Ordalies égyptiennes, ou, sur d’autres plans, la blonde meurtrière du musée de Kali, la furie du château, la harpie de Berlin, ou encore Paola la psychopathe du port du Havre, peut bien commanditer dans le parc férocement gardé des pendus.
En regardant tristement les chauves-souris s’envoler au-delà de ces hautes murailles la nuit, il considère que son talent de caméléon joue un rôle louche dans ces virées tardives et entreprend de percer le mystère.
Bien sûr cela fait longtemps, trop longtemps que la ville a abandonné son programme politique latino-américain et lynché tous les partisans de ce système. Une grande rafle : les opposants ont tous été attribué à un arbre et, dans sa transe venant des profondeurs de la Renaissance, la Communauté des Descendants de François Premier a admiré les corps se convulsant sous le supplice de la corde.
Ce soir, malgré l’espionnage dont il est victime sans le savoir, l’enquêteur poursuit l’idée tenace de comprendre l’énigme, bien plus préoccupé par l’affaire en cours que par ce feuilleton à la télé où d’ailleurs de nouvelles recrues, issues de la population locale de son agglomération arriérée, s’appliquent pendant un faux débat à démontrer que le fameux Parc des Pendus n’existe pas.
Et, en surimpressions fugaces, des ombres menaçantes, guerrières semblent jaillir au dessus de ses lustres et l’invitent à s’exiler : sa décision est prise, il part pour cet hôtel restaurant même si il a du mal à se remémorer à quel moment et pourquoi il a pris soin de le noter dans son iPhone.
Mais le temps joue contre lui car il a le pressentiment que la femme aux multiples identités kidnappe à cette heure des enfants aux cheveux d’un noir de jais et sa parano lui souffle que son obscur dessein n’a d’autre objectif que d’infliger de disgracieux sourires de Glasgow aux êtres frêles, pour faire plaisir aux pendus peut-être.

Deuxième partie

Une vieille affiche du Projet Blair Witch a été arraché brutalement des murs entourant la bâtisse où ils dînent, en attendant le ciel étoilé, et demeure quelque temps sur le sol poussiéreux de l’allée avant de s’envoler par l’unique coup de vent de la soirée et finit sa course sous ses lunettes embuées mais il n’y prête pas attention. Il dirige plutôt son regard sur l’une de ses voisines de table et se dégonfle aussitôt à l’idée d’engager la conversation. Que fait-il ici, sur la terrasse de cet hôtel restaurant, à s’interroger sur sa faible confiance en lui, au lieu de bûcher sur cet ouvrage qui lui tient tant à cœur ? Il aurait dû faire monter un plateau repas.
Son imperméable, qu’il a mis sur une chaise, n’a pas l’once d’une tâche, boursouflure ou autres accros et pourtant, de la même texture qu’un tissu éponge, il sera dardé, quand les diodes des lanternes électriques seront allumées, de lumières le rendant décrépi. Il discerne une autre silhouette, cette fois de dos, qui corrige sans cesse sa posture et décide, même si il ne l’a jamais vu en face, qu’il la décrira ce soir devant sa machine à écrire comme une farouche amazone tirant sa force du clan des Jivaro, les coupeurs de têtes vivant dans la forêt tropicale.

Elle attend encore l’entrée alors que le reste des clients, accoudés à une table en métal, profite de la suite. En tout cas, c’est comme ça qu’il interprète sa nervosité, ne pouvant deviner vraiment ce qui la tracasse. Il s’interroge aussi sur les jobs que ces gens peuvent bien endosser. Mais finalement il s’en moque et, inspiré, il écrit un poème sur un morceau de serviette pendant son café qu’il a commandé bien tassé : « À un moment donné dans mon existence, ces femmes croisées et re croisées à l’infini, ont pris l’apparence d’une scie coupant une bûche, au dessus de la rangée des corps longilignes, nerveux, racés des pendus. Après bien des mégots et des joints aux pensées peut-être amusantes, je me suis rendu compte que toutes ces métamorphoses entretiennent le feu mettant fin aux bobines de tous les films, de toutes les narrations en lambeaux. Et sont l’œuvre de sorcellerie d’une seule et même protagoniste ; elle se volatilise, s’évanouit, évanescente, quand on essaye de gagner ses faveurs, pour mieux échapper à toutes les interprétations, cependant conformes à son idée directrice : nous rendre chèvre. »

Après ce temps d’écriture, il s’aperçoit qu’il n’y a plus que lui sur la terrasse, il plie bagage et en rejoignant le hall, il pense que ces pendus, disséminés dans le parc aux couleurs chairs, ont cette fâcheuse habitude de ne rien dévoiler au scribe qu’il représente mais il ne veut pas en démordre, cette nuit blanche il convoquera les démons. Beaucoup plus tard, à l’heure la plus froide de la nuit, alors qu’une cigarette se consume dans un cendrier débordant et qu’un énième verre de rhum paille est à nouveau sournoisement vide, il maudit sa situation, le désavantage certain de ne jamais avoir accès au Graal sacré, ce Parc dans cette ville de fantômes d’où il croit être natif.

De la machine à écrire a giclé une feuille où l’on peut lire : « la tension et la temporalité de mon récit m’ont éloigné un bref instant de mon personnage central prenant le large, attiré comme un aimant par la sombre légende de cette ancienne auberge. Le monde s’éloigne aussi tandis que j’observe les coups de soleil de cette jeune femme que sa fine bretelle laisse entrevoir et cet insignifiant détail me rappelle soudain qu’une force, pas tendre pour l’Homme, nous consume tous et personne ne va broncher évidemment. Sa science étendue et parfaitement occulte me réconforte en quelque sorte comme la liste de mes jours passés chez ces femmes accueillantes. Nommée, définie, datée et étiquetée dans ma tête comme les grands vins, qui d’ailleurs n’ont qu’un goût de carbone que l’œuf de Berthelot combine avec le courant électrique, cette liste, à l’acétylène je la brûle aujourd’hui. »

En pleine possession de nos moyens, la Tour de Babel

Pour tout dire, j’avais confiance en son pouvoir fleurissant, grandiloquent aussi mais toujours séduisant ; séductrice aussi était la poétesse qui tétait le lait des grands yacks devant mes grands yeux écarquillés tandis qu’une luminosité phrygienne sur l’écran de mon ordinateur ultra sophistiqué flashait les murs de notre repère : au sommet des altitudes rouges et fumeuses, c’était une sorte de tour de Babel, provoquant des céphalées sur la population d’En Bas par baisses de pression.

Les années s’écoulaient et, au Sud comme au Nord, des histoires taillées dans les guêpières des matrices blêmes assortissant cette très haute construction, se frayaient un chemin pour se faire reconnaître ; pendant ce labeur harassant j’entendais se décanter leurs formalités spirituelles et esthétiques, juste de quoi répandre sur les terrasses perchées de la Tour de Babel cet encyclopédique arôme provenant de l’eucalyptus et des grenades plantées au fond de ses profondeurs médiévales…

J’avais aussi confiance en leurs pouvoirs enjôleurs : comme ces neuf muses qui rendaient de l’huile de vidange, elles émettaient quelque chose de neuf, quelque chose plutôt grunge quoique désuet comme ces chansons de Kurt Cobain, qu’on écoutait les jambes dans le vide, perché sur le promontoire où reposait notre Tour de Babel… il y avait aussi, et on les voyait de loin se poindre à l’horizon, des îles comme Marie-Galante accrochées aux abysses comme ses boucles d’oreilles, comme les chaînettes autour de sa cheville ; et puis il y avait les faïences de Big Ben qui jetaient sur mes pensées des lueurs crépusculaires conçues comme des carences affectives.

À moins qu’il s’agisse d’une voix de femme qui soudain d’une fastueuse rapidité les offrit aux manipulations des sabres de samouraï, tout restait à déterminer…

Les bretzels des pendus !

Le sol était jonché de copeaux de bois. Et les oraisons funèbres et furieuses comme le givre cette nuit, quand elles nous haranguaient, harassaient les quelques milliers de kilomètres que nos jambes avec un chut de chair glissant sur de la chair ne supportaient plus.
Et les arbres des pendus, quand ils avaient 666 ans en s’organisant pour former un pentacle irréprochable, se couvraient tantôt de sang quand les ichtyosaures lacéraient la panse de leurs victimes à la recherche de bretzels, et d’autres fois on pouvait les voir porter les fruits du Territoire des morts jusqu’à l’autel au centre du Parc où toutes les messes noires se terminaient… sous les néons glacés eux aussi ramenés du néolithique, précisément à cause de cet ouvrage d’Artaud qui avait peut-être survécu à cette bande-son glauque, et que je perdis en cours de route à force de marcher à la fois las et déterminé, les mégaphones des miradors du parc dégueulant à présent des complaintes à tous les rapaces nyctalopes.

Déterminé parce que je voulais m’infiltrer dans ce grand Projet cinématographique continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile pour glaner de précieuses infos sur ces nuisibles… mais les ichtyosaures dansaient dans le ciel en tournoyant par de larges cercles autour des cadavres et chantaient par leurs cris que seule l’aide de Satan pouvait permettre d’obtenir ou de forcer les maléfiques codes d’accès.

L’ombilic des limbes avait fait disparaître les idées néonazies du débat télévisé de ce soir et à cet heure nuptiale avec une forme olympique pourquoi s’acharnaient-Ils, à faire choir des arbres faisandés ces pendus qui étaient disséminés dans le parc aux couleurs chairs ? Dans cette genèse des bretzels du pendus, on découvrira par quels mystérieux atouts l’intrigante recette du dernier bretzel a accéléré en quelque sorte l’arrivée d’intrus malgré le code d’accès au développement aussi bien complexe que cinématographique ; et pour quel groupuscule on avait soutiré à un pendu solitaire ce qu’il paraissait chuinter d’une quinte de toux…

Pour faire choir des arbres faisandés ces pendus qui étaient disséminés dans le parc aux couleurs chairs, et les offenser d’une humiliante et dernière bravade, les ichtyosaures du néolithique dansaient dans le ciel en tournoyant autour des cadavres et chantaient par leurs cris que seule l’œuvre de Satan, ardemment étudiée, pouvait permettre d’obtenir ou de forcer les codes d’accès.

Fermées par de lourdes chaînes rouillées, les portes, comme si elles l’étaient depuis des siècles alors qu’il suffisait d’un mot de passe inventé par la meute hurlante, larmoyante, désopilante des créatures de Mandeville ; et quand ils planaient au dessus des tours et des flèches gothiques des nombreux sanctuaires de la ville, juste de quoi susciter quelques prières et des offrandes d’enfants éventrés en l’honneur d’un occulte culte païen, il y avait juste de quoi chasser la mélancolie vieillissante des victimes du supplice de la corde : leur poésie commençait d’abord par démystifier le Projet : tout reposait sur sa contradiction, pour améliorer l’expérience client par une hot-line révolutionnaire offerte uniquement aux pendus cadavéreux et leurs fantômes…

Le mezcal s’est-il encore laissé abuser par quelque évidente supercherie ?


Ce bouquet de nerfs en mêlant l’absinthe et le mezcal je venais de l’apercevoir en quittant une application réputée irréprochable… on devait se souvenir, quand on attaquait le mezcal, de cette longue quête générée par l’aperçu de ses grands chemins et surtout par ce bouquet de nerfs virtuel : il n’y avait rien d’autres que de virulentes altitudes pour faire pousser ces cactus distillant leurs sucs, le mezcal.

Sans jamais adopter une attitude rouge et fumeuse, on s’en souvenait donc à chaque gorgée de mezcal : lente douleur qui descendait sur les ombres délimitées par la pluie… et par des listes rouges téléphoniques que ce précieux spiritueux contenait en nous absorbant dans des contemplations psychédéliques.

Pour renouer avec d’anciens amis disparus, comme une vacherie de plus, l’aperçu de ces raccourcis-claviers-scarabées en avait fait barboter dans le flou d’un système de fils électriques et organiques d’autres illimitées liqueurs, jusqu’à nous rendre invisible. Invisible comme leur visibilité tranchante, leurs connaissances intimes fouillant les tiroirs ouverts de mon bureau…

Ainsi on regardait par la fenêtre, après avoir descendu toutes les bouteilles, des voiles de haute compétition échouer dans la vallée des rois : il y avait encore d’autres univers qui grappillaient le temps perdu !

Les drôles d’inventions des fils d’Artaud

Les fils d’Artaud, conjointement liés par l’ADN que les épidémies ravivent, mais sans bagage génétique, avaient été décongelé ; de leur long sommeil, codant et prélevant des neuroleptiques, ils avaient rêvé de bête à poil.
Comme ce mollusque de chien-lézard qui collait son museau gluant et télescopique sur les vitraux d’une église. Pour les fils d’Artaud, c’était du pareil au même de toute façon : leur impropriété rapiéçait l’un d’eux tandis que leur propriété, un misérable marais de Louisiane, imprégnait par ses exhalaisons toutes leurs matrices binaires filant à l’anglaise…
Et même générait aussi un parfum fétide s’échappant de leur orifice dépourvu de dents ; parfum régénérant malgré tout ou son équivalent choyant depuis la chair des baobabs qu’ils s’efforçaient de cultiver.
Puis il y eut maldonne, maldonne quand l’irréaliste rafraîchissement de leurs kyrielles de pages Web aux profits juteux pourtant ne corrélait plus l’air du soir… causant des phlébites parmi ces constructeurs de rêves idéaux en les remplaçant par d’autres cauchemars qu’ils ne réussissaient pas à volatiliser.

Dans l’atmosphère aussi, les éprouvantes unicités du pastel de ces cieux aveuglants et menaçants, ridiculisaient tous leurs efforts à s’en échapper ; et rien ne bougeait là-dehors, sinon la cavalcade d’une harde de chiens lézards que leur horde aidait à s’émanciper… et peu après être revenu des champs de ruines de Mandeville, déstructurée, entourée de caméras, de perches, de projecteurs ou de ces architectures spirituelles, la conscience des Artisans d’Artaud infectait avec son vers mutant ce monde enveloppé d’un autre monde ! Car, après avoir courtisé l’éprouvante unicité du pastel qui aimait les complaintes de ces chiens errants se perdant dans le lointain flou, cette contamination se déplaçait en même temps et dans le même cadre spatio-temporel que leurs récits écrits dans le goudron brûlant de la rue.

Après leur disparition, on pouvait entendre une mélodie étouffée. Elle se déplaçait sur la même fréquence que leurs fantasmes ; et tandis qu’ils jouaient aux osselets, les règnes des apparences lisses vinrent imposer à leur pays (leur univers ?) une dictature que seul le Bouddha pourrait dénoncer ; et ainsi leurs erreurs de jeunesse, leurs fondations spirituelles du même format que les halos épatés des néons qu’ils mêlaient à la vivacité du pastel, les conduisaient à se terrer dans une sexualité emmaillotée dans le laurier-rose… A l’aube s’écroulaient d’autres royaumes de chiffons que leurs histoires de fantômes choisissaient comme itinéraire, non sans avoir détroussé tous les transporteurs empêchant cette réalisation !

Nuit blanche pour un ordinateur fleur bleue

L’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 était increvable comme ce clair de lune taoïste, cette lueur qui semblait tellement venir d’ailleurs, aimantée par le vide sidéral et chaotique de la Fosse Noire.

L’ordinateur sophistiqué éteignait même les lumières au large de son appartement qui commençait à dériver lui aussi, et ce fut ainsi comme les migrations des banquises, que les noires meurtrières des cités légendaires restèrent cois ; et, en perçant le cuir et l’humeur du thé noir, pour en faire des quartiers d’oreille-coupée, la carte mère de la Burroughs Cora-Hummer 7 décupla la puissance séropositive de ses presses-papiers…

Presses-papiers par kyrielles venant s’abreuver aux élégances des anneaux rouges qui à la place de ses boucles d’oreilles traditionnelles, à la Geisha Van Gogh, chauffaient sans attendre nos commandes courant sur le comptoir d’ivoire de Mandeville !

Sur ce comptoir d’ivoire de Mandeville peut-être était-elle là bien avant que l’Homme ne se décide à se déplacer sur ses deux jambes, cette redoutable autant que mémorable geisha provenant du néolithique pour nous faire du mal… ou tout simplement pour danser sur le feu que les meurtrières, filles de la Burroughs C-H 7, étudiaient par de longs stratagèmes…


Pour nous infliger des ouï-dire aussi et nous blesser comme cette nuit qui frissonnait dès sa naissance en terres d’holocaustes.

Ô Casimir & Ô Casimir

Des embruns aux paupières pour revenir sur terre et des emballages de supermarchés pour contrarier la sérénité comme une main, une bestiole excédant les hautes montagnes, elle avait mis en quarantaine le pays heureux des enfants joyeux, un voile dans les cheveux pour en venir à bout
Comme un vide instrumentalisant le côtoiement des plaques d’égout, la tortuosité, tous les enfants de ce pays crasseux étaient comme ça : disposés en cellules souches dans son laboratoire, aussi étrange que cela puisse paraître ; malgré l’odeur de terre qui se dégageait à chaque changement de trajectoire sexuelle, il y avait aussi de la poudre blanche dans ses yeux livides, dans ses pots de fleurs et dans son éprouvante éprouvette ovulatoire.
Comme des réseaux sans fil ou comme des soleils couchants, les enfants avaient été tellement gavé comme des oies qu’elle devait faire naître dans cette solution amniotique des perches et des naufrages
Elle avait tellement gavé les enfants qu’un sillage de couleur jaune dans l’éprouvette étincelait comme des V1 ou des V2 prêts à exploser littéralement : les enfants-oies étaient devenus des bombes à envoyer sur Londres et l’éprouvette, en la rapportant dans un tombereau, un tissu de mensonges naïvement, mais mûrement et hautement perché.
Ce fut dans ce contexte que j’arrivais, en sprintant à la dernière ligne droite, dans ce pays bouillonnant de bonheur fécond. Bonheur fécond mais profondément troublé quand la technicienne de laboratoire apprit que les V1 et les V2 n’avaient pas fait de dégâts !

Avec moi dans l’éprouvette, les enfants joyeux étaient tous des lépreux qui voulaient vandaliser la capitale du Royaume Uni ; leurs campements imaginaires : des tentes en peaux de chameaux dressées à l’orée pensive d’un bois hanté et leur sérénité : un miséreux mais un martial mélange à mi chemin entre développement personnel et guerre au Mali.

Les enfants V1 et les enfants V2 n’arrivaient plus à soutenir le va-et-vient prévu par le plan machiavélique de cette sorcière de laboratoire ; entre yo-yo mélancolique et parfois mais très rarement douce euphorie le moral des enfants joyeux n’était pas vraiment bon !

L’au-delà peut-être…

Des Déesses s’éloignaient, principes précautionneux pour une description sans la vision fiévreuse, cette vision ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant tout ce que ces nymphettes pouvaient distiller en quintessences : ces quintessences de monde nouveau
Percluses de doutes et de vanité. J’étais le
Dieu des Crémations, développais en encaissant dans toutes les méninges les différentes étapes pour migrer ailleurs : l’au-delà peut-être… et ce qu’on avait exproprié de leurs sorcelleries
Ne se mesurait que par la force des vagues souvenirs à la Malcolm X
Mais la solitude trouait des vers dans l’ombrelle de leurs écumes
Des embruns de vers et des rafales de rimes
Des états latents de califourchon somatisant à l’est des odeurs de ruines
Il avait fait perdre le nord au sud cet est mémorable ; l’itinéraire avait commencé ainsi. L’apprentissage qu’on pouvait bénéficier en lisant entre ses lignes : explorer tous les rêves, qui, par malchance, débutaient par une vision fulgurante ; était-ce ce début de chantier écroulant des colonnes d’or et d’ivoire pour soutenir le ciel ?
Ou bien sa variante plus moderne qui mordait la prescience des pylônes pour électriser les cœurs ?
Sauvages, arides
Et liquides conceptualisations que le jazz thérapeutique, consumé sans l’écouter vraiment, sans singer sa jouissance
Avait fourvoyé en attisant la sorcellerie des veuves noires !

Aux insectes, pour demander pardon

Les insectes dans le cerveau refaçonnent et détaillent le lieu qu’ils ont fait exister. La bouche grande ouverte, comme pour recevoir l’hostie, a fait entrer les insectes ; les invertébrés à l’intérieur du cerveau, comme absorbés par ce cosmos, rendent l’exploitation de ses neurones assez complexe : il faut, pour extraire une pensée, pomper au fond des strates cérébrales, comme si il s’agissait d’un fossile.
Le cerveau : un lieu étranger où les insectes malheureux, malhabiles, paraissent ridicules par rapport au nouveau fonctionnement de protection qu’ils ont adopté.
En réalité, elle a de nouveau perdu conscience, la victime ! Résultat d’un forage sauvage, sans aucune délicatesse ; des millions d’insectes la regardent à l’intérieur d’elle-même et gardent farouchement leur gestation : quand les chirurgiens tentent de les déloger, ils s’aperçoivent rapidement que leur gants, puis leurs mains, sont couverts d’acide hautement corrosif ; et la victime éveillée dans son lit hurle encore plus fort que ces docteurs. Elle hurle qu’elle va mourir. Et pourtant, oh mon dieu, elle ne meurt pas. Pas encore. L’agonie ne fait bien sûr que de commencer, il faut l’honorer cette douleur sans laquelle rien n’augmente ni ne diminue.
Quelque chose explose dans ses os et dégage une puanteur si forte qu’elle semble briser la chaîne moléculaire du vice.
Peut-être que la torture n’a pas de fin, se déroule selon une extra-temporalité qui nous échappe. Mais personne ne veut abattre cette jeune femme qui passe ses jours et ses nuits à endurer, à cuire intérieurement.
Les examens continuent. De son côté, la douleur ne reprend pas : elle est la continuité incarnée tout simplement. Comme un être indépendant, qui fait pourtant partie d’un tout, qui est consommé par cette globalité mais aussi qui l’entretient et la nourrit.

Ce rail d’encens qu’on lui avait promis pur et extatique, était peut-être de trop.

Bouquet de nerfs

Ce bouquet de nerfs que je venais d’apercevoir en quittant une application était irréprochable par l’aperçu de ses grands chemins et il y avait comme une altitude ou une attitude rouge et fumeuse qui planait sur leurs ombres délimitées par la pluie… et la liste rouge téléphonique qu’ils contenaient m’avait absorbé dans des contemplations psychédéliques…

Sur les grands chemins il y avait aussi, à l’approche de minuit, l’asphalte bleue enrubannant ces hommes pendus têtes-bêches à l’entrée de la demeure de Satan. Eux-aussi jadis lancés dans cette quête effrénée : ce bouquet de nerfs, ce Graal sacré qui harassait, dès le néolithique, leurs consciences et leurs idées grunge !

La mésentente de ces chemins et leurs Théologies du Feu perçant au-dessus de la surface avaient survécu aux massacres du tsar tout comme l’ordinateur Burroughs Cora-Hummer 7 sur lequel je pianotais ; celui ci produisait dans l’inconscient des générations à venir de vagabondes luxures que je devais ranimer par la braise de leur bûcher ; et la fumée de leur cigarette
roulait, dans du papier de vers, des versets, tous précisément espacés par le rythme des bourdonnements déconcertants de la machine chaque fois qu’un projet était déclenché.

Par quels procédés s’étaient-ils laissé abusé ? Avaient-ils été séduits par le plus parfait des Théologiens du Feu ? Ce bouquet de nerfs avait-il été enfanté dans la partie la plus inférieure des limbes infernales ? Et pourquoi les grands chemins avaient-ils été conçu selon le modèle du Shining Project ? Brûlant sans jamais manquer de combustibles, tout était organisé autour du Feu et comme bercés par la chaleur humide qui régne en son antre, ces deux fous, ces deux sbires de Satan avaient modifié le goût du métal pour calmer la douleur, ouvrir ainsi l’application Twitter, et rechercher dans les entrailles de leurs victimes l’odeur rouge, mélancolique qu’elle exhale, cette souffrance virtuelle… Sur leur carnet était dessinée au fusain sa représentation.

Le cri déchirant de la goule !

Il y avait, comme pour éclairer leur pensée latérale, l’éprouvante vivacité des pastels ; leurs viabilités ne duraient que si leurs langueurs jouaient aux osselets ou si elles courtisaient les marées…

Leurs lointaines échappés sur des chevaux babéliens
Avaient enfanté dans le creux des vagues virginales
Le cri déchirant de la goule et de ses ombres ; de ses ombres qui projetaient sur l’autel des nuits impénitentes, il ne restait alors que le sommeil des transconteneurs.

J’avançais et j’inversai aussi la rotation et les révolutions qui sommeillaient au centre des planètes
distant de tout, plus proche, par nos génétiques entremêlées, de cette goule planquée dans leurs quartauts tubéreux : une autre veuve noire imitait son cri déchirant et le soleil des nuits perpétuelles avait ainsi l’atout gagnant dans sa manche !

Le côté grunge de l’existence

Rapporte-moi les automnes sauvages, dit-elle

Son souvenir frigorifiait les sourcilleuses épines de mon doigt de pied en attisant les plus folles, les plus ésotériques recherches jusqu’à parvenir au point de non-perception : le vide des Voyelles ; mais je n’avais toujours pas très bien pigé

Quelle était la finalité de ses histoires de fantômes qui me rendaient successivement ou simultanément confus ?

Lorsqu’on greffa sur mon crâne les hélices du Minotaure

elle parut démasquée, couverte d’écriture écorchée ou délirante comme on en trouve dans le journal de Kurt Cobain

Il te faudra du courage pour me perdre,

m’avait-elle murmuré, détenant entre ses murs un précis de médecine d’Aristote

Un livre qui m’avait ôté la somme de ses allures provocantes que je comptabilisais alors entravé par

L’obscurité d’un arc de sa main : était-ce une leçon immorale qu’on pouvait retenir des huit premières pages d’Aristote ?

Mais peut-être n’était-ce que les effets, les vapeurs de ce pigment brûlé qu’on trouvait dans sa résine ?

Et dans cette résine polissonne où était caché la molécule i-7777, le philosophe affirmait qu’il avait décanté par une succession de silences dilatés sous tous les angles

Le côté grunge de l’existence

L’ombilic des limbes

Si je devais ressusciter je voudrais n’être plus qu’un seul védique grimoire : le grimoire de l’ombilic des limbes aujourd’hui disparu. Un orateur aussi.

Comment, parmi ces minuscules poussières d’étoiles, cet ouvrage d’Artaud a-t-il survécu au temps ? Et à ces droguées nymphomanes qui embrassent de leurs lèvres le linoleum.

Les fenêtres ouvrent sur le grand ailleurs et Beth dort encore, son ombre couchée sur le lit étant délimitée par la pluie

Les mirages et les idées en copeaux

Comme ces lambeaux de papier

que Richard Brautigan, de ces mains fatiguées

envoie jouer dans la corbeille ; alors les idées sont lancées…

Black Insects

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs. Cet ailleurs martelé après de longues nuits harassantes avait le don de réactiver cette vieille histoire : la nuit où j’avais vu passer dans un état second des trains de marchandise dans ces tunnels où j’errais.

Il y avait encore des solutions d’habitation ailleurs mais on devait faire appel à l’imagination. J’étais né après la période post-grunge et ma vie jusqu’à maintenant avait été une interminable incarcération dans ces tunnels.

Dans ces lieux, j’avais composé black insects, une chanson avec une mélodie lancinante, déchirante. J’avais longtemps rêvassé, m’étais inspiré des forêts denses de Lake District, des ruines des vieilles bâtisses évangélistes, des maisons de bûcheron aux clous rouillés et apparents avant de m’engouffrer ici.

Une nuit, les flics avec leurs rottweillers, avaient fait une descente pour déloger les adolescents frêles qui squattaient et fumaient dans les tunnels. Il y eut une surenchère de violence et puis plus rien. Seule la mélodie de black insects résonnait encore, comme le cri de guerre d’une tribu locale, alors véritable esprit des lieux.

Pour déconner, j’aimais raconter aux journalistes que black insects avait été inventé dans un cimetière indien, alors que j’étais en transe : j’avais vécu une enfance éloignée de tout, dont les médias n’avait pas accès, ce qui me permettait de dire un énorme mensonge sans qu’on vienne me faire chier à ce sujet.

En vérité, tout avait commencé à ma majorité : j’étais fou de rage contre tout, contre les psaumes simplistes et dégoulinants d’amour fraternel de mon père, le pasteur du coin, contre ce faux recul bidon que les pétasses affichaient à mon égard, contre le racisme de ma province paumée envers les gens typés…

Bref j’écoutais In Utero en boucle et je me demande encore aujourd’hui comment l’heureux auteur de black insects n’a pas défrayé la chronique à l’époque en massacrant son environnement avec un fusil à pompe.

Aujourd’hui encore, on peut entendre des adolescents frêles, en chemise trop large et jean troué, fredonner black insects en pinçant les cordes de leur guitare pourrie ; et j’ai même appris dernièrement que des connards aux crânes rasés et aux couleurs nationalistes, dans leur pays respectif, se sont réappropriés black insects, la chanson culte de notre groupe, pour en faire un hymne nauséeux.

Au début pourtant, nous étions un groupe de rock, tendance plutôt boueuse : des amis qui s’étaient connus au lycée, plus proches de la laitue humanoïde que de vrais bêtes de scène. Il y avait encore de grands espaces à conquérir.

Les tableaux noirs, leurs procédés silencieux ou leurs silhouettes de tailles humaines…

Elle devait émerger au troisième millénaire d’un mur de marbre blanc, à l’extrémité nord d’un souterrain, en vivant de lichens, de jeunes filles prenant leur pied, décimée par l’enfance
Exposant leurs détails d’ivoire, pour avoir une idée de ces nymphettes fusillées ce mois de mai en plein vol
Il n’y avait que des jours de nefs basses et des ailes de jouvence

Pour renaitre par l’envol, Hunter S. Thompson abandonnait leur schéma de pensées outragées
Et rendait abscons le pouvoir de maîtriser tous ces orages pour penser aux si belles, si moches choses qu’elles croyaient provenir des mythologies évanescentes et des amulettes
confrontant les miroirs
Ces matins fuyants et sauvages qui, tôt devant leur café, venaient réchauffer le Vésuve ou la languissante soie de sa nuisette
Sans l’arôme du café

Découvrant la lumière claironnant
Par l’antre ouverte des âges
Elle savait comment délivrer son message, sa sérénité, les prémisses bon chic bon genre
Le noir était sa couleur, un pelage malgré tout
Qu’elle n’aimait revêtir qu’aux patients crépuscules
Lorsque leurs sombres radeaux flottaient au-dessus de l’horizon calme
Elle prévoyait pour chaque migration d’ivoire, pour chaque transhumance d’ivraies folâtres d’autres tableaux à peindre à la Soulages, en se disant Le noir c’est de l’or !

Le regard védique

Le regard védique que la nudité féminise en phénoménologie prisait du tabac : cette nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne nous voyaient pas et que je retrouvais au fond d’un grand rift, à la fin d’une république sans histoire, ne nous gênait pas.

Même nue dans les rizières surnaturelles et moi couché comme un vaurien sur le sol du sanctuaire matriciel une bonne fois pour toutes, nous tombions toujours plus bas dans ce gouffre que les samouraïs informatiques, après plusieurs tentatives et sans-façon, amorçaient ; la romance entre nous deux n’influençait pas non plus l’arrêt ou non des larmes d’où partait la morsure du bleu, se vautrant sur ces sommes matricielles qu’il n’y avait pas lieu de payer…

Les Reines de Kingston !

L‘aube dessinait des cygnes. Et des masques, des masques de lances maintes fois raccrochées
aux hasards de ses yeux pour rejoindre Kingston à chaque borne, à chaque bois de santal
périphérie solaire, étendues de glace que l’on approvisionne, avec des gourdes, des dessins humoristiques
ou que l’on brûlerait au chalumeau avec des armes de débutant, de gogo danseuses
j’avais besoin d’aimer à nouveau, lui dis-je à cette danseuse de Saint-Louis, un itinéraire que
son épaule me déboussole, en dehors des Europe, des tables basses, pour faire ployer le meilleur arbre de ratissage zen.

L’obscurité du marasquin de Neptune

elle me parlait de la nuit, de cette nuit où le sens de la vie restait à trouver

elle

Était ce silence qui parlait de la nuit vieillissante

Alors qu’en plein milieu de nulle part

La noirceur systématiquement s’agenouillait, se perdait, rencontrait les poètes

Des accords

accrochés aux équinoxes ; ainsi elle ressemblait à une identité d’emprunt, une rivière de pas grand-chose

Pour réordonner les évanescences comme des lumières

Et je prévoyais en la voyant avec cet air intangible, flou de la ficher comme junkie

Il n’y avait pas d’objet plus revitalisant que son ombre égarée en chemin

Pas d’autres expéditeurs à retourner et encore moins de substance plus grisante que son marasquin provenant certainement de Neptune !

Le vin des barricades

Elle arrosait du vin des barricades mon cœur huilé d’histoires blafardes
Mais ces libations ne refroidissaient plus mon corps transi des froids hivers
J’oubliais tout ; à coup de gaules elle haranguait
Dans la salle des meurtrières des combats perdus d’avance et les cimes ainsi crachaient leur ennui érotique
Dépareillées étaient leurs couleurs qui doutaient comme moi de la nostalgie
J’oubliais tout ; même les corrélations
Des soleils noircis par ses remontrances serviles – le soliloque du clown –
Se perdaient dans le grand maillage de ce Nirvana endolori qu’elle exsudait pour imaginer la genèse des guerres comme celle du Viêt-Nam

Les territoires des narcotiques sanguins

Je couchais sur papiers ces nuits dont l’intérieur du van entreposait les reliques depuis le clairvoyant Scentless

Je les décrivais comme un silence d’hypnose, et désassemblais tout leur réseau alors qu’elle résidait cette idée aux tréfonds des terreurs d’enfant

Des peaux de basalte et d’autres nuits impossibles piaulaient le lait de la pitié. Comme fatiguées pour avoir trop hissé la hampe des détails.

Sous le portique des pénombres

Arrachant les dents aux mémoires des Time Capsules et aux cauchemars vagabonds

Je portais les grenades que leur sein et leurs yeux noyaient d’un néant nécessaire

Le néant des étendards sacrifiés

Déjà se distinguant en disputant âprement les territoires saccagés par des narcotiques sanguins…

Naissance et renaissance

J’avais écrit des pages

Dont je ne me souvenais pas

Je ferrai aux mors des grandes rivières des lamentations

Les lamentations de ces nénuphars qui ne pouvaient s’endormir

Que sous les grands arbres

Et quand les braises dans l’âtre satinaient ce que les grands arbres confiaient, leurs nuits, leurs grands secrets

Me donnaient la force de survivre et même d’exister et l’ombre qu’ils apportaient aux ombres

M’aidait ; et je pensais à l’arbre d’Anne Frank

À l’arbre qu’à ma naissance mon père avait planté

Et je me sentais prêt à tout revivre

Les grandes douleurs où sans doute on aime à se perdre

Comme les moments magiques de l’existence

Que j’entrevois, même malade, même sans mémoire

La force, les pays des bateaux perdus, et tout le reste qui se recueille

Juste un moment avant de reprendre la route.

Le thé des poètes !

Le thé des poètes comme une lumière tremblotante, la lumière de ce monde en silicone noir. Sa préparation à la manière des moines zen avait été jetée aux oubliettes.

De vastes étendues d’eau saline pour qu’il puisse s’infuser et, comme l’océan pacifique qui réussit tout ce qu’il entreprend, il avait l’arôme de l’éternité, des drames vibrant comme les cordes d’un violoncelle…

Chaque jour son esprit flottait par delà l’est et l’ouest sans remarquer que le nord et le sud, en symbiose à présent, étaient en parfaite santé ; et pour nourrir leur corps de géants occidentalisés, l’attentionnée nonne bouddhiste captait des messages provenant de l’espace… et qui nous parvenait après avoir bu une tasse du thé des poètes !

Était-il noir, bleu, vert, blanc ou mauve ce thé que le capteur télépathique du moteur des inventions pas encore inventées ne parvenait à dissimuler ? Nous ne le savions pas mais nous acceptions ce qui ne pouvait changer. Dans toutes nos décisions, avec la même lenteur que le thé des poètes s’infusant, notre cerveau enregistrait la liste mnémotechnique, en grand deuil, de ces cours boursiers bouturant les printemps… et les cueillettes de ces feuilles de thé, adulées par tous les poètes !

La soupe aux choux des jeunes filles prenant leur pied !

La soupe aux choux pendant que Beth dormait encore, en reflétait bien des ombres qui restaient couchées sur le lit étant délimitées par la pluie ; le savant breuvage, par delà les vallées, entraînait des alpages noirs de craie et de surprises synthétiques dans sa chute… des intrus qu’on voulait oublier. La soupe aux choux annihilait la lumière de la chambre qui par petits paquets de rayons, paraissait enamourée d’un suçotement de bleuet nostalgique…

La soupe aux choux bouillonnait comme sa silhouette de craie et de fusain plongeant en s’immobilisant en bas. Peut-être était-elle métamorphosée par ces quelques pétales de ciel blanc arraché, qui la guidaient à travers les dédales, les cosmos ; et pour faire tomber quelques extraterrestres, ses grumeaux lui reconnaissaient un langage de plus en plus ironique.

Mais, ces souverains réchauffés non par le soleil vert ni par ses rayons au gaz comme le butane mais par la languissante chaleur de cette soupe paysanne, allaient sonner le glas de sa vitalité effervescente… Et, en rogne dans le tombeau sacré de leur Vallée, ces roitelets éprouvaient des émotions pourtant contradictoires : un mélange miraculeusement évanoui quand la conscience spirituelle de ce potage profanait leur tombe.

Nous avions roulé toute la nuit dans une Renault Scenic de troisième zone, en pensant que la soupe aux choux allait observer une révolution tout comme le ciel rouge de Bangkok ou comme un jour de nef basse ; et bien trop lessivés dans cette guimbarde supersonique s’étant arrêté en haut d’un gratte-ciel surhumain, nous écoutions l’autoradio qui passait en boucle la soupe aux choux et qui, même par l’intermédiaire de nos pensées les plus folles, n’avait aucune sympathie pour eux : ces rires décantés de jeunes filles prenant leur pied, et que j’estimais être au plus au niveau dépassant la simple télépathie, les nobles idées révolutionnaires des hussards informatiques…

Pour de virginales pensées, les neiges jaunes !

En écrasant au sol des lustres napoléoniens, tout d’abord une succession vertigineuse de miroirs, ou un viatique en marbre blanc.

Puis une virée entre veuves créée par son seul mental qui, pour la perspicacité d’une veulerie émergeant de ce mur, avait été jetée aux oubliettes… et veules comme leurs céphalées étaient leurs Sybille industrielles qui les suivaient par de longs travellings d’autoroutes ; tout en continuant ce jeu certes un peu débile via leur chemin de fer délimité par la pluie, leurs territoires se perdaient jusqu’aux cataractes minérales du non-être : suites de vision infinie numérotée et attribuée à chaque changement d’altitudes ou de latitudes !

Leurs viabilités ne duraient que si elles jouaient aux osselets ou si elles courtisaient l’éprouvante vivacité du pastel, alors sommeillaient ces transconteneurs où planquée dans leurs quartauts tubéreux une autre veuve noire imitait le cri déchirant de la goule !

Et qui empêchait d’approcher de trop près. Ce fut alors que les vétustes exils reconnus dans les stances scandées par les foules, formulèrent de magiques invocations pour leurs comptes… et pour les faire revenir sur Twitter par quelque cruelle divinité vieillissante ! Ainsi, pour le rite, je devais donc quémander au portier ce qui produirait leur flambée ; et tout semblait brûler à cause de cette force, cette sorcellerie par laquelle devait ressusciter l’être formidable de leurs raccourcis matriciels.

Cette année virale avec ses réseaux sociaux qui résistaient au feu, aux mensonges, aux masques hilares, annonçait pour de bon leur retour sur terre ; en éteignant mon mégot que le tabac de Virginie avait abusivement volé aux consciences des machines, je venais d’écrire un poème où il y avait une chandelle oubliée, cachée, puis retrouvée en l’honneur des défunts… Des défunts pour réinventer encore d’autres mondes !

La sorcellerie des veuves noires.

Des conceptualisations pour des nymphes trop blanches ou un souvenir fugace mais mémorable ; l’itinéraire avait commencé ainsi. Leurs apprentissages : explorer tous ces rêves, qui, par malchance, débutaient par une vision fulgurante.

La description de cette vision fiévreuse ? Pour la visualiser, on se retrouvait aux îles Marquises, anticipant ce que ces nymphettes développaient en encaissant dans leur méninge les différentes étapes pour parvenir au but… et ce qu’on avait exproprié de leurs sorcelleries de veuves noires n’était que la somme de tous ces rêves en lambeaux, de toutes ces mélodies à la Kurt Cobain…

Un certain malaise se dégageait de cette nouvelle équation qui cependant ne procurait que la malaria pour tous ces malandrins qui avaient mal commencé leur vie ; incendiant leurs Maldives avec ces kyrielles de nuits passées, vague souvenir de Malcolm X qui n’avait jamais parlé ou si peu de tous ces clubs de grandes prêtresses, où le mâle en goguette cherchait toujours des couturières malveillantes…

Ah ! Décidément à Kuala Lumpur comme ailleurs, pour ne trouver que cette idée tenace, obsédante de ces histoires blêmes, les nuits revêches ou les noces, les sorcelleries de ces veuves noires, corrigeaient sévèrement tout ce qui accusait et crevait la panse des clowns épeiches. Ces silhouettes de craie et de fusain semées au vent.

Tournées aux pays des ichtyosaures extraterrestres

À Bristol, au quart de tour, son sang se déplaçait d’une valve à une autre, irriguant les couveuses, élaborant dans un tourbillon la fusion du métal ; ce métal qui me fit penser à cette célèbre timeline, son seul butin, et qui défilait jusqu’à la déraison.

À Brisbane l’obscurité était maladroitement agglomérée aux arrières-goûts de ses jours de sabbat, et elles en décrivaient ses collectes d’œufs de Pâques, prêts à éclore, bien des moments d’incubation et ce monde aux tympans percés par le claquement de bec du pic-vert n’entendait que le bourdonnement des clés USB 3.0, des disques durs aux vaisseaux sanguins périnataux forcés d’obtempérer.

Et toutes ses machines expropriées comme tout autre appareil qui trimballait des informations contradictoires, mais qui n’existait pas, ameutaient des ichtyosaures extraterrestres ; des ichtyosaures que Martin du Gard utilisait comme moyen de transport pour vendre du rêve.

À Londres les théories du complot et leurs rumeurs latentes préparaient le terrain pour le journalisme gonzo et il en résultait que toutes les villes du Mexique allaient subir un déferlement de parasites ; en effet dans ces villes brillantes comme des mares aux diables, elles avaient une certaine idée de l’élégance impérialiste que ces arrières-goûts sauvages d’équipées ravivaient sur le dos des ichtyosaures extra-terrestres, ces jeunes filles masquées pour un bal à Londres.

Les danseuses de Saint-Louis.

Sur les grands chemins, elles avaient semé des larves de reptile en mutation, des délires rocailleux léchés par des flammes voltigeantes… Et, avec une lumière au front pour éclairer leur pensée latérale, elles avaient décidément du chien, ces strip-teaseuses vulgaires mais malgré tout éblouissantes… et elles en avaient fait vriller des ronds stylisés de sorcières alchimiques, ces danseuses de Saint-Louis : le vide des voyelles d’Arthur Rimbaud qu’on pouvait aussi puiser de ces glapissements de sapins verts tandis que nous roulions en wagon…

À bord, des mondes surréalistes mais aussi dans les terriers où se succédaient les humeurs photographiques, à l’ouest de cette forêt d’où nous apercevions une plate-forme de lancement comme Cap Kennedy… et à l’est des États-Unis où nous nous dirigions en train… peut-être pour New-York, peut-être pour montrer nos vers, nos alexandrins à quelques pieds-noirs qui venaient des pentes et des bois. Et comme enlacées à cette peau de crocodile qu’elles avaient revêtu ces danseuses de Saint-Louis, elles s’étaient agglomérées aux jours de sabbat des nuits de pleine lune, mais il y avait maldonne.

Maldonne d’abord, au Sud et au Nord, pour les chapiteaux de tous ces cirques où elles s’étaient échappées, ces nymphettes que les zigzags imaginaires et métaphysiques des torrents fiers avaient descendu froidement. Maldonne pour ces cieux élargis par la pureté de leurs pupilles qui tentaient de réconcilier les deux pôles, maldonne enfin pour ces ombres délimitées par leurs flammes nostalgiques, leurs silhouettes de craie et de fusain prenant leurs pieds alors que le monde de la pluie comme cette rêverie rêvait secrètement de les rosser à mort !

Un Mur de marbre blanc

Elle devait émerger au troisième millénaire d’un mur de marbre blanc, comme cette étoile en virée pour du tapage nocturne et bien urbain, cette rêverie que je rêvais secrètement de rosser à mort pour penser aux si belles, si moches choses ; tôt devant mon café, admirant le Vésuve ou les détails de sa nuisette je lisais en elle des mythologies évanescentes et des fantasmagories égyptiennes…

Me perdant dans le creux des arbres noueux ou cherchant toutes les abominations métaphoriques ou réelles qu’on pouvait puiser de leur halo mystérieux, j’étais en train de fumer formant des ronds stylisés de sorcières alchimiques qui priaient, envoûtaient d’autres rêveurs privés de violence et de hurlement, de coups, de déchirement, de cris, de baise.

Et si un quatrième Reich, par le commerce et la vente de cyborgs, tournait à l’aigre alors immédiatement je le savais, même si au fond il ne pouvait régner qu’à l’angle de la rue Caspienne et du boulevard Borges, comme sculpté à même ce mur ; ce mur envié de Wall Street que les traders, le teint cireux, les yeux luisants, associaient aux constructions antiques, aux architectures spirituelles communiquant directement les discours de Socrate, Platon ou Aristote…

Tout en continuant d’extirper sur la Toile ce qu’elle jugeait nécessaire pour son projet actuel, c’est à dire de suicidaires levées de fond, la conscience de ce mur décrivait minutieusement le fonctionnement d’inventions inouïes qui n’étaient pas réservées aux pleutres ; cependant maintes fois assignées aux strass des programmations cinématographiques ses affiches n’avaient été collées que virtuellement. Des barbelés interdisaient l’accès et le mur, pour analyser par la suite les sculptures en marbre aux bras tendus vers un lustre écrasé au sol, émettait alors un signal télépathique et redevenait ainsi aussi noir que les doigts de calcaires des victimes hallucinées ayant tenté son assaut.

Prescience et Science Fiction

Les espèces mutantes, reptiliennes ou presque humanoïdes, écrivant sans l’aide de leur main la genèse d’un récit à venir, se tailladaient les veines en pensant à la poésie de Charles Baudelaire dans leur bain chaud et profond, dans la vase fédérant toute personne sensible… et ils formaient des cercles autour des kamikazes en danger de mort imminente, à vocation littéraire. Une rivière, un fleuve de sang noir comme effluves fictives qui espéraient ardemment les contrées réjouissantes de l’au-delà.

Leurs manches où se cachaient des carrés d’as accueillaient les quintessences de ces blessures qui pleuraient dans le jardin d’éden… et sur le visage de Sophia leur sang bourbeux luisait comme des lunes dessillées par leurs cortex qui avaient le mal de vivre : des philtres qu’on aurait juré éteints par les ultimes effets de la vodka, cette ivresse de la veille furieusement incarnée en un seul tampon imbibé du précieux liquide. Alors ils mourraient lentement mais sûrement, s’étaient-ils abusé par quelques supercheries avant l’agonie de leur mort nonchalante, ou après l’écriture de leurs chroniques un brin morbides ?

Orange Mécanique Surréaliste

Le béton marbré s’étalait en long sous le soleil en laissant tomber sournoisement une nuit verte sur Las Vegas. Un peu de terre rissolée éclatait en croûtes sur le bas-côté, ce bas-côté qui avait fait circuler le parfum des pierres à l’intérieur de la valve du cyborg jadis.

Les palmiers faisaient une belle allée figée autour de la route et un brouillard dense avalait les néons jaunes et bleus de la ville basse et des halos épatés dans l’atmosphère, aveuglants et menaçants, plongeaient ensemble dans le gouffre.

Des petites rafales de brise fraîche vinrent caresser les joues de Liliane lorsqu’une trouée révéla l’océan sur sa gauche ; on pouvait entendre la cavalcade d’une harde de chiens errants dans le lointain flou.

Un beau balcon longeait la côte qu’elle remontait à toute allure, quittant les sentiers battus et, plus loin, une oreille contre le goudron de la rue s’épuisait à entendre une mélodie étouffée perdue dans les égouts. Le coucher du soleil vint imbiber d’or et de feu le paysage. Les verres de ses lunettes aviator virèrent à un orange surréaliste. La Toyota 4×4 brilla, la chevelure de Liliane brilla, le monde entier brilla pendant quelques secondes au milieu des boites de lait et des chaussures et des conserves qui formaient la totalité des détritus au grand jour ; des cartons en dissolution qui rechignaient à disparaître.

Un goût de marasquin provenant de Neptune

Démystifié par quelques sentiments de love buzz grunge le goût du marasquin de Neptune, que l’animatrice télé et l’animateur amoureux peinaient à décrire, en avait fait tourner bien des têtes… Et découpant les serpentins de leurs braies et cottes de mailles en lambeaux, des poignées de soleil vert avaient mis des années lumières avant de tremper leurs lèvres dans ce verre de marasquin ; peut-être était-ce à cause de leur timidité maladive qui jusqu’à présent les avait fait raser fugitivement les murs.


Par comparaison avec leur idole aux yeux noirs compatissants, sans que le bleu de leurs pupilles ne puisse se noyer dans ce marasquin, ces sentiments de Love Buzz amoureux, que la guitare avait rendu jaloux, attisaient le feu dans leur gorge au passage du verre de vin.

En noir sidéral ou en or rose ?

Ah Cassie ! Cassie en noir sidéral ou en or rose en avait bien des vignettes récoltées dans les encyclopédies aux illustrations grouillantes de gnomes. Des vignettes qui prouvaient que les croyances en l’imagination toute puissante, pouvaient corriger, à mesure que le lecteur avançait en tournant les pages des précieux ouvrages, la froide féminité du maître des passerelles planqué dans un silo de stockage…

Pour la verve, elle détenait aussi de vigilantes cartes mères qui ronronnaient et qui allaient vilipender les romanciers de la nouvelle génération par l’intermédiaire des données de son iPhone ; et ils avaient été alors modifiées les génériques annonçant l’arrivée de cette nouvelle génération de romanciers français : depuis le fond sans fond de leurs phrases imaginaires, sans pouvoir les ensorceler, les renouveler, Cassie les avait annexé à cette sibilante bobine vingt-huit qu’on avait fastueusement empaqueté.

Il y avait déjà eu maldonne quand leurs lacunes dessinaient des failles vêtues de cuir noir canonique entre les bandages des momie atrophiées… Et qui rejoignaient par leurs thèmes communs ce petit livre rouge que les pharaons retraçaient sous les essences originelles du Milan noir, mais pour apporter quelques éclaircissements à ce que les joueurs du Munchkin ne savait pas, les autres bobines contenues dans les cartons de Cassie avaient piraté, hacké au nom d’un simple poète inconnu l’architecture spirituelle de ses vignettes.

Mais, à ce moment là, tout n’avait pas planté. C’était peut-être à cause du souvenir des choses lointaines. Leur conscience en désapprouvait bien des voyages en van et les cimes à atteindre en exploitant la peur ne craignaient pas de les oublier ; avec des suites et des paires d’as, elles sommeillaient dans le ventre du lac, sous l’assaut d’un désir.

Alors fanèrent tous les regards que les temps littéraires déportaient à l’ouest de cette nordique liste de suites et de brelan, ou d’un carré d’as juste impénitent.

« Regarde-ça » dit-elle enfin. « Regarde ces affiches vantant le labeur méticuleux du vignoble australien, pour quelques fantasmagoriques suites et listes bleues elles attendent d’être vampirisées par la vivacité du pastel »

Mais quel Sud à jamais a le coeur à marée basse ?

Mus par quelques sentiments de love buzz de cette Bonnie qui aimait un peu trop les potes quand elle revint, déstructurée, entourée de caméras, de perches, de projecteurs et de ses ombres chinoises vertes et pourpres c’était Bonnie qui aimait les récits écrits des crocodiles…

Quand elle revint, dis-je, de ce pays où seul le Bouddha énonçait ses erreurs de jeunesse, ses fondations spirituelles d’une architecture que ce monde enveloppé d’un autre monde, avait caché pendant cette réunion secrète se déroulant à minuit uniquement, ce monde qui se concentrait uniquement sur son état d’esprit… l’état d’esprit que Bonnie essayait d’allumer entre les seins de Cassandre !

Entre ses seins avait expiré le love buzz grunge que l’animatrice télé et l’animateur amoureux avaient fait traîner à leurs suites comme les serpentins de leurs braies et cottes de mailles en lambeaux, et entre ses cuisses jetant des pincées, des poignées de soleil vert entre les ombres mettant des années lumières pour raser fugitivement les murs et son sexe qui enfantait des univers avalant des univers eux même avalés par des univers,


Par comparaison avec leur idole aux yeux noirs compatissants, sans que le bleu de leurs pupilles ne s’improvise, avec leurs symboles avant-coureurs ces espèces de fantasmagorie passait comme le ciel se tirant à chaque fois que les inventeurs de leurs alambics bizarres trouvaient une autre mise en abîme.

Des meutes, des émeutes mais c’est Ok pour pêcher le poisson !


« Pingouins dans les champs, hiver méchant » avait prédis Tréfonds Tournesol, le bhikshu du village ; celui-ci vivait dans une semi-huttes de palmes, dans une marmaille accidentelle de pieds, pénis et nombrils, morves et rires, et cherchait maladroitement à se faire aimer de ses semblables en lançant ses prédictions à la cantonade tous les matins de bonne heure sur la Place du Village.

À cette époque, Oreille était coupée et lecteur de John Fante ne plus être ; tout n’était pourtant pas que d’ébauche et duperie des sens au Village.

Des types qui croisaient la route de Taylor et Manson mais aussi Tréfonds Tournesol on pouvait les entendre chanter : Maîtresse ! Ô ma maîtresse ! Ne touche pas à mes tresses ! » La chanson absurde du groupe Image en déciderait bien d’autres des dictatures ; ce que vendaient des chansons à peine perceptible produisaient des soleils chargés d’haleine amniotique.

Chouette Furtive, le Maître des Horloges en train de décharger du coffre de la bagnole le roi et la reine de la Saint-Con, allait remettre les pendules à l’heure. Mais pas de suite car le moment n’était pas tout à fait encore venu. Lui seul avait la force de gueuler dans tous les azimuts, contre ces espèces d’illuminées et que les azimuts allaient flageller à mort…

… ni daim ni dame ni Awesome.

Obsolètes étaient vos désirs quand le trajet circulaire de l’abrupt taoïsme refroidissait au soleil. Et hérétiques étaient ces langues d’oc comme les bananes ou les Ailes de ma Rolls… Il y avait loin d’eux une petite maison retiré, paisible thébaïde, où entre la faux et le faucheur affleuraient des histoires tantôt oubliées tantôt redécouvertes de fantôme avec beaucoup d’angoisse, beaucoup de folles idées de bourreaux.

Intentionnel était le pied que tu prenais alors qu’il n’y avait rien de tangible et graveleux était ce langage noir que nous utilisions le soir pour convoquer les lunes et les serpents. Il y avait aussi des anguilles noirs qui tournoyaient autour de tes bottes, toi debout, face à moi.

Dépravée était la harde de la Star Académie quand fulminant était le trop grand retard que l’attente avait transformé en temps préfacé par le génie. Il y avait encore entre leurs lignes de basse altitude et les lignes de leurs ennemis lettrés des soulèvements, des émeutes latentes.

En des nuits presque blanches, débranché était l’implant dans ton cerveau ; ton cerveau qui t’aidait à la référencer. Et tragique était le goût des meurtrières.. Il y avait alors comme cet arôme abusant les alambics bizarres que tu possédais, et dénaturant ce qui n’existait pas mais qui existerait, vu tes dons à percer l’avenir.

Le goût du marasquin

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Le goût du marasquin de Neptune se passait de descriptions.
Le ciel allait encore se tirer.
La mémoire était vaste.
La mémoire était partout.
J’étais là, devant toi.
Pour te parler d’avenir.
Et de mantra venant d’ailleurs.

Elle fut secouée d’un toussotement étouffé et humide, lorsque, pour les réjouissances, Neptune braillait. Il m’évoquait cet astre le souvenir des cueillettes de marasques pleines d’eau, les apologies d’une chienne toute niquée par un chien.

Notre appartement était en train de se fissurer, peut-être à cause de la mansuétude de Neptune, et les moisissures mangeaient les insectes, peut-être à cause de cet aperçu ouvert sur l’ordinateur qui s’ajustait avec tous ces faisceaux crépusculaires tombant sur nous de façon optimale. L’hymne de Neptune s’obtenait en calomniant les hérétiques, leurs feux chatouillaient les corps aplatis, mis en pièce des types perdus à chaque fois que des abrutis de musiciens se pointaient chez nous pour nous jouer un requiem. J’aurais juré que cet aperçu les aidait à abdiquer. Mais en vain.

Le marasquin paraissait un peu terne, son arôme que les branches des arbres morts mettaient sensiblement mal à l’aise, était semblable à la force herculéenne du Minotaure. Et de cette planète on n’entendrait plus parler.

En jetant des strass et des corn-flakes aux grands singes du Brésil

L’aube dessinait des cygnes, leurs zigzags frôlant ses terres en jachère et qu’on pouvait glaner avec l’odeur de la terre, puissante et subtile ; et qui gèlerait un jour ! Avec cette odeur aussi de paranormal sous la terre ombreuse, avait jailli ce mal, ces paralysies qui nous nourrissaient pourtant et inventoriaient tout ce qui ressemblait au sud, car il y avait du sud tout autour de nous : des défis à réaliser chaque jour qui influençaient la paralittérature des oiseaux aux jabots aussi énormes que notre désir d’instruire cette flore et cette faune. Ainsi le projet Kaphrium jetait aux grands hasards de ses yeux des strass de parchemins émiettés, nous embringuait dans une chasse aux œufs sans omelette et tout ça agissait avec bon sens.

L’aube dessinait des périphéries solaires, incisait des étendues de glace stellaire, choyées par des fumeurs intersidéraux qui clopaient en tremblant, comme bercés de données encéphalographiques

Et intersidéral était aussi leur jacassement, de temps en temps parcimonieux quand les Lunes Saines gagnaient les immenses espaces pour mieux fuir après… comme ces kyrielles de mains chinant par-dessus les consciences nourrissantes des jacinthes, à l’origine de toutes les opérations. L’aube agaçait mes insomnies pour mieux se débourber, choyait les zéphyrs afin de mieux les parcourir, et quand trempé mais bien au chaud dans son terrier, on pouvait les clore par le zéro des bourgeons ; sur ce même tremplin étudié pour désapprendre ou pour architecturer le Projet Kaphrium, les élucubrations des oiseaux de nuit repensait leur architecture équatoriale.

Et équatorial était ce poids reposant sur mes épaules, qui enchérissait sur la vente de cette nouvelle zen où, pour se tirer d’affaire avec cette végétation qui patrouillait, une cloche d’ivoire était décrite comme fêlée… et donc pas assez bonne pour animer les jours d’été nuageux.

Peut-être était-ce à cause de son mantra d’une autre trempe que cette équipe, dans son souterrain, ne voulait plus travailler nuit et jour, même pour élever ce parfum d’Hermès au delà de la voûte céleste ?

Dans les marais elle finissait sa course la voûte céleste avec de multiples arômes alléchants, avec ces plantes qui s’étaient interposées dans ces sales histoires aliénant cette aube… ah ! Décidément sa fin de saison, ses multiples existences n’avaient comme issue que le sommeil de ceux qui en ont trop vu pour une vie !

Tout suffocant et blême, quand sonne l’heure

J’inventais des ecchymoses d’éther pour ces machines hertziennes en attendant que le ciel s’incline et, pour les instrumentaliser, les silences, entre leurs cordes qui ne parlaient que la nuit, gribouillaient des dessins de nerfs optiques ; leurs nerfs optiques que j’avais percé de leur membrane quand elle me parlait la nuit…

Elle avait faim de porosité élastique, elle avait fait de la réalité une membrane, une simple mais convergente membrane que ces machines, en leurs capharnaüms corrompus, égrenaient comme leur signe, leurs mots de passe ; ces machines incontrôlables, ingérables, et pour tout dire fantomatiques… leurs lamentations référentielles en déséquilibraient plus d’un.

Et qui avaient cessé d’endormir l’arborescence de ces grands arbres généalogiques mais ce n’était jamais que de la mémoire, pas tout à fait perdue, pas tout à fait acquise ; de la mémoire qu’elles évidaient de sa matrice afin de nous transmettre à la prochaine détonation, au prochain crack, la consigne à respecter.
Parce que même les grands arbres
ne peuvent pas faire d’ombre aux précieuses mémoires.

Des Men in Black à la gémellité douteuse !

Elles en décrivaient des arrières-goûts d’esquimaux givrés dans leur mémoire ultra-sophistiquée atteignant le lac qui sépare le Malawi de la Tanzanie, ces étranges machines à écrire que les Hommes en noir, assistés par des martins-pêcheurs, utilisaient pour répandre la Rumeur. Cette rumeur qui, sur des pierres de Rosette féerique, clôturait la représentation d’une becquée tout aussi féerique et qu’on pouvait trouver aussi sur le chevalet d’Henri Bernardin de Saint-Pierre…

En effet ces hommes en noir, vivant uniquement dans les tunnels des métros, avaient révélé toutes les failles du système pour donner communément une idée de leur marginalité ; une idée de leur marginalité qui avait été remplacé aussitôt pour embaucher une troupe d’acteurs elle-aussi féerique…

Des comédiens jouant sur ces tréteaux que le style Rococo surchargeait, et, parmi les toiles exposées des vieilles rombières que cette Pierre de Rosette avait ameuté, des méridiens plaçaient leur ville à l’ouest des rues où des lois gravitationnelles uniques et des ventes de Tamagotchi à la sauvette avaient le chic d’amorcer leurs millénaires de pierres…

Et il y avait aussi, paumées parmi des univers qui grappillaient le temps perdu, leurs hérétiques narrations racontant que le chagrin ne se risquerait plus du côté des montages novateurs… et même délaisserait ces tréteaux que cette fanfare de comédiens un vendredi noir pour cette étrange communauté avait installé !

Le mezcal s’est-il laissé abuser par quelque évidente supercherie ?

Pour faire choir des arbres faisandés et pour prendre la chandelle, une herbe miraculeuse ou tout simplement le mezcal : cet alcool hérissé des couleurs et des pensées des pendus disséminés dans le parc aux couleurs chairs ; pour inventer leur histoire perdue dans le grand bain noyé de savon, il y avait aussi cette collecte des précieux bretzels, en fouillant leur poche, leur sac et pour sortir du terrier, qui représente à lui seul une énigme, on devait taper ce code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.

Pour recouvrir la plage de cette mémoire enregistrée uniquement en Time Capsule, il y avait aussi, ici et là, de la couleur du curaçao, des noces d’orfèvre qu’une faux avait fauché dans les champs matriciels ; à haute altitude, la marine qui montait la garde devant la porte du parc, balançant leur feston d’ivraies, coupant l’oxygène avec ces pensées permettant un engrenage ; ou innovant par une excursion de jeunes filles innocentes afin de chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes : des crimes de petits insectes étaient à prévoir, tout en continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile.

Alors dansent les lunes bleues…

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Tout a commencé par quelques pétales de lunes bleues tombant dans mon verre de vin blanc, je ne savais pas pourquoi j’étais là mais, je me souviens, pour me guider entre les pales de mes pensées, qu’il y avait cet espace vert ensoleillé où nous descendions les bouteilles d’alcool gaiement.

Tout en fumant le haschisch du vieux des montagnes afghanes, morbides étaient sans doute ces époques que nous traversions, un sapin de Noël décomposé dans le coin du salon. Pour qu’il s’éloigne au prétérit avec seulement des dommages pas vraiment irrémédiables…


Je ne savais pas pourquoi j’étais là. Je ne savais pas depuis combien de temps j’étais ici. Peut-être quelques secondes, ou quelques millénaires peu importe ; tant qu’il y aura des lunes bleues taillées dans l’extase synchrone et les suçons de bleuets alors l’attente ne paraîtra pas longue, l’éternité pas vraiment une affaire de cœur…

Et du cœur j’en avais quand on jouait aux cartes, ces cartes du Munchkin annonçant la maldonne : alors plein aux as mais sans le sou j’amorçai un printemps comblé par d’austères programmes informatiques. L’informatique, cette plaie, cette goule, cette cascade d’absinthe qui avait malgré tout le ventre vide !

La gémellité des nuits de pleines lunes.

Elle venait de loin, de très loin cette frégate lancée par l’Acropole, elle apportait son lot de nouveautés rafraîchissantes la poésie des passagers de cette frégate comme si c’était la réconciliation de toutes les acropoles, l’ardeur vitale et cachée de tous ces galériens… et ce qui coulait dans leurs veines ne s’exprimait que par d’inaccessibles paraboles !

Mais pourquoi les soumettre à tant d’affectivité alors qu’ils ne pinçaient que pour cette matière, la géographie ? Et pourquoi écrivaient-ils en sanskrit cette harmonie fragile et menacée alors que le quatre quart devenait purée sous les pas de leurs pachydermes enfermés avec eux dans les cales du navire ?

Il y avait aussi du sang craché dans leur tasse ébréchée, il y avait au fond des rétines de ces esclaves d’un autre temps un hominidé parfum qui partait tôt à l’usine le matin. Il y avait comme des fleurs terrifiantes le long de ce chemin royal menant à l’Acropole, il y avait enfin comme des souvenirs se développant sous la forme d’un tweet lorsqu’on colorait de produits toxiques la rivière en contrebas de cette Acropole : peut-être était-ce la sérénité, la volupté, ou la gémellité de ces nuits de pleines lunes qui en était responsable !

Le marsupial mollusque Manson

À Brisbane, j’étais journaliste d’investigation avec une mission à accomplir : retrouver Manson, comprendre pourquoi il s’était exilé et la nature de ses outrages ; je débarquais en cargo, un vaisseau comprenant toute la jeunesse de mon pays et suivais scrupuleusement le protocole : masque à mettre même quand on était seul, et je suivais aussi l’actualité pour décrire la basicité de ce marsupial mollusque, appelé Manson comme il avait été rangé dans une catégorie dangereuse pour l’homme ; à moins qu’il s’agisse d’un simple fossile, une enveloppe de chair et de sang pour ce chien-lézard ou bien encore…

Mais je me souvenais plus très bien ce que j’étais allé faire en cette Océanie, où les couchers de soleil étaient coupés dans le rhum paille ou décrits dans des quotidiens outillés sous THC. C’était fantastique, c’était authentique comme une belle application fissurant de toutes parts le Dark Web et allumant des brasiers jusqu’aux matrices informatiques les plus féroces, les plus sauvages. Et sauvage était aussi le corps de ce chien lézard qui gisait et qui ne voyait plus que de lourdes désunions virtuelles ainsi que tout le tsointsoin.

Avec mon équipe, nous repensions d’abord toute l’architecture d’une grande guerre, impératrice par sa génétique à moitié française à moitié anglaise ; et qu’il nous faudrait mener jusqu’au bout mais il y avait en toile négative, au fond de ce fond sans fond où reposait cette cité, des gens qu’il faudrait, par politesse, inviter à lire ce prodigieux précis de médecine.

Au fond de la pinte de Bukowski !

Pour faire trempette dans la pinte de Bukowski, les ailes de mouche de Stephen King se dessinaient dans sa gueuse et leurs flammes, d’un feu crépitant, d’une sensation de brûlure acide et creuse mais comique, en promettaient bien des cavales.

Mais aussi bien des cabales qui, jusqu’à très tard la nuit, se terminaient par une danse macabre avec les démons et les sorcières, avec un clair de lune quasi taoïste… Ici et là, pour raviver les erreurs de jugement par le goût du houblon transitant dans la gorge de Bukowski, des clowns épicuriens se prenaient pour des divinités ; des divinités certes propres comme des sous neufs mais sans un brin de jugeote, qui entamaient ce dîner sous le clair de lune taoïste.

Et pour tenir la distance, ce clair de lune, aussi taoïste que médiéval, dès qu’il touchait le sol par ses rayons, déchaînait les littératures, les pages des bibles pour églises fantastiques : des fins de siècle somptueuses à prévoir… leur territoire délimité par la nuit.

Pour achever le niveau Z, parmi les livres de Stephen King et de Bukowski au sous-sol, je rêvais d’illuminer ces percées informatiques sublimées de génération en génération qu’ils étendaient en secouant leur crinière incendiaire.

Le djihad des dieux courroucés


Côtoyant toute forme d’association par sa seule temporalité, la mythique, l’ensanglantée opération du avait déclenché la colère des dieux : ces colosses avec leurs têtes d’enterrement définitivement liquoreuses comme du sirop, en jetant mes scénarios pas très folichons à la corbeille, provoquèrent la séparation du ciel et de la terre. Séparation délimitée par la table de la cuisine que les dieux firent éclater avec leur hache parallèle.

Un hibou des marais revint en force le lendemain pour assainir les lieux. Je vis aussi des spectres prendre le départ pour un rallye qui devait se terminer au fond de l’évier. L’évier délivrant un message de vie éternelle, il y avait aussi ces odeurs flamandes de grandes juments dans la cuisine ; ces juments qu’on pouvait trouver sur le radiateur des voitures de luxe comme emblème.

Et la mythique opération du dé en avait fait tourner bien des têtes, bien des générations somnifères et ce dé si médisant qu’on n’entendait presque plus ce joli refrain de nos dieux désavoués, ce dé mendiait quelques miettes d’attention qu’on ne pouvait lui refuser.

Alors l’hibou des marais désenchantés, par son testament autoproclamé, même si il était dérisoire, n’avait retrouvé comme seconde jeunesse que les genèses des followers… ou les errances d’un blog n’appartenant qu’aux dieux des fantasmagoriques jeux d’argent. Et rien de moins.

Les missives font fleurir des héroïnes de manga


Je t’écris mon cher ami à une époque imaginaire où les pensées franchissent un nouveau cap en nous laissant un goût de cendres encyclopédiques, en nous laissant aussi un goût d’appel téléphonique débridé.

Je t’écris mon vieux à une époque fulgurante où, perchés mais sans aplomb, nous devons les asservir ces pensées qui ne fleurissent qu’au printemps ; nous avons fort peu de valeur quand les orangs-outans déclarent forfait sous le poids de leur sommet silencieux. Leurs cerveaux étant des moteurs ou des pelotes de paille et nos enfants, nos enfants que nous n’avons jamais eu, en ont assez fait courir sur le sol de notre acropole les mandalas de leur Olympe.

Autrefois aussi, cablés par un système de chauffage psychiatrique, nous sécrétions des déboisements organiques en devenant cassants, vieillissants, fantomatiques comme les choses. Oulan-Bator jadis avait été croisé avec des boites de conserve amazoniennes et nous serpentions vers Oulan-Bator en passant sous les fortifications entortillées des Saules-Pleureurs…

Autrefois encore l’haletante inconnue du vide fournissait l’énergie nécessaire à nos machines pour collecter le sang menstruel de nos héroïnes de mangas.

Nuits d’orfèvres, univers foisonnants ou les fantômes du Shasta des neiges…

Elle avait commandé un chocolat chaud et l’univers servile s’étendait à nos pied, le ciel bleu folâtrant dans nos têtes, le Tzar toujours à la une des journaux comme rubrique mortuaire, et leurs nuits d’orfèvres toujours enchérissant le tout étaient saturés de tyroliens points d’exclamation enfiévrés.

Sous le porche de cette grande auberge de jeunesse donnant sur les cimes à conquérir et les wagonnets de charbon que le typhon avait dévasté, d’autres univers mataient, malgré tout en mordant la poussière des chambres du Yellow Submarine, les velléités de cet air pur des montagnes ; un air si pur, avec ses effluves farfouillant dans nos oreilles à la recherche d’un interlude post-romantique, qu’il séchait à peine au soleil, à cent lieues de s’imaginer repartir en digressions aléatoires… ou en coups de soleil à attraper les maladies photovoltaïques du Tzar et jusqu’à verdir nos quelques paroles inaudibles.

Et de ces paroles incompréhensibles on en avait par kyrielles, le serveur m’apportant une absinthe extravagante, de peur que les univers restants manquent à leur devoir de fidélité… et elle était sexuelle, elle était profonde cette fidélité mâchouillant un chewing-gum quand leurs étoiles outragées éclatèrent de colère !

Il y avait comme de la Voie lactée dans cette absinthe qui m’encourageait à donner tous mes Napoléons au guide de haute montagne, invité avec nous sur cette terrasse ensoleillé et nous promettant de monter jusqu’au Shasta des Neiges. Shasta qui devait nous hanter bien après des années lumières sans qu’on comprenne l’origine !

Les futurs zonards ou le baudelairien moonwalk.


Cahier d’écolier dégueulasse, océan horizontalement délimité par la pluie, j’avais été expulsé de ma classe de futurs zonards : j’étais hors-jeu en parcourant la scène cendreuse de Moon-Walk, en démystifiant les litanies de Charles Baudelaire ; j’étais aussi hors-jeu lorsque furtivement j’avais ouvert les cartons à l’entrée du grenier.

C’était le temps retrouvé : cet interminable jacassement entre les miroirs de bordel qui réfléchissaient le sommet de l’iceberg. Un iceberg que j’avais appâté à l’aide d’un hameçon particulièrement meurtrier pour surprendre mes assaillants, pour jouer dans la cours des grands en provoquant des esclandres sanglantes, et enfin pour apporter un nouveau élément déterminant sous le capot de ma Rolls Royce : des perceptions qui s’esclaffaient de n’appartenir à personne, de n’avoir aucune signification ; des perceptions liées comme des ligaments au baril de cognac qui s’étaient détachées du cou de mon Saint Bernard.

Au delà des litanies de Charles Baudelaire qu’on savait être de cartons comme les cartons de ce grenier où je les avais retrouvé, sur les cahiers d’écoliers sales, on pouvait découvrir d’autres romances qui malheureusement ne plaisaient à personne.

Ou bien les reflets de tous ces miroirs de bordel n’ajoutaient rien à son portrait narcissique de nacre éperdue, ou bien le carburateur Zénith de mon ancienne Rolls Royce n’avait pas l’intention de chauffer à des degrés providentiels pour faire naître tous les milles ans d’autres Moonwalk, j’en étais là dans mes réflexions. Quand soudain par surprise et surréalisme ma classe de futurs zonards m’apprît que je pouvais réintégrer leur école et ainsi user des kyrielles de feutres à tête de serpents afin de souligner les titres des différents recueils de Charles Baudelaire !

Neige précoce, l’enfance comme ascèse spirituelle… ou des solutions d’habitation ailleurs !

Cette nuit-là, il avait neigé. Comme le grand silence d’une époque où les filles étaient jolies.
Que dire des vieilles rêveries que de grands écrivains avaient généré sans comprendre le mystère intime de ce matin de glace ? Je m’étais épris de liberté, cette liberté connue des seuls artisans de la fiction, ma mémoire blanche – héron tendu sur le lac – se souvenait qu’il y avait tellement plus important, tellement plus d’enseignements que ce sentiment qui s’appelait nostalgie.

Je réapprenais l’enfance, je réapprenais à apprendre, à désirer, à défaire le nœud du chignon de la soubrette : emmêlé dans ces torrents infimes, dans ce soupçon de lune à une époque où le côté sexuel, le côté obscur, ne devait qu’attirer les mouches sales…

Il brillait sur le toit de mon école, il brillait sur ses anges aux ailes s’hérissant de silicone noir –une image d’eux montés en neige, le bonheur comme la semence de tous ces visages étonnés, rougis par les vents froids des hivers d’autrefois-

Cette nuit-là, étaient venues s’imaginer les ombres : ces marchands de thé Pennyroyal, ces coursiers de rêves tarifés, ces corps gras et toutes ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires tombant en flocons. Comme des étoiles polaires. Elles marchaient sur les cimes scintillantes de sanglots doux, une façon très pernicieuse mais très intelligente de mélanger le jeu, la rigolade et les excès.

Je réapprendrai l’enfance comme ascèse quotidienne, ignorée des ondes médiatiques, ou comme cette écriture tremblante et écorchée vive à l’image de Kurt, devenue automatisée par tant d’injonctions littérairement écrasantes mais toujours aussi nécessaires.
En ces temps prémâchés de cristal et de souvenirs pour rôder ailleurs, puisqu’il y avait toujours des solutions d’habitation… ailleurs !

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus ?

Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus ? Parce que leurs diables au corps ne peuvent se soustraire qu’à la place de ces Vessies de bœufs que Richard Brautigan forge par la force de ces poèmes !

Et pour tirer hors du côté obscur de la force tant d’erreurs pouvant être évité, s’immisce la vision claire des artisans de la fiction, sans que je puisse effacer tout ça… alors comment faire ?

Pourquoi toutes ces vies gâchées ne se greffent-elles pas à la moelle épinière de Richard Brautigan ? Ainsi par moult mortifications, ne résonnent plus en moi, les textes de ces artisans de la fiction qui du reste laissent infuser aux pieds des pyramides l’air parfumé du soir intergalactique… et qui vient naître par la puissance de leurs hélices mais aussi par l’influence du LSD dans nos crânes de chimpanzés…

Une formidable source d’inspiration contenue dans leur mystérieux carnet pour suivre la spirale des étoiles ; ils sont en quelque sorte des naufrageurs dans la très grande baignoire de marbre blanc que j’ai fait construire suite à une arrivée incroyable de Napoléon sonnant et trébuchant…

La Time Capsule des poètes inconnus

Comme une opacité saccadée, comme une intrigante pensée, ils suggéraient le métal, le mental ces poètes inconnus descendant jusqu’aux rues blanches dématiéralisées de San Francisco ; et leurs crachats hypnotiques fusaient et par delà le soupirail d’une vieille maison, avait été revendiqué le programme informatique de leur Cora-Hummer 7 en amortissant son décapant jaune d’oeuf. 

Alors, à l’entrée des greniers, s’interrompît son idée innovante, s’hypertrophiait sa gageure ensorcelée ; quelle idée innovante mais inconsciente, ou quel ensorcellement pouvait bien saper les fondements humanistes, les sillons mécaniques de leur time capsule ?
Ce qui jusqu’à maintenant souriait à leur time capsule s’effondrait comme des morceaux de banquise, désassemblait tout le réseau alors qu’elle résidait leur idée d’un autre monde, d’une écriture inondée par des émissions huileuses, au fond du Rio Negro de ces planètes inconnues.

Comme surmené par les travaux qu’ils me donnaient en pâture, je ravivais leur représentation mentale singulière en emmagasinant à fond-perdu et en liste mnémotechnique décomposée tous ces massifs d’ombres qui restaient une entrave à leur time capsule. Sa fréquence noire tenait un discours impassible dans les souterrains du métro, le long de l’échancrure de la robe de Béryl, le long de sa facétieuse ADN. ADN formellement livide et lexicale qui forniquait avec la lune, comment pouvait-il en être autrement quand ses assaillants vaporisaient de préférence les plaines trop arctiques ou antarctiques, les fontaines heuristiques.

Soudain, brûlée ou vannée alors qu’elle avivait un agréable goût d’encre de chine, leur Time Capsule songeait à prendre sa retraite !

La genèse mortifère de l’empereur ou la genèse d’un rêve sur la Croisette

Tout d’abord une faille courant jusqu’à son radical : la mort de l’empereur grinçant et couinant contre l’arbre cure-dent, programmée pour sécher un tirage de photos floues en noir et blanc où l’on devine vaguement une scène classée X ; ainsi, les carnets de Kaphrium, en exploitant la faille, racontent que le monde du dessus est bientôt prêt à nous appartenir, tant il sent la désolation et la mort.

La désolation et la mort examinées de près. Pour cette scène possédant une timeline peinte en aplats de couleurs et décorée d’obscénités taguées, une timeline, cachée parmi les fêlures du béton, s’ajoute à l’éprouvante faille qui ne s’éprouve que par malheur. Ou par hasard. Ce même hasard qui excite le saint sauveur ne venant pas… même à Knokke-Le-Zoute !

Et même les marais de la Louisiane s’épouvantent de la mort de cet empereur : ici aucun refuge, aucune alternative ne peut éviter l’immanquable : l’arbre cure-dents chialant des larves de crocodiles noirs… et n’existant que dans vos esprits !

De cette infériorité ainsi créée par le Programme, les carnets de Kaphrium racontent aussi que les cannoises scènes de X n’épuisent pas toutes les possibilités de ce tirage énigmatique de photos, certes un peu vieillottes !

Est-ce que tu sens la chaleur de ce vieux soir d’été ?

J’étais un vieux soir d’été, sur cette île qu’on finira bien par retrouver un jour, j’étais à la fois ce refuge et son obscurité ; obscurité devenant une large péninsule quand tu pleurais en te masturbant. Une péninsule bouddhiste où s’ébattait chaudement le sang d’éden dans les veines des misérables pêcheurs, leurs crânes branchés sur un circuit électrique qui restera toujours en manque de puissance.

Mais leur force résidait dans la provocation et quand les bottes et les ombres des singes en avaient fini de faire du foin, ils glissaient sous la peinture de ces pavés installés à l’entrée des temples, dans cet aura de lumière prêchée par l’armée des singes. Un aura de lumière pour prier le saint sauveur qui ne venait pas… même à Knokke-le-Zoute !

Est-ce que tu pourras, mon vieux ami, de peur de te relever les nuits de pleines Lunes pour une fête avec les anges, les saints et Lucifer, fermer la porte et jeter la clé ? Cette clé qui, en tant qu’écrivain ou poète, ou en tant que poète et écrivain à tour de rôle, n’arrivant qu’à ouvrir les portes d’une personnalité résiliante (leur personnalité résiliante étant à la tête de toutes ces armées.)

Dessinée sur le gravier, pincée par des ongles stridents comme sur un tableau noir, elle nous était apparue cette assiette sacrée où brûlait la représentation flottante de leur monde limité à cette île, et qui n’était rien d’autre qu’une gardienne, à la fois amante et déesse, vêlant de douces nuits agitées…

Les meurtrières du chapelier fou.

Comme si on était imbattable sur toutes ces mesures qui avaient peur de la grêle, de l’hiver éternel, de cette calotte glaciaire blanche comme une salle d’opération, elles s’aimaient entre elles ces meurtrières miroitant toutes ces choses pour aller droit dans le mur.

Et, alors que je tapais ces lignes, ces meurtrières, à l’aise, misaient sur la roulette russe, c’était tout ce qu’on pouvait tirer de ce froid morbide s’engouffrant sous la porte de ma chambre. 

C’était comme si ces meurtrières nous ordonnaient de les aimer malgré ce moment, brisé en mille éclats de voix dans ce miroir, où elles m’étaient apparues, au fin fond d’une immobilité glaciale, prisonnières de deux volets fermés permettant d’ouvrir sans la clé, sans serruriers, sur un monde silencieux.

Quatre vingt dix pour cent de leur matière spirituelle se moquait des Vénus de glace sur cette terre en train de fondre malgré tout ; et de plume souriant au chapelier fou d’Alice aux pays des merveilles en plume grillagée d’ombres brûlantes je réalisais alors que cet univers était complètement fou. Complètement en symbiose avec ces meurtrières toujours en relation avec nous.

Skyfall

Des cachets pour un zèbre quittant les quais du métro et récupérant la couleur noire semblable aux mouvements rapides, générés par le silex, d’un monde d’un noir embaumeur c’était d’abord ce qu’il fallait pour voir les filles de Miami ; faudrait peut-être bien aussi désenchanter ce zèbre en lui suggérant une playlist qui finirait par Skyfall comme ce matin finissant tête-bêche avec cet effondrement du ciel. Ce ciel perdant ses religieux sombrement dans les sillons labourés !

Étant donné le prodigieux dénouement et l’effondrement de ce monde qui suivit : à la page d’accueil de l’Apple Music les sessions d’enregistrement de ce Skyfall bringuebalaient sur fond d’œillet terne une débandade massacrante, et malgré moi j’étais intervenu dans cette bagarre… et ainsi furent scannés et remplacés les ténèbres cinématographiques de mon ami Donald Duck par une faible lumière, avant qu’il s’embourbe…

Le joug du lac de Zoug…

Même nue dans les rizières surnaturelles qui se débattaient pour ne pas mourir comme elle et moi couché sur le sol du sanctuaire matriciel qui allait s’agencer une bonne fois pour toutes avec les dalles en marbres des fontaines Wallace, nous crânions quand même dans ce gouffre que les samouraïs informatiques, après plusieurs tentatives et sans-façon, amorçaient ; la romance entre nous deux n’influençait pas non plus l’arrêt ou non des larmes de Cornélius, le Grand Architecte de la Matrice mais ça ne l’empêchait pas de s’écharper avec ce que apportions au prétérit une beauté spartiate : quelque chose comme un message impalpable avant notre propre mort. Une chronique d’un suicide réussi enfin.

Des larmes qui avaient fait naître des avortons ; des avortons crachant de la lave sur des sentiers ombrageux, des avortons récoltant depuis le fond sans fond de leur esprit de nouveaux horizons, s’engouffrant à travers son magnifique kimono à étreindre…

En serrant les mâchoires, ça jaillissait par le nez ; à la longue, à l’usure même, ce qui émergeait de ces petits geignements, c’était un enchevêtrement poussif d’associations dénuées de sens : des grappes de couleurs fastueusement temporaires, facilitant un réseau de possibles, un réseau de romans en attente.

La quintessence des nuits de pleines Lunes !

Au-dessus de la fosse noire : elle s’en allait arpenter les grands espaces la valse surannée des petites grand-mères malingres caressant le poil sauvage des forêts X. En dessous : ils en avaient des neuropathies à revendre ces apprentis de la fiction assemblant sur leurs grands chemins des quartiers d’oreille-coupée jetée aux oubliettes.

Jetée aux oubliettes comme leurs céphalées industrielles qui les suivaient par de longs travellings d’autoroutes, et délimités par la pluie, leurs territoires se perdaient jusqu’aux cataractes minérales du non-être ; suites de vision infinie numérotée et attribuée à chaque changement d’altitudes ou de latitudes !

Quelle était donc la cause de leur solitude, de leur isolement dans ma chambre d’hôtel ? Quand pourrais-je décrire ces suites de visions infinies que leur texte, une incitation à la haine, contribuait à alimenter un sujet déjà connu ?

Mais déjà au fond de la Fosse Noire, d’autres mondes s’ouvraient sur les richesses d’une vallée explorée uniquement par d’autres chercheurs d’or. Et, pour cueillir le jour présent, les forêts X les ignoraient superbement ces deux textes dont le contenu n’était pas choquant pourtant… peut-être manquait-il l’essence, ou la quintessence si j’osais enfin les aborder, les rencontrer, des nuits de pleine lune ?

Ou la présence de cette fille rencontrée un soir à l’aéroport ? Ça restait une énigme, une énigme craignant leur verdict et qui semblait verbaliser cette question : par quels procédés ces sorcières (les petites grands-mères malingres) pouvaient-elles introduire dans l’esprit de ces poètes méchants, fous, la résolution de cette énigme ?

Cette énigme, cette promesse que les dieux, malgré d’autres univers possibles, avaient subtilement fait s’évanouir dans le crâne de tous les résidents de la fosse noire… des raisons bien fondées pour sceller leurs investigations ?

Buvant, gorgée après gorgée, toute la cascade d’un nouveau Eldorado où l’on attendait patiemment la pluie et son eau désaltérante permettant de ne plus se souvenir de la fosse noire, ils essayaient, on ne pouvaient pas leur en vouloir, ces orfèvres des mots magiques de rajeunir ; mais son pouvoir de guérison se limitait à effacer toutes les mémoires, ce qui aurait pu m’instruire davantage sur l’éternité interminable de cette obscurité régnant dans la fosse noire… et que leur suicide, ma mort violente, les viols ou les divers esclavage, ne semblaient pas attrister, bien au contraire ce clair-obscur aidait à présent par télépathie à les médiatiser : et ce fut ainsi, dans les buildings où des journalistes étaient conviés à leur séance de brainstorming, que s’affichèrent sur leurs ordinateurs ces atrocités inhumaines ; elles reviendraient nous hanter un jour dans la vive clarté d’une belle journée d’hiver. Ou pendant un carnaval qui resterait bien sûr mémorable !

De descriptions notoires en descriptions vite à gommer, comment châtier ces récits troublants ?

C’est comme ça que ça avait commencé. Par l’aperçu de cette timeline où l’on voyait des vers grouiller ; par cette tempête aussi grimée que ce costume de vache hindoue et personne ne pouvait la blâmer pendant ce laps de temps si court que les êtres en question n’arrivaient pas à la chevaucher comme leur dragon ; c’est aussi comme ça que ça avait commencé par leurs empreintes digitales permettant d’accéder au nouveau monde généré par le tableau de Greco et de le museler… sa palette de couleur à honnir comme les facettes de leur personnalité d’aspect douteux ; et le tableau de Greco parvenait à s’accoutumer à sa mission, à savoir mettre de la distance entre ces gens en haut-de-forme sans les offusquer.

Ne bougeant plus d’un iota, tous assis sur leurs chaises à l’intérieur de cette taupinière qui servait de musée, ils avaient capitulé en attendant l’apparition de la vierge, en attendant de se recueillir. Et l’assemblée se tenait dans ces couloirs souterrains où brillaient tous ces écrans et bien sûr leur timeline. Sur cette timeline, ensuite, on pouvait deviner des images sans fin de bras cassés tandis que les gens discutaient sur ces autres corporations qui seraient bientôt à leur merci et dans le dos d’une Walkyrie, parmi ce groupe, des gosses se moquaient de leur air emprunté…

Les calomniant cette décérébrée en avait des descriptions notoires pour ces gamins ; ces descriptions retrouvées sans leur ornement dans leurs nouvelles réduites en pluie de cendres et qui tombaient comme des bénédictions ; et dans l’air leur vapeur comme celle du Bloodhound Gang, cette fumerie d’opium, se mouvait doucement. Jusqu’à faire croître – d’une multiplication burlesque – les cours d’école où Rage Against The Machine écouté au second degré était traité dans leur écrit comme une description vite à gommer !

Les genèses des Fosses Noires.

Le futur, son futur où elle jouerait dans les films des rôles de godiche, aurait pu continuer longtemps comme ça. Longtemps jusqu’au moment où cette grosse mouche noire en me dérangeant intronisait quelque chose de neuf pour elle sur le papier.
Ce script où je croyais m’attaquer à une nouvelle version de Blair Witch, épuisé par les serpents et les anguilles qui l’entouraient. En effet, la machine à écrire, infaillible, avait même prédit ce soir là ce vent glacial qui vivifiait en pleine nuit toute la ville, cette fourmilière ne rêvant que de soleil irisant de ses derniers rayons le terrier du lapin blanc.

Au prochain panorama que je décrivais en tapant sur la machine pour elle, lisant par dessus mon épaule, elle m’intrigua en introduisant un indice pour cette série policière où je lui réservais le premier rôle : une éclatante pyramide d’œufs frais au sommet où gisait un cadavre, typiquement répugnant. Sur ses pentes, en changeant de registre, Alice, cette jeune nymphette de dix-huit ans, aidait par d’inexplicables invocations à faire fleurir tout un tas de graines latentes…

Des plantes chancelant sous le poids du travail des quenouilles d’autrefois, de la servitude des canuts ou de ces inventeurs lyonnais comme ce Jacquard… et quelquefois, je me demande encore si de leurs voix séraphiques, elles pousseraient Alice à sortir nue de son lit à minuit. Pour se rendre à un mystérieux procès.
Et d’autres fois je me disais que si elle se levait de son lit à baldaquin à cette heure obscure, ce ne serait que pour inoculer dans leurs veines matricielles cette quinine à tous ces trépassés du panthéon.

Peut-être parce qu’elle les jalousait, mais cette nuit là elle était d’une gaieté inexplicable ; sûrement parce que la plus grande idée jamais imaginée, la plus percutante en terme cinématographique et la plus inexorable à travers les temps, sur ces feuilles de papier qui zébraient le carrelage de la cuisine où j’écrivais, avait enfin été conçu : un authentique travail d’orfèvrerie spirituelle.

L’idée ? Elle allait devenir cette actrice qui s’infiltrerait dans les bas-fonds où le label Sub Pop avait été créé, où les conceptions du monde de demain, du moins dans le domaine du grunge, survivraient aux tractations des Majors.
Mais seraient malgré tout envahies par les déchets de la Fosse Noire.

Maculés à la fin de cette soirée interminable de sang, ces textes n’obéissaient, j’en étais le seul convaincu, qu’à une logique tellement folle, chapeautant à la place de Beethoven dans Orange Mécanique qu’un Offenbach quelque part hantant et planant au-dessus de nous.
Pour une filmographie sans cette pauvre dévotchka.

Les vannes des fantasmes

Elle en désapprouvait bien des voyages en van cette liste des fantasmes et elle détroussait tous ses transporteurs cette sexualité emmaillotée dans le laurier-rose ; n’empêche ils avaient des pilules pour dormir, emmaillotées dans leur cerveau comme un désir impénitent. La liste des fantasmes pour vampiriser tout ça.

Elle en déséquilibrait des transconteneurs cette nordique liste des fantasmes et ils jouaient aux osselets après avoir courtisé l’éprouvante vivacité du pastel, ces transconteneurs où planquée dans des quartauts tubéreux on avait enfermé involontairement les œufs prêts à éclore de l’araignée propre-à-rien. Elle était badigeonnée d’affiches vantant un road trip transaustralien cette liste des fantasmes réinventée, synthétique : trop prosaïque pour qu’on puisse l’apprivoiser de plumes transcontinentales, de temps littéraires à la manière d’une dictée maintes fois énoncée.

Et que la liste des fantasmes voulait maîtriser parfaitement, croyant que cette science de lettrées avait la capacité de divertir ceux qui étaient restés dans les tranchées ; croyant aussi que c’était sa destinée, ou la représentation d’une urne où brûlait notre iPhone lors de ce périple alcoolisé en Amérique, dans un suintement pestilentiel, alors que les numéros des filles aux yeux de computer qui brillent, couinaient en haut des Everest, et qu’elles gémissaient de plaisir en remplissant notre bain de valériane, ou en rafraîchissant les pages web par une vannerie informatique très sophistiquée !

Pleine lune, nuit de sabbat, ou oracles de saltimbanques…

La fin ! Ce ne pouvait être que la fin une nuit de sabbat ! Nuit de pleine lune s’accrochant à faire le pitre jusqu’au moindre recoin d’une épiphanie que les artistes à travers les âges confondaient avec l’oracle des saltimbanques tout en s’égarant dans les disques durs des computers… ce vide incessant au sein de l’humanité plongeant dans les puits sans fond, avant d’être distillé dans les sachets de bonbons sans trouver la moindre des fictions à son goût : des espèces de molécules, en descendant dans les veines via de nombreuses intraveineuses, peut-être aussi laissant comme cette orange sanguine qui coulait dans leur barbe, des taches sur le tapis de leur salon et les rendaient tous malades, cloués au lit avec les ruminations noires de ce marsupial mollusque, de ce chien-lézard ou de cette Océanie !

Lieu unique où même la fin des mots-clés que j’apprivoisais silencieusement, veillait à la santé et à leur hygiène et qui embarrassait tous les synopsis positifs racontant que Sam, l’alter-égo de Satan, décrocherait par sa magnifique complexité et par son commerce de l’esprit, le box-office américain ou européen finissant dans les poches des quartiers de la finance…

Des pièces d’argent et de bronze aux coteaux des sites les plus bizarroïdes que Santa Claus transformait en phlébites pour avoir ce prétexte inhumain de se coucher entre les lignes de toutes les pages des manuscrits… (environ l’équivalent de 90 à 95 centimes d’euros) sans se douter que ces roupies permettant le financement de ce film allaient ranimer le souvenir de la planète OS X où l’oracle des saltimbanques l’avait abandonné à son triste sort. La fin ! Ce ne pouvait être que la fin une nuit de sabbat ! Nuit de pleine lune qui désirait l’apocalypse. Sous la chaleur d’un soleil calmée par l’air marin, en inventant un autre univers, elle avait imaginé que de tendres flocons descendraient du ciel quand il reviendrait la chercher.

Nuit de pleine lune déséquilibrant bout à bout et au hasard l’arborescence, l’unique altitude rouge et fumeuse dans les yeux de la modiste, déséquilibrant ce qu’elle gréait, ce qu’elle avait entendu comme rumeur lorsque jadis ils présidaient à toutes les manifestations liées à la sexualité, ces computers pleins d’imagination et de malice : ils incorporaient le plomb mortel, incontrôlable, ingérable, fantomatique, dans leur recette fantaisiste, dans leur cut-up pour dissoudre les taches sur les vêtements ; leur signe, leur mot comme représentant ce qu’elle était réellement Kashi Soīchisawa et que représentait-elle vraiment ? Malgré son équivalent métaphysique et spirituel, gentiment réapparu lorsqu’on vida les entrailles, les sources des sanctuaires nargués, les poinçons que je tentais en vain de réconcilier et les architectures de ces diaboliques ordinateurs inventés par prémonitions et par peur du vide, la réponse par ce vide rôdant comme Burroughs pour rouir les sillages du chanvre à la recherche de la pierre philosophale, était comme absorbée par ce traquenard !

Les vies antérieures d’un négus au fond de ses bottes…

Les vies antérieures comme les sauvegardes de l’iPhone avaient le moral bouillant au fond des bottes. Ces vies, contenant leur élément (le bois) et leur occidentale lettre romaine ou grecque, écroulaient les derniers vestiges des cités mystérieuses, répandaient les rumeurs qui concernaient les guerres d’Achille et son armée des singes. 

Il y avait aussi, comme décor, les longues pattes de l’araignée dans le ciel et sur terre qui laissaient crisser, sur le gravier de la route empruntée par ces mercenaires, des choses nerveusement malades : comme des ongles sur un tableau noir, leur assourdissant vacarme se précipitait dans la glaise moulée à la main d’où provenaient les vies antérieures. Et, ainsi je lisais la longue description des petites annonces parues ce matin, ces choses étranges qui ne servaient à rien ou qui semblaient ne servir à rien s’incarnèrent en coucher de soleil, les pitons des neiges, les touches du piano, encapuchonnés par ces vies antérieures appartenant à un Négus…

Sous ma douche les deux enquêtrices…

Les deux filles du marais, le mieux qu’elles avaient à faire c’était de tomber sur cette île paradisiaque uniquement réservée aux novateurs, aux révolutionnaires même.

Pied au plancher pour que l’on rejoigne à temps avec ces deux nymphettes les cités mystérieuses, nous étions bons pour la faire la une de tous les journaux : nulle vision, pas le temps pour s’imprégner des derniers râles des victimes que le parasite filaire avait fait entremêler les rumeurs, les histoires les concernant. Et ainsi, trouvé ce qui était laid, et que l’unique attitude de ces pauvres dévotchkas n’avait rien d’autres à nourrir que la rouge et fumeuse déception : à savoir dans les yeux de ces modistes, je n’avais pas relevé le pari sachant ce que j’allais perdre et gagner et qu’elles avaient la science parfaite pour attirer les faveurs des dieux, les dieux des géographies grêlées de motif grégorien, parce que des divinités comme ça ne pouvaient que exaucer leurs vœux : foirer les paris de leurs prétendants.

Et moi, parmi eux, au lieu de donner un scoop, et deux titres pour les journaux américains, des monolithes grimés, je ne savais pas, parce qu’elle était en train de se dénuder au sommet d’un tas de dune que la jaguar avait défoncé, fait balancer la poussière et fait danser des tas de putains obscurités, je ne savais plus où j’en étais. Ces poupées gonflables placardées sur les emplacements publicitaires pour nous vendre des racines de gingembre ou de la lessive avariée (alors qu’il s’agissait en réalité de viande pourrie de veau réduite en poudre et c’était exactement ce qu’il fallait pour éclairer tout ce que la personne contaminée allait enfin comprendre)

Et les mots tombèrent soudain en pluie sur la page de choux, cette article d’investigation pour créer son mythe, leurs mythes alors qu’elles étaient ces deux actrices droites dans leur botte de cuir et dénudées dans la cuisine complètement blanche, dans mon salon doublement dévêtues nous conduisant à écarter les rétines des agonisants…dans leur orbite, prélevés dans un échantillon d’écume, les mondes où l’on vivait uniquement dans le noir… Et triplement dévêtues lorsque l’épidémie avait encore frappé… Ainsi déversant dans le journalisme d’investigation, on suivait de près cette nouvelle vague d’épidémie qui pressait les Autorités à déplorer un nombre toujours croissant de victimes et à prendre des mesures sanitaires radicales.

Le bonbon de la putain !

Tout avait commencé ainsi : sur l’écran de l’ordinateur, s’était arrêté l’image surnaturelle d’une femme agenouillée. Sa nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne la voyaient pas de toute façon et que je retrouvais au fond d’un grand rift, à la fin d’une république sans histoire, ne la gênait visiblement pas.

À présent, elle gisait, nue et dénudée à la fois (doublement, triplement dévêtue) couverte de mèches de cheveux sombres, entourée d’anguilles noires et luisantes autogénérées par les algorithmes de mon étrange ordinateur. Et qui me rendaient, à la vue du bonbon de cette putain, mélancolique.
Le bonbon de la putain ? Un imaginaire coton parfumé que cette danseuse de Saint-Louis m’avait jadis jeté lors d’un strip ; et même nue alors qu’un fortifiant vertige tentateur me possédait tout entier, ce n’était que pour intervertir sa sensualité lancinante avec ce désir fougueux qu’elle provoquait chez moi : une invitation muette qui hésitait entre l’obscurité des rizières surnaturelles où elle était née et la luminosité de l’écran détaillant ce rêve infaillible.

Elle en avait à revendre ces siècles de lucidité divine ou ces neuropathologies qui jablaient leur quartaut où s’étaient calfeutrés les anguilles et les serpents noirs de ses cheveux.
La Cora-Hummer était donc un monstre qui prévoyait, dans un autre synopsis, de lui infliger le supplice de la corde avant de la voir couchée définitivement sur le sol de son sanctuaire matriciel. Un édifice, croulant sous les millénaires, installé parmi les ruines.
Avant même qu’elle soit malade – ce mal des anguilles et des serpents noirs – quand s’élèveraient en moi des idées luxueusement révolutionnaires de Kama-Sutra… Et qui ajouterait à ce fantasque visionnage par webcam, une sorte de pornographie me scotchant une bonne fois pour toute devant l’énigmatique ordinateur.

Puis plus rien. Peut-être que ses circuits électroniques et sa carte mère avaient grillé sans oser aller plus loin. Plus rien ne bougeait dans mon orbite mais sa pupille ténébreuse, tout aussi nue que cette étoffe de coton retrouvée dans les rizières surnaturelles, commençait à chauffer malgré cette providentielle panne informatique. Tout du moins dans mon imagination, elle aussi jaillissante du sol de ce sanctuaire matriciel…

Je m’approchais de cet alambic qui servait à fournir l’énergie nécessaire pour faire fonctionner le système de la Cora-Hummer 7, dans l’espoir de ranimer cette vieille machine pas belle. Avec cette féroce envie aussi de la culbuter cette nymphette sur la pelouse des universités américaines où Steve Jobs ou Kurt Cobain se livrait à la pire des débauches.

N’arrivant pas à la redémarrer, je tombai sur le manuel qui était censé vulgariser les procédures hermétiques permettant de la réinitialiser. Cette tâche ingrate ayant été exécutée sans doute par des samouraïs informatiques.

D’ordinaire, ces notices se contentaient d’expliquer le fonctionnement de l’appareil mais sur celle-ci étaient annotées dans la marge de sanguines écritures… après plusieurs tentatives, je les déchiffrais et il apparût qu’elles étaient capables d’invoquer le secret emplacement de l’Oasis ce jeu virtuel qui vous promettait de gagner le bonbon de la putain. La Katchina suivait avec assiduité l’évolution de tous ces joueurs.
Une furieuse raison pour brûler cet auteur qui sans-façon avait souillé l’ouvrage avec ses pattes de mouches ; je prononçai à l’envers et d’une voix incantatoire ces invocations magiques et aussitôt me retrouvai au pied d’un bûcher et j’aperçus alors le corps de ce connard, Burroughs le Seigneur des ténèbres, s’embraser.

Et je compris enfin que ce que l’alambic avait distillé la nuit d’avant n’était que les quintessences d’une Saint-Con programmée, jalousant la beauté, les prochains et fantasmagoriques bonbons d’une autre putain

Nettoie les flûtes des morts !

Ah, merde, n’est-ce donc rien pour vous, vous tous qui passez par ici ?

Payez pour toutes vos erreurs rédhibitoires. Piochez dans les livres et dans votre dictionnaire de poche votre mal de vivre et peut-être que des parallélogrammes de lumière éclatante tourneront jusqu’à se cloner entre eux. Aujourd’hui, un nouveau monde est possible : universalité des pénitences !

À la manière d’un kaléidoscope, au-delà de l’asphalte peu rationnel et en bois d’ébène, il y avait ces yeux clos et amovibles qui paraissent chuinter au fond de mes tempes creuses ; des yeux qui appartenaient à la reine noire et à son inextensible clair-obscur. Un inextensible clair-obscur, nimbé d’un seul tissu de soie, qui tombait en ruine et des fantômes oubliés selon l’usage traditionnel traversaient ces deux mondes distincts : d’abord cette foule ottomane qui affrontait le vent glacial venu du Japon. Puis cette série de silhouettes qui, dans les lambeaux de sa temporalité gouvernée par un rythme empreint d’une palpitation hésitante, augmentait la dose de méthadone jusqu’à une cuillerée à soupe pour bientôt rayer de la carte ce pays : des pieds tous obliques et des plaies de monde onirique et du sang lapé par un reptile en provoquant cette accoutumance de nouvelles couleurs.

Des couleurs qui retardaient le tissage de la gaine-culotte de son Honneur tendue entre ses cuisses mais aussi l’avancée de son armée partant au-delà de ces cités mystérieuses, à l’heure érudite des rois couronnés… aux formes plus stables, moins rampantes que ces négociateurs népalais qui avaient malgré tout inventé l’usage de la flûte des morts : des os pacifiques taillés dans la craie magique avant qu’ils se décomposent et l’histoire de cet instrument, leurs délires demeurant perspective indépassable, devait beaucoup aux sacrifices de ces idoles avec leurs yeux de quinines, lors de cette stupéfiante disparition de tous les étés. Avec les rituels runiques d’une altitude dotée d’artefacts éreintés, épuisés, leurs fables se dénudaient en forçant un peu le trait des charpentes osseuses !

Est-ce qu’il faut vraiment s’exiler dans le royaume alternatif du Népal ?

J’avais crée une série de récits de fiction reposant sur les limites du clonage et à présent au Népal un monde alternatif se composait avant tout de clones et de quelques humains en minorité, des commerçants vêtus d’ottomane, ce tissu de soie qui les aidait à affronter le vent glacial pour devenir un ersatz d’eux même, plus proche que des moines zen.

Ces derniers, parmi les débris des silhouettes se détachant dans cette région de haute montagne, étaient affolés par le sourire de Joconde de ma secrétaire qui sauvegardait mes écrits.

Je m’étais donc installé ici parce que trop de mes lecteurs avaient la mauvaise habitude en Occident de rayer les premières lignes de mes romans ; ce qui me laissait néanmoins dans le doute car dans le flou tacheté de ma chambre chez l’habitant je ne pouvais produire qu’un univers onirique, qu’on qualifierait d’hermétique

Je décidai de prendre l’air, de sortir de ce langage châtié pour le dépaysement et démarrai au quart de tour la jaguar que j’avais garé dans une ruelle éclairée par des kyrielles de lampions, où le soleil noyé dans son sang, se déplaçait d’une valve à une autre, et retombait à chaque irrigation dans les couveuses ; après avoir discrédité ces machines et qu’il croyait se soustraire à leur tourbillon de bière alimentant les nourrissons.

Cela servait à s’inspirer d’essais thérapeutiques, de sciences fictions macabres et de retour dans ma piaule, dans l’une de mes nouvelles, me souvenant de la trappe du grenier de la maison de mes parents où j’apercevais la timeline d’un étrange ordinateur, j’expérimentais une nouvelle description qui sous-entendait qu’une race de poissons sans arrêtes ni écailles d’origine avait été généré uniquement par cet ordinateur ; c’était une prouesse technologique… en une nuit j’avais aussi créé toute une série sur les parasites humains, ceux-là habillés à l’occidentale avec un jean bleu délavé et troué, à la façon presque grunge…

Le squat du Maître des Enzymes

Le long du chemin de fer antique et pour s’apercevoir qu’au milieu de cet ensemble des tessons jonchaient cette route, elles résumaient à elles seules le retour des meurtrières chiffré à l’excès, ces féeries écrites sur feuilles d’argiles d’argile rouge.

Et elles en dévalaient des pentes par la porte de Chine, leurs allées de terre jaune : un jeu qui mélangeait les pénombres, les tentatives avortées, les bavures extrêmes ; les embruns de leurs cheveux parcouraient en imagination les rizières, les fouillis de prières de ces bigots qu’elles retouchaient en coquillages marin.
Et qu’il avait rapidement, pour nous deux, restauré ce maître des enzymes… la plus haute fenêtre de son squat donnait sur les travaux de cuir et de sciage, physiquement perçus comme un labeur sans fin pour sa plus haute caste, certes brisée par ses impératifs mais confortablement expansive sur son territoire ; ces travaux étaient payés par des récoltes de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans ; leur haleur, à tous ces propriétaires terriens, en distillait bien des mystères taoïstes par cette transaction… ces mystères que j’idolâtrais pour elle. Comme ce maître des enzymes, arraché à sa terre natale pour une mission que les meurtrières lui avaient confié : il devait charpenter avec de l’écorce prise entre deux guerres la carte et les territoires que ce mystérieux secret ravigotait !

Les bonbons des putains

Tout avait commencé ainsi : sur l’écran de l’ordinateur, s’était arrêté l’image surnaturelle d’une femme agenouillée. Sa nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne la voyaient pas de toute façon et que je retrouvais au fond d’un grand rift, à la fin d’une république sans histoire, ne la gênait visiblement pas.

À présent, elle gisait, nue et dénudée à la fois (doublement, triplement dévêtue) couverte de mèches de cheveux sombres, entourée d’anguilles noires et luisantes autogénérées par les algorithmes de mon étrange ordinateur. Et qui me rendaient, à la vue du bonbon de cette putain, mélancolique.
Le bonbon de la putain ? Un imaginaire coton parfumé que cette danseuse de Saint-Louis m’avait jadis jeté lors d’un strip ; et même nue alors qu’un fortifiant vertige tentateur me possédait tout entier, ce n’était que pour intervertir sa sensualité lancinante avec ce désir fougueux qu’elle provoquait chez moi : une invitation muette qui hésitait entre l’obscurité des rizières surnaturelles où elle était née et la luminosité de l’écran détaillant ce rêve infaillible.

Elle en avait à revendre ces siècles de lucidité divine ou ces neuropathologies qui jablaient leur quartaut où s’étaient calfeutrés les anguilles et les serpents noirs de ses cheveux. La Cora-Hummer était donc un monstre qui prévoyait, dans un autre synopsis, de lui infliger le supplice de la corde avant de la voir couchée définitivement sur le sol de son sanctuaire matriciel. Un édifice, croulant sous les millénaires, installé parmi les ruines.
Avant même qu’elle soit malade – ce mal des anguilles et des serpents noirs – quand s’élèveraient en moi des idées luxueusement révolutionnaires de Kama-Sutra… Et qui ajouterait à ce fantasque visionnage par webcam, une sorte de pornographie me scotchant une bonne fois pour toute devant l’énigmatique ordinateur.

Puis plus rien. Peut-être que ses circuits électroniques et sa carte mère avaient grillé sans oser aller plus loin. Plus rien ne bougeait dans mon orbite mais sa pupille ténébreuse, tout aussi nue que cette étoffe de coton retrouvée dans les rizières surnaturelles, commençait à chauffer malgré cette providentielle panne informatique. Tout du moins dans mon imagination, elle aussi jaillissante du sol de ce sanctuaire matriciel…

Je m’approchais de cet alambic qui servait à fournir l’énergie nécessaire pour faire fonctionner le système de la Cora-Hummer 7, dans l’espoir de ranimer cette vieille machine pas belle. Avec cette féroce envie aussi de la culbuter cette nymphette sur la pelouse des universités américaines où Steve Jobs ou Kurt Cobain se livrait à la pire des débauches.

N’arrivant pas à la redémarrer, je tombai sur le manuel qui était censé vulgariser les procédures hermétiques permettant de la réinitialiser. Cette tâche ingrate ayant été exécutée sans doute par des samouraïs informatiques.

D’ordinaire, ces notices se contentaient d’expliquer le fonctionnement de l’appareil mais sur celle-ci étaient annotées dans la marge de sanguines écritures… après plusieurs tentatives, je les déchiffrais et il apparût qu’elles étaient capables d’invoquer le secret emplacement de l’Oasis ce jeu virtuel qui vous promettait de gagner le bonbon de la putain. La Katchina suivait avec assiduité l’évolution de tous ces joueurs.
Une furieuse raison pour brûler cet auteur qui sans-façon avait souillé l’ouvrage avec ses pattes de mouches ; je prononçai à l’envers et d’une voix incantatoire ces invocations magiques et aussitôt me retrouvai au pied d’un bûcher et j’aperçus alors le corps de ce connard, Burroughs le Seigneur des ténèbres, s’embraser.

Et je compris enfin que ce que l’alambic avait distillé la nuit d’avant n’était que les quintessences d’une Saint-Con programmée, jalousant la beauté, les prochains et fantasmagoriques bonbons d’une autre putain !

Les pages des Fleurs du Mal. #36mars.

Jusqu’à l’extrémité nord du souterrain, le documentaire couvrait les moindres détails de l’attentat… Le terroriste ? Il vivait de lichens, de leur suc qu’il coupait avec sa vodka, de jeunes filles prenant leur pied, c’était peut-être bien Hunter S. Thompson ; ou du moins son plan drogues avait séduit le commandant de notre P.C (poste de commandement) ou du moins ce qu’il en restait : des cendres qui crépitaient dans une chaleur à haute fréquence, dans la vapeur des fumeurs d’opium aussi… Quelle fréquentation à éviter, à tout faire cravater, pour ce noble hussard informatique !

Et pour avoir une idée de ces nymphettes fusillées en ce 36 mars qui claironnait comme un jour de nef basse, Hunter était bien trop lessivé pour aller encore se damner parmi cette champignonnière de rires décantés. Tous ses efforts avaient été vaincu suite à une trop grande consommation de drogues vertigineuses !

Mais ressuscité à présent et parcourant les tuyaux de canalisation comme un rat tout chaud, l’événement de ce 36 mars que Hunter avait coupellé avec ce massacre, ce brasier à faire débarquer les communautés Aliens chez nous, ne les avait pas éteint, ses désirs trop fous pour mûrir à l’air libre sur des feuilles de papier. Le mal empirant, leur puissance par la force des choses résultait des neigeuses années, chères à Baudelaire, les pages des Fleurs du Mal côtoyaient en imagination le haut du pavé de ce 36 mars !

Réprouvés… renquillées… Ou Répudiée !

Réprouvés les méandres de chaussettes, renquillées les diverses trouées de sous-vêtements avariés et remuglants jusqu’au gaspillage ; et répudiée la rose noire déchue, alors que mes pensées cognaient.. Reniflée cette hallucinante quantité de sachets et revanchard était cette aventure à tout faire retapisser comme le suc d’une orchidée de ballons multicolores ; ah comme les formes étaient tristes, goulues mais elle ne voulait pas en démordre !

Je lui montrais la ligne droite, ne perdant pas le nord, ni l’envers des Palaces, ni leur arrière-cours, il y avait voilà de quoi émettre un appel désespéré comme dans le port d’Amsterdam, de quoi sentir la mer tourner. Tous les réveils me consternaient, incarnés par ce mauvais endroit ; les hauts plateaux de l’Éthiopie se sauvaient, se cachaient dans le tiroir de sa table de nuit… Ainsi que toutes les blessures et tous les chagrins que nous n’avons pas eus ensemble.

Venant des profondeurs de son appareil Kodak, en crachotant, les larmes d’un Inuit qui glissaient le long des briques des maisons lourdes, hautes, kitsch et noires ; ces larmes qui se déroulaient, en dominant l’horizon, le long du chemin de fer antique : ces larmes nées dans la poussière narcotique, et qui redeviendront poussière narcotique.

Ces mêmes maisons où étaient piégés les Nouvelles Combinaisons, les mots de passe, les bleus vifs de ces larmes avaient sapé leur amalgame de sables et d’exaltation sinistrement verrouillée ; exaltation aussi de jeunes pousses de réminiscences qui voulaient réconcilier l’Inuit avec quelque chose d’encore trop flou, toutes ces abstractions qui continuaient de glisser en sourdine avec les larmes au pied des chagrins d’amour de l’Inuit… en emportant toutes les lumières, leurs lacunes n’étaient que les bornes invisibles du cosmos, ce quasar glacial, schéma alchimique d’écorces et de kouglof, où se mêlèrent la rosée du matin, la rosée d’un monde chatoyant, et le chavirant poison d’une nuit sans dormir…

Des sillons à l’architecture spirituelle pour cheminer en dehors de Tokyo

Pour chambouler, au delà du frou-frou des billets de banque, ces cours boursiers de Tokyo, de juxtapositions mystérieuses en juxtapositions hasardeuses, la monnaie des Japonais, il devait affliger sur le macadam des routes brûlantes une sévère correction à ce coursier ; ça venait de commencer en chambrant ses sauvageons qui lui servaient de sbires et qui, à l’avance, se réjouissaient d’une baston à tout casser. À soulever même des océans de phosphate à Tokyo où il y avait encore des maladies comme la variole et des phlébites qui causaient, en réalisant de grands dégâts, la disparition du pubis glabre des impérialistes…

Et enfin leurs longues vies, à ces actionnaires qui ne pinçaient que pour les variomètres ou d’autres appareils de mesure, suscitaient la colère, l’incompréhension ; par des plans d’actions concrètes, ils avaient fait capituler toutes les idées létales en trouvant un chemin d’accès parmi ces banquises… ces idées létales qui n’avaient fait que chanceler les grands phoques dans ces lieux glacés où les affiches représentant une variété de sourires atrocement phonétiques, volaient la vedette aux extravagances des glaciers et des icebergs… toutes dignes d’un film comme The Witch étant donné qu’il y avait pas mal de sorcellerie dans leur émission télépathique, ce qui changeait des classiques réclames vantant de meilleur lendemain ou un état d’esprit positif.

À Tokyo toujours, la simple suggestion de ces icebergs, cachant quelques gisements de phosphate, ne pouvait que faire cauchemarder les héritiers, leurs héritages prônés par le Grand et le Petit Véhicule enseigné par le Bouddha…

Les portes anglicisées des Orients colportés !

Ici et là on s’empressait de réinitialiser la machine à écrire qui les avait produit : un état de grâce pour frapper fort, pour que ses brouillons racontant l’histoire des opprimés parviennent jusqu’aux types les plus géniaux. Peut-être jusqu’aux deux intersections d’une rue perpendiculaire que les portes vers l’Orient définissaient comme la naissance d’un nouveau écrivain dans cette ville américaine : à ce propos l’auteur n’était autre que Bukowski, un chauffeur de camion qui avait caché ce manuscrit entre leurs interstices perdues…

En objectant que leur expérience de grand Shining avait disparu, les portes de ces orients démarchaient par télépathie sur le papier de la machine à écrire des candidatures au poste de chef de guerres que ce vieillard avait défenestré pas plus tard que ce matin. Et qui géométriquement quadrillaient les routes avec les résultats de leur recherche sur le web. Et délimitaient l’exil de Bukowski qu’on venait de trouver dans la glace à cheval entre la jungle babylonienne et les bordels panaméens pour les mémoriser par avance comme les bons numéros du loto.

S’ajoutant à ce que l’on peut retirer d’un séjour dans un cocon de cocottes en papier – assez longtemps et sans sentir son mauvais goût récupéré dans un sale état – il était malicieusement évident que ces immenses portes, si elles s’ouvraient un jour, cachaient leur dur labeur d’équations à double inconnue. Synthétisées puis représentées par des affiches dignes de Blair Witch collées virtuellement par un mouvement terroriste quelconque, ces équations se démenaient à vanter leur excroissance osseuse ! Et ne pouvaient s’apparenter qu’à l’hallucination collective d’une dizaines d’élues tout au plus !

À quel jeu s’amusaient-elles toutes ces filles qui avaient eu la chance de naître dans les bonnes grâces ? Est-ce qu’elles servaient elles aussi les intérêts émotifs du système adverse ? Avaient-elles converti l’écrivain américain à leur secte datant des temps préhistoriques ? Sans transition je me retrouvais sur de hautes plates-formes dans le but d’éteindre pour de bon cette machine aussi underground que sophistiquée, et ne voyais que la page deux cent trente quatre onduler aux rythmes de la respiration de leur corps étendu alors que, sans sourciller, personne ne répondait…

La nuit verte de l’Alaska…

Je voulais partir à la recherche de la nuit verte de l’Alaska qui n’avait pas cinq ans devant elle et qui semblait sur le point de sombrer avec ses mercenaires. Ces guerriers de la route, prêts à en découdre, m’avait indiqué la position du Magic Bus, ce van résonnant – le summum de la liberté – avec l’absence énigmatique de ces fantômes, abandonnés en pleine nature

Mais il était évident qu’elle retournerait entièrement à la terre de ses ancêtres, cette révolution spirituelle, cette unique quête à sillonner les altitudes tombées à la page trois du livre de Supertramp le vagabond ; et je me souviens de ce poème que j’avais lu à ma soeur après la remise des diplômes, ce poème prédisant la souffrance inhérente à toute éducation alors que j’avais tout ou plus pendant des années d’études appliqué une moral implacable et maintenant c’était l’heure de faire mes preuves. À l’ouest, la route menait toujours même si je devais abandonner ma guimbarde et marcher à pied pendant de longs kilomètres éreintants ! 

Commençant par de mystérieuses rhétoriques, les autres pages du livre de Supertramp avaient été vivement arrachées, ce qui semblait dénoter un certain mépris pour les écrits, du moins quand ils relevaient de cette absurde corvée à obtenir son diplôme… Et pour en faire des cocottes en papier, il fallait se permettre de les brûler avec les derniers billets de banque qui me restaient.

Les Meurtrières

Sous les couvertures de notre lit, leurs domiciles, leurs sectes : une sentinelle informatique avec leurs meurtrières harcelant sa robe de satin composée d’interstices goudronneux ; et de ces meurtrières palpitantes de perles et frissonantes comme de la semence de tapissier, comme ce tapis de géraniums noyé dans la saumure cendreuse, elles les permutaient avec nos fenêtres qui devaient rester secrètes, ces orfraies…

Ces orfraies par ces meurtrières sabordaient les contemporains encorbellements de notre immeuble. Les encorbellements d’une encéphalographie éprouvée dans sa dialectique décomposition ; décomposées étaient aussi leurs formalités spirituelles, leurs lignes de code générées automatiquement lors d’une descente en ski alpin. En l’ajoutant à l’amalgame de leurs conceptions assistées par ordinateur, cette descente en ski avait été longuement étudié, de façon cartésienne, en se servant de la documentation de l’homme à l’oreille coupée.
Cet homme à l’oreille coupée nous jetait encore des sentiments dénaturés dans le combiné cramoisi de son téléphone. Des sentiments dénaturés avant de réaliser un travail d’orfèvre embryonnaire, avant de faire valdinguer le jaune de l’oeuf au-dessus des montagnes afghanes, et après s’être débarrassé de son blanc polaire, associé à l’engrenage de ces machines.
En catimini, en entraînant sur leur passage une débandade de flonflons corrompus, les machines s’essoufflaient et firent dégouliner du cognac du haut des branches de l’arbre cure-dent !
Chapardant du grand vent, il y avait aussi cette catapulte romaine qui, comme une appendicite de tapisserie, engendra la panique parmi les machines, absorbant leur sabre de samouraï et même leurs lacunes et cellules grises…

Et dans leurs moteurs : du rhum que les meurtrières filochaient comme ces orfraies, ces orfèvres du vide et de la nuit…

Est-ce que tu peux écrire un quatrain pour tout ce Bataclan scléreux ?

Il y avait ces mollusques de chien-lézard, ces attentats pour satisfaire leur rage primaire ; et pour s’encanailler avec les phoques de cette banquise qui dérivaient au large de la Patagonie un 13 novembre 2015 ils s’en allaient rosser les quémandeurs raffinés. Quémandeurs qui montraient un ostensible quand-à-soi lorsqu’ils collaient avec l’aide de leurs ventouses l’œil poché de ces chanteurs de blues. Par quel tour de passe-passe pourraient-il bien les décoller ?

Leur tour de passe-passe à eux brûlait au charbon cérébral, excessif ; cependant après avoir revêtu leur robe de pourpre à la manière des papesses, ils ruinaient leur santé à rééquilibrer leur yin et leur yang… et quand la lutte effroyable s’engageait avec ces bêtes qu’on qualifiait de féroces, ils cravachaient tant et bataillaient tellement bien qu’ils arrivèrent à les renvoyer à leurs lieux d’origine : entre les profondeurs d’un appareil Kodak et cet entonnoir immonde, où toute histoire commençait.

Alors en ce 13 novembre 2015, leur sanctuaire donnait sur des terrasses où des quenouilles tentaient de réconcilier les agonisants du Bataclan avec la sciure résultant de leur extraction de racines ; les racines des arbres cure-dent quand on essayait d’extraire leur suc, leur goût liquoreux et presque agréable, seul connu des hussards !

Car en effet, leur prochaine réincarnation se rétractant à cause du mauvais état des routes, partageait les quintessences de cette science que les hussards informatiques avaient démontré jadis par de maints théorèmes… implantés à s’en rendre malade tête-bêche avec leurs profils isochromatiques, ces détournements mathématiques obtenaient après bien des enchevêtrements d’anévrisme invincible et bien avant la fin du carnage, leur libération psychédélique.

Neuf planètes pour neuf mercenaires.

Il y avait neuf Cora-Hummers ; parmi ces mercenaires, Theodore Kaczynski avait toujours dans sa poche Les pierres du Ciel et Les pierres du Chili, deux bouquins que le fameux Unabomber appréciait d’analyser afin de parfaire la substance de ses divers comprimés dégageant d’étranges parfums. Ce n’était pas seulement le type qui avait inspiré Tyler Durden à Chuck Palahniuk dans Fight Club c’était un samouraï redoutable, le sombre monarque qui avait froidement abattu à l’aurore sur un comptoir d’ivoire sombre des animateurs télé ; et lorsque les bourdonnements de leur étrange machine commençaient à poindre, c’était le premier à se lever à l’aube.

Il y avait aussi Kaphrium dans le groupe qui, je me souviens, avait lancé un début de dialogues métaphysiques lorsqu’il parla de son livre de chevet, Les Criquets en fleurs. Et tandis que la timeline de leur énigmatique ordinateur relevait une liste de bourbier à éviter pour arriver à Flax, nécessaire pour que leurs sangliers de trait ne s’embourbent pas pendant cette traversée périlleuse, il appuya sur les touches CTRL X et aussitôt une page web s’ouvrit proposant un itinéraire plus sûr qu’il regarda attentivement. Et soudain le silence se fit à l’heure où religieusement ils buvaient du thé, cette précieuse denrée qu’ils avaient subtilisé à Pouif.

Le personnage suivant de la harde des Cora-Hummers, étudiait les passages des Reliques de la Mort qui traitaient des esclaves de l’Afrique Noire, ne les ayant vu que dans un feuilleton généré par la Burroughs Cora-Hummer 7, la plupart représentés par des hologrammes crapotant les vapeurs d’un encensoir dans une des meilleures scènes.

Cette année un des mercenaires avait crapahuté dans les montagnes afghanes pour convaincre Trisha Baga de remanier la licence d’exploitation de ce film que j’avais commencé de visionner ; dans l’une des scènes confirmant le talent certain de cette Vénus de Laussel on voyait sur l’écran des myriades de Vénus de Laussel courir dans une prairie, le corps nu et badigeonné de tatouages tribaux… finissant par une litanie qui n’en finissait pas, un zoom était effectué sur leur danse macabre une nuit de la Saint-Jean, en flash back des immensités sahariennes, sans pour autant définir un lieu précis, défilaient en images subliminales…

C’était pas la peine de sortir de Polytechnique pour savoir que cette projection cinématographique serait subtilement commentée dans les salles de la Sucrière parmi ces œuvres d’art contemporaines et les autres fantasmagories réservées au fondateur de Fight Club.

De Saint Pétersbourg à la Ciotat

Aux mangas, on leur vendra tout un jeu de bateleurs qui ont cramé les câbles rompus pour décoder le monde dans lequel ils se trouvent : des programmes informatiques qui énumèrent tous leurs appels téléphoniques en les vérifiant par delà les chemins et les rivières encaissés.

Aux neuf planètes on fera tournoyer leur vie sous des averses de pluie gothique. Aux poètes maudits, on leur conseillera de jouer entre la force obscure du yin et le côté divin du yang.

Pour déchirer tous ces changements qui se produisent dans leur vie on la consignera leur féminité absente ; absente comme cette pacotille qui fait office de combiné téléphonique. Et de la pacotille, il y en a aussi, sous un soleil radieux d’Arizona, à prendre ou à laisser pour féconder peut-être, mystérieusement ou concrètement, le bonheur : peut-être induit par un grelottement de marquise précieuse et raffinée du côté du Yang, le côté des braises… le côté aussi des cendres, puisque aujourd’hui tu as réussis à alimenter un feu occulte sans parvenir à rassembler les prestidigitateurs qui n’ont qu’un goût de bretzel sur leur palais. Et qui nous confère une intelligence analogue à l’intelligence humaine et qui cherche à jaillir directement du sol ; pour un nouveau 11 septembre ou une autre épidémie on leur donnera suite à d’inévitables répressions de quoi rafistoler leur coeur brisé, cassé, toujours corrompu mais épuré cette fois et affranchi !

Afin de parvenir au point de non-perception et pour meubler le vide immense, on les représentera sur les murs de l’acropole ces hauts-fonds caillouteux et ces dionysiaques silhouettes qui meurent dans les flammes d’un feu ; on leur vantera les gestes d’un vieux film d’aventures avec ses péripéties maritimes et pour un happy end qui grésille dès le générique on leur infligera une sensation de brûlure acide et creuse mais comique.

En se compromettant jusqu’à très tard avec un clair de lune taoïste, on montera pour eux des spectacles de clowns, épicuriens comme des divinités, propres comme des sous neufs mais sans un brin de jugeote, et alors viendra le temps, de Saint Pétersbourg à la Ciotat, des saignées blanches qui embrasent ce clair de lune taoïste comme des massacres à la tronçonneuse !

Un café pour le docteur Freud !

Le goût du vrai chocolat mordait la poussière en nous cinglant de sa langue comme il nous cinglait avec le fouet, et à chaque fois qu’il trempait dans le café créole, ses souvenirs d’horizons yéménites paraissaient gonfler notre sac à dos.

Le goût du vrai chocolat venait de Belgébeuse, et était décrit dans l’étude inachevée du mathématicien Egon Willerbann, grand admirateur à ses heures du docteur Freud. Et ses discussions métaphysiques résultant de ce café créole ?

Elles semblaient illustrer une opinion tranchée sur la nature humaine, et elles apparaissaient par des symboles avant-coureurs qui circulaient en nous ; en humant d’un rythme monotone ses arômes qui venaient d’une lointaine galaxie, nous la trouvions suggestive la lumière de cette vieille lanterne qu’on apercevait des falaises d’Etretat et les faunes discutaient entre eux au sujet de notre retour.

Soudain, tristement mus par quelques danses fantasmatiques et leur voyage depuis le néant, les faunes qui correspondaient au feu du désir, à la liberté aussi, après avoir bu ce café, arrivaient sans mal à définir l’âge mental de Némésis. Les dents blanches, éclatantes des étoiles polaires ne pouvaient percer qu’à partir d’une iconographie que le goût de ce café en noir sidéral ou en or rose veillait à ne pas faire replonger dans les tumultes de notre vie lyonnaise.

Cépages téléphoniques, préhistoire des attentats, ou genèse sans Charles Manson…

Une fois la chaumière disparue, ils en étaient encore à la préhistoire des attentats numériques, les grommèlements des gnomes, les émissions photovoltaïques de la brosse à dents électrique, les conneries à la radio qu’on entendait depuis le van ; des préhistoires à la mode chinoise transmettant la consigne donnée et les tics de langage des petites familles en promenade le dimanche : des momies qui s’endormaient après bien des coutumes illisibles.

De licencieuses coutumes selon Charles Manson et qui allaient soigner leur style redondant en éteignant toutes les machines. Souriant de leur nudité ascétique, par exemple, les combinés des téléphones abandonnés sur le bitume ou sous la braise ne pouvaient plus que se greffer au bras et aux oreilles écharpées ; les charlatans alors en action pour stabiliser le van en question, ses moteurs prêts à être ravivés, énuméraient leurs détails…

Alors, alors seulement : les momies se ranimaient en attachant l’appendice des voyages sans retour au flanc perturbant des cépages téléphoniques… loin de la nuit froide au dehors !

Entre temps 1.0 Brusquement 2.1 Et Ensuite 0.0

I.
Ils étaient sous la terre, un défi à réaliser chaque jour. Razko Kaphrium était à l’origine de l’opération. Ils étaient bien au chaud, un peu comme dans un œuf, comme émerveillés par les chutes et fracas métalliques qu’ils entendaient depuis les profondeurs. Au-dessus, les immeubles en béton qui avaient abrité le Projet Kaphrium, menaçaient de s’effondrer ; mais l’œuf enflait, les deux frères avaient trouvé enfin ce qu’ils cherchaient. Ce jour là, le défi avait été particulièrement difficile à élaborer. Maubeuge, le grand frère, avait jeté sur le papier les premières conditions : d’abord, il fallait retrouver cette étrange famille qui vivait En Haut ou En Dessous, on ne savait pas trop, ça paraissait déjà compliqué… Ils ne sortaient jamais très souvent de leur terrier. D’autant plus qu’ils étaient myopes comme des taupes. Pourtant le Projet Kaphrium allait visuellement progresser en intensité, frapper aux endroits stratégiques quand la ville serait endormie. Ils prévoyaient de sortir d’une zone de décombres, proche de leur voisinage. Ils suffisaient de grimper le long d’une échelle métallique pour voir des grues -immobiles depuis des lustres- hanter les gravats. Les carnets de Razko Kaphrium racontaient que le monde du dessus était bientôt prêt à leur appartenir, tant il sentait la désolation et la mort.

Les deux frères avaient vu leur jeu débile se liquéfier avec le temps, le plaisir de braver les interdits s’était émoussé au fil du temps. Et les délires consignés dans les carnets de Razko Kaphrium n’avaient plus aucun intérêt. L’idée de poursuivre quotidiennement les défis fut ainsi abandonnée.
Prochainement, allait sonner le glas des Années X.


II.
Razko Kaphrium avait-il vécu une vie antérieure ? Avait-il dynamité l’immeuble où il habitait ou était-ce quelqu’un d’autre ? Razko Kaphrium était-il seul à agir ou était-il influencé ? Et surtout, était-il mort, vivant ou en intermédiation ?
J’avalais mon café et je me souvenais de m’être penché au chevet de cet homme sanglé et allongé sur son lit d’hôpital. C’était peut-être Razko Kaphrium, ce vieillard au visage flétris. Personne ne connaissait son identité. Et quand j’étais venu le voir et l’interroger pendant son hospitalisation les éléments qu’ils m’avaient fournis correspondaient exactement aux divers échanges que j’avais eu avec le Razko Kaphrium des années X. Pourtant, et tout le monde le savait, les années X n’avaient jamais réellement existé, elles étaient imaginaires pour les archives, insensés pour les gouvernements en place, invraisemblables d’après les médias, et les gens n’en parlaient jamais. C’était bien plus qu’un simple tabou. Les années X s’étaient formés dans l’inconscient d’une génération (ou d’une ethnie ?) qui avait vécu dans les canalisations des égouts. Et personne à présent ne voulait l’évoquer, cette sombre période qui sentait la merde.
Razko Kaphrium avait (ou avait eu) cette folle ambition de faire remonter cette merde aux narines de mes contemporains.

III.
Ils avaient prospéré sur un monde en ruines, dans un « univers merdique uniquement réservé aux hominidés » selon leur expression.
A force de regarder l’écoulement blanchâtre des égouts, à force de se terrer dans l’obscurité de ces souterrains, ils comparaient l’écume des vagues aux lessives avariées des ménagères quand elles atterrissaient ici. En cela et uniquement d’après cette drôle de perception, on pouvait les qualifier de poètes impressionnistes. Mais la poésie pour eux s’arrêtait là : ils n’avaient aucune honte et aucun mal à être grossiers, à se montrer rustres et dégoûtants en toute occasion.
Mais ils n’avaient pas les pieds sur terre, c’était là le principal écueil à leur progression. Et ceci n’était pas une nouvelle fois une caractéristique de ce qu’ils prétendaient être, ces pseudo poètes. Littéralement, ils n’avaient pas les pieds physiques sur la surface de la terre ferme. D’hommes-taupes, ils avaient mutés en hommes-rats au fil de ces années X et cette menace sans cesse réactivée et réelle qu’ils surgissent à tout moment hors de la plaque d’égout, avait fait trembler la communauté humaine, cette caste privilégiée et inchangée depuis l’aube de l’humanité.


IV.
Quelqu’un jouait passionnément de l’accordéon. Sûrement l’ouvrier du chantier d’à côté. Nous avions dévalé les pentes raides de la Croix Rousse avec nos vélos pourris et sans frein et nous comptions donner aux hommes-taupes de la salade verte -ces feuilles de salade inutiles qu’on avait récupéré de nos hamburgers achetés quelques heures plus tôt au Mac Donald’s. Léon de Maubeuge, l’homme-taupe, allait se régaler ; c’était notre seul ami et quand on entendait l’accordéon du chantier il n’était jamais très loin.
Léon aimait sortir de son antre pour écouter cet accordéon, et ce fut assez rapidement qu’on retrouva notre vieux copain, planqué derrière un mur tagué de conneries dont le célèbre Zoé Suce avec ses vingt-six numéros de téléphone différents. C’était notre tag préféré mais Léon de Maubeuge ne savait pas lire, encore moins écrire, et n’avait jamais eu de téléphone, il préférait s’intéresser aux instruments de musique qui avaient survécu aux guerres. Il était très bizarre mais on l’aimait pour ça.

V.
Léon de Maubeuge était-il un messager des dieux ? Allais-je devenir complètement cinglé au point de manger uniquement les feuilles de salade que les enfants apportaient aux hommes-taupes ? Je beuglais ces questions, recroquevillé dans un coin de mon appartement -un vrai capharnaüm- lorsque j’eus l’idée soudaine de descendre les poubelles. Un peu d’exercice pouvait m’aider à remettre mes idées en place. Pourtant, à peine sortis, alors que j’étais au rez-de-chaussée où l’on entreposait les poubelles, je vis l’horrible plaque qui était sur ma boite aux lettres : Razko Kaphrium 1er étage.
Pire ! Le facteur qui était là me tendit le courrier en s’adressant à moi ainsi : Monsieur Kaphrium, un recommandé pour vous.

De l’eau avait coulé sous les ponts, et le complot s’était agrandis : tout le monde m’appelait à présent Razko Kaphrium, j’avais beau me démener, décliner ma véritable identité, j’étais devenu Kaphrium, Razko Kaphrium et les hommes-taupes, qui allaient devenir des hommes-rats, m’appelaient à les rejoindre, je savais qu’ils me vénérait comme un dieu et… Putain la merde ! j’étais seul à me débattre dans ce monde soudain incompréhensible, j’avais lu dans les journaux ou ailleurs cette histoire imaginaire qui racontait l’existence d’hommes-taupes et d’hommes-rats gouverné et administré par le seul Razko Kaphrium et mon ADN avait été modifiée suite à cette lecture.
J’allumais la télé et le présentateur du JT me déclara comme si il me pétait à la gueule que moi Razko Kaphrium j’étais de la racaille à abattre.
J’envoyais la télé valser par la fenêtre, et aussitôt la radio m’informa que moi Razko Kaphrium j’avais causé la mort d’une centaine de victimes en laissant le gaz allumé dans mon ancien appartement. Merde et merde et encore merde !


VI.
Un jour, alors que j’étais encore gamin, les immeubles en béton de la Sucrière s’étaient effondrés sous nos yeux. Quelques mois plus tard, un nouveau chantier s’ouvrit. Maubeuge, mon grand frère, aimait traîner avec moi dans cette zone de décombres proche de notre voisinage, quand les ouvriers étaient partis. Lorsque nous ne dévalions pas les pentes de la Croix-Rousse avec nos vélos pourris et sans frein, on cherchait toujours quelque chose à inventer, une histoire imaginaire au milieu des gravats ou un jeu débile comme monter jusqu’au sommet d’une grue mécanique, et ce fut ainsi, un matin pendant les grandes vacances, qu’on découvrit l’antre des Cora-Hummers 7 ; le trou était large et très profond, aussi nous eûmes du mal à passer à l’acte : il fallait descendre une échelle métallique et rouillée, qui s’enfonçait dans les profondeurs. La dynamite placée soigneusement aux endroits stratégiques avait laissé un cratère affaissé ; mais comme nous étions désœuvrés ce jour là, nous avions bravé le danger et ce fut le cœur battant qu’on s’engagea, le souterrain devait receler tellement de secrets !
Sous les néons aux mémoires photovoltaïques qui jetaient sur nos visages des aplats brusques de masque mortuaire, nous fûmes guidés par le son d’une brosse à dent électrique et le tremblotement d’une lumière au fond du tunnel emprunté. Ainsi, nous étions tombé sur une famille étrange que nous avons appelé par la suite Les Cora-Hummers.
Elle vivait dans les profondeurs et nous étions arrivé alors qu’elle se lavait les dents. Ils nous avaient tout de suite adopté : le père, la mère, la fille, le fils et le chien-marteau. Dès le début, leurs tics de langage nous avaient beaucoup amusé : ils inséraient dans leurs phrases de nombreux adverbes même quand ce n’était pas nécessaire :
« Papa ! Entre temps ma bouche a rendu caoutchouteument du sale dans l’évier, pouah anticoagulement dégueulasse… Igor, brusquement rallume la bougie ! On n’y voit lubrifiquement rien ! Je dois aristocratiquement me faire belle et ensuite sortir ce soir. »    
A partir de ce jour, nous prîmes la résolution de leur rendre visite quotidiennement, au moins jusqu’à ce que l’école reprenne. Cependant, ce bonheur dura peu ; un événement funeste pointait déjà à l’horizon.

VII.
Une nuit, les sirènes des pompiers retentirent, tout le quartier s’était levé pour voir l’attraction : nous arrivâmes à nous débattre pour apercevoir enfin les portes grandes ouvertes des ambulances où des myriades de passants, pressés les uns contre les autres, pouvaient voir les victimes qui allaient être transportées en urgence à l’hôpital.
Il fut exactement vingt-trois heures dix-sept lorsque le charme de l’enfance prit fin. Je me souviens comme si c’était hier : on poursuivit la dernière ambulance avec nos vélos jusqu’à la perdre de vue… Qu’était-il arrivé de si grave à cette si gentille famille qui nous avait chaleureusement accueillis ?
Le lendemain, aucun titre des journaux ne mentionnait ce drame, rien à la télé, et à la radio, le néant absolu. Personne n’avait rien remarqué cette nuit. Avec le temps, la raison prit le dessus sur notre chagrin : on avait rêvé à force de fabuler voilà tout !
On regagna bientôt nos bicyclettes pour bousculer les gens autours des terrasses et dans la rue ; souvent un serveur en déséquilibre lâchait de son plateau un café brûlant sur la gueule du client ; et même parfois, affalé dans un hamac au fond du jardin, on bouffait des carambars qu’on avait volé chez le marchand d’à côté… Bref l’enfance avait repris ses droits sous cet éblouissant soleil d’été…

Burroughs ou Hélicéenne ?

Année 2119.
A quelle heure la publication du prodigieux précis de médecine de Cornélius avait-elle été différé ? Etait-ce à cause de ces étranges phénomènes ?

Comment cela avait-il commencé ? Toutes ces questions polluaient le crâne de Burroughs lorsqu’il se souvint qu’un après-midi de printemps, dans la salle de classe à côté, les élèves ânonnaient leur latin en rêvant de se planquer dans les grandes rizières surnaturelles qu’il avait créé en imagination. Et tandis que Popeye picolait, lui dans l’évanescence de ce Portique Virtuel qui se désagrégeait, inventait des mondes positivement sans serpillière. Le long du corridor sombre de l’école, ses poux folâtraient, réanimant parfois un onomatopée digne d’une poésie de Charles Baudelaire ou d’Arthur Rimbaud.

Pourquoi Popeye détestait-il son petit chef qui était aussi barré que lui ? Pourquoi les premiers de la classe poussaient-ils à la consommation ? Burroughs s’appliquait à chasser ces questions de son esprit ; la pourpre romaine que portait cette lycéenne dissipée pouvait l’aider à combattre cette migraine, il en était convaincu ; mais puisqu’elle impérialement avait fait la bise à Popeye avant de chahuter avec ses copines, il se résolut à pourvoir un poste d’agent d’entretien, à vider les poubelles des sanitaires pour dames, et ainsi son imagination qui était loin d’être poussive, refaçonna les monstruosités de la scène politique de son époque.

Et intégralement échancrée dans sa robe de plumes noires, la lycéenne revenait le hanter puisqu’elle venait de l’au-delà, puisqu’elle avait favorisé l’arrivée au pouvoir de son étrange corporation ; et même si la plupart d’entre elles ne rêvaient que de mettre au point le lancement sur le marché mondial de la grande consommation de sa Burroughs Cora-Hummer 7, cette nymphette elle, ne désirait rien d’autre que de séduire Pluton en écrivant sur cet ordinateur révolutionnaire des poèmes ou des plans machiavéliques, d’étranges proses pour nourrir ces légendes urbaines incompréhensibles.

Entre-temps, Brusquement, et Ensuite.

La fille de Corto Maltese, croisait et recroisait ses jambes et je m’abstenais à grande peine de regarder ce qu’elle offrait entre ses cuisses : Entre-temps… Brusquement, Et ensuite !

Dans mon récit, il y avait une cave avec une seule ouverture sur le monde extérieur. La Fosse Noire.
Et des barreaux qui empêchaient de s’échapper depuis cette ouverture. Elle ne laissait passer la lumière du jour que faiblement. Et au fond de la fosse noire l’obscurité.

Et toujours au fond un homme (était-ce vraiment un homme) qui travaillait la nuit sur je-ne-sais-quoi… Et dormait le jour, quand la neige tombait sur la ville. Sa fabrique, c’était la fosse noire.
Il était toujours là. Vautré sur un lit aux draps souillés, les clopes et la bouteille de Jack Daniels planquée dans un coin. Du vomi et du grunge sur le papier machine, et un bric-à-brac kafkaïen, alors seul maître des lieux…

Le Prince de Sang-Mêlé avait prospéré sur un monde en ruines laissant la fille de Corto Maltese m’entraîner dans sa danse. Commençant par de mystérieuses rhétoriques, le manuel des potions du Prince de Sang Mêlé pouvait bien sûr faire grésiller en Happy End ce monde qui décrochait ; si peu tangibles étaient ses histoires permettant de résoudre les rêveries de tous ces intrus qu’on voulait oublier ; des rêveries en wagons de luxe si communément admises parmi ces cercles littéraires qu’elles étaient en quelque sorte escamotées ou réduites en descriptions sur Pierre de Rosette

Selon Tom Jedusor, la magie noire de l’opium en décuplait, en multipliait de la salubrité langoureuse par son désir de tout mettre en boîte, de ranger dans les rubriques interdites : ces archives manuscrites qui racontaient, au-delà de tous ces étranglements de craie et de fusain séchant au soleil demeuré, comment les créatures royales, les plus prévoyantes allaient emporter sur leur dos la fille de Corto Maltese !

L’essence des larmes. Ou la vengeance de Katia !

Gravitant autour d’une énigme irrésolue, ce cinéma porno au coin d’une grande avenue, venait d’ouvrir ses portes (En inauguration, un film mystérieusement sans titre était projeté ) ! Dès qu’il avait appris la nouvelle, Jumbo s’était jeté dans le premier bus pour prendre une place (environ l’équivalent de 90 à 95 centimes d’euros) sans se douter que ce film allait ranimer le souvenir de la planète OS X où il avait abandonné Katia à son triste sort. Katia qui pleurait, Jumbo l’examinant d’un regard furtif, qui désirait l’apocalypse. Sous la chaleur d’un soleil calmée par l’air marin, en inventant un autre univers, Katia avait imaginé que de tendres flocons descendraient du ciel quand l’archéologue interstellaire reviendrait la chercher.

Assis aux premières places, à peine les publicités passées, Jumbo vit quelque chose fendre l’écran : ce fut, trois fois, un intertitre, décoré de notes de musique éparpillées et peintes à la main :

La Vengeance de Katia ! La Vengeance de Katia ! La Vengeance de Katia !

Suivi par un lent balayage panoramique, puis la caméra s’immobilisa un instant pour examiner une tâche humide sur le canapé jaune, la scène campagnarde idyllique et ensoleillée visible depuis une fenêtre, un tas de photos de vacances sur la table à abattants, la petite culotte très légère abandonnée dessous.

Une bouteille de champagne ouverte et deux flûtes à moitié pleines étaient posées sur la crédence peinte, comme pour un portrait de famille. De l’autre côté du couloir, dans la chambre d’Angela, sous un plafond à miroirs, un grand lit circulaire avec un chevet en forme de cœur et des draps en satin cramoisi et or, délicatement froissés et tachés. Il y avait également de nombreux miroirs, et pourtant la caméra, alors même qu’elle explorait l’ensemble tendrement, comme en le caressant, parvint à ne pas se filmer. Derrière le lit se trouvait une porte entrouverte, la caméra se glissa par l’ouverture et pénétra dans une salle de bains au carrelage et aux miroirs étincelants.

Et ici, ici seulement, on pût voir la caméra et le cameraman, se refléter dans cette profusion de miroirs. La caméra s’arrêta un moment sur un espacement vide d’un meuble de la salle de bain. Et une indication sonore retentit :
« La boite de Tampax a disparu, Jumbo l’aurait-il volé à la Gardienne du Temple ? »

Il y avait aussi, toujours suivi par un autre balayage panoramique, des phylactères multicolores renvoyant sur l’écran cette indication, par écrit cette fois, comme des trous de gruyère laissant passer l’air, des phylactères qui rêvaient de se défaire du sortilège de Katia, puis on passait au plan d’une terrasse ensoleillée, et Jumbo pouvait entendre le bruit des casseroles lavées par la bonne trop bête.

Une kyrielle de flash-back apparut alors : c’était un défilement rapide d’images où l’on voyait Jumbo prendre la boite de Tampax de Katia et la mettre discrètement dans son sac.
Et puis, tout de suite après, un violon tantôt mélodieux tantôt strident au fur et à mesure que la caméra avançait plagiant la meilleure scène d’un film conçu dans une école de sorciers. Puis la caméra s’attardait sur un diadème en argent étincelant qui remplaçait la boite de Tampax. On pourrait se pencher sur le sujet qui dérouterait sans doute toutes les bases de données des disques durs actuels. Mais déjà s’avançant jusqu’à une baignoire, le cameraman plein d’entrain, lança : « O déesse Katia, es-tu là ? »

Et, sur l’écran, les spectateurs purent admirer une jolie nymphette, comme échappée d’un conte de fée, sortir de la baignoire verte en forme de yoni environnée de savons, de shampoings, d’éponges et de jouets érotiques de bain.

Une fois debout, elle eut une petite exclamation de stupeur, éclata de rire, leva les bras comme pour répondre à une ovation imaginaire. Son visage avait perdu toute trace de timidité, libre, ouvert, comme son récent partenaire, cameraman et acteur du film ne l’avait jamais vu, à toutes les promesses qu’offrait sa beauté.

HPG avait délaissé sa caméra, tandis qu’un autre cameraman, en reprenant le relais, s’activait à filmer maintenant la fellation hors norme et pourtant classique que Katia avait perfectionné avec le temps.

Et Jumbo, qui était littéralement scotché sur son siège, à des années lumières de cette planète où il avait laissé Katia, bavait sur sa chemise.

Mais la vengeance de Katia avait-elle atteint son point de paroxysme ?
Il en doutait, et déjà en tremblant de tous ses nerfs, il sortit prestement de la salle de cinéma… Il pressentait, une expression grave de déterré sur son visage, que Katia, la déesse courroucée de la planète OS X, lui réservait encore bien d’autres surprises.

Depuis la rue, il pouvait observer les gens fermer du haut de leur appartement leur volet puis se pencher sur leur ordinateur pour écrire. Leur traitement de texte ? Une liste de quelques produits pharmaceutiques. Des médicaments se consacrant à l’étude de la sémantique des intestins.

Il y avait dans la rue une tension palpable dans l’air : des combats de samouraïs irréprochables qui guerroyaient avaient éclaté un peu partout sur sa planète grouillante de gnomes.

Alors que l’ordinateur des gens, à distance, pilotait une grue pour hameçonner Jumbo qui fuyait à toutes jambes, les guérilleros s’entre-tuaient. Des vêtements en lambeaux flottaient au sommet de la grue, et sous cet appareil trois enfants tournoyaient autour de la nouvelle attraction : Jumbo pendu par les pieds ; et instinctivement il savait que tous les serveurs informatiques des sbires de Katia avait généré une prédiction alarmante. Une sorte d’oracle qui ne pouvait venir que de leurs clés USB ouvrant instantanément Twitter et que les rires de Katia, mêlés au sarcasme d’une étoile naufragée comme elle, métamorphosait sous la forme d’un liquide polaire. Peut-être l’essence des larmes de Jumbo…

Je te Smells Like Teen Spirit

Les méandres du Sahara Occidental affichés comme posters dans le bureau, j’écris et la pluie ne tombe pas comme si je voulais un jour de pluie diluvienne. J’arpente de haut en bas les icebergs et les banquises en fumant religieusement mes Craven A sans me soucier des anciens d’Algérie qui empiètent sur le bureau.
Je regarde des émissions style j’irai dormir chez vous en bâtissant d’un œil distrait des fortifications matricielles sur l’échiquier. La famille est au complet dans ce bureau où je me suis isolé pour écrire en mettant échec et mat et en volant la vedette aux rois des vikings. Avec des années lumières pour guérir !


Je marche sur des pythons noirs, comme étonné de nourrir ces reptiles que je prends pour des serpents. Rêveusement j’affiche toujours un sourire de cabale dans les bois et la piscine de pythons noirs déborde en se gavant d’hectowatt et de syndrome lumineux.
J’écris pour la zone.org avec l’idée de déverser des flots de pétales à verser sur la tête des rois vikings pour leur baptême tropical. Pour paraître plus divin aussi.
Et de la divinité, il y en a dans ce bureau transformé en drakkars viking.

C’est la mécanique des vents du sud qui m’a poussé là, à écrire pour Oscar Wilde et son odieux portrait. En déversant des wagons-citernes sur un incendie annoncé, j’anticipe la Saint Con donnant sur la ville entière. De mon côté je me suis réfugié dans un village rupestre avec des vaches qui s’injectent un méchant venin : l’ennui. À l’instar de Charles Baudelaire ; les yeux chargés de larmes ou de lames de couteaux et de sabres.

Pour ouvrir les enveloppes je sabre aussi le papier avec un coupe-papier ; un courrier qui exploite au maximum la faille et la faillite de la médecine aussi bien orientale que traditionnelle. Et il en a aussi des arrières-goûts de Craven A ce papier que je fume, le kif, ce mélange de tabac blond et de marijuana et il en a aussi des arrières-goûts d’âmes grises ce cocktail détonant que, nous le savons tous, Mistigri dans ce bureau détient la recette. Une recette pour planer comme le savant remix de Smells Like Teen Spirit trouvé un jour de pleine lune dans les bas-fonds où l’on se défonce en uniforme nazi… à moins que ce soit le complet, le costar pour punk qui a du chien.

Et du chien, ils en ont les chiens tournant autour de nous ; la vodka comme névrose qui a outrepassé son but, à boire jusqu’à l’overdose. Une faute de goût qui à cette défonce remet la faute !

L’acropole de Kasia

Les cendriers ont été inventé pour avancer jusqu’au croisement des routes dévisagées et ce dimanche, à l’intérieur de l’Acropole Vénitienne, j’ai inventé les nuits de Clara Luciani comme on hume la succion du vide qui s’empourpre petit à petit, au passage de Kasia. Et qui s’annonce particulièrement maussade en raison des kyrielles de gondoles coulées. Et les phrases ont été inventé pour, quand on les termine, renifler sous un soleil déclinant quelques grammes de cocaïne ; dans la nuit qui frissonne, j’ai humé moi aussi un vin de Xérès lymphatique… les nuits de Clara Luciani ont décroché les unes après les autres d’obscures clins d’œil de Kasia, d’absurdes jackpots lors des jours de Saint-Con, de verticales reculés, d’inefficaces larmes sur la nappe de la table – la table du château que nous nous apprêtions à démolir –

Les gondoles ont été inventé pour être coulées parce que les temps des espaces narratifs ne sont plus aux premières loges pour assister à la naissance de ce vecteur pathogène sévissant dès l’entrée de cette Acropole

L’Acropole ? Des nymphettes nues, en sortant de la baignoire verte en forme de yoni environnée de savons, de shampoings, d’éponges et de jouets érotiques, se précipitent pour vous accueillir malgré cette vénérée, cette bien vivante maladie vénérienne.

Dans la salle de bain de l’Acropole Vénitienne, décrites dans les archives des premiers textes de la bibliothèque de l’Acropole, des varicelles transmettent aux nymphettes d’autres vecteurs pathogènes qui viennent à bout de leurs résistances, de leurs efforts pour reconnaître le visage des acteurs pornographiques… En effet, la substance fantomatique de ces derniers, venant d’un Eldorado hollywoodien où l’on produit des films, est rarement perçue, même par les nymphette de l’Acropole.

Ce vin de Xérès a été inventé pour descendre à grande échelle les éclairs de phosphore qu’on retrouve au cœur de l’Acropole, ce vin étincelle comme un télescope pointant vers Belgébeuse. Et en ce jour de l’an, comme nous sommes bien rentré dans cette Acropole, nous nous sommes demandé si leur sensualité a été inventé pour les beaux yeux de Kasia lors de ces nuits qui sont des affections sincères, qui nous frigorifient, qui frigorifient notre contagion bestiale de l’informe. Par strates comme cette espèce extraterrestre portée au moulin, leurs nuances moites schlinguent comme des cœurs sur nos manches. Ses ombres brûlantes et son sang grenade sur notre poitrine ravivent notre désir de nous accoupler avec n’importe quoi.

La main noire ou le groupuscule de la Mano Negra…

Pour décharger les pièces manquantes, des nuits qui frissonnent à Wellington comme à Zanzibar ; pour débarrasser les câbles rompus des inuits qui klaxonnent et pour décoder aussi le monde dans lequel il se trouve : des programmes informatiques qui énumèrent tous ses appels téléphoniques en les vérifiant par delà les chemins et les rivières encaissés.

Ces programmes ? Magistralement dirigés par la main noire ce groupuscule encore actif lors de l’extinction de toutes les théories du complot !

Pour déchirer tous ces changements qui se produisent dans ta vie, un goût de bretzel qui te confère une intelligence analogue à l’intelligence humaine et qui cherche à jaillir directement du sol ; d’inévitables répressions pour rafistoler ton coeur brisé, cassé, toujours corrompu mais épuré cette fois et affranchi !

Sous mon sein la grenade

En avançant jusqu’au croisement des routes dévisagées, les nuits de Clara Luciani humaient la succion du vide qui s’empourprait petit à petit, et je reniflais sous un soleil déclinant et humais moi aussi un vin de Xérès lymphatique ; les nuits de Clara Luciani décrochaient les unes après les autres d’obscures, d’absurdes, de verticales, d’inefficaces larmes sur la nappe de la table – la table du château –

Un vin de Xérès qui fit descendre à grande échelle les éclairs de phosphore de mon cœur d’artichaut qui était grenade, ce vin étincelait comme un télescope pointant vers Belgébeuse.

Des nuits qui furent des affections sincères, qui me frigorifiaient, qui frigorifiaient ma contagion bestiale de l’informe. Par strates comme cette espèce extraterrestre portée au moulin, leurs nuances moites schlinguaient comme des cœurs sur ma manche. Leurs ombres brûlantes et mon sang grenade sur sa poitrine ravivaient mon désir de m’accoupler avec n’importe quoi.

Comment brûle la résine d’Aristote ?

Aristote m’avait ôté une épine douloureuse du doigt de pied en attisant les plus folles, les plus ésotériques recherches jusqu’à parvenir au point de non-perception : le vide des Voyelles ; mais je n’avais toujours pas très bien pigé. Peut-être était-ce une leçon immorale qu’on pouvait retenir de ses comics de huit pages d’autrefois ? Mais peut-être n’était-ce que les effets, les vapeurs de ce pigment brûlé qu’on trouvait dans sa résine ?

Et qui me rendaient successivement ou simultanément confus lorsque j’ouvrais le journal de Kurt Cobain ; car dans cette résine polissonne où était caché la molécule i-2277, ce pigment décanté par une succession de silences dilatés sous tous les angles avait fait fleurir son idée létale… En effet, s’accrochant à la perspicacité d’une mort cérébrale lorsque on la fumait, cette résine que des machines frémissantes avait fabriqué avec soin, ne conduisait qu’à ce stade ultime et Aristote, mû prodigieusement par un sentiment général d’inutilité, en attestait… de son vivant du moins.

Dans tous les azimuts, les inventions d’Aristote avaient la même genèse commune que ce psychotrope : la même histoire qu’on pressentait après un bol de café aussi noir que la nuit ; une sorte d’angoisse où la minime et charbonneuse existence de la résine fabuleuse jouait bien sûr son rôle, à l’origine d’autres inventions ingénieuse comme ce labyrinthe polysémique d’algorithmes chiffrée à l’excès, cette plinthe de la bavure extrême comme principe. La bavure : quelque chose d’authentique afin de créditer ponctuellement la Xbox ou la PlayStation ; et au milieu de ces labyrinthes, je découvrais un fouillis pensif de tractations politiques quand j’allais user ma culotte courte sur les bancs des écoles occultes gaiement teintées par les rayons solaires.

Je sentais toujours les tentacules de l’Alien ou l’esprit de Platon se contracter autour de ma gorge et des muscles de mon visage. Instinctivement, primitivement, leurs molécules étaient devenues miennes ; l’Alien ou l’esprit de Platon : revenant à se caser dans une boite d’allumettes confortablement expansive, il singeait parfaitement les révolutions psychédéliques de cette drogue, comme un suçotement sympathique de bleuet taillé dans la guêpière des crins de chevaux alezans…

Un jour je reviendrais avec leurs têtes à réduire et à afficher en trophée, colportant les idées noires du journal de Kurt Cobain dans une charrette !

Les bretzels des pendus.

Pour faire choir des arbres faisandés ces pendus qui étaient disséminés dans le parc aux couleurs chairs, on nous avait donné le code d’accès au développement aussi bien photographique que cinématographique.
Même le marine qui montait la garde devant la porte du parc, nous avait donné de quoi chasser les pendus cadavéreux et leurs fantômes, continuant comme un leitmotiv macabre ce jeu un peu débile. Le jeu ? Il s’agissait de garnir notre hotte en dérobant des bretzels aux pendus. Les courses du soir.

En prospectant le terrain, nous étions tombés sur la vieille affiche d’un film, un remix de Blair Witch qui avait dévié maladroitement de son thème principal ; une affiche collée religieusement sur le tronc d’un arbre mais il n’y avait aucun pendu au-dessus de ses premières branches.
Le premier bretzel, qu’on trouva dans la poche de deux frères siamois pendus tête-bêche l’un contre l’autre, était tellement gelé qu’il était dur comme nos boîtes de sardines en fer-blanc. Le bretzel suivant était sorti de la poche d’un étudiant qui avait été bizuté, si bien qu’on voyait son sourire comme un rictus, ma fois, un peu vexé.

Le dernier bretzel qu’on avait soutiré cette nuit à un pendu solitaire, très isolé du groupe de ses semblables, on l’avait grignoté à la lumière d’un réverbère qui ressemblait à un bec de gaz transformé pour l’occasion à cette collecte certes cynique de bretzels.
Je profitais de ce moment pour gribouiller aussi mon aventure afin de la raconter par la suite à ma femme qui me dévisageait toujours de son regard demeuré à mon retour au foyer conjugal…

De curieuses cigarettes !

De curieuses cigarettes de couleur havane commencent à percer pour cet homme et cette Perséphone qui écoutent cet Out of time man et ainsi Mano Negra par cette couleur havane ne phagocyte le clystère que par son coefficient ; out of time pour le lit du patient qui est atteint de viscosité : une sorte de gélatine se terminant en mélasse zèbre des phlébites ou des résines de sapins rageurs et puis ce mental inanimé, hérissé d’épines, de ce patient plié en deux sur le lit s’efforçant de la recoller pour la énième fois cette page déchirée.

Inspiré par le Tube, ce mental que lors d’ithyphalliques retombées de matrice, je devais faire marcher au Kentucky, longtemps trop piétiné, ce phagocyte via cet Out of Time exprime ses pensées par la voix royale du rouge, du tube écrivais-je comme un rêve communautaire, ce tube : une scie coupant une bûche au-dessus d’une rangée de corps longilignes, nerveux et racés.

Après bien des mégots et des joints aux pensées secrètes qui doivent être très amusantes après une chanson de Mano Negra, on ne trouve ici que des bobines de films en lambeaux, des graffitis, des œuvres conformes à leur idée directrice : le cerveau de Kubrick, un processeur qui déplore lui-même ses outrances langagières et thématiques.

Ce rêve communautaire aspiré par un ciment armé, projeté dans un cinéma verrouillé et sans lumière, affublé des artifices du récit -projet complètement abandonné- et cette scie s’imprégnant des odeurs incendiaires d’entrejambe